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Chapitre 23

8 : Activités cérébrales et motricité volontaire

Lecture : 17 minQuiz de 12 questions

# 8 : Activités cérébrales et motricité volontaire ## Objectifs et prérequis **Objectifs** : - Identifier les principales aires fonctionnelles de l’encéphale et leur rôle dans la motricité volontaire. - Expliquer les mécanismes neurophysiologiques sous-tendant la motricité dirigée, notamment les voies pyramidales et extrapyramidales. - Décrire le processus d’apprentissage moteur et son intégration au niveau du cortex moteur primaire (CA10) et des structures associées. - Analyser expérimentalement les corrélats neurophysiologiques de l’apprentissage moteur (ex. : plasticité synaptique, modification des potentiels d’action). **Prérequis** : - Connaissances de base en anatomie du système nerveux central (encéphale, moelle épinière). - Notions de transmission synaptique et de potentiel d’action. - Compréhension du réflexe myotatique et de l’arc réflexe. - Notions de contrôle moteur involontaire (tonus, posture). --- ## Introduction La motricité volontaire résulte d’une intégration complexe entre des aires corticales spécialisées, des voies descendantes et des boucles de rétroaction sensorielles. Chez l’être humain, le contrôle du mouvement volontaire implique principalement le cortex moteur primaire (aire 4 de Brodmann, correspondant à la CA10 chez certains modèles), les aires prémotrices et préfrontales, le cervelet, les noyaux gris centraux et la moelle épinière. Ce chapitre explore l’organisation fonctionnelle de l’encéphale liée à la motricité, les mécanismes de la motricité dirigée (volontaire et consciente), et les processus d’apprentissage moteur qui permettent l’automatisation et la refinement des gestes grâce à la plasticité neuronale. L’accent est mis sur les corrélats neurophysiologiques mesurables en électrophysiologie ou en imagerie fonctionnelle, conformément au programme de Terminale S (séries scientifiques). --- ## I. Séance 47 : Les différentes aires de l’encéphale ### A. Organisation fonctionnelle de l’encéphale L’encéphale se divise en plusieurs lobes et structures, chacune associée à des fonctions spécifiques. La motricité volontaire implique principalement le lobe frontal, mais aussi des interactions avec le lobe pariétal (intégration sensorielle), le lobe temporal (mémoire, langage) et le cervelet (coordination, timing). > **Définition** : L’aire motrice primaire (CA10 ou aire 4 de Brodmann) est la région du cortex cérébral située dans le gyrus précentral du lobe frontal, responsable de l’initiation directe des mouvements volontaires via les voies pyramidales. > **Propriétés** : > - Organisation somatotopique (homunculus moteur) : les parties du corps sont représentées de façon inversée, avec une surreprésentation des mains, du visage et de la langue. > - Activation contralatérale : chaque hémisphère contrôle le côté opposé du corps. > - Déclenchement de potentiels d’action dans les neurones pyramidaux géants de Betz, qui projettent vers la moelle épinière. > **Exemple** : Une stimulation électrique du gyrus précentral gauche évoque un contraction du bras droit. ### B. Aires prémotrices et préfrontales > **Définition** : L’aire prémotrice (aire 6 de Brodmann, située en avant et en dessus de l’aire motrice primaire) participe à la préparation et à la planification des mouvements, notamment en intégrant des indices sensoriels et contextuels. > **Propriétés** : > - Impliquée dans les mouvements guidés par des stimuli externes (ex. : atteindre un objet en réponse à un signal lumineux). > - Contient des neurones miroirs, actifs lors de l’exécution et de l’observation d’un mouvement. > - Travaille en synergie avec l’aire préfrontale dorsolatérale pour la sélection de l’action en fonction d’un but. > **Exemple** : Lors d’une tâche de réaction à un signal, l’aire prémotrice s’active avant l’aire motrice primaire, reflétant la phase de préparation. > **Définition** : L’aire préfrontale (lobe frontal antérieur) est responsable des fonctions exécutives : prise de décision, inhibition, mémoire de travail, et planification à long terme des séquences d’action. > **Propriétés** : > - Essentielle pour les mouvements nouveaux, complexes ou nécessitant une adaptation aux