Chapitre 20
ACTIONS MECANIQUES
Lecture : 11 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :**
- Définir une force et un moment, en préciser l’unité, le sens et la représentation vectorielle.
- Identifier les différents types d’actions mécaniques rencontrés en atelier ou sur chantier (poids, réaction, tension, frottement, couple).
- Réaliser un diagramme libre‑corps (FBD) d’un corps rigide soumis à plusieurs actions.
- Écrire les équations d’équilibre statique (∑ F = 0, ∑ M = 0) et les résoudre pour déterminer des réactions d’appui ou des moments inconnus.
- Appliquer ces notions à des situations professionnelles camerounaises (ponts, portiques, clés anglaises, cuves de traitement d’eau) en respectant les règles de sécurité et les facteurs de sécurité usuels.
**Prérequis :**
- Notions de grandeur vectorielle (addition, produit scalaire, produit vectoriel).
- Unités du Système International (mètre, kilogramme, seconde, newton).
- Notion de corps rigide et de liaison simple (articulée, glissière, encastrement).
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## Introduction contextualisée
Dans les domaines de la mécanique appliquée au secondaire technique, comprendre comment les forces et les moments agissent sur les structures permet de concevoir, vérifier et maintenir des équipements sûrs. Au Cameroun, que ce soit sur les chantiers de construction de bâtiments à Yaoundé, dans les ateliers de maintenance des véhicules de transport à Douala, ou encore dans les stations de traitement d’eau de Bafoussam, l’ingénieur ou le technicien doit être capable de modéliser les actions mécaniques, de les quantifier et de s’assurer que les contraintes restent en dessous des limites admissibles. Ce chapitre fournit les outils de base pour réaliser cette modélisation selon l’approche par compétences du programme MINESEC/IGE.
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## I. Leçon 1 : Notion de Forces
### A. Définition et caractéristiques
> **Une force est une interaction qui tend à modifier l’état de mouvement ou de déformation d’un corps.**
Elle se caractérise par :
- son **point d’application** (où elle agit sur le corps),
- sa **direction** (droite le long de laquelle elle agit),
- son **sens** (sens le long de la direction),
- son **intensité** (module) exprimée en newton (N).
### B. Types de forces rencontrés en pratique
| Type de force | Origine | Exemple professionnel camerounais |
|---------------|---------|-----------------------------------|
| Poids **P** | Gravité terrestre | Cuve de remplissage d’eau à Bamenda (P = mg) |
| Réaction **R** | Contact avec un appui ou une liaison | Réaction d’un appui simple d’une poutre de pont à Édéa |
| Tension **T** | Câble, corde, sangle | Câble de levage d’une poutre métallique à Douala |
| Frottement **f** | Contact entre surfaces | Frottement entre les patins d’une machine-outil et son lit à Yaoundé |
| Poussée des fluids **Fₚ** | Pression d’un liquide ou d’un gaz | Poussée de l’eau sur une vanne de régulation à Bafoussam |
### C. Représentation vectorielle
Une force se note **\(\vec{F}\)**. Son projection sur un axe orthonormé (x, y) donne les composantes \(F_x, F_y\).
> **La résultante de plusieurs forces concourantes est égale à la somme vectorielle :** \(\displaystyle \vec{R} = \sum_{i=1}^{n} \vec{F}_i\).
### D. Principe de superposition et équilibre d’un point
Un point matériel est en équilibre si la somme vectorielle des forces qui lui sont appliquées est nulle :
> **\(\displaystyle \sum \vec{F} = \vec{0}\).**
### E. Exemple chiffré : réaction d’appui d’une poutre simplement appuyée
Une poutre de longueur \(L = 6\; \text{m}\) supporte une charge concentrée \(P = 12\; \text{kN}\) à son milieu.
- Étapes : isoler la poutre, représenter les réactions \(R_A\) et \(R_B\) aux appuis A et B.
- Équation de somme des forces verticales : \(R_A + R_B - P = 0\).
