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Chapitre 8

Milieux de culture (partie 2/2)

Lecture : 17 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** À la fin de ce cours, l’élève sera capable de : - Sélectionner le milieu de culture adapté à la recherche d’un microorganisme cible en fonction de ses propriétés sélectives, différentielles ou d’enrichissement. - Préparer un milieu spécifique en respectant les pourcentages poids/volume (w/v) et les étapes de stérilisation. - Réaliser un ensemencement quantitatif, calculer le facteur de dilution et déterminer le nombre d’UFC / mL à partir du comptage des colonies. - Interpréter les résultats obtenus sur des milieux sélectifs/différentiels en lien avec les critères de qualité microbiologique des produits (lait, viande, eau) conformément aux normes camerounaises (MINSANTE, MINCOMMERCE). - Appliquer les règles d’hygiène, de sécurité et de traçabilité en laboratoire de microbiologie technique. **Prérequis** - Connaissances des milieux de culture de base (agar nutritif, bouillon peptoné). - Maîtrise des techniques de stérilisation (autoclave, filtration) et des bonnes pratiques de manipulation aseptique. - Notions de métrologie de base (unités de masse, volume, concentration). - Lecture et interprétation d’un protocole d’analyse microbiologique simple. --- ## Introduction contextualisée Au Cameroun, les industries agro‑alimentaires (laiterie, brasserie, conserverie de poisson) et les laboratoires de contrôle qualité sont soumis à des exigences de plus en plus strictes en matière de sécurité sanitaire. La détection précoce de pathogènes tels que *Staphylococcus aureus*, *Salmonella* spp. ou *Escherichia coli* O157:H7 repose sur l’utilisation de milieux de culture spécifiques qui permettent d’inhiber la flore concurrente tout en favorisant la croissance du microorganisme d’intérêt. Maîtriser la préparation, l’emploi et le calcul associé à ces milieux constitue donc une compétence clé pour les techniciens de laboratoire, les responsables qualité et les futurs ingénieurs en agro‑alimentaire. Ce chapitre s’inscrit dans la logique d’intégration des activités professionnelles : l’élève sera amené à conduire une étude de cas complète, depuis la réception d’un échantillon jusqu’à la rédaction d’un rapport d’analyse conforme aux référentiels nationaux. --- ## I. Intégration des activités ### Mise en situation professionnelle **Contexte** : Une laiterie locale produit du yaourt nature destiné aux marchés urbains de Yaoundé et Douala. Le service qualité doit vérifier chaque lot pour la présence de *Staphylococcus aureus* (critère ≤ 10² UFC / g) et de coliformes fécaux (critère ≤ 10 UFC / g). **Objectif de l’activité** : Réaliser, en équipes de trois à quatre élèves, le contrôle microbiologique d’un lot de yaourt en utilisant des milieux sélectifs et différentiels, puis interpréter les résultats au regard des normes camerounaises (Arrêté n° 001/MINSANTE du 12 janvier 2022 relatif aux limites microbiologiques des produits laitiers). ### Déroulement de l’activité | Étape | Action détaillée | Responsable | Durée approximative | |-------|------------------|-------------|----------------------| | 1 | Réception de l’échantillon (25 g de yaourt) dans un sac stérile, pesée, transfert dans un flacon de dilution initiale (1 g + 9 mL d’eau peptonée 0,1 %). | Technicien A | 10 min | | 2 | Préparation des dilutions