circonstances. > - Moins impliquée dans les mouvements automatisés (appris). > - Lésion entraîne des difficultés à initier ou à modifier un comportement moteur malgré une force musculaire préservée (apraxie idéatoire). > **Exemple** : Un patient avec lésion préfrontale peut savoir comment utiliser une clé mais ne pas savoir quand l’insérer dans la serrure. ### C. Autres structures impliquées > **Définition** : Le cervelet est une structure située sous les lobes occipitaux, essentielle à la coordination, au timing et à l’ajustement fin des mouvements volontaires. > **Propriétés** : > - Reçoit des copies efférentes (efference copy) des commandes motrices corticales et des informations sensorielles (proprioceptives, vestibulaires). > - Compare le mouvement prévu avec le mouvement réel et émet des corrections via le noyau denté et les voies thalamiques vers le cortex moteur. > - Pas d’initiation du mouvement, mais cruciale pour sa fluidité et sa précision. > **Exemple** : Lors d’un lancer de balle, le cervelet ajuste la force et l’angle en fonction du retour proprioceptif pendant le mouvement. > **Définition** : Les noyaux gris centraux (putamen, noyau caudé, globus pallidus) sont impliqués dans la sélection, l’initiation et l’inhibition des programmes moteurs, notamment via les boucles cortico-basal ganglia-thalamocorticales. > **Propriétés** : > - Facilitent les mouvements voulus et inhibent les mouvements concurrents ou parasites. > - Dopamine essentielle pour la modulation de ces boucles (maladie de Parkinson : déficit dopaminergique → akinésie, rigidité). > - Impliqués dans l’apprentissage procédural (habitudes motrices). > **Exemple** : L’apprentissage du vélo implique initialement le cortex préfrontal, puis, avec la pratique, un transfert vers les noyaux gris centraux pour une exécution automatique. ### D. Tableau synthétique : Aires cérébrales et fonctions motrices | Aire / Structure | Localisation | Fonction principale dans la motricité | Type de mouvement concerné | |------------------|--------------|----------------------------------------|----------------------------| | Aire motrice primaire (CA10) | Gyrus précentral | Initiation directe du mouvement volontaire | Mouvement volontaire simple, précis | | Aire prémotrice | Gyrus précentral antérieur | Préparation et guidage par stimuli externes | Mouvement réactionnel, guidé | | Aire préfrontale | Lobe frontal antérieur | Planification, décision, inhibition | Mouvement nouveau, complexe, adapté | | Cervelet | Fosse crânienne postérieure | Coordination, timing, correction d’erreur | Mouvement fluide, précis, ajusté | | Noyaux gris centraux | Sous le cortex latéral | Sélection et initiation des programmes moteurs | Mouvement automatisé, habituel | --- ## II. Séance 48 : Quelques aspects de la motricité dirigée ### A. Définition et caractéristiques > **Définition** : La motricité dirigée (ou motricité volontaire consciente) désigne les mouvements exécutés sous contrôle conscient, en réponse à un but déterminé, avec intégration de rétroaction sensorielle et possibilité de correction en temps réel. > **Propriétés** : > - Nécessite l’implication du cortex cérébral (notamment prémoteur et préfrontal). > - Plus lente que les réflexes, mais plus adaptable. > - Sensible à l’attention, à l’émotion et à la fatigue. > - Distincte de la motricité automatique (ex. : marche habituelle) ou réflexe (ex. : réflexe myotatique). > **Exemple** : Écrire une phrase à la main, jouer d’un instrument, ou éviter un obstacle en courant sont des actes de motricité dirigée. ### B. Voies descendantes impliquées Le contrôle de la motricité dirigée repose sur deux systèmes principaux : les voies pyramidales et les voies extrapyramidales. > **Définition** : La voie pyramidale (ou voie cortico-spinale) est le principal trajet descendant responsable du contrôle volontaire, fin et différencié des mouvements, notamment des doigts. > **Propriétés** : > - Origine : neurones pyramidaux de l’aire motrice primaire (CA10), prémotrice et somatosensorielle. > - Trajet : traversée du tronc cérébral (pyramides du bulbe), décussation majoritaire (80-90%) au niveau du bulbe rachidien → voie latérale cortico-spinale controlatérale. > - Terminaison : synapses directes sur les motoneurones alpha de la moelle épinière (notamment dans