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Chapitre 10

Bactériologie systématique (partie 1/3)

Lecture : 19 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de : 1. Réaliser un prélèvement d’urine conforme aux bonnes pratiques (mid‑stream clean catch) et effectuer l’examen cytobactériologique des urines (ECBU) ; 2. Interpréter les résultats macroscopiques, microscopiques et quantitatifs de l’ECBU en se référant aux seuils de signification établis au Cameroun ; 3. Prélever, transporter et analyser un liquide céphalorachidien (LCR) en respectant les règles de biosécurité ; 4. Réaliser les colorations de Gram, les comptages cellulaires et les tests biochimiques usuels sur le LCR ; 5. Rédiger un compte rendu de laboratoire clair, exploitable par le clinicien pour le diagnostic d’infection urinaire ou de méningite bactérienne. **Prérequis** : - Notions de base en microbiologie générale (structure bactérienne, coloration de Gram, notions d’UFC) ; - Connaissances d’asepsie et de manipulation des échantillons biologiques (port de gants, lunettes de protection, éliminations des déchets) ; - Notions d’anatomie et de physiologie du système urinaire et du système nerveux central ; - Maîtrise du matériel de laboratoire de base (microscope optique, lame de Neubauer, centrifugeuse, incubateur). --- ## Introduction contextualisée Au Cameroun, les infections urinaires communautaires et nosocomiales représentent une cause fréquente de consultation dans les centres de santé, notamment chez les femmes enceintes et les personnes âgées. Par ailleurs, les méningites bactériennes, bien que moins fréquentes que les formes virales, restent une urgence vitale avec un taux de mortalité élevé lorsqu’elles ne sont pas diagnostiquées rapidement. La maîtrise de l’ECBU et de la bactériologie du LCR constitue donc une compétence essentielle pour les futurs techniciens de laboratoire médical, les infirmiers et les médecins exerçant en milieu hospitalier ou en centre de santé de district. Ce chapitre s’inscrit dans la logique de l’approche par compétences du programme MINESEC/IGE : il combine connaissances théoriques, gestes techniques professionnels et capacité d’interprétation critique des résultats. --- ## I. Leçon 8 : Examen cytobactériologique des urines ### A. Définition et intérêt clinique > **Définition** : L’examen cytobactériologique des urines (ECBU) est l’ensemble des analyses macroscopiques, microscopiques et quantitatives permettant de détecter la présence de bactéries, de leucocytes, de cellules épithéliales et de cristaux dans un échantillon d’urine, afin de diagnostiquer une infection urinaire (IU) ou de surveiller son traitement. L’ECBU est indiqué devant tout signe clinique d’IU (dysurie, pollakiurie, fièvre, douleurs lombaires) ou dans le cadre du dépistage prénatal. Au Cameroun, les seuils de signification sont définis par le Programme National de Lutte contre les Infections Nosocomiales (PNLIN) : ≥10⁵ unités formant des colonies (UFC)/mL pour un jet moyen, ≥10² UFC/mL pour un cathéter, et ≥10⁴ UFC/mL pour un prélèvement suprapubique chez le nourrisson. ### B. Matériel et réactifs - Flacon stérile de 30 mL avec bouchon à vis (pré‑stérilisé par autoclave à 121 °C, 15 min) ; - Compresses stériles, solution antiseptique (chlorhexidine 0,5 % ou povidone‑iodée) ; - Lame de Neubauer et couvre‑objet ; - Coloration de Gram (colorant cristal violet, lugol, décolorateur acétylé, safranine) ; - Microscope optique à immersion (objectif 100×) ; - Incubateur à 35–37 °C, atmosphère aérienne ; - Milieu de culture : agar cystine‑lactose‑électrolyte‑déficient (CLED) ou agar sang ; - Compte‑colonies automatique ou manuel. ### C. Procédure de prélèvement (mid‑stream clean catch) 1. Expliquer au patient la procédure et obtenir son consentement éclairé. 