Chapitre 51
C.A.8 : Amélioration de la conservation des fruits de saison
Lecture : 17 minQuiz de 12 questions
# C.A.8 : Amélioration de la conservation des fruits de saison
## Objectifs et prérequis
Ce cours vise à permettre à l’élève de Terminale de comprendre les bases cellulaires de la conservation des fruits de saison, en reliant la structure et la fonction des organites cellulaires aux processus physiologiques impliqués dans la maturation, la sénescence et la détérioration des tissus végétaux. Il s’appuie sur les observations microscopiques réalisées lors du TP N°1 et prépare à l’intégration des connaissances dans une démarche scientifique globale (Séance 36).
**Prérequis :**
- Connaissances de base en cytologie (cellule végétale vs animale, membrane plasmique, noyau, cytoplasme).
- Maîtrise de l’utilisation du microscope optique (mise au point, réglage du condensateur, observation en champ clair).
- Notions de diffusion, d’osmose et de transport membranaire.
- Compréhension des processus de respiration cellulaire et de photosynthèse (niveau Seconde).
---
## Introduction
La conservation des fruits de saison constitue un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire, particulièrement dans les régions tropicales comme le Cameroun, où la production saisonnière est abondante mais souvent perdue faute de techniques de conservation adaptées. Plus de 40 % des récoltes de fruits tropicaux (mangue, papaye, banane, avocat) sont perdues après récolte en raison de la détérioration physiologique et pathologique. Cette perte est étroitement liée à l’activité métabolique des cellules du fruit après la cueillette : respiration, éthylène production, dégradation des parois cellulaires, perte d’eau, et sénescence.
Ce chapitre explore, à l’échelle cellulaire, les mécanismes sous-jacents à ces processus. Il s’appuie sur l’observation directe des cellules végétales (épiderme d’oignon, feuilles de macabo) et animales (épithélium buccal, frottis sanguin) réalisée lors du TP N°1 pour établir des parallèles et des contrastes pertinents. Ensuite, il intègre ces connaissances dans une vision globale de la biologie des systèmes vivants (Séance 36), en montrant comment la compréhension des organites permet d’élaborer des stratégies de conservation efficaces : réfrigération, atmosphère contrôlée, inhibition de l’éthylène, traitement à l’acide ascorbique, etc.
---
## I. Séance 3 : Principaux organites cellulaires et leurs rôles
### A. Rappel de la théorie cellulaire et organisation des cellules végétales et animales
> **La cellule est l’unité structurale et fonctionnelle de tous les êtres vivants.** Elle possède une membrane plasmique, un cytoplasme contenant des organites spécialisés, et un noyau contenant l’ADN (sauf chez les procaryotes).
Les cellules végétales se distinguent des cellules animales par la présence d’une **paroi cellulaire** rigide (composée de cellulose, hémicellulose et pectines), d’un **vacuole centrale** volumineuse, et de **plastes** (chloroplastes, chromoplastes, leucoplastes). Les cellules animales possèdent un réticulum endoplasmique plus développé, des lysosomes abondants, et parfois des flagelles ou cils.
### B. Description détaillée des organites cellulaires et leurs fonctions
#### 1. Noyau
- **Définition** : Organe entouré d’une double membrane (enveloppe nucléaire) contenant les chromosomes (ADN + histones).
- **Propriétés** : Site de la transcription de l’ADN en ARN, régulation de l’expression génique.
- **Exemple** : Dans une cellule de l’épiderme d’oignon, le noyau est volumineux, périphérique, et clairement visible en coloration au bleu de méthylène.
- **Exercice d’application** :
Une cellule végétale observée au microscope présente un noyau de 5 µm de diamètre. Si l’agrandissement du microscope est de 400×, quelle est la taille réelle du noyau observée sur l’oculaire ?
**Correction** :
Taille réelle = Taille observée / Agrandissement
Mais ici, on connaît la taille réelle et on veut vérifier l’observation :
Taille observée = 5 µm × 400 = 2000 µm = 2 mm.
Donc, sur l’oculaire, le noyau apparaît comme une tache de 2 mm de diamètre.
*À retenir : La taille réelle d’un objet observé au microscope se calcule par : $ \text{Taille réelle} = \frac{\text{Taille observée}}{\text{Agrandissement}} $.*
#### 2. Mitochondries
- **Définition** : Organites à double membrane, site de la respiration cellulaire.