les épaississements cervicaux et lombosacrés) et sur les interneurones. > - Fonction : contrôle volontaire, discret, fractionné des muscles distaux (mains, doigts). > **Exemple** : Une lésion de la voie pyramidale latérale entraîne une paralysie spastique des membres supérieurs avec perte de la motricité fine (impossibilité de faire un geste de précision comme pincer un objet). > **Formule** : La vitesse de conduction $v$ dans un axone myélinisé est approximativement proportionnelle au diamètre $d$ : > $$v \approx 6 \cdot d \quad \text{(en m/s, avec $d$ en µm)}$$ > Pour un axone de 10 µm de diamètre : $v \approx 60$ m/s. > **Définition** : Les voies extrapyramidales regroupent tous les tracts descendants provenant du tronc cérébral (noyaux rouges, formation réticulée, vestibulaires) qui modulent le tonus, la posture et les mouvements automatiques. > **Propriétés** : > - Pas de décussation systématique. > - Influence principalement les muscles proximaux et axiaux (tronc, ceinture scapulaire, membres proximaux). > - Modulent l’activité des motoneurones via des interneurones inhibiteurs et excitateurs de la moelle. > - Essentiels pour la posture antigravitaire et les mouvements synergiques (ex. : marche, course). > **Exemple** : Une lésion des voies vestibulospinales peut entraîner une perte d’équilibre debout, même avec une force musculaire préservée. ### C. Intégration sensori-motrice et boucle de rétroaction > **Définition** : La boucle sensori-motrice fermée désigne le circuit par lequel le mouvement volontaire est constamment ajusté grâce au retour des informations sensorielles (proprioceptives, visuelles, tactiles) vers le cortex sensoriel et moteur. > **Propriétés** : > - Le cortex somatosensoriel pariétal (aire 1, 2, 3) traite les afférences provenant des muscles, tendons et articulations. > - Ces informations sont renvoyées vers l’aire motrice primaire et prémotrice pour mettre à jour le schéma corporel et corriger la commande motrice en temps réel. > - La vision joue un rôle majeur dans le guidage en ligne (contrôle visuel du mouvement en cours). > **Exemple** : Lors de l’atteinte d’un objet, si la vision est masquée mid-mouvement, la trajectoire devient moins précise, montrant la dépendance au retour visuel en ligne. > **Tableau** : Comparaison des boucles de contrôle moteur | Type de boucle | Source du retour | Délai | Niveau d’implication corticale | Exemple | |----------------|------------------|-------|-------------------------------|---------| | Boucle ouverte | Aucune (prédéterminé) | Nul | Faible (prémoteur seulement) | Mouvement balistique (lancer de balle) | | Boucle fermée visuelle | Vision | ~100-200 ms | Élevée (pariétal + prémoteur + préfrontal) | Atteinte d’un objet en mouvement | | Boucle fermée proprioceptive | Muscles, tendons, articulations | ~30-50 ms | Moyenne (somatosensoriel + moteur) | Ajustement de la prise d’un objet | ### D. Exercices d’application corrigés **Exercice 1** : Un sujet réalise un mouvement volontaire de flexion du doigt index. On enregistre une latence de 80 ms entre le début du potentiel d’action dans l’aire motrice primaire et la contraction musculaire. Sachant que la distance entre le cortex moteur et la moelle cervicale est d’environ 0,6 m, calcule la vitesse moyenne de conduction de l’influx nerveux le long de la voie pyramidale. **Correction** : Vitesse $v = \frac{\text{distance}}{\text{temps}} = \frac{0,6\ \text{m}}{80 \times 10^{-3}\ \text{s}} = 7,5\ \text{m/s}$. Cette valeur semble faible pour un axone myélinisé. En réalité, la latence de 80 ms inclut le délai synaptique dans la moelle (≈1-2 ms par synapse) et le temps de déclenchement du potentiel d’action dans le motoneurone. Le temps de conduction pur est plus proche de 50 ms → $v = \frac{0,6}{0,05} = 12\ \text{m/s}$, encore faible. Cela suggère que la mesure inclut aussi des traitements corticaux ou que la distance effective est plus grande (via les voies internes). Une valeur réaliste pour un axone de 10 µm est d’environ 50-60 m/s. Ici, la latence mesurée reflète probablement l’ensemble du délai sensori-moteur, pas seulement la conduction. **Exercice 2** : Expliquer pourquoi une lésion du cervelet entraîne une dysmétrie (pas de paralysie) alors qu’une lésion de la voie pyramidale entraîne une paralysie. **Correction** : Le