2. Demander au patient de se laver les mains et les organes génitaux avec de l’eau et du savon, puis de rincer. 3. Appliquer l’antiseptique sur le méat urinaire (chez la femme, écarter les lèvres ; chez l’homme, rétracter le prépuce). 4. Laisser le premier jet d’urine s’écouler dans les toilettes (élimine les contaminants du méat). 5. Recueillir le jet moyen dans le flacon stérile sans toucher l’intérieur du flacon ni le méat. 6. Fermer immédiatement le flacon, l’étiqueter (nom, date, heure, type de prélèvement) et le transporter au laboratoire dans les 2 h, à température ambiante si le délai est court, sinon à 4 °C. > **Règle de sécurité** : Porter des gants non stériles et une blouse lors de la manipulation de l’antiseptique et du flacon ; éliminer les déchets souillés dans un conteneur à risque biologique (couleur jaune). ### D. Analyse macroscopique - Aspect : clair, trouble, laiteux, sanglant. - Couleur : jaune pâle, jaune foncé, rougeâtre (hématurie), verdâtre (pyurie). - Odeur : normale, ammoniacale (infection à *Proteus*), fétide (infection anaérobie). - Mesure du pH (bandelettes) et de la densité spécifique (urinomètre). ### E. Analyse microscopique 1. **Préparation du dépôt** : centrifuger 5 mL d’urine à 400 g pendant 5 min, éliminer le surnageant, résuspendre le sédiment dans 0,5 mL. 2. **Coloration de Gram** : déposer une goutte sur lame, laisser sécher, fixer à la chaleur, réaliser la coloration selon le protocole standard. 3. **Examen au microscope** : - Champ clair : compter les leucocytes (polynucléaires neutrophiles) et les cellules épithéliales (vaisseaux, squameuses). - Champ objet : rechercher les bactéries (forme, disposition, coloration Gram). - Seuil de signification : ≥10 leucocytes/champ à l’objectif 40× (ou ≥5 leucocytes/champ à l’objectif 100×) suggère une pyurie ; ≥1 bactérie/champ à l’objectif 100× (après coloration de Gram) indique une bactériurie significative lorsqu’elle est associée à la pyurie. ### F. Interprétation quantitative (culture) - Ensemencer 0,01 mL (ou 0,001 mL selon la concentration suspectée) d’urine sur milieu CLED par méthode de la goutte ou du puits. - Incuber 18–24 h à 35–37 °C. - Compter les colonies et calculer l’UFC/mL : \[ \text{UFC/mL} = \frac{\text{Nombre de colonies} \times \text{Facteur de dilution}}{\text{Volume ensemencé (mL)}} \] - **Exemple chiffré** : Sur une plaque CLED, 42 colonies sont comptées après ensemencement de 0,01 mL d’urine non diluée. \[ \text{UFC/mL} = \frac{42 \times 1}{0,01} = 4 200 \text{UFC/mL} \] Ce résultat est inférieur au seuil de signification (≥10⁵ UFC/mL) pour un jet moyen ; il suggère une contamination ou une bactériurie de faible importance. > **Formule à retenir** : UFC/mL = (colonies × dilution) / volume ensemencé (mL). ### G. Normes de sécurité et d’hygiène - Manipulation des échantillons d’urine : biosécurité niveau 2 (BSL‑2) ; porter gants, blouse, protection oculaire. - Décontamination des surfaces : solution d’hypochlorite de sodium 0,5 % pendant 10 min. - Élimination des milieux usés : autoclave à 121 °C, 15 min avant mise au rebut. ### H. Tableau récapitulatif des seuils de signification | Type de prélèvement | Seuil de signification (UFC/mL) | Interprétation clinique | |------------------------------|--------------------------------|--------------------------| | Jet moyen (clean catch) | ≥ 10⁵ | Infection urinaire vraie | | Cathéter urinaire | ≥ 10² | Infection associée au cathéter | | Ponction suprapubique (nourrisson) | ≥ 10⁴ | Infection urinaire néonatale | | Urine de recueil de 24 h | ≥ 10⁵ (par mL) | Infection urinaire chronique | --- ## II. ACTIVITES D’INTEGRATION **Objectif de l’activité** : Mettre en situation professionnelle la chaîne