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Chapitre 49

Séquence 9 : Les catastrophes

Lecture : 19 minQuiz de 12 questions

# Séquence 9 : Les catastrophes ## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À l’issue de ce chapitre, l’élève sera capable de : - Définir précisément ce qu’est une catastrophe naturelle ou technologique et en distinguer les catégories selon leur origine, leur intensité et leur fréquence. - Expliquer les principes de la gestion des catastrophes : prévision, prédiction et prévention, en identifiant les acteurs, les outils et les limites de chaque étape. - Analyser comment les connaissances scientifiques permettent l’intégration des risques dans les politiques publiques, l’aménagement du territoire et les comportements individuels et collectifs. - Appliquer des méthodes d’évaluation de risque simples à des cas concrets (séismes, inondations, glissements de terrain, accidents industriels). - Élaborer un schéma de réponse adapté à un scénario de catastrophe donné, en intégrant les dimensions techniques, sociales et institutionnelles. **Prérequis** : - Connaissances de base en géologie externe (séismes, volcanisme, érosion) et interne (tectonique des plaques). - Notions de météorologie (pressions, fronts, précipitations extrêmes). - Bases de la chimie (substances dangereuses, réactions exothermiques) et de la physique (ondes, énergie cinétique, pression). - Lecture de cartes topographiques et thématiques (altitude, hydrographie, occupation des sols). - Notions de probabilité élémentaire (fréquence, retour de période). - Compréhension du fonctionnement des institutions publiques (État, collectivités locales, protection civile). --- ## Introduction Les catastrophes représentent des événements extrêmes, soudains ou progressifs, qui dépassent la capacité d’adaptation d’une communauté ou d’un système écologique, entraînant des pertes humaines, matérielles, environnementales ou économiques significatives. Elles ne sont pas uniquement des phénomènes naturels : leur impact dépend fortement de la vulnérabilité des sociétés exposées, de leur préparation et de leur résilience. En Terminale, l’étude des catastrophes s’inscrit dans une approche systémique : il ne s’agit pas seulement de décrire les phénomènes physiques, mais de comprendre comment les sciences permettent d’anticiper, d’atténuer et de répondre à ces événements, en intégrant les dimensions techniques, sociales, économiques et institutionnelles. Ce chapitre vise à doter l’élève d’un cadre d’analyse rigoureux, fondé sur des définitions claires, des classifications opérationnelles et des outils de gestion éprouvés, afin de développer une pensée critique face aux risques majeurs qui menacent les territoires camerounais et mondiaux. --- ## I. Séance 31 : Définition et classification des catastrophes ### A. Définition précise d’une catastrophe > Une catastrophe est un événement soudain ou progressif, d’origine naturelle ou technologique, qui provoque des dommages graves et généralisés aux personnes, aux biens, à l’environnement ou aux moyens de subsistance, dépassant largement la capacité d’adaptation locale et nécessitant une intervention extérieure coordonnée. Cette définition repose sur trois critères cumulatifs : 1. **Gravité des impacts** : pertes humaines (blessés, morts), dommages matériels (habitations, infrastructures), dégradation environnementale (pollution, perte de biodiversité), perturbation socio-économique (arrêt d’activités, déplacement de populations). 2. **Dépassement de la capacité locale** : les ressources locales (secouristes, médicaments, abris, nourriture) sont insuffisantes sans aide extérieure. 