- Équation du moment par rapport à A : \(R_B \cdot L - P \cdot \frac{L}{2} = 0\) → \(R_B = \frac{P}{2}=6\; \text{kN}\).
- Alors \(R_A = P - R_B = 6\; \text{kN}\).
> **À retenir :** Dans un système statiquement déterminé, le nombre d’équations d’équilibre (2 dans le plan) doit être égal au nombre d’inconnues (réactions).
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## II. Leçon 2 : Notion de Moments
### A. Définition du moment d’une force
> **Le moment d’une force \(\vec{F}\) par rapport à un point O est le produit vectoriel \(\displaystyle \vec{M}_O = \vec{r} \times \vec{F}\),** où \(\vec{r}\) est le vecteur position allant de O au point d’application de \(\vec{F}\).
Son intensité : \(M_O = r\,F\sin\theta\) (θ = angle entre \(\vec{r}\) et \(\vec{F}\)).
L’unité est le newton‑mètre (N·m).
### B. Sens horaire / antihoraire
Par convention, un moment qui tend à faire tourner le corps dans le sens antihoraire est positif ; le sens horaire donne un moment négatif.
### C. Théorème de Varignon (moment d’une résultante)
> **Le moment d’une résultante de plusieurs forces par rapport à un point est égal à la somme des moments de chaque force prise séparément :** \(\displaystyle \sum \vec{M}_O = \vec{r} \times \sum \vec{F}_i\).
### D. Moment resultant d’un système de forces
Pour un système de forces concourantes, le moment resultant par rapport à un point O peut être nul si la droite d’action de la résultante passe par O.
### E. Exemple professionnel : clé anglaise serrant un boulon
Une clé de longueur efficace \(l = 0,25\; \text{m}\) exerce une force \(F = 180\; \text{N}\) perpendiculairement à sa branche.
- Moment appliqué au boulon : \(M = l \times F = 0,25 \times 180 = 45\; \text{N·m}\).
- Si le couple de serrage recommandé est de 40 N·m, l’opérateur doit réduire la force à \(F = \dfrac{40}{0,25}=160\; \text{N}\) pour respecter la consigne.
> **À retenir :** Le moment dépend du levier (distance perpendiculaire) ; augmenter le bras de levier permet de réduire la force nécessaire pour obtenir le même couple.
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## III. Leçon 3 : Modélisation des actions mécaniques
### A. Idéalisation du corps rigide et des liaisons
- **Corps rigide** : déformation négligeable sous les charges considérées.
- **Liaisons types** :
* **Articulée (charnière)** : autorise la rotation, transmet une force réactionnelle ayant deux composantes (x, y) mais pas de moment.
* **Glissière** : autorise la translation selon un axe, transmet une force normale à l’axe et un moment éventuel.
* **Encastrement** : bloque translation et rotation, transmet deux composantes de force et un moment.
> **À retenir :** Le choix de la liaison influence le nombre d’inconnues réactionnelles à déterminer.
### B. Diagramme libre‑corps (FBD)
Étapes pour construire un FBD :
1. Isoler le corps considéré (enlever toutes les liaisons).
2. Représenter toutes les forces extérieures appliquées (poids, charges, réactions).
3. Indiquer les moments externes si présents (couples, moments de liaison).
4. Choisir un système d’axes et indiquer le sens positif des grandeurs.
### C. Méthode de résolution (équations d’équilibre)
Pour un corps rigide en équilibre statique dans le plan :
> **\(\displaystyle \sum F_x = 0,\quad \sum F_y = 0,\quad \sum M_O = 0\)**
où O est un point quelconque (souvent choisi pour simplifier les calculs).
### D. Exemple de modélisation : portique supportant une cuve de traitement d’eau à Bafoussam
Un portique constitué de deux poteaux verticaux (hauteur 3 m) reliés par une traverse horizontale supporte une cuve cylindrique remplie d’eau (masse totale 1500 kg).