cervelet ne transmet pas de commande motrice directe vers les motoneurones ; il module la précision, le timing et l’amplitude du mouvement via des corrections aux voies thalamocorticales. Une lésion provoque donc des erreurs de mouvement (hypermétrie, intention tremor) mais pas de perte de force. En revanche, la voie pyramidale transmet les commandes volontaires directes aux motoneurones alpha. Sa lésion interrompt l’activation volontaire du muscle → paralysie (flasque puis spastique). --- ## III. Séance 49 : Apprentissage de l’intégration CA 10 ### A. Concept d’apprentissage moteur > **Définition** : L’apprentissage moteur est le processus par lequel la pratique répétée d’un mouvement volontaire entraîne une amélioration durable de sa précision, de sa vitesse, de sa fluidité et une réduction de la charge attentionnelle requise pour son exécution. > **Propriétés** : > - Dépend de la plasticité synaptique (LTP et LTD) dans les circuits cortico-striato-thalamo-corticaux et cortico-cérébelleux. > - Passe par une phase cognitive (préfrontal fortement impliqué), puis associative (prémoteur, pariétal), enfin autonome (noyaux gris centraux, cervelet). > - Moins dépendant du cortex moteur primaire avec l’automatisation, mais ce dernier reste essentiel pour l’exécution. > **Exemple** : Apprendre à jouer du piano : initialement, chaque note nécessite une lecture de la partition et un effort conscient ; après des mois de pratique, les gammes sont jouées fluidement sans regarder les mains. ### B. Mécanismes neurophysiologiques de la plasticité > **Définition** : La potentiation à long terme (LTP) est une augmentation persistante de l’efficacité synaptique suivant une stimulation répétée et fortement corrélée pré- et post-synaptique. > **Propriétés** : > - Mécanisme moléculaire : activation des récepteurs NMDA → influx de $\text{Ca}^{2+}$ → activation de kinases (CaMKII) → insertion de récepteurs AMPA → augmentation de la réponse post-synaptique. > - Seuil : nécessite une dépolarisation post-synaptique suffisante pour libérer le blocage par $\text{Mg}^{2+}$ du canal NMDA. > - Localisation : observée dans l’hippocampe, le cortex moteur, le cervelet et les noyaux gris centraux. > **Exemple** : Dans le cortex moteur, une stimulation répétée des voies afferentes provenant du thalamus (transmettant des informations sensorielles ou de préparation) peut renforcer les synapses sur les neurones pyramidaux, rendant leur activation plus facile lors de la reprise du mouvement. > **Formule** : Le changement de poids synaptique $\Delta w$ dans un modèle simplifié de LTP est proportionnel au produit de l’activité pré- et post-synaptique : > $$\Delta w \propto x_{\text{pre}} \cdot y_{\text{post}}$$ > où $x_{\text{pre}}$ est l’activité du présynaptique et $y_{\text{post}}$ celle du postsynaptique. > **Définition** : La dépression à long terme (LTD) est une diminution persistante de l’efficacité synaptique, souvent déclenchée par une stimulation à basse fréquence ou un déséquilibre pré/post-synaptique. > **Propriétés** : > - Essentielle pour l’élagage des connexions non utilisées et la refinement des cartes motrices. > - Dans le cervelet, la LTD au niveau des synapses fibre parallèle–cellule de Purkinje est cruciale pour l’apprentissage du réflexe vestibulo-oculaire et de la coordination motrice. > - Mécanisme : activation des récepteurs métabotropes de glutamate → voie des protéines G → libération interne de $\text{Ca}^{2+}$ → activation de phosphatases → désinsertion de récepteurs AMPA. > **Exemple** : Lors de l’apprentissage à atteindre un objet avec une déviation visuelle (prisme), les erreurs initiales entraînent une LTD dans le cervelet qui réduit l’influence des voies erronées, permettant une nouvelle calibration. ### C. Modèle d’intégration CA10 : apprentissage et représentation motrice > **Définition** : L’aire CA10 (cortex moteur primaire, aire 4 de Brodmann) abrite une représentation somatotopique dynamique du corps (homunculus moteur), qui se modifie avec l’apprentissage et l’expérience motrice. > **Propriétés** : > - La représentation d’un muscle fréquemment utilisé peut s’étendre (ex. : chez les musiciens, la zone représentant les doigts de la main gauche est plus grande). > - Cette plasticité dépend de la LTP/LTD dans les synapses