- **Propriétés** : Produisent l’ATP par phosphorylation oxydative ; possèdent leur propre ADN circulaire.
- **Exemple** : Dans les cellules de l’épithélium buccal, les mitochondries sont nombreuses et réparties dans le cytoplasme, surtout près de la membrane plasmique.
- **Exercice d’application** :
Une cellule de feuille de macabo consomme 2,5 × 10⁻¹⁸ mol d’O₂ par seconde. Sachant que la respiration complète d’une molécule de glucose consomme 6 mol d’O₂ et produit 36 mol d’ATP, quelle est la production d’ATP par seconde dans cette cellule ?
**Correction** :
Mole d’O₂ consommée par seconde = $ 2,5 \times 10^{-18} $ mol
Mole de glucose respirée par seconde = $ \frac{2,5 \times 10^{-18}}{6} = 4,17 \times 10^{-19} $ mol
Mole d’ATP produite par seconde = $ 4,17 \times 10^{-19} \times 36 = 1,5 \times 10^{-17} $ mol
En nombre de molécules : $ 1,5 \times 10^{-17} \times 6,02 \times 10^{23} = 9,03 \times 10^6 $ molécules d’ATP/seconde.
*À retenir : La respiration cellulaire suit l’équation : $ \ce{C6H12O6 + 6O2 -> 6CO2 + 6H2O + ATP} $.*
#### 3. Chloroplastes (cellules végétales uniquement)
- **Définition** : Plastes contenant la chlorophylle, site de la photosynthèse.
- **Propriétés** : Transforment l’énergie lumineuse en énergie chimique (glucose) ; possèdent leur propre ADN et ribosomes.
- **Exemple** : Dans les cellules de l’épiderme d’oignon jeune ou des feuilles de macabo, les chloroplastes sont visibles comme des corps verts aplatis, en mouvement cyclose.
- **Exercice d’application** :
Une feuille de macabo exposée à une intensité lumineuse de 500 µmol photons·m⁻²·s⁻¹ réalise une photosynthèse nette de 8 µmol CO₂·m⁻²·s⁻¹. Quel est le rendement quantique approximatif (mol CO₂ fixé / mol photons absorbés) ?
**Correction** :
Rendement quantique = $ \frac{8 \times 10^{-6}}{500 \times 10^{-6}} = 0,016 $ mol CO₂ / mol photons = 1,6 %.
*À retenir : Le rendement quantique de la photosynthèse chez les plantes C3 varie généralement entre 0,01 et 0,03 mol CO₂/mol photons.*
#### 4. Vacuole centrale
- **Définition** : Grande vésicule entourée d’un tonoplasme, remplie de solution aqueuse (sucres, sels, pigments, toxines).
- **Propriétés** : Maintient la turgescence cellulaire, stocke les réserves, participe à la dégradation (via des enzymes hydrolytiques).
- **Exemple** : Dans les cellules de l’épiderme d’oignon, la vacuole occupe plus de 80 % du volume cellulaire et contient des composés soufrés responsables de l’odeur caractéristique.
- **Exercice d’application** :
Une cellule végétale a un volume total de 10⁻⁹ m³. Si la vacuole occupe 85 % de ce volume, quelle est la concentration en ions K⁺ si la vacuole contient 0,2 mol de K⁺ ?
**Correction** :
Volume de la vacuole = $ 0,85 \times 10^{-9} = 8,5 \times 10^{-10} $ m³ = $ 8,5 \times 10^{-7} $ L
Concentration = $ \frac{0,2 \text{ mol}}{8,5 \times 10^{-7} \text{ L}} = 2,35 \times 10^5 $ mol/L → **235 000 M** → *erreur d’unité*
Correction : 0,2 mol dans 8,5 × 10⁻⁷ L → $ \frac{0,2}{8,5 \times 10^{-7}} = 235 294 $ mol/L → **2,35 × 10⁵ M** → encore irréaliste.
**Reformulation réaliste** :
Supposons que la vacuole contient 0,2 mmol de K⁺ = $ 2 \times 10^{-4} $ mol.
Alors concentration = $ \frac{2 \times 10^{-4}}{8,5 \times 10^{-7}} = 235 $ mol/L → encore trop élevé.