3. **Origine identifiable** : naturelle (séisme, inondation, cyclone) ou technologique (accident industriel, fuite de produit chimique, effondrement de barrage). Il est essentiel de distinguer la **phénoménologie** (le phénomène physique en lui-même) de la **catastrophe** (son impact sur les systèmes humains). Un séisme de magnitude 7 dans un désert inhabité n’est pas une catastrophe ; le même séisme dans une ville densément peuplée avec des constructions vulnérables l’est. ### B. Classification des catastrophes Les catastrophes peuvent être classées selon deux axes principaux : l’origine et la dynamique temporelle. #### 1. Selon l’origine | Catégorie | Définition | Exemples concrets | |----------|------------|-------------------| | **Naturelles** | Phénomènes issus de processus géophysiques, hydrométéorologiques ou biologiques, sans intervention humaine directe dans leur déclenchement. | Séismes, volcans, tsunamis, inondations, cyclones, sécheresses, glissements de terrain, épidémies (ex. : choléra, Ebola). | | **Technologiques** | Accidents résultant d’une défaillance humaine, technique ou organisationnelle dans des systèmes industriels, énergétiques ou de transport. | Explosions d’usines (ex. : AZF Toulouse 2001), fuites de gaz toxiques (ex. : Bhopal 1984), accidents nucléaires (ex. : Tchernobyl 1986, Fukushima 2011), effondrements de barrages, incendies de sites de stockage. | | **Socio-naturelles** | Phénomènes naturels dont l’intensité ou l’impact est aggravé par des facteurs humains (déforestation, urbanisation inadaptée, changement climatique). | Inondations aggravées par l’artificialisation des sols, glissements de terrain dus à la déforestation, incendies de forêt favorisés par la sécheresse et l’activité humaine. | > À retenir : Une catastrophe n’est jamais « purement naturelle » dans son impact : elle résulte toujours de l’interaction entre un aléa (phénomène dangereux) et une vulnérabilité (exposition + fragilité des systèmes humains). #### 2. Selon la dynamique temporelle | Type | Caractéristiques | Exemples | |------|------------------|----------| | **Soudaines** | Déclenchement brutal, préavis très court (secondes à heures), impact immédiat et localisé. | Séismes, explosions industrielles, tsunamis, glissements de terrain rapides. | | **Progressives** | Développement lent (jours à années), préavis souvent possible, impact cumulatif et étendu. | Sécheresses, montée du niveau de la mer, dégradation des sols, épidémies lentes (ex. : VIH/SIDA dans certains contextes). | | **Récurrentes** | Répétition périodique ou saisonnière, permettant une anticipation basée sur l’historique. | Inondations saisonnières (ex. : fleuve Logone au Cameroun), cyclones tropicaux, saisons de feux de forêt. | #### 3. Selon l’échelle spatiale et temporelle | Échelle | Description | Exemple | |--------|-------------|---------| | **Locale** | Impact limité à un village, un quartier ou une commune. | Effondrement d’un pont local après une inondation. | | **Régionale** | Impact sur plusieurs départements ou une zone géographique homogène. | Inondation du bassin du Logone-Chari affectant le Nord et l’Extrême-Nord du Cameroun. | | **Nationale** | Impact sur tout ou partie du territoire national, nécessitant une coordination centrale. | Épidémie de choléra au Cameroun en 2010–2012. | | **Internationale** | Impact transfrontalier, nécessitant une coopération multilatérale. | Tsunami de l’océan Indien 2004 (affectant 14 pays). | > À retenir : La classification permet d’adapter les stratégies de gestion : une inondation soudaine nécessite une alerte précoce et une évacuation rapide ; une sécheresse progressive appelle des mesures d’adaptation agricole et de gestion de l’eau sur le long terme. ### C. Exercices d’application corrigés **Exercice 1** : Un glissement de terrain se produit après de fortes pluies dans un village de l’Ouest du Cameroun. Il détruit 15 maisons, fait 3 morts et 12 blessés. Le village dispose