Chapitre 5
Bactériologie systématique (partie 3/3)
Lecture : 8 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**Objectifs** : à la fin de cette leçon, l’élève sera capable de :
- réaliser un prélèvement urétral conforme aux bonnes pratiques de laboratoire ;
- choisir et préparer les milieux de culture adaptés aux bactéries urogénitales ;
- réaliser les tests biochimiques de base (oxydase, catalase, fermentation des sucres) ;
- interpréter les résultats en identifiant les agents pathogènes les plus fréquents (Neisseria gonorrhoeae, Mycoplasma genitalium, Ureaplasma urealyticum, etc.) ;
- appliquer les règles de biosécurité de niveau 2 et les procédures de décontamination.
**Prérequis** : connaître la flore normale du tractus génito‑urinaire, maîtriser la coloration de Gram, savoir préparer un milieu solide (agar) et comprendre les notions d’asepsie et de dilution pour le calcul des UFC (unités formant des colonies).
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## Introduction contextualisée
Au Cameroun, les infections sexuellement transmissibles (IST) représentent un problème de santé publique majeur, notamment chez les jeunes adultes fréquentant les centres de santé de district. L’urétrite gonococcique et non gonococcique est fréquemment diagnostiquée grâce au prélèvement urétral suivi d’un examen bactériologique. Une bonne maîtrise de cette technique permet de limiter la propagation des résistances aux antibiotiques et d’orienter un traitement adapté, conformément aux directives du Programme national de lutte contre les IST/VIH du MINESEC.
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## I. Bactériologie du prélèvement urétral
### A. Indications et préparation du patient
> **Indication** : suspicion d’urétrite (dysurie, écoulement purulent, brûlure) ou dépistage de routine chez les partenaires sexuels de cas indexés.
Le patient doit éviter d’uriner pendant au moins **1 heure** avant le prélèvement afin de garantir une concentration suffisante de bactéries dans l’urètre distal. Aucun antiseptique local ne doit être appliqué.
### B. Technique de prélèvement
1. **Matériel** : swab stérile à pointe en rayonne ou en alginate, tube de transport contenant un milieu de préservation (ex. : Amies sans charbon).
2. **Procédé** :
- Le professionnel de santé, ganté, écarte légèrement le méat urinaire.
- Le swab est introduit délicatement sur **2 à 3 cm** dans l’urètre, tourné doucement **3 fois** puis retiré.
- Le swab est immédiatement placé dans le tube de transport, le bouchon est vissé et l’échantillon est étiqueté (nom, date, heure).
> **Règle de bonne pratique** : le prélèvement doit être réalisé avant toute antibiothérapie ; sinon, attendre **48 h** après l’arrêt du traitement.
### C. Transport et conditions de conservation
- Température de transport : **2 °C – 8 °C** (boîte isotherme avec packs de froid).
- Délai maximal entre prélèvement et mise en culture : **4 heures** ; au-delà, la viabilité de *Neisseria gonorrhoeae* chute rapidement.
- En cas de dépassement, privilégier la détection moléculaire (PCR) plutôt que la culture.
### D. Mise en culture
| Milieu sélectif | Bactéries ciblées | Atmosphère d’incubation | Durée d’incubation |
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| Chocolate agar + bacitracine | *Neisseria gonorrhoeae* | 5 % CO₂, 35‑37 °C | 24‑48 h |
| Thayer‑Martin (chocolate agar + vancomycine, colistine, nystatine) | *N. gonorrhoeae* (inhibe flore commensale) | 5 % CO₂, 35‑37 °C | 24‑48 h |
| Agar UU (urée) | *Ureaplasma urealyticum*, *Mycoplasma genitalium* | 5 % CO₂, 35‑37 °C | 48‑72 h |
| Agar LJ (Lowenstein‑Jensen) | *Mycobacterium tuberculosis* (rare) | aérien, 37 °C | 3‑6 semaines |
> **Point clé** : le chocolate agar fournit les facteurs de croissance (hémine, NAD) nécessaires aux gonocoques ; l’ajout d’antibiotiques sélectifs inhibe la flore commensale.
