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Chapitre 2

Machines à courant continu (MCC)

Lecture : 11 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de : - décrire l’organisation technologique d’une machine à courant continu (MCC) ; - expliquer son principe de fonctionnement et la notion de réversibilité ; - citer les principaux domaines d’utilisation au Cameroun (industrie, transport, énergie) ; - réaliser les opérations d’entretien de base d’une MCC en respectant les règles de sécurité. **Prérequis** : notions de base en électromagnétisme (loi de Faraday, loi de Lenz), connaissance des grandeurs électriques (tension, courant, puissance), lecture de schémas électriques simples, utilisation d’un multimètre et d’un tournevis isolé. ## Introduction contextualisée Au Cameroun, les machines à courant continu restent présentes dans de nombreux ateliers de maintenance industrielle, les ascenseurs, les grues de chantier et les systèmes de démarrage des moteurs thermiques. Leur robustesse, leur capacité à fournir un couple élevé à faible vitesse et leur réversibilité en font des équipements stratégiques pour la production locale. Maîtriser leur organisation, leur fonctionnement et leur entretien permet aux techniciens de garantir la continuité de service tout en réduisant les pannes coûteuses. ## I. Organisation technologique Une MCC se compose essentiellement de deux parties : l’induit (ou armature) et l’inducteur (ou excitateur). - **Induit** : bobinage placé sur le rotor, constitué de conducteurs en cuivre enroulés autour d’un noyau ferromagnétique laminé. Il reçoit le courant d’armature \(I_a\) et développe la force électromotrice (fém) \(E\). - **Inducteur** : bobinage placé sur le stator (ou parfois sur le rotor pour les machines à excitation séparée), alimenté par un courant d’excitation \(I_e\) qui crée le flux magnétique \(\Phi\). Selon le type d’excitation, on distingue : 1. **Excitation séparée** : l’inducteur est alimenté par une source externe indépendante. 2. **Excitation shunt** : l’inducteur est en parallèle avec l’induit. 3. **Excitation série** : l’inducteur est en série avec l’induit. 4. **Excitation composée** : combinaison shunt‑série. Le collecteur (ou commutateur) et les balais assurent la connexion entre le circuit extérieur et l’induit tournant, permettant la commutation du courant dans les bobines au passage sous chaque pôle. > **>** L’induit tourne dans le champ magnétique créé par l’inducteur ; la fém induite est proportionnelle au produit \(\Phi \cdot n\) (flux × vitesse de rotation). ## II. Principe de fonctionnement Lorsque l’induit tourne dans le champ magnétique \(\Phi\), chaque conducteur subit une force d’induction \(F = B I l\) (loi de Laplace). La somme des forces sur toutes les spires crée un couple électromagnétique : \[ C = k \, \Phi \, I_a \] où \(k\) est une constante dépendant de la géométrie de la machine. - **En moteur** : le courant d’armature \(I_a\) fourni par une source continue produit un couple qui fait tourner le rotor. La vitesse de rotation \(n\) s’ajuste jusqu’à ce que la fém arrière \(E = k \Phi n\) équilibre la tension d’alimentation \(U\) diminuée de la chute résistive \(I_a R_a\) : \[ U = E + I_a R_a \] - **En générateur** : le rotor est entraîné par une source mécanique (turbine, moteur thermique). La rotation induit une fém \(E\) qui, lorsqu’elle est reliée à une charge, délivre un courant d’armature \(I_a\). Le même équilibre s’applique, mais maintenant \(E > U\) et la machine fournit de l’énergie électrique. La **réversibilité** provient du fait que les mêmes équations gouvernent le mode moteur et le mode générateur ; il suffit d’inverser le sens du couple mécanique ou du courant d’alimentation pour passer d’un fonctionnement à l’autre. > **>** En régime permanent, la puissance électrique absorbée (moteur) ou délivrée (générateur) est \(P = U I_a\) ; la puissance mécanique utile (moteur) ou fournie (générateur) est \(P_m = E I_a = P - I_a^2 R_a - P_f\), où \(P_f\) représente les pertes fer. ### Exemple chiffré Une MCC shunt de 220 V, \(R_a = 0,2 \,\Omega\), \(k\Phi = 0,15 \,\text{V·tr/min}^{-1}\) fonctionne en moteur avec un courant d’armature de 30 A. - Fém arrière : \(E = k\Phi n\) → on cherche \(n\). - Équation d’alimentation : \(U = E + I_a R_a\) → \(220 = E + 30 \times 0,2 = E + 6\) → \(E = 214\) V. - Vitesse : \(n = E / (k\Phi) = 214 / 0,15 ≈ 1 427\) tr/min. Puissance utile : \(P_{utile} = E I_a = 214 \times 30 = 6 420\) W. Pertes cuivre : \(P_{cu} = I_a^2 R_a = 30^2 \times 0,2 = 180\) W. Rendement ≈ \(6 420 / (6 420+180) ≈ 97,3 %\). ## III. Réversibilité La réversibilité se manifeste par la possibilité d’utiliser la même machine soit comme moteur, soit comme générateur, simplement en changeant la source d’énergie : | Mode | Source d’énergie | Courant d’armature | Couple | Fém | |------|------------------|--------------------|--------|-----| | Moteur | Tension continue \(U\) | \(I_a\) fourni par la source | \(C = k\Phi I_a\) (sens de rotation défini) | \(E < U\) | | Générateur | Couple mécanique \(C_m\) | \(I_a\) fourni à la charge | \(C = k\Phi I_a\) (sens opposé au couple moteur) | \(E > U\) | En pratique, l’inversion du sens de rotation s’obtient soit en inversant la polarité de la tension d’alimentation (mode moteur), soit en inversant le sens du couple mécanique appliqué (mode générateur). Les balais et le collecteur supportent les deux sens sans modification mécanique. > **>** La réversibilité nécessite que le circuit d’excitation reste stable ; toute variation brusque de \(I_e\) peut provoquer des surtensions ou une chute de la fém arrière, entraînant une instabilité du fonctionnement. ## IV. Domaines d’utilisations Au Cameroun, les MCC sont privilégiées dans les situations où un contrôle précis du couple et de la vitesse à basse vitesse est requis : - **Industrie manufacturière** : entraînements de convoyeurs, presses, machines-outils (ex. : fraiseuses, tours) où le couple de démarrage doit être élevé. - **Transport** : démarrage des locomotives diesel‑électriques, systèmes de freinage régénératif des engins de manutention portuaire (ex. : port de Douala) et des véhicules ferroviaires de marchandises. - **Énergie** : groupes électrogènes de secours pour hôpitaux et télécommunications, où la machine fonctionne en générateur couplé à un moteur diesel. - **Ascenseurs et élévateurs** : fourniture d’un couple élevé à faible vitesse pour le déplacement de charges lourdes dans les bâtiments administratifs. - **Ateliers de maintenance** : bancs d’essai de moteurs, chargeurs de batteries pour véhicules électriques. Ces applications bénéficient de la capacité de la MCC à délivrer un couple presque constant indépendamment de la vitesse, ainsi que de sa facilité de réversibilité pour le freinage régénératif. > **>** Dans les installations critiques (hôpitaux, centres de données), une MCC de secours doit être soumise à un essai de charge périodique conformément aux recommandations du constructeur et aux normes IEC 60034‑1. ## V. Entretien d’une machine à courant continu Un entretien préventif permet d’allonger la durée de vie et d’éviter les pannes coûteuses. Les opérations suivantes sont à réaliser périodiquement (toutes les 500 h de fonctionnement ou selon le constructeur) : 1. **Contrôle visuel** : vérifier l’état des balais (usure, coincement), l’intégrité du collecteur (rayures, dépôts de carbone), la fixation des boulons et l’absence de fuites d’huile (pour les modèles lubrifiés). 2. **Mesure de la résistance d’armature** : avec un ohmmètre, s’assurer que \(R_a\) reste dans les limites spécifiées (ex. : < 0,25 Ω pour une 220 V/30 A). Une augmentation indique un mauvais contact ou des enroulements endommagés. 