d’un poste de santé de base, mais pas de service de réanimation. Les secours nationaux arrivent 24h après l’événement. **Question** : Cet événement constitue-t-il une catastrophe ? Justifiez en utilisant les trois critères de la définition. **Corrigé** : Oui, cet événement est une catastrophe. - **Gravité** : 3 morts, 12 blessés, 15 maisons détruites → impacts humains et matériels significatifs. - **Dépassement de la capacité locale** : le poste de santé ne peut pas prendre en charge les blessés graves (manque de réanimation, de sang, de spécialistes) ; l’aide extérieure est nécessaire après 24h. - **Origine identifiable** : phénomène naturel (glissement de terrain déclenché par des pluies intenses sur un sol fragilisé, possiblement lié à la déforestation ou à des pratiques agricoles inadaptées). → Les trois critères sont remplis. **Exercice 2** : Classifiez les événements suivants selon leur origine et leur dynamique temporelle : a) Une fuite de chlore dans une usine de traitement d’eau à Yaoundé, détectée après 2 heures, provoquant des irritations respiratoires chez 50 riverains. b) Une sécheresse qui dure depuis 18 mois dans la région du Nord, réduisant de 60% les rendements agricoles et poussant des familles à migrer vers les villes. c) Un séisme de magnitude 6,2 qui frappe la région de l’Adamaoua, provoquant l’effondrement de deux écoles et faisant 8 morts. **Corrigé** : a) Origine : **technologique** (défaillance dans un système industriel). Dynamique : **soudaine** (fuite détectée après 2h, impact immédiat). b) Origine : **socio-naturelle** (sécheresse naturelle aggravée par l’overgrazing, la déforestation et l’absence de politiques d’adaptation). Dynamique : **progressive** (développement sur 18 mois, impact cumulatif). c) Origine : **naturelle** (séisme lié à la tectonique des plaques). Dynamique : **soudaine** (impact en secondes à minutes). --- ## II. Séance 32 : La gestion des catastrophes (prévision, prédiction, prévention) La gestion des catastrophes ne se limite pas à la réaction après l’événement. Elle s’inscrit dans un cycle continu composé de quatre phases : **prévention / atténuation**, **préparation**, **réponse** et **récupération / reconstruction**. Cette séance se concentre sur les trois premières étapes liées à la connaissance et à l’anticipation : prévision, prédiction et prévention. ### A. Prévention : réduire l’aléa ou la vulnérabilité > La prévention désigne l’ensemble des mesures visant à réduire soit la probabilité d’occurrence d’un aléa (lorsque c’est possible), soit la vulnérabilité des systèmes exposés, afin de diminuer le risque de catastrophe. Il existe deux types de prévention : 1. **Prévention primaire (ou atténuation de l’aléa)** : agir sur le phénomène lui-même pour en réduire l’intensité ou la fréquence. - Possible uniquement pour certains aléas d’origine humaine ou influencés par l’homme. - Exemples : - Réduction des émissions de gaz à effet de serre pour atténuer le changement climatique et donc les événements extrêmes (cyclones, sécheresses). - Stabilisation des pentes par reboisement, génie végétal ou ouvrages de soutènement pour réduire les glissements de terrain. - Contrôle strict des installations industrielles (normes de sécurité, entretien, formation) pour prévenir les accidents technologiques. - Gestion des bassins versants (digues, bassins de rétention, zones d’expansion des crues) pour réduire l’intensité des inondations. - Limite : On ne peut pas prévenir un séisme ou une éruption volcanique ; on ne peut que réduire leur impact via la vulnérabilité. 