### E. Identification biochimique
1. **Test de l’oxydase** : positif pour *Neisseria* (violet foncé en ≤ 10 s).
2. **Test de la catalase** : positif (formation de bulles d’O₂) pour distinguer *Neisseria* des streptocoques.
3. **Fermentation des sucres** :
- Glucose : acidification (jaune) + production de gaz (souvent).
- Maltose, lactose, saccharose : variable selon l’espèce.
4. **Test de l’uréase** (pour *Ureaplasma* et *Mycoplasma*) : positif si changement de couleur du milieu (phénol rouge → rose).
> **Règle d’interprétation** : un isolat oxydase+, catalase+, qui fermente le glucose avec production de gaz et ne fermente pas le lactose est fortement évocateur de *N. gonorrhoeae*.
### F. Interprétation des résultats
- **Croissance de colonies grisâtres, oxydase+** sur Thayer‑Martin → *N. gonorrhoeae* (confirmé par test de fermentation du glucose).
- **Absence de croissance** sur milieux sélectifs mais PCR positive → infection à *Chlamydia trachomatis* ou *Mycoplasma genitalium* (nécessite amplification génique).
- **Croissance de colonies petites, translucides, uréase+** sur agar UU → *Ureaplasma urealyticum* ou *Mycoplasma genitalium*.
- **Flore mixte abondante** (épithéliaux, bacilles à Gram négatif) → contamination ou flore commensale ; répéter le prélèvement après respect des consignes.
### G. Normes de sécurité et de biosécurité
- Le travail avec *N. gonorrhoeae* relève du **niveau de biosécurité 2 (BSL‑2)**.
- Port obligatoire d’EPI : blouse à manches longues, gants nitrile, lunettes de protection, masque facial si risque d’aérosol.
- Décontamination des surfaces : solution d’hypochlorite de sodium à 0,5 % (5000 ppm) pendant 10 min, puis rinçage à l’eau.
- Élimination des déchets : conteneurs à objets tranchants et sacs biodégradables autoclave‑ables (121 °C, 15 psi, 20 min).
> **Consigne de sécurité** : ne jamais pipetter à la bouche ; utiliser exclusivement des pipettes stériles avec embouts filtrants.
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## Synthèse du chapitre
- Le prélèvement urétral se fait avec un swab stérile, après 1 h d’abstinence urinaire, et doit être transporté à 2‑8 °C, analysé dans les 4 h.
- Les milieux de sélection principaux sont le chocolate agar (+ bacitracine) et le Thayer‑Martin pour *Neisseria gonorrhoeae* ; l’agar UU pour *Ureaplasma*/*Mycoplasma*.
- L’identification repose sur l’oxydase (+), la catalase (+), la fermentation du glucose (acide + gaz) et, le cas échéant, l’uréase.
- Un résultat positif est interprété comme une IST bactérienne nécessitant un antibiogramme adapté (céfixime, azithromycine, etc.) selon les protocoles nationaux.
- La manipulation exige un niveau de biosécurité 2, le port d’EPI complet et une décontamination rigoureuse des zones de travail.
- Le calcul des UFC : **UFC/mL = (nombre de colonies × facteur de dilution) / volume ensemencé (mL)**.
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## Glossaire
- **Prélèvement urétral** : recueil d’un échantillon de sécrétions de l’urètre distal à l’aide d’un swab stérile.
- **Swab** : écouvillon stérile utilisé pour collecter le matériau biologique.
- **Milieu sélectif** : milieu de culture contenant des agents inhibiteurs permettant la croissance ciblée d’un groupe bactérien.
- **Chocolate agar** : agar enrichi en hémine et NAD, utilisé pour les gonocoques et les haemophiles.
- **Thayer‑Martin** : chocolate agar additionné de vancomycine, colistine et nystatine, sélectif pour *Neisseria gonorrhoeae*.
- **Oxydase** : enzyme détectée par le réactif oxydase ; positive chez les *Neisseria*.