complète de l’ECBU, de la prescription médicale à la restitution du résultat, en intégrant les dimensions techniques, réglementaires et communicationnelles propres au laboratoire de biologie médicale camerounais. **Durée** : 4 heures (atelier pratique). **Matériel nécessaire** : Flacons stériles, antiseptique, matériel de centrifugation, lames de Neubauer, réactifs de Gram, milieux CLED, incubateur, microscope, fiches de demande d’examen, registre de suivi des résultats. **Déroulement** : 1. **Accueil et briefing (15 min)** – Présentation du cas clinique : une femme de 28 ans, 12 semaines d’aménorrhée, présentant dysurie et fièvre à 38,5 °C. Le médecin prescrit un ECBU. 2. **Pré‑analyse (30 min)** – Vérification de la conformité de la demande (identité du patient, heure, signes cliniques). Préparation du poste de travail (désinfection, mise en place des EPI). 3. **Prélèvement simulé (45 min)** – Chaque binôme réalise un prélèvement mid‑stream sur un mannequin équipé d’un dispositif d’urine factice (solution saline teintée). Application de l’antiseptique, recueil du jet moyen, étiquetage, transport au laboratoire. 4. **Traitement au laboratoire (90 min)** – - Centrifugation et préparation du dépôt. - Réalisation de la coloration de Gram et lecture microscopique (comptage leucocytaires, recherche de bactéries). - Ensemencement sur milieu CLED (dilution 10⁻² et 10⁻³). - Incubation des plaques. 5. **Lecture des cultures (45 min)** – Après 18–24 h, comptage des colonies, calcul de l’UFC/mL, interprétation selon le tableau des seuils. 6. **Rédaction du compte rendu (30 min)** – Remplissage d’un formulaire standardisé : aspects macroscopiques, résultats microscopiques (leucocytes/champ, bactéries/Gram), concentration UFC/mL, conclusion (infection urinaire probable, négative, ou contamination). 7. **Débriefing et échange (15 min)** – Discussion des difficultés rencontrées (contamination, mauvaise technique de prélèvement), rappel des bonnes pratiques et des points de sécurité. **Évaluation** : Observation directe de la technique de prélèvement et de la coloration de Gram (grille de compétences), exactitude du calcul d’UFC/mL, pertinence de la conclusion clinique. > **Règle à retenir** : Toute étape de l’ECBU doit être tracée dans le registre du laboratoire (date, heure, opérateur, numéro d’échantillon) afin de garantir la qualité et la traçabilité exigées par la norme ISO 15189 appliquée au Cameroun. --- ## III. Leçon 9 : bactériologie du liquide céphalorachidien ### A. Définition et intérêt clinique > **Définition** : L’examen du liquide céphalorachidien (LCR) consiste en l’analyse macroscopique, microscopique, biochimique et microbiologique d’un prélèvement obtenu par ponction lombaire, afin de diagnostiquer une méningite, une encéphalite ou une atteinte inflammatoire du système nerveux central. Au Cameroun, les méningites bactériennes à *Neisseria meningitidis* sérogroupe A, *Streptococcus pneumoniae* et *Haemophilus influenzae* b restent des priorités de santé publique, notamment dans la ceinture de la méningite (régions du Nord, Extrême‑Nord et Adamawa). Un diagnostic précoce permet l’instauration rapide d’un antibiothérapie adaptée et réduit la mortalité de plus de 50 %. ### B. Précautions de prélèvement (ponction lombaire) - Position du patient : décubitus latéral avec genoux fléchis vers le thorax, ou assise en avant avec le dos courbé. - Asepsie rigoureuse : désinfection cutanée à la povidone‑iodée à 10 % suivie d’un alcool à 70 %, laissez sécher. - Utilisation d’une aiguille stérile de 22 G (ou 20 G chez l’adulte) avec manchon. - Prélever 3 à 4 tubes de 1 mL chacun (tube 1 pour biochimie, tube 2 pour cytologie, tube 3 pour microbiologie, tube 4 de réserve). - Fermer immédiatement chaque