Chapitre 9
Généralités sur les mycoses
Lecture : 12 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :
1. Définir les mycoses et distinguer les champignons pathogènes des saprophytes.
2. Classer les mycoses selon leur localisation (cutanées, sous‑cutanées, systémiques) et leur agent étiologique.
3. Décrire les mécanismes de virulence principaux des champignons médicaux (adhésion, enzymes hydrolytiques, toxines, capacité à changer de forme).
4. Appliquer les règles d’hygiène et de sécurité en laboratoire de microbiologie lorsqu’on manipule des échantillons suspects de mycoses.
5. Réaliser un diagnostic de base (examen direct, culture sur milieux sélectifs, tests de germination) et interpréter les résultats.
6. Proposer une prise en charge thérapeutique adaptée (antifongiques locaux ou systémiques) en respectant les protocoles du ministère de la Santé publique du Cameroun.
**Prérequis** :
- Connaissances de base en cytologie fongique (paroi cellulaire, membrane, noyau).
- Notions de stérilisation et d’asepsie apprises en TP de microbiologie générale.
- Familiarité avec les milieux de culture usuels (agar gélosé, sabouraud) et les techniques d’inoculation.
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## Introduction contextualisée
Au Cameroun, les mycoses représentent un problème de santé publique non négligeable, surtout dans les zones rurales où l’accès aux soins est limité et où les pratiques agricoles favorisent l’exposition aux spores fongiques (manipulation de céréales humides, travail du sol, élevage de volailles). Les infections cutanées à *Trichophyton* spp. sont fréquentes chez les enfants scolarisés, tandis que les mycoses systémiques à *Candida albicans* ou *Cryptococcus neoformans* sont observées chez les patients immunodéprimés (VIH, traitement corticothérapie prolongée).
En tant que futurs techniciens de laboratoire ou agents de santé, vous devez maîtriser la reconnaissance morphologique et physiologique des champignons pathogènes, savoir mettre en œuvre les procédés de diagnostic conformes aux normes du MINESEC et appliquer les mesures de prévention adaptées aux contextes professionnels (laboratoire d’analyse médicale, poste de santé, exploitation agricole).
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## I. Généralité sur les mycoses
### 1. Définition et classification des champignons médicaux
> **>** Un champignon pathogène est un eucaryote unicellulaire ou filamenté capable de provoquer une maladie chez l’hôte humain lorsqu’il dépasse les défenses immunitaires ou lorsqu’il trouve une niche écologique favorable.
Les champignons médicaux se répartissent en trois groupes principaux selon leur mode de vie :
| Groupe | Exemple d’espèce | Habitat naturel | Type d’infection |
|--------|------------------|-----------------|------------------|
| Saprophytes | *Aspergillus niger* | Sol, débris végétaux | Rarement pathogène (opportuniste) |
| Parasites facultatifs | *Candida albicans* | Muqueuses humaines, environnement | Infection opportuniste (muqueuse, sang) |
| Parasites obligatoires | *Trichophyton rubrum* | Peau, cheveux, ongles (tissus cornés) | Infection superficielle (teigne) |
### 2. Terminologie des mycoses
- **Mycose superficielle** : atteinte limitée à la couche cornée de l’épiderme, des cheveux ou des ongles (ex. teigne, pityriasis versicolor).
- **Mycose sous‑cutanée** : invasion du derme et du tissu sous‑cutané, souvent après traumatisme (ex. mycétome, sporotrichose).
- **Mycose systémique** : dissemination hematogène pouvant atteindre les organes profonds (poumons, cerveau, système nerveux central).
> **>** La gravité d’une mycose augmente avec la profondeur d’invasion et l’état immunitaire de l’hôte.
### 3. Facteurs de virulence des champignons pathogènes
1. **Adhésion** : protéines de surface (Als chez *Candida*) permettant la fixation aux cellules épithéliales.
2. **Enzymes hydrolytiques** : protéases, phospholipases, lipases qui dégradent les tissus hôtes et nutriment le champignon.
3. **Toxines** : aflatoxines (*Aspergillus*), gliotoxine (*Aspergillus fumigatus*) induisant des dommages cellulaires et une immunosuppression.
4. **Dimorphisme** : capacité à passer de la forme levure à la forme filamentée selon la température ou le pH, facilitant l’évasion immunitaire.
5. **Biofilm** : matrice extracellulaire protectrice sur cathéters ou valves cardiaques, augmentant la résistance aux antifongiques.