2. **Prévention secondaire (ou réduction de la vulnérabilité)** : agir sur les systèmes exposés pour les rendre moins sensibles aux aléas. - Toujours possible, indépendamment de l’origine de l’aléa. - Exemples : - Construction parasismique : normes de conception (armature, fondations souples, murs porteurs) pour résister aux séismes. - Élévation des habitations au-dessus du niveau des crues connues (ex. : maisons sur pilotis dans les zones inondables du Logone). - Sensibilisation et formation de la population aux gestes de secours (premiers secours, évacuation). - Élaboration de plans d’urgence communaux (PCS) et de plans particuliers d’intervention (PPI) autour des sites à risque (usines chimiques, barrages). - Diversification des cultures et utilisation de semences résistantes à la sécheresse en agriculture. - Surveillance et entretien des ouvrages de protection (barrages, digues, canaux). > À retenir : La prévention est la mesure la plus efficace et la moins coûteuse à long terme. Investir 1 euro en prévention permet d’économiser jusqu’à 7 euros en réponse et récupération (source : ONU-RDC, adapté aux contextes africains). ### B. Prévision : estimer la probabilité d’occurrence d’un aléa > La prévision consiste à estimer, à partir de l’observation historique et de modèles statistiques, la probabilité qu’un événement dangereux se produise dans un lieu et un délai donnés, sans préciser son moment exact. Elle repose sur l’analyse des **retours de période** et des **fréquences historiques**. - **Retour de période (T)** : temps moyen entre deux événements d’une intensité donnée ou supérieure. Exemple : Une inondation ayant un retour de période de 50 ans signifie qu’en moyenne, un tel événement se produit une fois tous les 50 ans. - La probabilité annuelle d’occurrence est : $$ P = \frac{1}{T} $$ Pour T = 50 ans → $ P = \frac{1}{50} = 0,02 $ soit 2% par an. - Attention : cela ne signifie pas qu’il se produit exactement tous les 50 ans ; il peut y avoir deux événements rapprochés puis un long intervalle. C’est une moyenne statistique. - **Fréquence annuelle** : nombre moyen d’événements par an. Si T = 25 ans → fréquence = $ \frac{1}{25} = 0,04 $ événement/an. - **Probabilité sur n années** : $$ P_n = 1 - (1 - P)^n $$ Exemple : Probabilité d’avoir au moins une inondation de retour de période 50 ans sur 20 ans : $$ P_{20} = 1 - \left(1 - \frac{1}{50}\right)^{20} = 1 - (0,98)^{20} \approx 1 - 0,667 = 0,333 \quad \text{(33,3%)} $$ > À retenir : La prévision ne dit pas « quand » l’événement aura lieu, mais « quelle est la chance qu’il arrive ». Elle est fondamentale pour dimensionner les ouvrages de protection (ex. : un barrage conçu pour résister à une crue de retour de période 100 ans) et pour établir les cartes d’aléa. **Exercice d’application** : Dans la région du Littoral au Cameroun, les données historiques montrent qu’une inondation majeure (débordement du fleuve Wouri au-delà de 12 m) s’est produite 4 fois en 100 ans. **Question** : a) Quel est le retour de période estimé de cette inondation ? b) Quelle est la probabilité annuelle d’occurrence ? c) Quelle est la probabilité d’avoir au moins une telle inondation sur les 30 prochaines années ? **Corrigé** : a) Retour de période $ T = \frac{100 \text{ ans}}{4} = 25 $ ans. b) Probabilité annuelle $ P = \frac{1}{T} = \frac{1}{25} = 0,04 $ → 4% par an. c) Probabilité sur 30 ans : $$ P_{30} = 1 - (1 - 0,04)^{30} = 1 - (0,96)^{30} $$ Calcul : $ 0,96^{30} \approx 0,293 $ → $ P_{30} = 1 - 0,293 = 0,707 $ → **70,7%**. ### C. Prédiction : estimer le moment et l’emplacement d’un événement imminent > La prédiction consiste à estimer, à partir d’observations en temps réel ou de précurseurs mesurables, la probabilité qu’un événement dangereux se produise dans un lieu précis et dans un délai court (minutes à jours), permettant une alerte précoce. Elle est possible uniquement pour certains aléas présentant des signes précurseurs détectables. | Aléa | Précurseurs détectables | Méthodes de prédiction | Délai d’alerte typique | |------|--------------------------|------------------------|------------------------| | **Éruption volcanique** | Augmentation des séismes locaux, déformation du sol (inclinomètres, GPS), variations des émissions de gaz (SO₂, CO₂), changements de la température du lac de cratère. | Surveillance sismique, déformation géodésique, gazéochimie, thermique. | Heures à jours (parfois semaines). | | **Inondation** | Précipitations intenses mesurées par radars et pluviomètres, montée rapide des niveaux des rivières (stations limnimétriques), saturation des sols. | Modèles hydrologiques en temps réel (ex. : modèle TOPMODEL), prévisions météorologiques numériques. | Quelques heures à 1-2 jours (selon la taille du bassin). | | **Glissement de terrain** | Fissures dans le sol ou les bâtiments, inclinaison anormale des arbres ou poteaux, écoulements d’eau inhabituels, mouvements lents détectés par inclinomètres ou extensomètres. | Surveillance géotechnique, InSAR (radar interférométrique), mesures de pression interstitielle. | Quelques heures à quelques jours (si mouvements lents précurseurs). | | **Cyclone tropical** | Formation d’une dépression tropicale, intensification des vents mesurés par satellites et avions de reconnaissance, baisse de la pression centrale. | Surveillance satellitaire (infrarouge, micro-ondes), modèles de prévision numérique (ex. : modèle ECMWF, GFS). | 3 à 5 jours avant l’impact sur les côtes. | | **Séisme** | Aucun précurseur fiable et universellement accepté n’a été démontré à ce jour. Certaines anomalies (gaz, conductivité électrique, comportement animal) sont étudiées mais non validées pour une prédiction opérationnelle. | Surveillance sismique (pour l’alerte précoce après déclenchement, pas pour la prédiction). | **Pas de prédiction fiable possible actuellement**. | > À retenir : La prédiction sauve des vies lorsqu’elle est possible et fiable. Elle déclenche les procédures d’alerte (sirènes, SMS, médias) et d’évacuation préventive. Son échec ou son absence peut avoir des conséquences dramatiques (ex. : manque d’alerte avant le tsunami de 2004 dans certaines régions). **Exercice d’application** : Une station limnimétrique sur le fleuve Sanaga enregistre une montée rapide du niveau d’eau : de 4,2 m à 6,8 m en 3 heures. Le seuil d’alerte pour inondation est fixé à 6,0 m. **Question** : a) Quel est le débit d’augmentation du niveau d’eau ? b) À quel moment le seuil d’alerte a-t-il été franchi ? c) Si le temps de réponse nécessaire pour évacuer un village situé en aval est de 90 minutes, y a-t-il eu suffisamment de temps pour agir ? **Corrigé** : a) Débit d’augmentation = $ \frac{6,8 - 4,2}{3} = \frac{2,6}{3} \approx 0,87 $ m/h. b) Temps pour atteindre 6,0 m depuis 4,2 m : $$ \Delta h = 6,0 - 4,2 = 1,8 \text{ m} \quad \rightarrow \quad t = \frac{1,8}{0,87} \approx 2,07 \text{ h} \approx 2 \text{ h } 4 \text{ min} $$ Le seuil a été franchi environ 2 heures et 4 minutes après le début de la montée. c) Temps disponible entre franchissement du seuil et besoin d’évacuer : On suppose que la montée continue et que le pic n’est pas encore atteint. Le temps disponible pour agir est le temps entre le franchissement du seuil et l’arrivée du pic dangereux. Comme on ne connaît pas le pic, on considère le pire scénario : il faut évacuer avant que le niveau ne devienne critique. Cependant, comme le seuil d’alerte est déjà franchi, et que le temps de réponse nécessaire est 90 min = 1,5 h, on vérifie si il reste au moins 1,5 h avant un niveau critique. Comme on ne connaît pas le niveau critique, on suppose que le seuil d’alerte (6,0 m) est déjà un niveau nécessitant une préparation. En pratique, les systèmes d’alerte sont déclenchés au franchissement du seuil d’alerte. Le temps écoulé depuis le début de la montée jusqu’au franchissement du seuil est de ~2h04. Si la montée a commencé il y a 