tube, éviter les mouvements brusques qui pourraient provoquer une céphalée post‑ponction. > **Règle de sécurité** : Porter une blouse à manches longues, des gants stériles, un masque et une protection oculaire lors de la ponction ; éliminer l’aiguille utilisée dans un conteneur d’objets tranchants (BOCT). ### C. Transport et conservation - Transporter les tubes au laboratoire dans un contenant isotherme à 4 °C (pas de glace directe). - Analyser le LCR dans l’heure qui suit la ponction pour la cytologie et la biochimie ; la microbiologie peut être réalisée jusqu’à 4 h si le prélèvement est conservé à 4 °C. - En cas de retard > 4 h, incuber le tube de microbiologie à 35–37 °C en atmosphère de CO₂ 5 % pour favoriser la croissance des bactéries fastidieuses. ### D. Analyse macroscopique - Aspect : clair, trouble, xanthochromique (jaune) suggérant une hémorragie ancienne ou une hyperbilirubinémie. - Couleur : incolore, légèrement rosée (hémoglobine), verdâtre (pyurie). - Opacité : mesurée par turbidimétrie (unité de néphélométrie, NTU) ; > 5 NTU indique une pleocytose significative. ### E. Analyse microscopique 1. **Préparation du dépôt** : centrifuger 1 mL de LCR à 400 g pendant 5 min, éliminer le surnageant, résuspendre le sédiment dans 0,1 mL. Ajouter 1,9 mL de solution de Turk (acétate d’acétique 3 %) pour obtenir une dilution 1 : 20. 2. **Coloration de Gram** : même procédé que pour l’urine. 3. **Comptage cellulaire** : utiliser une lame de Neubauer, compter les leucocytes dans les 4 grands carrés. Avec la dilution 1 : 20, le nombre de leucocytes/mm³ est obtenu par : \[ \text{Leucocytes/mm³} = \text{nombre compté} \times 50 \] (si aucune dilution n’est réalisée, le facteur serait 2,5). 4. **Différentiel** : coloration au bleu de méthylène ou au Wright‑Giemsa pour distinguer neutrophiles, lymphocytes, monocytes. 5. **Recherche de bactéries** : examen à l’objectif 100× immersion après coloration de Gram ; présence de cocci à Gram négative en diplocoques suggère *N. meningitidis* ; cocci à Gram positive en chaînes suggère *S. pneumoniae* ; bacilles à Gram négative suggère *H. influenzae* ou *E. coli* chez le nouveau‑né. > **Seuil de signification cytologique** : > 5 leucocytes/mm³ suggère une réaction inflammatoire ; > 100 leucocytes/mm³ avec prédominance neutrophile est fortement évocateur d’une méningite bactérienne. ### F. Tests biochimiques rapides (bandelettes ou méthodes enzymatiques) - **Glucose du LCR** : mesuré par méthode hexokinase ou glucose oxydase. Le ratio glucose LCR / glucose sanguin < 0,4 (40 %) indique une consommation bactérienne. - **Protéines** : dosage par méthode du biuret ou turbidimétrie. Valeur > 0,45 g/L (450 mg/L) suggère une augmentation de la perméabilité de la barrière hémato‑encéphalique. - **Lactate** : dosage enzymatique ; > 3,5 mmol/L soutient le diagnostic de méningite bactérienne. - **pH** : normalement 7,32–7,42 ; une acidification (< 7,30) peut accompagner une infection bactérienne. > **Formule à retenir** : Ratio glucose = (glucose LCR) / (glucose sanguin) ; un ratio < 0,4 est anormal. ### G. Culture et identification - Ensemencer 0,1 mL de LCR sur agar sang, agar chocolat et milieu de Thayer‑Martin (pour *N. meningitidis*) en incubant à 35–37 °C, atmosphère de CO₂ 5 %. - Incubation 24–48 h ; lire les colonies, réaliser des tests de catalase, d’oxydase, de fermentation du maltose, du saccharose et du lactose selon l’algorithme d’identification. - En cas de suspicion de méningite à *N. meningitidis*, réaliser un test de agglutination latex avec sérums spécifiques des sérogroupes A, C, W, Y. ### H. Interprétation intégrée | Paramètre | Valeur normale | Valeur suggestive de méningite bactérienne | |-------------------------------|------------------------------|--------------------------------------------| | Aspect | Clair | Trouble, xanthochromique | | Leucocytes (mm³) | 0‑5 | > 100 (neutrophiles > 80 %) | | Glucose LCR (mg/dL) | 40‑70 (≈ 2/3 glycémie sanguine) | < 40 (ratio < 0,4) | | Protéines (mg/dL) | 15‑45 | > 100 | | Lactate (mmol/L) | 1,0‑2,2 | > 3,5 | | Gram (coloration) | Négatif | Cocci à Gram nég en diplocoques (*N. meningitidis*)<br>Cocci à Gram + en chaînes (*S. pneumoniae*)<br>Bacilles à Gram – (*H. influenzae*) | | Culture | Négative | Croissance de bactéries pathogènes | > **Règle à retenir** : La combinaison d’une pleocytose neutrophile > 100/mm³, d’un glucose LCR < 40 % de la glycémie sanguine et d’une protéinorachie > 100 mg/L constitue le triade classique de la méningite bactérienne. ### I. Exemple chiffré : calcul du ratio glucose Un patient présente une glycémie sanguine de 90 mg/dL. Le glucose mesuré dans le LCR est de 30 mg/dL. \[ \text{Ratio} = \frac{30}{90} = 0,33 \;(33\%) \] Comme le ratio est inférieur à 0,4, le résultat soutient une consommation bactérienne du glucose, typique d’une méningite purulente. ### J. Normes de sécurité et de biosécurité - Le LCR peut contenir des agents pathogènes de groupe de risque 2 (ex. *N. meningitidis*, *S. pneumoniae*) voire de risque 3 dans certains contextes (ex. *Mycobacterium tuberculosis*). - Manipulation en cabine de sécurité biologique de niveau 2 (BSL‑2) pour les travaux routiniers ; niveau 3 (BSL‑3) si l’on travaille sur des suspensions concentrées ou des cultures de bacilles acido‑résistants. - Port obligatoire d’une blouse à manches longues, de gants nitrile, d’un masque facial et de lunettes de protection. - Décontamination des surfaces avec hypochlorite de sodium 0,5 % pendant 10 min ; autoclave des déchets solides à 121 °C, 15 min. > **Règle de sécurité** : Toute manipulation de LCR doit être réalisée dans une cabine de flux laminaire verticale classée BSL‑2 au minimum, avec un débit d’air d’au moins 0,45 m/s, afin de protéger l’opérateur et l’environnement. --- ## Synthèse du chapitre (mini‑fiche de révision) - **ECBU** : prélèvement mid‑stream, analyse macroscopique, dépôt microscopique (leucocytes ≥10/champ, bactéries ≥1/champ à 100×), culture sur CLED, seuil ≥10⁵ UFC/mL (jet moyen). - **Formule UFC/mL** : (colonies × dilution) / volume ensemencé. - **LCR** : ponction lombaire sous asepsie stricte, analyse macroscopique (aspect, turbidité), dépôt cytologique (leucocytes/mm³ = compté × 50), coloration de Gram, biochimie (glucose, protéines, lactate), seuils de méningite bactérienne (leucocytes >100/mm³, neutrophiles >80 %, glucose LCR/sang <0,4, protéines >100 mg/L, lactate >3,5 mmol/L). - **Ratio glucose** : glucose LCR / glucose sanguin ; < 0,4 anormal. - **Sécurité** : BSL‑2 pour urines et LCR routiniers, EPI obligatoires, décontamination hypochlorite 0,5 %, autoclave déchets. - **Documentation** : traçabilité complète (date, heure, opérateur, numéro d’échantillon) conformément à ISO 15189. --- ## Glossaire (8 termes) > **UFC** : Unité Formant de Colonie, mesure du nombre de bactéries viables capables de former une colonie sur un milieu solide. > **Pyurie** : Présence anormale de leucocytes dans l’urine, signe d’inflammation urinaire. > **Pleocytose** : Augmentation du nombre de leucocytes dans le liquide céphalorachidien. > **Xanthochromie** : Coloration jaune du LCR due à la présence de bilirubine ou d’hémoglobine dégradée. > **CLED** : Milieu de culture cystine‑lactose‑électrolyte‑déficient, utilisé pour l’isolement des bactéries urinaires. > **BSL‑2** : Niveau de biosécurité 2, adapté aux agents pathogènes de risque modéré (ex. *E. coli*, *S. pneumoniae*). > **Ratio glucose LCR/sang** : Quotient du glucose mesuré dans le LCR par celui mesuré dans le