### 4. Principes de sécurité et d’hygiène en laboratoire
- **Niveau de confinement** : manipulation des champignons pathogènes de classe 2 (BSL‑2) selon les recommandations OMS/OMS‑Afrique.
- **Équipement de protection individuelle (EPI)** : blouse à manches longues, gants nitrile, masque anti‑projections, lunettes de sécurité.
- **Décontamination** : immersion du matériel dans une solution d’hypochlorite de sodium 0,5 % pendant 10 min, puis autoclave à 121 °C, 15 psi, 20 min.
- **Gestion des déchets** : déchets fongiques placés dans des sacs biodégradables jaunes, incinérés selon la réglementation camerounaise (arrêté n° 2005/012 du MINSANTE).
> **>** Toute manipulation d’échantillons suspects de mycoses doit être réalisée sous hotte à flux laminaire de classe II, avec désinfection de la surface de travail avant et après chaque séance.
### 5. Méthodes de diagnostic de base
| Étape | Principe | Milieu / Réactif | Observation attendue |
|-------|----------|------------------|----------------------|
| Examen direct (KOH 10 %) | Dissolution de la kératine, visualisation des hyphes/levures | Lame + couvre‑objet + KOH | Hyphes septés (dermatophytes), levures bourgeonnantes (*Candida*) |
| Culture sur Sabouraud chloramphenicol | Sélectif pour champignons, inhibe bactéries | Agar Sabouraud + 0,05 % chloramphenicol, incubation 25‑30 °C, 5‑7 j | Colonies caractéristiques (duveteuses, poudreuses) |
| Test de germination (germ tube) | Détection de *Candida albicans* | Serum humain à 37 °C, 2‑3 h | Formation de tubes germinatifs (> ½ longueur de la cellule) |
| Coloration au bleu de lactophénol | Visualisation structurale | Laitophénol + bleu de coton | Hyphes clairement colorés en bleu, spores visibles |
> **>** Un résultat positif à l’examen direct doit toujours être confirmé par culture, car certains artefacts (fibres textiles) peuvent mimétiser des hyphes.
### 6. Traitement antifongique de base
| Classe d’antifongique | Exemple de médicament (Cameroun) | Mode d’action | Indication principale |
|-----------------------|----------------------------------|---------------|-----------------------|
| Polyenes | Amphotéricine B (IV) | Liaison à l’ergostérol → formation de pores | Mycoses systémiques sévères |
| Azoles | Fluconazole (PO/IV) | Inhibition de la lanostérol 14α‑déméthylase | Candidoses muqueuses, prophylaxis VIH |
| Allylamines | Terbinafine (topique/PO) | Inhibition de la squalène époxydase | Dermatophytoses cutanées |
| Échinocandines | Caspofungine (IV) | Inhibition de la synthèse de β‑glucane | Candidoses résistantes, aspergilloses |
> **>** La durée du traitement varie selon le type de mycose : 2‑4 semaines pour une teigne corporelle, 6‑12 mois pour une onychomycose, et plusieurs semaines à mois pour une candidémie, sous suivi clinique et biologique.
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## II. Activités d’intégration
Cette partie met en pratique les connaissances acquises à travers une situation professionnelle typique d’un laboratoire d’analyse médicale au Cameroun.
### 1. Situation professionnelle
Un poste de santé de district reçoit quotidiennement des prélèvements cutanés (grattages) provenant d’enfants présentant des plaques squameuses au niveau du cuir chevelu. Le technicien de laboratoire doit :
- Réaliser l’examen direct à la KOH.
- Ensemencer les échantillons sur milieu Sabouraud chloramphenicol.
- Interpréter les résultats après 5 jours d’incubation à 28 °C.
- Proposer une conduite à tenir (traitement topique ou orientation vers un centre de référence).
### 2. Protocole pas à pas (à retenir)
> **>** 1. Préparer une lame propre, déposer une goutte de KOH 10 % au centre.
> **>** 2. Ajouter le grattage cutané, couvrir délicatement avec un couvre‑objet.
> **>** 3. Laisser agir 5‑10 min à température ambiante, observer au microscope (×10‑×40).
> **>** 4. En cas de présence d’hyphes septés, procéder à l’ensemencement : étaler le grattage sur la surface d’une boîte de Sabouraud chloramphenicol en secteurs quadrillés.
> **>** 5. Incuber les boîtes à 28 °C, vérifier quotidiennement la croissance.
> **>** 6. À J+5, examiner les colonies : morphology duveteuse, couleur blanche à crème, présence de conidies en chaîne → présomption de *Microsporum* ou *Trichophyton*.