- **Catalase** : enzyme qui décompose le peroxyde d’hydrogène en eau et oxygène ; positive chez de nombreuses bactéries aérobies.
- **UFC (Unité Formant des Colonies)** : mesure de la concentration de bactéries viables dans un échantillon.
- **Biosécurité niveau 2 (BSL‑2)** : ensemble de pratiques et de installations pour travailler avec des agents pathogènes modérément dangereux.
- **Équipement de protection individuelle (EPI)** : blouse, gants, lunettes, masque destinés à protéger l’opérateur.
- **Amies sans charbon** : milieu de transport préservant la viabilité des gonocoques durant le transfert au laboratoire.
- **PCR** : réaction en chaîne par polymérase, méthode d’amplification d’ADN utilisée pour la détection des bactéries non cultivables.
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## Exercices d'application corrigés
### Exercice 1 – Calcul de concentration
Un prélèvement urétral est ensemencé à raison de **0,1 mL** sur une plaque de chocolate agar. Après 24 h d’incubation à 35‑37 °C en 5 % CO₂, on compte **62 colonies**.
**Calcul** :
Facteur de dilution = 1 (pas de dilution préalable).
UFC/mL = (nombre de colonies) / (volume ensemencé en mL) = 62 / 0,1 = **620 UFC/mL**.
**Réponse** : la concentration bactérienne du prélèvement est de 620 UFC/mL.
### Exercice 2 – Interprétation de résultat
Un swab urétral est ensemencé sur Thayer‑Martin. Après incubation, on observe des colonies grisâtres, oxydase+, catalase+, qui fermentent le glucose avec production de gaz mais ne fermentent pas le lactose. Aucun croissance n’est observée sur l’agar UU.
**Interprétation** : le profil biochimique correspond à *Neisseria gonorrhoeae*. L’absence de croissance sur l’agar UU exclut *Ureaplasma*/*Mycoplasma*. Le prélèvement révèle donc une infection à gonocoque.
**Conduite à tenir** : réaliser un antibiogramme (test de sensibilité à la céfixime, à l’azithromycine, etc.) et instaurer un traitement selon la recommandation nationale (céfixime 400 mg PO en dose unique + azithromycine 1 g PO en dose unique, en cas de résistance suspectée, utiliser un schéma de céftriaxone IM 250 mg + azithromycine 1 g).
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## Erreurs fréquentes et règles de sécurité
| Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique |
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| Prélèvement effectué moins de 1 h après la dernière miction | Dilution de l’échantillon, sous‑estimation de la charge bactérienne | Respecter un délai d’abstinence urinaire d’au moins 1 h avant le prélèvement. |
| Utilisation d’un swab imbibé d’antiseptique (alcool, povidone‑iodine) | Inhibition de la croissance des gonocoques → faux négatif | Utiliser exclusivement un swab stérile sans aucun agent antiseptique. |
| Transport à température ambiante (> 25 °C) pendant plus de 2 h | Perte de viabilité de *N. gonorrhoeae* (sensible à la chaleur et à la sécheresse) | Maintenir l’échantillon dans une boîte isotherme avec packs de froid (2‑8 °C) et respecter le délai maximal de 4 h. |
| Omission du port de lunettes de protection lors du vortexage du tube de transport | Risque de projection d’aérosols contenant des pathogènes | Porter systématiquement des lunettes de protection et un masque facial lors de toute manipulation pouvant générer des aérosols. |
| Décontamination du plan de travail avec de l’eau seulement | Persistance de germes résistants, risque de contamination croisée | Appliquer une solution d’hypochlorite de sodium à 0,5 % pendant au moins 10 min, puis rincer à l’eau. |
| Lecture prématurée des plaques (avant 18 h) | Sous‑détection des colonies à croissance lente (ex. *Ureaplasma*) | Respecter les temps d’incubation recommandés (24‑48 h pour les milieux sélectifs, 48‑72 h pour l’agar UU). |
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*Fin de la fiche de cours.*
Quiz du chapitre
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