sang périphérique, indicateur de consommation bactérienne. > **Thayer‑Martin** : Milieu sélectif enrichi en antibiotiques (vancomycine, colistine, nystatine) destiné à l’isolement de *Neisseria meningitidis* et *Gonorrhea*. --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Situation professionnelle d’ECBU **Consigne** : Un patient de 55 ans, diabétique, présente des brûlures mictionnelles depuis 48 h. Le médecin prescrit un ECBU. Vous réalisez le prélèvement mid‑stream, obtenez 42 colonies après ensemencement de 0,01 mL d’urine non diluée sur CLED. **Questions** : 1. Calculer l’UFC/mL. 2. Interpréter le résultat selon les seuils de signification camerounais. 3. Proposer la conduite à tenir (traitement, nouvel examen, etc.). **Corrigé** : 1. UFC/mL = (42 colonies × 1) / 0,01 mL = 4 200 UFC/mL. 2. Le seuil de signification pour un jet moyen est ≥10⁵ UFC/mL. Le résultat obtenu (4,2 × 10³) est bien en dessous ; il suggère soit une contamination, soit une bactériurie de faible importance, voire une absence d’infection urinaire vraie. 3. Conduite : - Informer le patient que l’ECBU ne montre pas d’infection urinaire significative. - Rechercher d’autres étiologies (ex. infection sexuellement transmissible, lithiase urinaire, prostatite). - Si les symptômes persistent, réaliser un nouvel ECBU avec une technique de prélèvement renforcée (lavage antiseptique plus rigoureux, recueil du premier jet éliminé, puis du jet moyen) ou envisager un examen cytobactériologique des urines après massage prostatique chez l’homme. - En attendant, conseiller une bonne hydratation et surveiller l’évolution clinique. ### Exercice 2 – Situation professionnelle de ponction lombaire **Consigne** : Une enfant de 2 ans présente une fièvre à 39,5 °C, une raideur de nuque et un réflexe de Kernig positif. Le médecin décide d’une ponction lombaire. Vous obtenez 3 tubes de LCR. Les résultats sont les suivants : - Aspect : trouble, légèrement laiteux. - Leucocytes comptés dans la lame de Neubauer : 250 cellules dans les 4 grands carrés. - Glucose LCR : 20 mg/dL ; glycémie sanguine : 80 mg/dL. - Protéines LCR : 150 mg/dL. - Gram : cocci à Gram négative en diplocoques. **Questions** : 1. Calculer le nombre de leucocytes/mm³. 2. Calculer le ratio glucose LCR/sang. 3. Interpréter les résultats à la lumière du tableau de méningite bactérienne. 4. Préciser les mesures de biosécurité à appliquer pour la manipulation de ce LCR. **Corrigé** : 1. Leucocytes/mm³ = nombre compté × 50 = 250 × 50 = 12 500 leucocytes/mm³. 2. Ratio glucose = 20 / 80 = 0,25 (25 %). 3. Interprétation : - Leucocytes > 100/mm³ avec prédominance neutrophile (à confirmer par différentiel) → fortement évocateur d’infection. - Ratio glucose < 0,4 → consommation bactérienne du glucose. - Protéines > 100 mg/L → altération de la barrière hémato‑encéphalique. - Gram montrant des cocci à Gram négative en diplocoques suggère *Neisseria meningitidis* (sérogroupe à déterminer par agglutination latex). Le tableau clinique et biologique est donc compatible avec une méningite à *N. meningitidis*. 4. Mesures de biosécurité : - Réaliser la ponction et les manipulations initiales dans une salle de procédure équipée d’une cabine de flux laminaire verticale classée BSL‑2. - Porter blouse à manches longues, gants nitrile stériles, masque facial et lunettes de protection. - Placer les tubes de LCR dans un contenant isotherme à 4 °C et les transporter immédiatement au laboratoire. - Au laboratoire, travailler dans une paillasse de microbiologie de niveau BSL‑2, avec décontamination des surfaces à l’hypochlorite de sodium 0,5 % après chaque manipulation. - Autoclaver les déchets solides (tubes, cotons, aiguilles) à 121 °C pendant 15 min avant élimination. - En cas de suspicion de méningite à *M. tuberculosis* (pas le cas ici), passer à BSL‑3. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |------------------|-------------|--------------------------------------| | **Prélèvement d’urine sans nettoyage du méat** | Contamination par la flore cutanée → faux‑positif (bactéries commensales) | Appliquer systématiquement un antiseptique (chlorhexidine ou povidone‑iodée) et laisser sécher avant la collecte du jet moyen. | | **Recueil du premier jet au lieu du jet moyen** | Dilution de l’échantillon par les cellules épithéliales du méat → sous‑estimation de la bactériurie | Instruire le patient à laisser s’écouler le premier jet, puis à recueillir le jet moyen sans interruption. | | **Oubli de la centrifugation avant le dépôt microscopique** | Surcharge de la lame, difficulté à distinguer les cellules et les bactéries | Centrifuger systématiquement 5 mL d’urine à 400 g pendant 5 min avant de préparer le dépôt. | | **Mauvaise lecture du ratio glucose LCR/sang** | Interprétation erronée de la méningite (faux‑négatif ou faux‑positif) | Mesurer le glucose sanguin au même prélèvement que le LCR, utiliser la même méthode enzymatique, et calculer le ratio immédiatement après obtention des deux valeurs. | | **Manipulation du LCR hors d’une cabine de flux laminaire** | Exposition de l’opérateur à des aérosols infectieux → risque d’infection professionnelle | Toujours réaliser la ponction et les premières manipulations (tube ouvert, agitation) dans une cabine BSL‑2 avec débit d’air ≥ 0,45 m/s. | | **Utilisation d’un milieu de culture non adapté (ex. agar nutritif pour LCR)** | Inhibition de la croissance de bactéries fastidieuses (*N. meningitidis*, *H. influenzae*) → faux‑négatif | Utiliser des milieux sélectifs enrichis (agar sang, agar chocolat, Thayer‑Martin) selon le pathogène suspecté. | | **Oubli de l’étiquetage immédiat du tube de LCR** | Risque d’échange d’échantillons → mauvaise attribution des résultats | Étiqueter chaque tube dès la collecte (nom, prénom, date, heure, type de tube) avant de le placer dans le contenant de transport. | | **Décongélation répétée du LCR pour de nouveaux tests** | Dégradation des composants (glucose, protéines) → résultats peu fiables | Conserver le LCR à 4 °C et réaliser toutes les analyses dans les 4 h suivant la ponction ; éviter les cycles de congélation‑décongélation. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quel est l'objectif principal de l'examen cytobactériologique des urines (ECBU) ?
  2. 2. Quel est le nombre normal de leucocytes dans le liquide céphalorachidien (LCR) chez l'adulte ?
  3. 3. Quel milieu de culture est le plus couramment utilisé pour l'isolement des bactéries urinaires ?
  4. 4. Un échantillon d'urine a été dilué 1/1000 avant ensemencement. Après incubation, on compte 150 colonies sur la plaque. Quelle est la concentration bactérienne initiale dans l'urine ?
  5. 5. Une femme de 28 ans présente des brûlures mictionnelles. L'ECBU montre >10^5 CFU/mL d'Escherichia coli. Quelle est l'interprétation clinique la plus appropriée ?
  6. 6. Lors d'une ponction lombaire, le glucose du LCR est mesuré à 40 mg/dL tandis que la glycémie sanguine est à 100 mg/dL. Quel rapport LCR/sérum suggère une méningite bactérienne ?
  7. 7. Quel test permet de différencier Staphylococcus aureus des staphylocoques coagulase-négatifs dans un échantillon d'urine ?
  8. 8. Pourquoi l'urine du jet moyen est-elle préférée pour l'ECBU plutôt que l'urine du premier jet ?
  9. 9. Un ECBU révèle une croissance mixte de deux espèces bactériennes chacune à >10^5 CFU/mL. Quelle est l'interprétation la plus probable ?
  10. 10. Quel état pathologique est le moins susceptible d'entraîner une élévation du lactate du LCR au-dessus de 4 mmol/L ?