2h04, et qu’il faut 1h30 pour évacuer, alors il reste : Temps écoulé depuis le début : 2h04 → temps restant avant un niveau potentiellement critique dépend de la poursuite de la montée. Comme la montée est rapide (0,87 m/h), et qu’on ne connaît pas la limite, on ne peut garantir la sécurité. Cependant, **si le seuil d’alerte est conçu pour déclencher l’évacuation**, alors le fait qu’il ait été franchi signifie que l’alerte a été ou devrait être donnée. Le délai de 90 min est raisonnable pour une évacuation locale si l’alerte est donnée immédiatement. Puisque le seuil a été franchi il y a ~2h04, et qu’on suppose que l’alerte a été donnée à ce moment-là, alors il y a eu **plus de 90 min** pour agir → **oui, il y a eu suffisamment de temps**, à condition que l’alerte ait été donnée et reçue. → Réponse : Oui, si l’alerte a été donnée au franchissement du seuil (après ~2h04), alors il restait plus de 90 min avant un niveau potentiellement critique (en supposant que la montée continue à ce rythme, le niveau atteindrait 6,0 + 0,87*1,5 = 7,3 m après 1h30 de plus, ce qui est dangereux mais l’évacuation aurait pu être faite avant). → Donc : **Oui, il y a eu suffisamment de temps pour agir**, à condition que l’alerte ait été déclenchée et relayée efficacement. ### D. Limites et défis de la gestion préventive - **Incertitude scientifique** : impossibilité de prédire les séismes ; limites des modèles climatiques à l’échelle locale. - **Coût et financement** : les mesures de prévention (digues, normes parasismiques) nécessitent des investissements lourds, souvent difficiles à mobiliser dans les contextes à ressources limitées. - **Gouvernance et coordination** : fragmentation des responsabilités entre ministères, collectivités, opérateurs privés ; manque de plans d’urgence intégrés. - **Perception du risque** : tendance à sous-estimer les risques rares mais graves (biais de normalité) ou à surestimer les risques médiatiques. - **Équité sociale** : les populations les plus pauvres sont souvent les plus exposées et les moins capables d’investir dans la prévention (ex. : habitats précaires en zones inondables). - **Changement climatique** : modification des fréquences et intensités des aléas historiques, rendant les données du passé moins fiables pour la prévision. > À retenir : Une gestion efficace des catastrophes nécessite une approche intégrée, fondée sur la science, la participation communautaire, l’équité et l’engagement politique à long terme. ### E. Exercices d’application corrigés **Exercice 3** : Une usine de stockage de produits chimiques située près d’un fleuve prévoit de construire une digue de protection contre les crues. Les données historiques montrent que la crue maximale enregistrée en 50 ans est de 8,5 m. Le bureau d’études propose de dimensionner la digue pour une crue de retour de période 100 ans. **Question** : a) En supposant une loi de distribution exponentielle simplifiée (valable pour certaines régions), la crue de retour de période 100 ans est environ 1,2 fois celle de retour de période 50 ans. Quelle hauteur de digue faut-il prévoir ? b) Si une crue exceptionnelle atteint 10,2 m, quel est le risque pour l’usine ? c) Proposez une mesure de prévention complémentaire à la digue. **Corrigé** : a) Hauteur de digue = $ 1,2 \times 8,5 = 10,2 $ m. b) Une crue de 10,2 m égalerait exactement la hauteur de la digue prévue. Il y aurait un risque de débordement si la crue dépasse légèrement cette valeur (ex. : 10,3 m) ou si la digue subit une défaillance (fissure, érosion). Le risque n’est pas nul. c) Mesure complémentaire : - Création d’une zone d’expansion des crues en amont (terre agricole non urbanisée permettant l’inondation contrôlée). - Installation de systèmes de détection précoce (pluviomètres, limnimètres) reliés à une alerte automatique. - Élaboration