3. **Vérification du courant d’excitation** : mesurer \(I_e\) et comparer à la valeur nominale ; un dérèglement peut entraîner une perte de flux et une baisse de couple. 4. **Nettoyage du collecteur** : utiliser une pierre à polir fine ou un tampon abrasif adapté, en tournant lentement le rotor à la main pour éliminer les dépôts sans endommager les lamelles. 5. **Contrôle de l’alimentation** : vérifier la tension d’alimentation, la présence de parasites et le bon fonctionnement des dispositifs de protection (disjoncteurs, fusibles). 6. **Essai de charge** : faire tourner la machine à vide puis à charge nominale, relever la température des enroulements (doit rester < 80 °C) et écouter les bruits anormaux (grincements, vibrations). 7. **Lubrification** : si la machine possède des paliers à graisse, appliquer la quantité recommandée de graisse haute température (ex. : NLGI 2). Lors de chaque intervention, respecter les règles de sécurité : couper l’alimentation, verrouiller le dispositif de mise à terre, porter des gants isolants et des lunettes de protection. Toute pièce usée doit être remplacée par une pièce d’origine ou équivalente certifiée. > **>** Avant toute opération sur le collecteur, s’assurer que le rotor est à l’arrêt et que la machine est mise à la terre pour éviter les chocs électriques. ## Synthèse du chapitre - **Organisation** : induit (rotor) + inducteur (stator) + collecteur + balais. Types d’excitation : séparée, shunt, série, composée. - **Principe** : couple \(C = k\Phi I_a\) ; fém arrière \(E = k\Phi n\) ; équation d’alimentation \(U = E + I_a R_a\). - **Réversibilité** : mêmes équations gouvernent moteur et générateur ; inversion du sens du courant ou du couple change le mode. - **Domaines** : industrie, transport, énergie, ascenseurs, ateliers de maintenance – privilégié pour couple élevé à basse vitesse. - **Entretien** : contrôle balais/collecteur, mesure \(R_a\) et \(I_e\), nettoyage, vérification d’alimentation, essai de charge, lubrification, respect des consignes de sécurité. ## Glossaire - **Induit** : bobinage tournant qui reçoit le courant d’armature et où est induite la fém. - **Inducteur** : bobinage fixe (ou tournant) qui crée le flux magnétique \(\Phi\). - **Collecteur (commutateur)** : dispositif tournant qui inverse le sens du courant dans les spires de l’induit à chaque demi‑tour. - **Balai** : morceau de carbone ou de graphite qui assure le contact électrique entre le collecteur et le circuit extérieur. - **Flux magnétique \(\Phi\)** : champ magnétique traversant l’induit, produit par l’inducteur. - **Couple électromagnétique \(C\)** : moment de force qui fait tourner le rotor, proportionnel à \(\Phi I_a\). - **Fém arrière \(E\)** : tension induite dans l’induit qui s’oppose à la tension d’alimentation en mode moteur. - **Résistance d’armature \(R_a\)** : résistance ohmsique du bobinage de l’induit. - **Courant d’excitation \(I_e\)** : courant qui alimente l’inducteur pour produire le flux. - **Rendement** : rapport puissance utile / puissance absorbée, exprimé en pourcentage. - **Réversibilité** : capacité d’une même machine à fonctionner comme moteur ou comme générateur selon le sens de l’énergie d’entrée. - **Balai usé** : balai dont la longueur est inférieure à la limite recommandée, provoquant un mauvais contact et des étincelles. - **Surcharge** : fonctionnement au-delà du courant nominal, entraînant une élévation de température excessive. - **Mise à la terre** : connexion conductrice d’une partie métallique de la machine à la terre pour garantir la sécurité des personnes. ## Exercices d'application corrigés **Exercice 1** – Calcul de vitesse et de puissance Une MCC shunt de 110 V possède \(R_a = 0,15 \,\Omega\) et \(k\Phi = 0,12 \,\text{V·tr/min}^{-1}\). Elle fonctionne en moteur avec un courant d’armature de 25 A. 1. Déterminer la fém arrière \(E\). 2. Calculer la vitesse de rotation \(n\). 