- Poids de la cuve : \(P = mg = 1500 \times 9,81 = 14,7\; \text{kN}\) agissant au centre de la cuve, situé à 1,2 m du poteau gauche.
- On modélise chaque poteau comme une liaison encastrée au sol (réactions \(R_{Ax}, R_{Ay}, M_A\) et \(R_{Bx}, R_{By}, M_B\)).
- Étapes de résolution :
1. ∑ Fₓ = 0 → \(R_{Ax}+R_{Bx}=0\) (pas de charge horizontale).
2. ∑ Fᵧ = 0 → \(R_{Ay}+R_{By} - P =0\).
3. ∑ M_A = 0 → \(R_{By}\cdot L - P\cdot a =0\) où L = distance entre poteaux (4 m) et a = 1,2 m.
→ \(R_{By}= \dfrac{P\cdot a}{L}= \dfrac{14,7 \times 1,2}{4}=4,41\; \text{kN}\).
4. Alors \(R_{Ay}= P - R_{By}=10,29\; \text{kN}\).
5. Les moments d’encastrement sont obtenus par ∑ M autour de chaque poteau si nécessaire (ex. \(M_A = R_{By}\cdot L - P\cdot a =0\) dans ce cas symétrique).
> **À retenir :** Le choix du point de sommation des moments permet d’éliminer une ou plusieurs inconnues et simplifie le calcul.
### E. Normes de sécurité et facteur de sécurité
En pratique camerounaise, on applique un **facteur de sécurité (FS)** compris entre 1,5 et 2,5 selon la criticité de l’ouvrage.
- La **charge maximale admissible (CMA)** est déterminée par : \(\displaystyle \text{CMA}= \frac{\text{Contrainte de rupture}}{\text{FS}}\).
- Pour une poutre en acier S275 (limite d’élasticité ≈ 275 MPa), avec FS = 2, la contrainte admissible est 137,5 N/mm².
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## Synthèse du chapitre
- **Force** : grandeur vectorielle (N), caractérisée par point d’application, direction, sens, intensité.
- **Moment** : produit vectoriel \(\vec{r}\times\vec{F}\) (N·m), mesure de la tendance à faire tourner un corps autour d’un point.
- **Équilibre** : \(\sum \vec{F}=0\) et \(\sum \vec{M}=0\) pour un corps rigide au repos.
- **Liaisons** : articulée, glissière, encastrement définissent les réactions inconnues.
- **Diagramme libre‑corps** : étape indispensable pour isoler le corps et représenter toutes les actions.
- **Méthode de résolution** : écrire les trois équations d’équilibre (∑Fₓ, ∑Fᵧ, ∑M) et résoudre le système.
- **Application professionnelle** : ponts, portiques, clés anglaises, cuves d’eau – utilisation concrète des formules.
- **Sécurité** : facteur de sécurité, charge maximale admissible, respect des normes de construction camerounaises.
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## Glossaire
- **Force** : interaction pouvant modifier l’état de mouvement ou de déformation d’un corps, mesurée en newton (N).
- **Moment** : grandeur mesurant l’effet de rotation d’une force autour d’un point, mesurée en newton‑mètre (N·m).
- **Liaison encastrement** : liaison qui bloque toute translation et rotation, transmettant deux composantes de force et un moment.
- **Diagramme libre‑corps (FBD)** : représentation schématique d’un corps isolé avec toutes les forces et moments extérieurs agissant sur lui.
- **Facteur de sécurité (FS)** : rapport entre la résistance théorique d’un matériau et la contrainte admissible d’utilisation.
- **Charge maximale admissible (CMA)** : charge qu’une structure peut supporter sans dépasser la contrainte admissible, fonction du FS.
- **Résultante** : somme vectorielle de plusieurs forces pouvant être remplacée par une unique force équivalente.
- **Équilibre statique** : état d’un corps où la somme des forces et la somme des moments sont nulles.
