Se connecterS'abonner

Chapitre 9

Freinage des moteurs asynchrones triphasés

Lecture : 11 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de : - expliquer le principe du freinage électro‑frein d’un moteur asynchrone triphasé ; - réaliser le câblage et le réglage d’un électro‑frein sur un moteur industriel ; - inverser le sens de marche d’un moteur asynchrone triphasé en permutant deux de ses alimentations ; - appliquer les consignes de sécurité liées à la manipulation des circuits de puissance et de commande ; - résoudre un exercice de dimensionnement d’un électro‑frein à partir des données du moteur. **Prérequis** : connaissances de base sur le fonctionnement d’un moteur asynchrone triphasé (couple, glissement, facteur de puissance), lecture de schémas électriques de puissance, notions de sécurité électrique (tension de service, protection contre les surintensités, mise à la terre). --- ### Introduction contextualisée Dans les ateliers de maintenance industrielle au Cameroun (usines de transformation agroalimentaire, scieries, centrales de traitement d’eau), les moteurs asynchrones triphasés sont largement employés pour entraîner des convoyeurs, des pompes ou des broyeurs. Lors des arrêts d’urgence ou des changements de produit, il est souvent nécessaire de freiner rapidement le moteur sans recourir à un frein mécanique coûteux, puis d’inverser son sens de marche pour reprendre la production dans l’autre sens. Le freinage électro‑frein et l’inversion de sens sont donc des compétences essentielles pour un technicien de maintenance électrotechnique. --- ## I. Freinage par électro‑frein ### 1. Principe de fonctionnement L’électro‑frein est un dispositif qui crée un couple de freinage en injectant un courant continu dans l’enroulement statorique du moteur, provoquant un champ magnétique stationnaire qui s’oppose au champ tournant du rotor. Le rotor, soumis à ce champ opposé, subit un couple de freinage proportionnel au carré du courant continu injecté. > **Couple de freinage** : \( T_f = K \, I_{dc}^2 \) où \(K\) dépend de la construction du moteur (unité : N·m/A²) et \(I_{dc}\) est le courant continu d’alimentation de l’électro‑frein (unité : A). Le couple \(T_f\) s’exprime en N·m. ### 2. Schéma de puissance et de commande Le schéma typique comprend : - un redresseur ponté (diodes) alimenté par le réseau triphasé (380 V / 50 Hz) qui fournit le courant continu ; - une résistance de limitation \(R_{lim}\) pour ajuster \(I_{dc}\) ; - un contacteur de puissance \(K_M\) qui coupe l’alimentation triphasée du moteur lors du freinage ; - un relais de commande \(K_F\) qui alimente le redresseur lorsqu’on active le frein. ### 3. Étapes de mise en œuvre (procédé pas à pas) 1. **Couper l’alimentation triphasée** du moteur en ouvrant le contacteur \(K_M\). 2. **Fermer le relais \(K_F\)** pour mettre sous tension le redresseur. 3. **Régler la résistance \(R_{lim}\)** afin d’obtenir le courant continu souhaité (mesuré avec un ampèremètre DC). 4. **Surveiller la montée en température** de l’enroulement statorique (pas plus de 80 °C en service continu). 5. **À la fin du freinage**, ouvrir \(K_F\) puis refermer \(K_M\) pour rétablir l’alimentation triphasée normale. ### 4. Exemple chiffré Un moteur asynchrone de 5,5 kW, 380 V, cos φ = 0,85, vitesse nominale 1450 tr/min présente un couple nominal \(T_n = \frac{P}{\omega} = \frac{5500}{2\pi \times 1450/60} \approx 36,2\; \text{N·m}\). On souhaite obtenir un couple de freinage égal à 1,5 × \(T_n\) soit 54,3 N·m. En supposant \(K = 0,12\; \text{N·m/A}^2\) (valeur typique fournie par le constructeur), on calcule : \[ I_{dc} = \sqrt{\frac{T_f}{K}} = \sqrt{\frac{54,3}{0,12}} \approx 21,3\; \text{A} \] La chute de tension admissible sur la résistance de limitation est fixée à 10 V (pour ne pas surcharger le redresseur). Donc : \[ R_{lim} = \frac{U_{lim}}{I_{dc}} = \frac{10}{21,3} \approx 0,47\; \Omega \] On choisira une résistance de 0,5 Ω, puissance nominale d’au moins 2 × P_R ≈ 450 W, par exemple 0,5 Ω, 500 W, en série avec le redresseur. ### 5. Normes et sécurité - NF C 15-100 (installations électriques basse tension) : protection contre les surintensités par disjoncteur adapté au courant de démarrage du moteur. - Porter des gants isolants et des lunettes de protection lors du réglage de \(R_{lim}\). - Vérifier la mise à la terre du châssis du moteur avant toute intervention. --- ## II. Inversion du sens de marche d’un moteur asynchrone triphasé ### 1. Principe Le sens de rotation d’un moteur asynchrone triphasé dépend de l’ordre des phases appliquées aux enroulements statoriques. En permutant deux des trois conducteurs d’alimentation, on inverse la séquence de champ magnétique et donc le sens de rotation du rotor. > **Règle d’inversion** : échanger n’importe lesquels deux des trois fils d’alimentation (U, V, W) inverse le sens de marche. ### 2. Schéma de commande Un inverseur de sens (ou commutateur) comporte généralement deux contacteurs mécaniques ou à semi‑conducteurs : - **Contacteur horaire \(K_H\)** : alimente le moteur dans l’ordre U‑V‑W (sens horaire). - **Contacteur anti‑horaire \(K_A\)** : alimente le moteur dans l’ordre U‑W‑V (sens anti‑horaire). Un interlock mécanique ou électrique empêche la fermeture simultanée des deux contacteurs, évitant ainsi un court‑circuit triphasé. ### 3. Procédé de mise en œuvre 1. **Arrêter le moteur** en ouvrant le contacteur de marche \(K_M\) et attendre l’arrêt complet du rotor. 2. **Sélectionner le sens désiré** en fermant soit \(K_H\) (horaire) soit \(K_A\) (anti‑horaire) grâce au bouton de commande ou à l’automate programmable (API) (l’interlock empêche la fermeture simultanée). 3. **Refermer le contacteur de marche \(K_M\)** pour rétablir l’alimentation triphasée selon le nouvel ordre de phases. 4. **Vérifier le sens de rotation** à l’aide d’un témoin optique ou d’un tachymètre avant de reprendre la charge. ### 4. Exemple d’atelier Dans une scierie au Cameroun, la bande transporteuse doit parfois revenir en arrière pour repositionner le bois. Le moteur d’entraînement est un 7,5 kW, 380 V, 1500 tr/min. - Le technicien appuie sur le bouton « Retour » qui ouvre \(K_M\) (arrêt moteur). Après arrêt du rotor, l’automate ouvre \(K_H\) et ferme \(K_A\) (interlock garantit qu’ils ne sont jamais fermés ensemble). - Puis il referme \(K_M\). La bande inverse alors son sens à la même vitesse nominale. - Le temps d’inversion (ouverture de \(K_M\) jusqu’à reprise de la charge) est inférieur à 0,5 s, conforme aux exigences de productivité. ### 5. Normes et sécurité - NF EN 60204‑1 (sécurité des machines – équipements électriques) : les contacteurs d’inversion doivent posséder un verrouillage mécanique empêchant la fermeture simultanée. - Lors du travail sous tension, utiliser un isolant de manchette et vérifier l’absence de tension avec un voltmètre avant de toucher les bornes. - Prévoir une protection contre les surintensités (disjoncteur ou fusible) calibrée au courant de démarrage du moteur (souvent 6 à 8 fois le courant nominal). --- ## Synthèse du chapitre - **Freinage électro‑frein** : injection de courant continu dans le stator → couple de freinage \(T_f = K I_{dc}^2\). - **Mise en œuvre** : couper l’alimentation triphasée, alimenter le redresseur via \(K_F\), régler \(R_{lim}\) pour obtenir \(I_{dc}\) souhaitée, surveiller la température, rétablir l’alimentation après freinage. - **Inversion de sens** : permutation de deux phases d’alimentation → changement du ordre du champ tournant. - **Commande** : deux contacteurs interlockés (\(K_H\) et \(K_A\)) sélectionnent le sens, le contacteur de marche \(K_M\) alimente le moteur. - **Sécurité** : respect des normes NF C 15-100, NF EN 60204‑1, port d’EPI, mise à la terre, verrouillage mécanique des contacteurs. - **Formules clés** : - Couple nominal \(T_n = \dfrac{P}{\omega}\) (N·m) - Courant de freinage \(I_{dc} = \sqrt{\dfrac{T_f}{K}}\) (A) - Résistance de limitation \(R_{lim} = \dfrac{U_{lim}}{I_{dc}}\) (Ω) --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Électro‑frein | Dispositif qui crée un couple de freinage en injectant un courant continu dans l’enroulement statorique d’un moteur