3. Déterminer la puissance utile développée. **Corrigé** 1. \(U = E + I_a R_a \Rightarrow 110 = E + 25 \times 0,15 = E + 3,75\) → \(E = 106,25\) V. 2. \(n = E / (k\Phi) = 106,25 / 0,12 ≈ 885,4\) tr/min. 3. Puissance utile \(P_{utile} = E I_a = 106,25 \times 25 = 2 656,25\) W. **Exercice 2** – Diagnostic d’un balai usé Lors d’une inspection, le technicien mesure une chute de tension aux balais de 2,5 V alors que la tension d’alimentation est de 220 V. Le courant d’armature est de 20 A. 1. Quelle est la résistance effective des balais ? 2. Que conclut‑on sur l’état des balais ? **Corrigé** 1. Résistance des balais \(R_{balais} = V_{balais} / I_a = 2,5 / 20 = 0,125\) Ω. 2. Une résistance de balais supérieure à quelques dizaines de milli‑ohms indique une usure importante ; il faut remplacer les balais pour éviter des étincelles et une perte de puissance. ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |------------------|-------------|--------------------------------------| | **Ne pas couper l’alimentation avant de toucher aux balais** | Risque de choc électrique ou d’arc électrique. | Toujours mettre le disjoncteur en position « off », verrouiller et étiqueter (LO/TO) avant toute intervention. | | **Utiliser une pierre à polir trop abrasive sur le collecteur** | Rayures profondes, augmentation des pertes et étincelles. | Employer une pierre à polir fine ou un tampon spécifique, effectuer des mouvements légers et vérifier l’état du collecteur après chaque passage. | | **Ignorer la montée en température des enroulements** | Détérioration de l’isolant, court‑circuit, incendie. | Surveiller la température avec un thermomètre infrarouge ou une sonde ; arrêter la machine si elle dépasse 80 °C (ou la valeur constructeur). | | **Ne pas remplacer les balais lorsqu’ils sont usés** | Augmentation de la résistance de contact, pertes, étincelles, usure prématurée du collecteur. | Remplacer les balais dès que leur longueur atteint la limite d’usure indiquée par le fabricant (souvent 5 mm). | | **Effectuer l’entretien sans mise à la terre du rotor** | Risque de décharge statique pouvant endommager les composants électroniques associés. | Relier le rotor à la terre avec une pince de mise à la terre avant de travailler sur le collecteur ou les balais. | | **Surdimensionner le fusible de protection** | Le fusible ne déclenche pas en cas de surcharge, exposant la machine à des courants dangereux. | Choisir le fusible selon le courant nominal de la machine et la courbe de déclenchement recommandée (ex. : type gG pour protection des moteurs). | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la fonction principale du collecteur dans une machine à courant continu ?
  2. 2. Quel est le principe de réversibilité d'une MCC ?
  3. 3. Dans quel domaine d'utilisation une MCC est-elle particulièrement adaptée en raison de son couple de démarrage élevé ?
  4. 4. Calculez la tension induite E d'une MCC à enroulement lap (A=p) sachant p=4, Φ=0,02 Wb, Z=500 conducteurs, n=1500 tr/min.
  5. 5. Une MCC fonctionne comme générateur avec une charge résistive de 10 Ω, la tension aux bornes est 120 V. Quel est le courant fourni et la puissance électrique délivrée ?
  6. 6. Quelle opération d'entretien permet de réduire l'usure des balais dans une MCC ?
  7. 7. Si la vitesse d'une MCC augmente tout en maintenant le flux constant, que se passe-t-il pour la force contre-électromotrice (fcem) ?
  8. 8. Une MCC à enroulement wave (A=2) a p=6, Φ=0,015 Wb, Z=480 conducteurs, n=1200 tr/min. Quelle est la tension induite E ?
  9. 9. Quel est l'effet principal de la réaction d'armature sur la caractéristique vitesse‑couple d'une MCC shunt ?
  10. 10. Une MCC moteur consomme 5 kW électrique, délivre 4,2 kW mécanique. Les pertes mécaniques sont 0,3 kW et les pertes électriques (joule) sont 0,4 kW. Quelle est l'efficacité globale de la machine ?