**Valeur physiologique réelle** : [K⁺] dans la vacuole ≈ 100–200 mM.
Donc, si volume vacuole = $ 8,5 \times 10^{-10} $ m³ = $ 8,5 \times 10^{-7} $ L,
alors quantité de K⁺ = $ 0,15 \text{ mol/L} \times 8,5 \times 10^{-7} \text{ L} = 1,275 \times 10^{-7} $ mol = 0,1275 µmol.
*À retenir : La vacuole maintient la turgescence par accumulation d’ions (K⁺, Cl⁻) et de solutés solubles, générant une pression osmotique qui s’oppose à la perte d’eau.*
#### 5. Réticulum endoplasmique (RE) lisse et rugueux
- **Définition** : Réseau de membranes rattaché au noyau.
- RE rugueux : parsemé de ribosomes → synthèse des protéines sécrétées ou membranaires.
- RE lisse : synthèse des lipides, detoxification, stockage du Ca²⁺.
- **Exemple** : Dans les cellules de l’épithélium buccal, le RE rugueux est abondant pour produire des protéines mucines sécrétées dans la salive.
- **Exercice d’application** :
Une cellule sécrète 10⁶ molécules d’une protéine par heure. Chaque protéine comporte 300 acides aminés. Combien d’acides aminés sont utilisés par seconde pour cette synthèse ?
**Correction** :
Protéines/seconde = $ \frac{10^6}{3600} \approx 278 $ molécules/s
Acides aminés/seconde = $ 278 \times 300 = 83 400 $
*À retenir : La synthèse des protéines suit le flux : ADN → ARN → ribosomes (RE rugueux) → protéine.*
#### 6. Appareil de Golgi
- **Définition** : Pile de saccules membranaires modifiant, triant et expédiant les protéines et lipides.
- **Propriétés** : Glycosylation, phosphorylation, formation des lysosomes et des vésicules sécrétoires.
- **Exemple** : Dans les cellules végétales, il participe à la formation de la paroi cellulaire (secrétion de pectines et hémicelluloses).
- **Exercice d’application** :
Une vésicule provenant du RE rugueux contient 500 molécules d’une protéine non glycosylée. Après passage dans l’appareil de Golgi, chaque protéine acquiert 3 chaînes d’oligosaccharides. Combien de chaînes d’oligosaccharides sont ajoutées au total ?
**Correction** :
$ 500 \times 3 = 1500 $ chaînes d’oligosaccharides ajoutées.
*À retenir : L’appareil de Golgi modifie les protéines en ajoutant des groupes glucidiques (glycosylation), essentiels à leur stabilité et reconnaissance.*
#### 7. Lysosomes (cellules animales) / Vacuoles contenant des enzymes hydrolytiques (cellules végétales)
- **Définition** : Vésicules contenant des enzymes hydrolytiques (protéases, nucléases, lipases) actives en milieu acide.
- **Propriétés** : Digestion intracellulaire, autophagie, dégradation des composants endommagés.
- **Exemple** : Dans le frottis sanguin, les lysosomes des neutrophiles contiennent des myeloperoxydases pour détruire les bactéries phagocytées.
- **Exercice d’application** :
Un lysosome contient une protease active à pH 4,5. Si le pH du cytoplasme est 7,2, pourquoi l’enzyme ne digère-t-elle pas les composants cellulaires ?
**Correction** :
Parce que le pH neutre du cytoplasme (7,2) inhibe l’activité de l’enzyme, qui nécessite un milieu acide (pH < 5) pour être active. Le lysosome maintient son pH acide grâce à une pompe à protons (V-ATPase) dans sa membrane.
*À retenir : Les lysosomes sont protégés par une membrane qui maintient un pH acide interne, empêchant la dégradation du cytoplasme.*
#### 8. Ribosomes
- **Définition** : Particules ribonucléoprotéiques (ARNr + protéines) site de la traduction.
- **Propriétés** : Libres dans le cytoplasme ou rattachés au RE rugueux.
- **Exemple** : Dans les cellules de l’épiderme d’oignon, les ribosomes libres synthétisent des enzymes cytosoliques impliquées dans la métabolisme des sucres.
- **Exercice d’application** :
Un ribosome traduit un ARN messager de 900 nucléotides. Combien d’acides aminés contient la protéine produite ?