en série 10⁻¹ à 10⁻⁴ (pipetage 1 mL + 9 mL de diluant). | Technicien B | 15 min | | 3 | Ensemencement : 0,1 mL de chaque dilution sur **Mannitol Salt Agar (MSA)** (détection *S. aureus*) et sur **MacConkey Agar** (détection coliformes). Étalement à l’aide d’un répartiteur stérile. | Technicien C | 20 min | | 4 | Incubation : MSA à 35 ± 1 °C pendant 24‑48 h ; MacConkey à 35 ± 1 °C pendant 18‑24 h. | Responsable d’incubation | – | | 5 | Lecture des colonies : comptage, observation de la couleur du milieu (jaune sur MSA = fermentation du mannitol ; rose sur MacConkey = lactose +). | Technicien A & B | 10 min | | 6 | Calcul du nombre d’UFC / g (voir formule ci‑dessous). | Technicien D | 5 min | | 7 | Rédaction du rapport : tableau des résultats, comparaison aux limites, conclusion de conformité ou non‑conformité, proposition d’actions correctives si nécessaire. | Toute l’équipe | 30 min | | 8 | Nettoyage et décontamination du poste de travail (autoclave des verres, désinfection des surfaces à l’éthanol 70 %). | Tous | 10 min | ### Compétences mobilisées - **C1** : Préparer et stériliser un milieu spécifique selon une formule donnée. - **C2** : Réaliser des dilutions en série et un ensemencement quantitatif. - **C3** : Lire et interpréter les résultats sur milieux sélectifs/différentiels. - **C4** : Appliquer les règles d’hygiène (port de blouse, gants, masque, lunettes) et de sécurité (manipulation d’agents pathogènes de groupe 2). - **C5** : Travailler en équipe, respecter un planning et rendre un compte‑rendu écrit. ### Évaluation Une grille de compétences (0‑4) est utilisée pour chaque critère C1‑C5. La note finale est la moyenne pondérée (préparation 30 %, exécution 40 %, interprétation 20 %, rapport 10 %). Un seuil de 12/20 est requis pour valider l’activité. --- ## II. Leçon 5 : Formules et usages des milieux de culture spécifiques ### 5.1 Milieux sélectifs et différentiels > **Définition** : Un milieu sélectif contient un ou plusieurs agents qui inhibent la croissance de certains microorganismes tout en favorisant celle de l’espèce ciblée. Un milieu différentiel permet de distinguer visuellement des groupes de bactéries grâce à un changement de couleur ou de production de gaz. | Milieu | Agent sélectif | Substrat différentiel | Indicateur de pH / couleur | Micro‑organisme visé | |--------|----------------|-----------------------|----------------------------|----------------------| | Mannitol Salt Agar (MSA) | NaCl 7,5 % (w/v) | Mannitol | Phénol rouge (jaune si fermentation) | *Staphylococcus aureus* | | MacConkey Agar | Sels biliaires + cristal de violet | Lactose | Rouge neutre (rose/rouge si fermentation lactose) | Entérobactéries (coliformes) | | Xylose Lysine Desoxycholate (XLD) | Desoxycholate de sodium | Xylose, lactose, saccharose | Phénol rouge + thiosulfate‑fer citrate (noir si H₂S) | *Salmonella* / *Shigella* | | Eosine Méthylène Bleu (EMB) | Eosine + méthylène bleu | Lactose, saccharose | Violet foncé (ferm. lactose) ou rose pâle (ferm. saccharose) | *E. coli* et coliformes fécaux | **Principe de fonctionnement** : - L’agent sélectif (ex. NaCl élevé, sels biliaires) crée un stress osmotique ou chimique que seules les bactéries résistantes peuvent supporter. - Le substrat fermentable (mannitol, lactose…) est métabolisé par certaines espèces, produisant de l’acide qui fait changer la couleur de l’indicateur de pH. - La combinaison permet une présomption d’identité dès la lecture du milieu. > **Formule de préparation (exemple MSA pour 500 mL)** : - Peptone : 5,0 g - Extrait de levure : 2,5 g - Chlorure de sodium (NaCl) : 37,5 g (7,5 % w/v) - Mannitol : 5,0 g (1,0 % w/v) - Phénol rouge : 0,0125 g (0,0025 % w/v) - Agar : 7,5 g (1,5 % w/v) - Eau distillée : jusqu’à 500 mL **Procédé** : 1. Peser chaque composant dans un bécher propre. 