intra-corticales et thalamocorticales. > - L’apprentissage entraîne une réduction de l’activité globale du CA10 pour un même mouvement (efficacité accrue), mais une augmentation de la différenciation spatiale des foyers d’activation (spécialisation). > **Exemple** : Chez un pianiste professionnel, l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) montre une activation plus focale et moins étendue du cortex moteur controlatéral lors de la jeu d’une gamme, comparé à un novice, malgré une performance supérieure. ### D. Phases de l’apprentissage moteur 1. **Phase cognitive** : - Mouvement nouveau, conscient, lent, erreur-prone. - Forte implication du cortex préfrontal dorsolatéral (planification, mémoire de travail). - Activation large et diffuse du cortex moteur et prémoteur. - Dépendante de l’attention verbale. 2. **Phase associative** : - Réduction des erreurs, amélioration de la régularité. - Implication du cortex pariétal (intégration sensori-motrice) et prémoteur. - Début de la mise en place de schémas moteurs internes (prédiction des conséquences sensorielles). 3. **Phase autonome** : - Mouvement rapide, fluide, peu conscient, résistant à l’interférence. - Transfert vers les noyaux gris centraux (habitude) et le cervelet (automatisation et précision). - Réduction de l’activité préfrontale et pariétale. - Le CA10 reste actif mais avec une organisation plus efficace et moins globale. > **À retenir** : L’apprentissage moteur ne signifie pas une désactivation du cortex moteur, mais une réorganisation de son activité vers une plus grande efficacité et spécificité. ### E. Exercices d’application corrigés **Exercice 1** : Un sujet apprend à tracer une étoile dans un miroir (task de déviation visuelle). Au début, les mouvements sont contraires à l’intention ; après 30 minutes de pratique, la performance s’améliore. Expliquer ce phénomène en termes de plasticité cérébrale. **Correction** : Au début, le conflit entre la commande motrice (basée sur la proprioception attendue) et le retour visuel (inversé par le miroir) génère des erreurs importantes. Cela active fortement le cortex préfrontal (détection d’erreur) et le cervelet (via les voies de l’erreur visuelle). La répétition entraîne une LTD dans les synapses cervelellaires qui codent la mauvaise prédiction sensorielle, et une LTP dans celles qui codent la nouvelle transformation visuo-motrice. Le schéma moteur interne est mis à jour : le sujet apprend à compenser la déviation. Après pratique, le mouvement devient fluide car la prédiction sensorielle correspond désormais au retour réel. **Exercice 2** : Comparer l’activation du cortex moteur primaire (CA10) chez un novice et un expert lors de l’exécution d’un même mouvement simple (ex. : flexion du poignet). **Correction** : Chez le novice : activation large, bilatérale parfois, forte amplitude, durée prolongée, accompagnée d’une forte activation préfrontale et pariétale (charge attentionnelle élevée). Chez l’expert : activation plus focale, controlatérale uniquement, amplitude moindre, durée plus courte, activité préfrontale et pariétale réduite. Cela reflète une efficacité accrue : moins de neurones nécessaires pour produire le même mouvement, grâce à une meilleure synchronisation, une réduction du bruit neuronal et des connexions renforcées (LTP) dans les voies pertinentes. --- ## Synthèse du chapitre - L’encéphale possède des aires spécialisées : la CA10 (motrice primaire) initie le mouvement volontaire ; les aires prémotrice et préfrontale préparent et planifient ; le cervelet coordonne ; les noyaux gris centraux sélectionnent et automatisent. - La motricité dirigée implique un contrôle conscient, dépend des voies pyramidales (motricité fine distale) et extrapyramidales (tonus, posture), et repose sur des boucles sensori-motrices fermées pour la correction en temps réel. - L’apprentissage moteur repose sur la plasticité synaptique (LTP/LTD) dans les circuits corticaux, striataux et cérébelleux, permettant le passage d’un mouvement conscient et effortful à une exécution automatique, fluide et efficace, accompagnée d’une réorganisation de la représentation dans la CA10. --- ## Glossaire - **Aire motrice primaire (CA10)** : Région du gyrus précentral responsable de l’initiation directe des mouvements volontaires via les voies