> **>** 7. Réaliser un test de germination si suspicion de levure (non pertinent ici).
> **>** 8. Rédiger le compte‑rendu : « Examen direct positif pour hyphes septés ; culture montrant colonies duveteuses, compatibles avec dermatophyte. »
> **>** 9. Recommander au prescripteur un antifongique topique (terbinafine 1 % crème, application bidaily pendant 2‑4 semaines) ou adresser au centre de référence si les lésions sont étendues ou résistantes.
### 3. Tableau récapitulatif des résultats attendus
| Observation examen direct | Résultat culture | Interprétation | Conduite à tenir |
|---------------------------|------------------|----------------|------------------|
| Hyphes septés présents | Colonies duveteuses, blanc‑crème | Dermatophyte (probable *Trichophyton rubrum*) | Terbinafine topique 2‑4 semaines |
| Aucune structure fongique | Aucune croissance | Négatif pour mycose cutanée | Rechercher autre étiologie (eczéma, psoriasis) |
| Levures bourgeonnantes | Colonies crémeuses, blanc | *Candida* spp. (contamination possible) | Nouvelle prise d’échantillon, examen répété |
| Hyphes non septés, larges | Colonies poudreuses, vert‑bleu | *Aspergillus* spp. (contamination environnementale) | Nouvelle collecte, éviter contamination aérienne |
### 4. Exemple chiffré de préparation de milieu
Pour préparer 500 mL d’agar Sabouraud chloramphenicol :
- Agar Sabouraud (poudre) : 6,5 g (13 g/L)
- Chloramphenicol : 0,25 g (0,5 g/L)
- Eau distillée : jusqu’à 500 mL
**Procédure** : Dissoudre la poudre dans l’eau, porter à ébullition, stériliser en autoclave 121 °C, 15 psi, 20 min. Après refroidissement à 45‑50 °C, ajouter le chloramphenicol préalablement filtré (0,22 µm) sous hotte, mélanger doucement, verser dans des boîtes pétri stériles (≈20 mL/boîte).
> **>** Le pH final doit être compris entre 5,6 et 6,0, vérifié avec un papier indicateur avant la solidification.
### 5. Synthèse des activités d’intégration
- L’élève a appliqué le protocole complet d’examen direct et de culture pour une mycose cutanée.
- Il a interprété les résultats morphologiques et proposé une conduite thérapeutique conforme aux recommandations nationales.
- Il a respecté les règles de biosécurité (EPI, hotte, décontamination) et les bonnes pratiques de préparation de milieux.
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## Synthèse du chapitre
- **Définition** : Les mycoses sont des infections causées par des champignons pathogènes capables d’envahir les tissus humains.
- **Classification** : Superficielle, sous‑cutanée, systémique selon la profondeur d’invasion.
- **Facteurs de virulence** : adhésion, enzymes hydrolytiques, toxines, dimorphisme, biofilm.
- **Diagnostic** : examen direct KOH, culture sur Sabouraud chloramphenicol, tests spécifiques (germ tube, bleu de lactophénol).
- **Sécurité** : manipulation BSL‑2, EPI, hotte à flux laminaire, décontamination hypochlorite/autoclave.
- **Traitement** : antifongiques locaux (terbinafine) ou systémiques (amphotéricine B, fluconazole, caspofungine) selon le type et la gravité.
- **Intégration** : mise en œuvre d’un protocole de laboratoire complet, de la prélèvement à la conduite thérapeutique, en respectant les normes camerounaises.
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## Glossaire
| Terme | Définition |
|-------|------------|
| **Dermatophyte** | Champignon filamenté qui envahit et dégrade les tissus cornés (peau, cheveux, ongles). |
| **KOH 10 %** | Solution d’hydroxyde de potassium utilisée pour dissoudre la kératine et visualiser les éléments fongiques. |
| **Sabouraud chloramphenicol** | Milieu sélectif à faible pH, inhibant la croissance bactérienne pour favoriser les champignons. |
| **Dimorphisme** | Capacité d’un champignon à exister sous forme de levure à 37 °C et de mycélium à 25 °C. |
| **Biofilm** | Communauté microbienne sessile enfermée dans une matrice extracellulaire, augmentant la résistance aux antifongiques. |
| **Germ tube** | Extension hyphiforme précoce de *Candida albicans* observée en sérum humain à 37 °C, test de spécificité. |
| **Amphotéricine B** | Antifongique polyène qui se lie à l’ergostérol membranaire, formant des canaux ioniques. |
| **Terbinafine** | Allylamine qui inhibe la squalène époxydase, bloquant la synthèse de l’ergostérol. |
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## Exercices d'application corrigés
### Exercice 1 – Interprétation d’un examen direct
**Consigne** : Un grattage cutané prélevé chez un enfant de 6 ans montre, après mise en KOH 10 %, des éléments filamenteux septés, régulièrement ramifiés, sans spores visibles.