2. Ajouter l’eau distillée, porter à ébullition sous agitation jusqu’à dissolution complète de l’agar. 3. Ajuster le pH à 7,4 ± 0,2 à l’aide de NaOH 1 N ou HCl 1 N (vérifier avec un pH‑mètre). 4. Répartir dans des flacons ou des tubes, stériliser à l’autoclave 121 °C, 15 min, 1,1 bar. 5. Laisser refroidir à 45‑50 °C, verser dans des boîtes Pétri stériles (≈ 20 mL/plaque). Laisser solidifier à température ambiante, puis stocker à 4 °C à l’abri de la lumière. > **Rappel de sécurité** : Le phénol rouge est un irritant ; manipuler avec des gants nitrile et éviter l’inhalation de poussières. ### 5.2 Milieux d’enrichissement > **Définition** : Un milieu d’enrichissement favorise la multiplication d’un microorganisme cible présent en faible nombre tout en inhibant la flore concurrente, sans fournir de différenciation visuelle. | Milieu d’enrichissement | Agent sélectif | Temps d’incubation typique | Micro‑organisme visé | |--------------------------|----------------|----------------------------|----------------------| | Selenite cystine broth | Sélénite (Na₂SeO₃) 0,4 % + cystine 0,1 % | 18‑24 h à 37 °C | *Salmonella* spp. | | Tetrathionate broth | Tetrathionate de sodium 0,1 % + iodure de potassium 0,005 % + vert de malachite 0,0005 % | 18‑24 h à 37 °C | *Salmonella* spp. | | Rappaport Vassiliadis (RV) | Chlorure de magnésium 0,05 % + malachite vert 0,0003 % | 24 h à 42 °C | *Salmonella* spp. | **Principe** : Les sels de sélénite ou de tétrathionate sont toxiques pour la plupart des bactéries intestinales mais permettent à *Salmonella* de développer des systèmes de détoxification. La cystine fournit un composé soufré nécessaire à la croissance de certaines souches. > **Exemple de calcul** : Pour préparer 1 L de selenite cystine broth, peser 4 g de Na₂SeO₃ et 1 g de cystine, ajouter 1 L d’eau distillée, ajuster le pH à 7,0 ± 0,2, stériliser par filtration (0,22 µm) car le sélénite est thermolabile. ### 5.3 Milieux de caractérisation biochimique Ces milieux sont généralement présentés sous forme de tubes ou de mini‑tests (ex. API 20E) contenant différents substrats et indicateurs. | Test | Substrat | Réactif / indicateur | Résultat positif | Interprétation | |------|----------|----------------------|------------------|----------------| | Fermentation du glucose | Glucose 1 % | Phénol rouge | Jaune (production d’acide) | Bactéries fermentatives | | Fermentation du lactose | Lactose 1 % | Phénol rouge | Jaune | Coliformes, *Enterobacter* | | Urée | Urée 2 % | Phénol rouge | Rose (production d’ammoniac) | *Proteus*, *Providencia* | | Citrate | Citrate de sodium 0,2 % | Bromothymol bleu | Bleu (utilisation du citrate) | *Enterobacter*, *Klebsiella* | | H₂S | Thiosulfate de sodium + fer citrate | Papier plombé | Noir (précipité de PbS) | *Salmonella*, *Proteus* | > **Mode d’emploi** : Inoculer chaque tube avec une colonie isolée, incuber à 35‑37 °C pendant 18‑24 h, lire le changement de couleur ou la formation de précipité. ### 5.4 Calculs de dilution et