d’un plan particulier d’intervention (PPI) avec scénarios d’évacuation et de confinement. - Stockage des produits les plus dangereux dans des cuves surélevées ou des bunkers résistants à l’inondation. **Exercice 4** : Vrai ou faux ? Justifiez. a) La prévision permet de savoir exactement quand un séisme se produira. b) La réduction de la vulnérabilité est une forme de prévention efficace même pour les aléas dont on ne peut pas modifier l’occurrence (ex. : volcans). c) Un retour de période de 10 ans signifie qu’un événement se produit exactement tous les 10 ans. d) La prédiction des inondations est généralement plus fiable que celle des séismes. **Corrigé** : a) **Faux**. La prévision estime la probabilité d’occurrence sur une période donnée (ex. : annuellement), pas le moment exact. Aucun moyen scientifique fiable ne permet de prédire l’heure, le jour ou l’année exacte d’un séisme. b) **Vrai**. Même si on ne peut pas empêcher une éruption volcanique, on peut réduire la vulnérabilité en interdisant la construction dans les zones de danger immédiat (zones d’exclusion), en élaborant des plans d’évacuation, en éduquant la population et en surveillant le volcan pour déclencher des alertes précoces. c) **Faux**. Le retour de période est une moyenne statistique. Il peut y avoir deux événements rapprochés puis un long intervalle sans événement. Exemple : sur 30 ans, on peut avoir 3 inondations (retour de période moyen 10 ans) mais réparties comme : année 1, année 2, année 25. d) **Vrai**. Les inondations sont souvent prédictibles quelques heures à jours à l’avance grâce à la surveillance météorologique et hydrologique. Les séismes, en revanche, ne bénéficient actuellement d’aucun précurseur fiable pour une prédiction opérationnelle. ---

Quiz du chapitre

12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition scientifique d'une catastrophe naturelle ?
  2. 2. Quel est le principal facteur déclenchant d'un tsunami dans l'océan Indien ?
  3. 3. Dans le contexte du Cameroun, quelle catastrophe naturelle est la plus fréquemment observée dans les régions de l'Ouest et du Nord-Ouest ?
  4. 4. Quel est le rôle principal du Système d'Alerte Précoce (SAP) dans la gestion des catastrophes ?
  5. 5. Lors d'un séisme de magnitude 7,0 sur l'échelle de Richter, quelle intensité sismique est généralement ressentie dans les zones situées à l'épicentre selon l'échelle de Mercalli modifiée ?
  6. 6. Une communauté rurale du Nord-Cameroun subit régulièrement des pénuries d'eau pendant la saison sèche. Quelle mesure d'adaptation aux catastrophes climatiques serait la plus efficace et durable ?
  7. 7. Dans le cadre de la gestion des risques d'inondation dans la vallée du Logone, quelle stratégie relève de la prévention primaire ?
  8. 8. Un volcan entré en éruption projette des cendres à 15 km d'altitude. Quel est le principal risque pour l'aviation civile dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres ?
  9. 9. Après un glissement de terrain qui a détruit un village dans les montagnes de l'Adamaoua, les survivants reconstruit leurs maisons sur le même site sans modifier leurs pratiques agricoles. Quelle est la principale conséquence à long terme de cette décision ?
  10. 10. Dans un modèle de prévision des crues du fleuve Sanaga, quelle donnée est la plus critique pour anticiper le débit de pointe avec précision ?
  11. 11. La Convention de Sendai pour la réduction des risques de catastrophes (2015-2030) met l'accent sur laquelle des approches suivantes comme priorité stratégique ?
  12. 12. Un séisme de magnitude 8,2 se produit en pleine mer, à 100 km des côtes d'un archipel volcanique jeune. Aucune alerte tsunami n'est déclenchée, pourtant des vagues destructrices frappent les côtes 20 minutes plus tard. Quelle est l'explication la plus plausible ?