**Questions** :
1. Quel type de champignon est suggéré ?
2. Quelle est la prochaine étape diagnostique recommandée ?
3. Quel antifongique topique serait approprié en première intention ?
**Corrigé** :
1. La présence d’hyphes septés évoque un dermatophyte (genre *Trichophyton* ou *Microsporum*).
2. L’étape suivante est l’ensemencement sur milieu Sabouraud chloramphenicol pour obtenir une culture et confirmer l’espèce.
3. En première intention, on prescrit de la terbinafine crème 1 % à appliquer deux fois par jour pendant 2 à 4 semaines, selon l’étendue de la lésion.
### Exercice 2 – Préparation d’un milieu de culture
**Consigne** : Vous devez préparer 250 mL d’agar Sabouraud chloramphenicol pour un TP de mycologie. Indiquez les quantités exactes de chaque composant et la procédure de stérilisation.
**Corrigé** :
- Agar Sabouraud : 3,25 g (6,5 g/L × 0,25 L)
- Chloramphenicol : 0,125 g (0,5 g/L × 0,25 L)
- Eau distillée : jusqu’à 250 mL
**Procédure** : Dissoudre l’agar dans l’eau, porter à ébullition, stériliser en autoclave à 121 °C, 15 psi, 20 min. Refroidir à 45‑50 °C, ajouter le chloramphenicol filtré (0,22 µm) sous hotte, mélanger, verser 12‑15 mL dans chaque boîte pétri stérile. Laisser solidifier à température ambiante, puis stocker à 4 °C jusqu’à utilisation.
### Exercice 3 – Conduite à tenir devant une culture positive
**Consigne** : Après 5 jours d’incubation à 28 °C, une boîte de Sabouraud chloramphenicol présente des colonies poudreuses, vert‑bleu, avec une odeur de moisi. L’examen direct montre des hyphes largement ramifiés, non septés.
**Questions** :
1. Quelle est l’espèce la plus probable ?
2. Quel niveau de confinement est requis pour manipuler cet échantillon ?
3. Quel antifongique systémique serait envisagé en cas d’invasion pulmonaire ?
**Corrigé** :
1. Les caractéristiques décrivent *Aspergillus fumigatus* (colonies poudreuses vert‑bleu, hyphes largement ramifiés, non septés).
2. Le champignon étant un pathogène opportuniste de classe 2, la manipulation doit se faire en BSL‑2 (hotte à flux laminaire, EPI).
3. En cas d’aspergillose pulmonaire invasive, l’amphotéricine B IV (0,5‑1 mg/kg/j) ou le voriconazole (6 mg/kg toutes les 12 h, puis 4 mg/kg) sont les traitements de première ligne selon les protocoles nationaux.
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## Erreurs fréquentes et règles de sécurité
| Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique |
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| Oublier de porter des gants lors de la manipulation de grattages cutanés | Risque de contamination croisée et d’infection opportuniste du technicien | Toujours porter des gants nitrile, les changer après chaque échantillon. |
| Utiliser une lame non dégraissée pour l’examen direct | Artefacts gras pouvant masquer les hyphes ou créer des faux‑positifs | Nettoyer la lame avec de l’alcool 70 % et laisser sécher avant chaque utilisation. |
| Incuber les boîtes à 37 °C au lieu de 28 °C pour les dermatophytes | Inhibition de la croissance, résultat faussement négatif | Respecter la température optimale indiquée (28 °C pour la plupart des champignons cutanés). |
| Oublier d’ajouter le chloramphenicol après autoclave | Prolifération bactérienne qui masque les colonies fongiques | Ajouter l’antibiotique filtré à température ≤ 50 °C, sous hotte, avant le versement. |
| Ne pas décontaminer le plan de travail après une séance comportant des échantillons positifs | Persistance de spores dans l’environnement, risque d’aérosolisation | Nettoyer la surface avec un désinfectant à base d’hypochlorite 0,5 % puis essuyer avec de l’eau stérile. |
| Interpréter un examen direct négatif comme preuve d’absence de mycose | Sous‑diagnostic, retard de prise en charge | Considérer l’examen direct comme test de sensibilité modérée ; toujours confirmer par culture si le contexte clinique est évocateur. |
Quiz du chapitre
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