asynchrone. | | Courant continu d’alimentation (\(I_{dc}\)) | Courant continu fourni par le redresseur pour produire le champ magnétique stationnaire de freinage. | | Constante de freinage (\(K\)) | Coefficient dépendant de la construction du moteur qui relie le carré du courant continu au couple de freinage (N·m/A²). | | Résistance de limitation (\(R_{lim}\)) | Résistance placée en série avec le redresseur pour ajuster le courant continu d’alimentation de l’électro‑frein. | | Contacteur de marche (\(K_M\)) | Dispositif qui ferme ou ouvre l’alimentation triphasée du moteur. | | Contacteur horaire (\(K_H\)) | Contacteur qui alimente le moteur dans l’ordre de phases U‑V‑W (sens horaire). | | Contacteur anti‑horaire (\(K_A\)) | Contacteur qui alimente le moteur dans l’ordre U‑W‑V (sens anti‑horaire). | | Interlock | Mécanisme ou circuit qui empêche la fermeture simultanée de deux contacteurs incompatibles (ex. \(K_H\) et \(K_A\)). | | Glissement (\(s\)) | Différence relative entre la vitesse synchrone et la vitesse du rotor, exprimée en pourcentage ou en valeur fractionnaire. | | Facteur de puissance (cos φ) | Rapport entre la puissance active et la puissance apparente du moteur. | | Courant de démarrage | Courant absorbé par le moteur au moment de la mise sous tension, généralement 6 à 8 fois le courant nominal. | | Redresseur ponté | Association de quatre diodes permettant de convertir le courant alternatif triphasé en courant continu. | --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Dimensionnement d’un électro‑frein Un moteur asynchrone de 4 kW, 380 V, cos φ = 0,8, vitesse nominale 1440 tr/min doit être freiné avec un couple égal à 2 fois son couple nominal. La constante de freinage du moteur est \(K = 0,10\; \text{N·m/A}^2\). La chute de tension admissible sur la résistance de limitation est fixée à 8 V. **Calcul du couple nominal** : \[ \omega = 2\pi \frac{1440}{60}=150,8\; \text{rad/s} \] \[ T_n = \frac{P}{\omega}= \frac{4000}{150,8}=26,5\; \text{N·m} \] **Couple de freinage requis** : \(T_f = 2 T_n = 53,0\; \text{N·m}\) **Courant continu nécessaire** : \[ I_{dc}= \sqrt{\frac{T_f}{K}} = \sqrt{\frac{53,0}{0,10}} = \sqrt{530}=23,0\; \text{A} \] **Résistance de limitation** : \[ R_{lim}= \frac{U_{lim}}{I_{dc}} = \frac{8}{23,0}=0,35\; \Omega \] **Puissance dissipée dans la résistance** : \[ P_R = I_{dc}^2 R_{lim}= (23,0)^2 \times 0,35 \approx 185\; \text{W} \] **Choix commercial** : on prendra une résistance de 0,35 Ω dont la puissance nominale est au moins deux fois \(P_R\) (marge de sécurité), soit ≥ 370 W. Dans le commerce on choisit par exemple une résistance de 0,35 Ω, 400 W (ou 500 W). **Corrigé** : les étapes ci‑dessus montrent le dimensionnement ; on vérifie que la puissance dissipée dans la résistance est \(P_R \approx 185\; \text{W}\), donc une résistance de 10 W serait insuffisante ; il faut choisir une résistance d’au moins 200 W, on prendra donc 0,35 Ω, 400 W. ### Exercice 2 – Inversion de sens sur un tapis roulant Un tapis roulant d’une usine de conditionnement de boissons utilise un moteur asynchrone de 2,2 kW, 380 V, 1500 tr/min. Le sens de marche doit être inversé toutes les 30 s pour permettre le retour des bouteilles vides. **Données** : \(P = 2,2\; \text{kW}\), \(V = 380\; \text{V}\), \(\cos\phi = 0,85\) (valeur typique), \(f = 50\; \text{Hz}\). Courant nominal : \[ I_n = \frac{P}{\sqrt{3}\,V\,\cos\phi}= \frac{2200}{\sqrt{3}\times380\times0,85}\approx 3,9\; \text{A} \] Courant de démarrage ≈ \(6 I_n \approx 23,4\; \text{A}\). **Procédure** : 1. À t = 0 s, le contacteur horaire \(K_H\) est fermé, \(K_A\) ouvert, le contacteur de marche \(K_M\) fermé → marche avant. 2. À t = 30 s, l’automate ouvre le contacteur de marche \(K_M\) (arrêt du moteur). Après arrêt du rotor (quelques dizaines de ms à quelques s selon la charge), il ouvre \(K_H\) et ferme \(K_A\) (interlock garantit qu’ils ne sont jamais fermés ensemble). 3. Puis il referme \(K_M\) → le moteur reçoit désormais les phases dans l’ordre U‑W‑V, donc marche arrière. 