**Correction** :
Chaque codon = 3 nucléotides → nombre de codons = $ \frac{900}{3} = 300 $ → 300 acides aminés (en supposant un codon start et un stop inclus dans les 900 nt).
*À retenir : Le code génétique est triplet : 3 nucléotides codent pour 1 acide aminé.*
#### 9. Cytosquelette (microtubules, microfilaments, filaments intermédiaires)
- **Définition** : Réseau de protéines structurales assurant la forme, le mouvement et le transport intracellulaire.
- **Propriétés** : Microtubules (tubuline) : mitose, déplacement des vésicules ; microfilaments (actine) : contraction, changement de forme ; filaments intermédiaires : résistance mécanique.
- **Exemple** : Dans les cellules de l’épithélium buccal, l’actine permet la mobilité et la phagocytose ; dans les cellules végétales, les microtubules guident la synthèse de la cellulose.
- **Exercice d’application** :
Un microtubule mesure 25 nm de diamètre et est constitué de 13 protofilaments. Chaque protofilament est formé de dimères αβ-tubuline espacés de 8 nm. Quelle est la longueur d’un dimère tubuline le long du microtubule ?
**Correction** :
Le pas répétitif du microtubule est de 8 nm → cela correspond à la longueur d’un dimère αβ-tubuline le long de l’axe du microtubule.
*À retenir : La longueur de répétition structurale d’un microtubule est de 8 nm, correspondant à un dimère de tubuline.*
#### 10. Membrane plasmique
- **Définition** : Bicouche lipidique contenant des protéines intégrales et périphériques, régulant les échanges avec le milieu extérieur.
- **Propriétés** : Sélectivement perméable ; site de la transduction du signal (récepteurs, canaux, pompes).
- **Exemple** : Dans les cellules de l’épiderme d’oignon, les canaux aquaporines facilitent le passage de l’eau ; dans les cellules végétales, les pompes H⁺-ATPase maintiennent le potentiel membranaire.
- **Exercice d’application** :
Une pompe H⁺-ATPase hydrolyse 100 molécules d’ATP par seconde. Chaque ATP hydrolyse permet le transport de 2 protons (H⁺) hors de la cellule. Quel est le débit de protons transportés par seconde ?
**Correction** :
$ 100 \times 2 = 200 $ ions H⁺/seconde.
*À retenir : La pompe H⁺-ATPase des plantes utilise l’énergie de l’ATP pour extruder des protons, créant un gradient électrochimique utilisé pour le secondaire transport de nutriments (H⁺-symport).*
---
## II. Séance 36 : Apprentissage de l’intégration
> **L’intégration en biologie désigne la capacité à relier des connaissances provenant de différents niveaux d’organisation (moléculaire, cellulaire, tissulaire, organique, organisme, écosystème) pour expliquer un phénomène complexe.**
Cette séance ne présente pas de nouveaux contenus factuels, mais développe une **méthodologie** : comment passer de l’observation microscopique d’une cellule à l’explication d’un phénomène physiologique global comme la détérioration des fruits après récolte.
### A. De l’observation cellulaire à la compréhension du phénomène de sénescence des fruits
Après récolte, le fruit reste un organe vivant. Ses cellules continuent de métaboliser : elles respirent, produisent de l’éthylène, dégradent leurs parois, perdent de l’eau. Ces processus sont directement liés à l’activité des organites étudiés en Séance 3.
- **Respiration accrue** → augmentation de l’activité mitochondriale → consommation de O₂ et production de CO₂, chaleur, et radicaux libres → endommagement des membranes et de l’ADN.
- **Production d’éthylène** → synthèse dans le réticulum endoplasmique et l’appareil de Golgi à partir de l’acide aminométhionine (via l’ACC synthase et l’ACC oxydase, enzymes nécessitant du Cu²⁺ et de l’ascorbate) → diffusion dans les tissus → activation de gènes liés à la maturation (via des récepteurs membranaires et une cascade de transduction du signal impliquant des protéines G et des kinases).
- **Dégradation des parois cellulaires** → sécrétion d’enzymes hydrolytiques (polygalacturonases, pectinases, cellulases) via le système sécrétoire (RE rugueux → Golgi → vésicules) → perte de fermeté → flétrissement.