pyramidales. - **Voie pyramidale** : Tractus descendant du cortex moteur vers la moelle épinière, essentiel pour le contrôle volontaire fin des muscles distaux. - **Voie extrapyramidale** : Ensemble de tracts descendants du tronc cérébral modulant le tonus, la posture et les mouvements automatiques. - **Homunculus moteur** : Représentation somatotopique du corps dans le cortex moteur primaire, avec surreprésentation des mains, du visage et de la langue. - **Plasticité synaptique** : Capacité des synapses à modifier leur force en fonction de l’activité, sous-jacente à l’apprentissage et à la mémoire. - **Potentiation à long terme (LTP)** : Augmentation persistante de l’efficacité synaptique suivant une stimulation fortement corrélée pré- et post-synaptique. - **Dépression à long terme (LTD)** : Diminution persistante de l’efficacité synaptique, souvent déclenchée par une stimulation à basse fréquence ou un déséquilibre d’activité. - **Boucle sensori-motrice fermée** : Circuit intégrant le retour sensoriel (proprioceptif, visuel) pour ajuster en temps réel la commande motrice volontaire. - **Noyaux gris centraux** : Structures sous-corticales (putamen, noyau caudé, globus pallidus) impliquées dans la sélection, l’initiation et l’automatisation des mouvements programmés. - **Cervelet** : Structure sous-occipitale essentielle à la coordination, au timing et à l’ajustement fin des mouvements volontaires via la comparaison du mouvement prévu et réel. - **Schème moteur interne** : Représentation neuronale prédictive des conséquences sensorielles d’une commande motrice, mise à jour par l’apprentissage. - **Automatisation** : Processus par lequel un mouvement initialement conscient devient peu dépendant de l’attention grâce à la pratique et au transfert vers les noyaux gris centraux et le cervelet. --- *Fin de la fiche de cours.*

Quiz du chapitre

12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quel est le principal neurotransmetteur impliqué dans la transmission synaptique au niveau de la jonction neuromusculaire pour déclencher la contraction musculaire volontaire ?
  2. 2. Dans quel lobe cérébral se situe principalement l'aire motrice primaire responsable de l'initiation des mouvements volontaires ?
  3. 3. Quel type de récepteur sensoriel est principalement responsable de la proprioception, essentielle à la coordination des mouvements volontaires ?
  4. 4. Un patient présente une perte de la capacité à effectuer des mouvements volontaires complexes comme enfiler un bouton, malgré une force musculaire préservée et aucune paralysie. Quelle zone cérébrale est probablement lésée ?
  5. 5. Lors d'un mouvement volontaire du bras, quelle est la séquence correcte de l'activation neuronale, du cortex à l'effeteur musculaire ?
  6. 6. Dans une expérience, on bloque pharmacologiquement les récepteurs GABAergiques dans le cervelet. Quel effet fonctionnel attendu sur la motricité volontaire ?
  7. 7. Quel est le rôle principal des interneurones inhibiteurs de la moelle épinière dans le contrôle du mouvement volontaire ?
  8. 8. Un étudiant doit réaliser un schéma montrant la voie neuronale impliquée dans la réaction volontaire à un stimulus visuel (ex : attraper une balle qui vient vers lui). Quelle séquence représente correctement le flux d'information ?
  9. 9. Dans le contexte de la plasticité synaptique liée à l'apprentissage moteur (ex : apprendre à jouer du piano), quel mécanisme est principalement responsable de l'amélioration de l'efficacité des connexions entre le cortex moteur et la moelle épinière après répétition ?
  10. 10. Un patient présente une hypertonie et des spasmes musculaires volontaires exagérés après une lésion de la voie cortico-spinale latérale. Quel mécanisme physiopathologique explique le mieux ce phénomène ?
  11. 11. Lors de l'imagerie cérébrale par IRMf d'un sujet effectuant un mouvement volontaire complexe (comme écrire une phrase), quelle région montre généralement l'activation la plus précoce et la plus spécifique à l'initiation du mouvement, avant même le feedback sensoriel ?
  12. 12. Dans un modèle expérimental, on inhibe sélectivement la libération de dopamine dans les voies nigro-striatales. Quel effet moteur volontaire est le plus susceptible d'être observé, malgré l'absence de faiblesse musculaire ?