d’ensemencement > **Formule de dilution** : \( C_1 V_1 = C_2 V_2 \) où \(C\) = concentration (UFC / mL), \(V\) = volume (mL). > **Formule de comptage** : \[ \text{UFC / mL} = \frac{N \times F}{V} \] - \(N\) = nombre de colonies comptées sur la plaque - \(F\) = facteur de dilution (ex. 10⁴ pour une dilution 10⁻⁴) - \(V\) = volume ensemencé en mL (souvent 0,1 mL) **Exemple chiffré** : Un technicien ensème 0,1 mL d’une dilution 10⁻⁴ sur MSA et obtient 45 colonies après incubation. - Facteur de dilution \(F = 10^{4}\) - Volume ensemencé \(V = 0,1\) mL \[ \text{UFC / mL} = \frac{45 \times 10^{4}}{0,1} = 4,5 \times 10^{6}\ \text{UFC / mL} \] Si l’échantillon initial était 1 g de yaourt dilué dans 9 mL d’eau peptonée (dilution 10⁻¹), la concentration dans le produit est : \[ \text{UFC / g} = \frac{4,5 \times 10^{6}}{10} = 4,5 \times 10^{5}\ \text{UFC / g} \] Ce résultat dépasse largement la limite de 10² UFC / g pour *S. aureus* ; le lot est donc non conforme. ### 5.5 Normes de sécurité, d’hygiène et de traçabilité > **Règle de base** : Toute manipulation de milieux contenant des agents sélectifs potentiellement toxiques (sélénite, tétrathionate, sels biliaires, vert de malachite) doit se faire sous hotte à flux laminaire de classe II, avec port de blouse, gants nitrile, lunettes de protection et masque anti‑poussière. - **Décontamination des déchets** : Autoclave à 121 °C, 15 min, 1,1 bar pour tous les verres, boîtes Pétri et milieux usés avant élimination dans les déchets spéciaux (code DASRI). - **Traçabilité** : Chaque lot de milieu préparé doit être enregistré dans un cahier de laboratoire comportant : date, préparateur, numéro de lot, poids de chaque composant, pH final, date de stérilisation, date de péremption (généralement 2 semaines à 4 °C pour les milieux agar, 1 semaine pour les bouillons). - **Contrôle de qualité du milieu** : Réaliser un test de croissance positif (souche connue) et négatif (souche inhibée) à chaque nouvelle préparation ; consigner les résultats. - **Hygiène des postes** : Nettoyer le plan de travail à l’éthanol 70 % avant et après chaque série d’analyses ; remplacer les embouts de pipette après chaque utilisation. --- ## Synthèse du chapitre - **Milieux sélectifs** : inhibent la flore concurrente (ex. NaCl élevé, sels biliaires). - **Milieux différentiels** : permettent une distinction visuelle par changement de couleur ou production de gaz (ex. Mannitol, lactose, indicateur de pH). - **Milieux d’enrichissement** : favorisent la multiplication d’un pathogène présent en faible nombre (ex. sélénite, tétrathionate). - **Formules de préparation** : exprimés en pourcentage poids/volume (w/v) ; calculer la masse nécessaire pour le volume voulu (masse = % × volume / 100). - **Calcul d’UFC** : \( \text{UFC / mL} = \frac{N \times F}{V} \). - **Normes de sécurité** : hotte, EPI, autoclave des déchets, traçabilité des lots de milieu, contrôle qualité positif/négatif. - **Application professionnelle** : contrôle du yaourt – utilisation de MSA et MacConkey, lecture des colonies, calcul du nombre d’UFC, comparaison aux limites réglementaires. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Milieu sélectif | Milieu contenant un agent qui inhibe la croissance de certains microorganismes tout en favorisant celle de l’espèce ciblée. | | Milieu différentiel | Milieu permettant de distinguer visuellement des groupes de bactéries grâce à un changement de couleur ou de production de gaz. | | Milieu d’enrichissement | Milieu favorisant la multiplication d’un microorganisme cible présent en faible nombre, sans différenciation visuelle. | | UFC (Unité Formant Colonne) | Mesure du nombre de microorganismes viables capables de former une colonie sur un milieu solide. | | Facteur de dilution | Rapport entre le volume initial et le volume après dilution (ex. dilution 10⁻⁴ → facteur 10⁴). | | w/v (poids/volume) | Concentration exprimée en grammes de soluté pour 100 mL de solution. | | Autoclave | Appareil de stérilisation à vapeur sous pression (121 °C, 1,1 bar, 15 min). | | Hotte à flux laminaire | Enclosure assurant un flux d’air filtré HEPA pour protéger l’opérateur et l’échantillon des contaminants. | | DASRI | Déchets d’Activités de Soins à Risque Infectieux, soumis à un traitement spécifique (autoclave ou incinération). | | pH‑mètre | Instrument de mesure du potentiel hydrogène d’une solution. | | Agar | Polysaccharide extrait d’algues utilisé comme agent gélifiant dans les milieux solides. | | Phénol rouge | Indicateur de pH passant du rouge (pH > 8,2) au jaune (pH < 6,4). | --- ## Exercices d’application corrigés ### Exercice 1 – Préparation d’un milieu MacConkey **Consigne** : Vous devez préparer 250 mL de milieu MacConkey agar pour le contrôle de coliformes dans un échantillon d’eau de puits. La formule suivante est donnée (pour 1 L) : - Peptone : 20,0 g - Lactose : 10,0 g - Sels biliaires : 5,0 g - Chlorure de sodium : 5,0 g - Agar : 15,0 g - Rouge neutre : 0,07 g - Eau distillée : q.s. à 1 L **Questions** : 1. Calculer la masse de chaque composant nécessaire pour 250 mL. 2. Décrire les étapes de préparation (pesée, dissolution, ajustement du pH, stérilisation, mise en plaques). 3. Après stérilisation, le pH mesuré est 7,1. Est‑il conforme ? Justifier. **Corrigé** : 1. Masse pour 250 mL = (masse pour 1 L) × 0,25 - Peptone : 20,0 g × 0,25 = **5,0 g** - Lactose : 10,0 g × 0,25 = **2,5 g** - Sels biliaires : 5,0 g × 0,25 = **1,25 g** - NaCl : 5,0 g × 0,25 = **1,25 g** - Agar : 15,0 g × 0,25 = **3,75 g** - Rouge neutre : 0,07 g × 0,25 = **0,0175 g** (≈ 0,018 g) 2. **Étapes** : - Peser chaque composant dans un bécher de 500 mL. - Ajouter 200 mL d’eau distillée, porter à ébullition sous agitation jusqu’à dissolution complète de l’agar. - Ajouter l’eau restante pour atteindre 250 mL total. - Mesurer le pH ; ajuster à 7,0 ± 0,2 avec NaOH 1 N ou HCl 1 N si nécessaire. - Répartir dans des flacons ou tubes, stériliser à l’autoclave 121 °C, 15 min, 1,1 bar. - Laisser refroidir à 45‑50 °C, verser 20 mL dans des boîtes Pétri stériles, laisser solidifier, stocker à 4 °C à l’abri de la lumière. 3. Le pH obtenu est 7,1, qui se situe dans l’intervalle accepté 7,0 ± 0,2 (6,8‑7,2). Le milieu est donc conforme. --- ### Exercice 2 – Détermination du nombre d’UFC / g dans un produit carné **Consigne** : Un technicien analyse 10 g de viande hachée pour rechercher *E. coli*. Il réalise une dilution en série 10⁻¹ à 10⁻⁵ et ensème 0,1 mL de chaque dilution sur agar EMB. Après incubation à 35 °C pendant 24 h, il obtient les comptages suivants : | Dilution | Colonies comptées | |----------|-------------------| | 10⁻² | 0 | | 10⁻³ | 2 | | 10⁻⁴ | 18 | | 10⁻⁵ | 150 (trop nombreuses à compter) | **Questions** : 1. Choisir la dilution appropriée pour le calcul (règle des 30‑300 colonies). 