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## Exercices d'application corrigés
### Exercice 1 – Réaction d’appui d’une poutre chargée
Une poutre simplement appuyée de 5 m de portée supporte une charge uniformément répartie de \(q = 8\; \text{kN/m}\).
1. Déterminer les réactions verticales aux appuis A et B.
2. Vérifier que le moment fléchissant maximal se situe au milieu de la portée et en calculer sa valeur.
**Corrigé**
1. Charge totale \(Q = qL = 8 \times 5 = 40\; \text{kN}\).
Par symétrie, \(R_A = R_B = Q/2 = 20\; \text{kN}\).
2. Le moment fléchissant en une section distante \(x\) du support A est :
\(M(x) = R_A x - \frac{q x^2}{2}\).
Dérivée : \(\frac{dM}{dx}= R_A - q x =0\) → \(x = \frac{R_A}{q}= \frac{20}{8}=2,5\; \text{m}\) (milieu).
\(M_{max}= R_A \cdot 2,5 - \frac{q (2,5)^2}{2}=20 \times 2,5 - \frac{8 \times 6,25}{2}=50 - 25 = 25\; \text{kN·m}\).
### Exercice 2 – Moment d’un couple sur une clé
Une clé de 0,30 m de longueur est utilisée pour serrer un écrou. La force appliquée par l’opérateur fait un angle de 30° avec la branche de la clé.
1. Quelle force minimale doit-il exercer pour obtenir un couple de serrage de 50 N·m ?
2. Si l’opérateur applique réellement 180 N, quel est le moment réel produit ?
**Corrigé**
1. Le moment produit est \(M = l \, F \sin\theta\).
Donc \(F = \dfrac{M}{l \sin\theta}= \dfrac{50}{0,30 \times \sin 30°}= \dfrac{50}{0,30 \times 0,5}= \dfrac{50}{0,15}=333,3\; \text{N}\).
2. Avec \(F=180\; \text{N}\) : \(M = 0,30 \times 180 \times \sin 30° = 0,30 \times 180 \times 0,5 = 27\; \text{N·m}\).
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## Erreurs fréquentes et règles de sécurité
| N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de bonne pratique / sécurité |
|----|------------------|-------------|------------------------------------|
| 1 | Oublier de représenter une réaction d’appui dans le FBD | Système sous‑déterminé → résultats faux ou impossibles | Toujours isoler le corps puis **reconstituer toutes les liaisons** avant d’écrire les équations. |
| 2 | Confondre le sens du moment (horaire/antihoraire) | Erreur de signe dans l’équation ∑M → moment resultant incorrect | Adopter une convention (ex. antihoraire = +) et **la respecter systématiquement** dans tous les calculs du problème. |
| 3 | Utiliser la longueur de levier au lieu de la distance perpendiculaire au moment de calculer \(M = rF\) | Sur‑ ou sous‑estimation du moment | Vérifier que le bras de levier utilisé est la **distance perpendiculaire** entre l’axe de rotation et la ligne d’action de la force. |
| 4 | Négliger le poids propre d’une poutre ou d’une poutre métallique dans les charges | Sous‑dimensionnement → risque de flèche excessive ou de rupture | Inclure systématiquement le **poids propre** (calculé à partir du volume et de la masse volumique) dans la somme des forces verticales. |
| 5 | Surcharger une clé ou un boulon au-delà du couple de serrage recommandé | Déformation du filet, glissement, risque de décrochage en service | Consulter la **fiche technique du fabricant** et appliquer le facteur de sécurité recommandé (souvent 1,25–1,5 pour le serrage). |
| 6 | Utiliser une unité incohérente (ex. mm au lieu de m) dans le calcul d’un moment | Résultat erroné de plusieurs ordres de grandeur | **Homogénéiser toutes les longueurs en mètres** avant d’appliquer la formule \(M = rF\sin\theta\). |
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*Fin du cours.*
Quiz du chapitre
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