- **Perte d’eau** → diminution de la turgescence vacuolaire → baisse de la pression osmotique → plasmolyse → flétrissement visible.
- **Sénescence et mort cellulaire** → activation de voies apoptosiques (chez les plantes, appelée mort cellulaire programmée) → libération d’enzymes lysosomales/vacuolaires → autodigestion des contenus cellulaires → brunissement (oxydation des phénols par les polyphénoloxydases, stockées dans les vacuoles et libérées lors de la dégradation de la vacuole).
### B. Stratégies de conservation fondées sur la compréhension cellulaire
Les techniques de conservation visent à **ralentir ou inhiber** les processus métaboliques responsables de la détérioration, en agissant sur les organites ou leurs produits :
| Stratégie | Mécanisme d’action | Organite/cible principale | Effet sur la conservation |
|----------|---------------------|----------------------------|----------------------------|
| Réfrigération (0–5 °C) | Diminution de l’énergie cinétique → ralentissement des réactions enzymatiques | Mitochondries (respiration), enzymes cytosoliques | Réduction de la respiration de 2 à 3 fois par 10 °C de baisse (règle de Q₁₀ ≈ 2–3) |
| Atmosphère contrôlée (faible O₂, élevé CO₂) | Inhibition de la respiration aérobie ; modulation de la synthèse d’éthylène | Mitochondries, systèmes de perception de l’éthylène | Diminution de la production d’éthylène et de la sensibilité à l’éthylène |
| Traitement à l’1-MCP (éthylène bloquant) | Blocage des récepteurs d’éthylène membranaires | Récepteurs membranaires (étreticulum plasmique) | Empêche l’activation de la cascade de maturation |
| Traitement à l’acide ascorbique | Réduction des radicaux libres ; cofacteur de l’ACC oxydase | Cytosol, chloroplastes | Limite le stress oxydatif ; modère la production d’éthylène |
| Édulcoration ou trempage dans des solutions calciques | Renforcement de la paroi cellulaire (cross-linking des pectines) | Appareil de Golgi, paroi cellulaire | Réduit l’activité des polygalacturonases ; maintient la fermeté |
| Irradiation faible dose (UV-C) | Induction de réponses de défense (production de phytoalexines, augmentation des enzymes antioxydantes) | Noyau (expression génique), peroxysomes | Augmente la résistance aux pathogènes et retarde la sénescence |
### C. Exemple intégré : Conservation de la mangue au Cameroun
Au Cameroun, la mangue (*Mangifera indica*) est produite en abondance de mars à juin, mais plus de 50 % est perdue après récolte.
- **Problème** : Après cueillette, la mangue augmente sa respiration de 3 à 5 fois en 24h (pic climactérique), produit de l’éthylène (jusqu’à 100 µL·kg⁻¹·h⁻¹), ramollit rapidement (perte de fermeté en 2–3 jours à 25 °C).
- **Application des connaissances cellulaires** :
- La forte activité mitochondriale explique la chaleur dégagée et la consommation rapide des réserves de sucre.
- L’éthylène est synthétisé dans le RE et l’appareil de Golgi à partir de la méthionine ; son action nécessite des récepteurs membranaires et une transduction via des kinases (ex. CTR1, EIN2).
- La perte de fermeté résulte de la sécrétion de polygalacturonases par le système sécrétoire (RE → Golgi → vésicules) qui hydrolysent les pectines de la paroi cellulaire.
- Le brunissement du noyau est dû à l’oxydation des phénols par les polyphénoloxydases libérées lors de la vacuololyse.
- **Solution intégrée** :
1. **Récolte tôt le matin** → réduction de la chaleur initiale.
2. **Trempage dans une solution d’acide ascorbique (0,5 %) + CaCl₂ (1 %)** → l’acide ascorbique réduit les radicaux libres et modère l’éthylène ; le Ca²⁺ renforce la paroi cellulaire.
3. **Stockage en atmosphère contrôlée (5 % O₂, 5 % CO₂, 12 °C)** → ralentit la respiration et inhibe la synthèse d’éthylène.
4. **Emballage dans des sacs perforés à faible perméabilité** → crée une micro-atmosphère modifiée naturellement.
5. **Résultat** : Durée de conservation portée de 3 à 10–14 jours avec maintien de la qualité organoleptique.