4. À t = 60 s, le cycle recommence. **Vérification de sécurité** : le temps de commutation des contacteurs est inférieur à 50 ms, donc le moteur ne subit jamais un court‑circuit triphasé pendant la commutation. Le courant de démarrage étant de 6 × \(I_n\) ≈ 23 A, le disjoncteur de protection est réglé à 25 A, largement au‑dessus du courant de pointe mais en dessous du seuil de déclenchement à court‑circuit. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |------------------|-------------|--------------------------------------| | Oublier d’ouvrir le contacteur de marche \(K_M\) avant d’activer l’électro‑frein. | Courant de court‑circuit triphasé + continu → surchauffe du redresseur, risque d’incendie. | Toujours suivre la séquence : ouvrir \(K_M\) → fermer \(K_F\) → régler \(R_{lim}\). | | Régler la résistance de limitation trop faible (ex. 0,1 Ω) pour obtenir un courant élevé. | Courant continu excessif → dépassement de la puissance nominale du redresseur, détérioration des diodes. | Calculer \(R_{lim}\) à partir de la tension de limitation admissible (souvent 5‑15 V) et du courant souhaité ; vérifier la puissance dissipée. | | Fermer simultanément les contacteurs horaire et anti‑horaire (\(K_H\) et \(K_A\)). | Court‑circuit triphasé immédiat, déclenchement du disjoncteur, dommages mécaniques. | Utiliser un interlock mécanique ou électrique ; vérifier visuellement l’état des contacteurs avant chaque manœuvre. | | Effectuer des réglages sur le redresseur sous tension sans couper l’alimentation. | Risque de choc électrique, projection d’arc. | Couper l’alimentation principale, utiliser un dispositif de verrouillage (lock‑out/tag‑out) et mesurer l’absence de tension avec un voltmètre avant toute intervention. | | Négliger la mise à la terre du châssis du moteur lors du freinage électro‑frein. | Tension de défaut sur les parties métalliques, risque d’électrocution du personnel. | Vérifier la continuité de la terre (≤ 1 Ω) avant chaque intervention ; renouveler le test après toute modification du câblage. | | Utiliser une résistance de puissance insuffisante (ex. 2 W au lieu de 20 W). | Surchauffe, changement de valeur résistive, perte de contrôle du courant de freinage. | Toujours choisir une résistance dont la puissance nominale est au moins deux fois la puissance calculée (\(P_R = I_{dc}^2 R_{lim}\)). | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition du freinage électromagnétique (electro‑frein) d'un moteur asynchrone triphasé ?
  2. 2. Quel est le principe de base de l'inversion du sens de marche d'un moteur asynchrone triphasé ?
  3. 3. Quelle est la fonction principale du dispositif d'électro‑frein lorsqu'il est activé sur un moteur asynchrone en marche ?
  4. 4. Un moteur asynchrone triphasé de 4 kW, 400 V (ligne), connexion étoile, possède un bobinage d'électro‑frein de résistance 15 Ω alimenté par une tension de 230 V. Quel est le courant approximatif qui traverse ce bobinage ?
  5. 5. Lorsqu'un moteur asynchrone triphasé fonctionnant à pleine charge subit l'activation de son electro‑frein, quelle est la conséquence immédiate sur sa vitesse de rotation ?
  6. 6. Pour inverser le sens de marche d'un moteur asynchrone triphasé, quelles phases doivent être interchangées ?
  7. 7. Pourquoi l'electro‑frein ne peut-il pas être utilisé comme frein de service continu sur un moteur asynchrone ?
  8. 8. Un electro‑frein possède une bobine de résistance 12 Ω. Lorsqu'il est alimenté par une tension efficace de 230 V (50 Hz), quelle est la puissance dissipée dans cette bobine ?
  9. 9. Un moteur asynchrone triphasé d'inertie J = 0,05 kg·m² tourne initialement à 1800 tr/min. Si un electro‑frein fournit un couple de freinage constant de 20 N·m, quel est le temps théorique nécessaire pour arrêter le moteur (en négligeant les frottements) ?
  10. 10. Dans un schéma de commande d'inversion du sens de marche d'un moteur asynchrone triphasé, deux contacteurs sont utilisés : l'un pour le sens horaire, l'autre pour le sens antihoraire. Quel dispositif de sécurité doit être ajouté pour éviter qu'ils ne soient fermés simultanément, ce qui provoquerait un court‑circuit entre phases ?