---
## Synthèse du chapitre (liste structurée)
- La cellule végétale possède des organites spécifiques (paroi cellulaire, vacuole centrale, chloroplastes) absents chez l’animal, tandis que les lysosomes sont plus caractéristiques des cellules animales (chez les végétaux, les fonctions lysosomales sont assurées par la vacuole).
- Le noyau contrôle l’expression des gènes impliqués dans la maturation (ex. gènes de l’ACC synthase, des polygalacturonases).
- Les mitochondries sont le siège de la respiration cellulaire ; leur activité augmente après récolte, produisant de l’ATP, de la chaleur et des radicaux libres.
- Les chloroplastes, bien que moins actifs dans les fruits mous, contribuent au métabolisme énergétique des tissus verts (pédoncule, feuilles adjacentes).
- La vacuole centrale stocke l’eau, les ions, les pigments et les enzymes hydrolytiques ; sa dégradation libère des composés responsables du brunissement et de la molle.
- Le réticulum endoplasmique et l’appareil de Golgi sont essentiels à la synthèse, la modification et la sécrétion des protéines impliquées dans la maturation (enzymes de paroi, récepteurs d’éthylène).
- Les ribosomes traduisent les ARN messagers codant pour les enzymes de dégradation (polygalacturonases, pectinases) et de défense (phytoalexines).
- Le cytosquelette (microtubules, actine) participe au déplacement des vésicules sécrétoires et à la réponse au stress.
- La membrane plasmique régule les échanges gazeux (O₂, CO₂, éthylène), l’absorption d’eau et d’ions, et la transduction du signal (récepteurs d’éthylène, canaux ioniques).
- L’intégration (Séance 36) permet de relier ces mécanismes cellulaires aux phénomènes observés à l’échelle du fruit : respiration, production d’éthylène, perte de fermeté, brunissement, sénescence.
- Les stratégies de conservation (réfrigération, atmosphère contrôlée, traitements chimiques, emballage) agissent en ciblant spécifiquement un ou plusieurs organites ou leurs produits pour ralentir la sénescence post-récolte.
- Une approche intégrée, combinant plusieurs leviers (température, atmosphère, traitements chimiques), est plus efficace qu’une seule mesure isolée.
- La compréhension des mécanismes cellulaires permet d’adapter les techniques de conservation aux spécificités des fruits locaux (mangue, papaye, avocat) et aux conditions climatiques du Cameroun.
---
## Glossaire
- **ATP** : Adénosine triphosphate, molécule fournissant l’énergie pour les réactions cellulaires.
- **ACC synthase** : Enzyme clé de la biosynthèse de l’éthylène, catalysant la conversion de la S-adénosylméthionine en ACC.
- **ACC oxydase** : Enzyme cuivre-dépendante convertissant l’ACC en éthylène, nécessitant de l’ascorbate comme cofacteur.
- **Paroi cellulaire** : Structure rigide entourant la membrane plasmique des cellules végétales, composée principalement de cellulose, hémicellulose et pectines.
- **Vacuole centrale** : Grande vésicule remplie de liquide contenant des ions, des sucres, des pigments et des enzymes hydrolytiques ; maintient la turgescence.
- **Reticulum endoplasmique rugueux (RE rugueux)** : Partie du RE parsemée de ribosomes, site de synthèse des protéines destinées à la sécrétion ou à l’incorporation membranaire.
- **Appareil de Golgi** : Pile de saccules membranaires modifiant, triant et expédiant les protéines et lipides synthétisés au RE.
- **Lysosome** : Vésicule membranaire contenant des enzymes hydrolytiques actives en milieu acide, impliquée dans la dégradation intracellulaire.
- **Polygalacturonase** : Enzyme hydrolytique qui dégrade les pectines de la paroi cellulaire, contribuant au ramollissement des fruits.
- **Éthylène** : Hormone végétale gazeuse (C₂H₄) régulant la maturation, la sénescence et la réponse au stress.
- **Turgescence** : État de tension de la membrane plasmique dû à l’entrée d’eau dans la vacuole, conférant rigidité aux cellules végétales.
- **Q₁₀** : Coefficient mesurant l’effet de la température sur la vitesse d’une réaction biologique ; ici, facteur d’augmentation de la respiration par 10 °C de hausse.
Quiz du chapitre
12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.