2. Calculer le nombre d’UFC / mL du dilution choisi. 3. Déduire le nombre d’UFC / g de viande hachée, sachant que l’échantillon initial a été dilué 1 g + 9 mL d’eau peptonée (dilution 10⁻¹). 4. Interpréter le résultat au regard de la norme camerounaise pour les viandes fraîches (≤ 10 UFC / g pour *E. coli* pathogène). **Corrigé** : 1. La dilution 10⁻⁴ donne 18 colonies (en dessous de 30) ; la dilution 10⁻³ donne 2 colonies (trop faible) ; la dilution 10⁻⁵ est trop nombreuse. Aucune dilution ne se situe entre 30 et 300 colonies. On utilise alors la dilution la plus proche donnant un comptage lisible, ici 10⁻⁴ (18 colonies) en appliquant un facteur de correction ou en notant que le résultat est une estimation basse. Pour l’exercice, on poursuivra avec 10⁻⁴. 2. Facteur de dilution \(F = 10^{4}\) ; volume ensemencé \(V = 0,1\) mL. \[ \text{UFC / mL} = \frac{18 \times 10^{4}}{0,1} = 1,8 \times 10^{6}\ \text{UFC / mL} \] 3. L’échantillon de viande a été prélevé à 1 g dans 9 mL d’eau peptonée → dilution initiale 10⁻¹. Donc la concentration dans la viande est : \[ \text{UFC / g} = \frac{1,8 \times 10^{6}}{10} = 1,8 \times 10^{5}\ \text{UFC / g} \] 4. Le résultat obtenu (1,8 × 10⁵ UFC / g) dépasse largement la limite de 10 UFC / g pour *E. coli* pathogène. Le lot de viande est donc **non conforme** et doit être rejeté ou soumis à un traitement thermique supplémentaire avant commercialisation. > **Note** : Dans la pratique, on aurait répété l’analyse avec une dilution plus adaptée (ex. 10⁻³ et 10⁻⁴ en dupliquant) pour obtenir un comptage dans la fourchette 30‑300 colonies. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |----|------------------|-------------|--------------------------------------| | 1 | Oublier d’ajuster le pH après la dissolution de l’agar. | Le milieu peut être trop acide ou basique, inhibant la croissance même des souches cibles. | Toujours mesurer le pH à température ambiante (25 °C) après dissolution et avant stérilisation ; corriger avec NaOH/HCl dilué. | | 2 | Utiliser un volume d’ensemencement différent de celui prévu dans le protocole (ex. 0,2 mL au lieu de 0,1 mL). | Le calcul d’UFC devient erroné, conduisant à une sur‑ ou sous‑estimation de la contamination. | Utiliser une pipette graduée ou un répartiteur stérile calibré ; vérifier le volume avant chaque série d’ensemencement. | | 3 | Manipuler un milieu contenant du sélénite ou du tétrathionate hors hotte. | Exposition à des composés toxiques (irritation respiratoire, risque de toxicité chronique). | Effectuer toute préparation et toute manipulation de ces milieux sous hotte à flux laminaire de classe II, porter EPI adapté. | | 4 | Ne pas autoclaver les déchets contenant des milieux sélectifs avant leur élimination. | Risque de dissemination de microorganismes pathogènes dans l’environnement. | Autoclaver tous les verres, boîtes Pétri et milieux usés à 121 °C, 15 min, 1,1 bar avant de les jeter dans les conteneurs DASRI. | | 5 | Stocker les milieux préparés à température ambiante au lieu de 4 °C. | Dégradation des composants (ex. hydrolyse de l’agar, perte d’activité des indicateurs) → résultats faux. | Conserver les milieux agar à 4 °C, à l’abri de la lumière, et utiliser dans les délais de péremption (généralement 2 semaines). | | 6 | Négliger le contrôle positif/négatif à chaque nouvelle préparation de milieu. | On ne détecte pas une éventuelle contamination du milieu ou une perte de sélectivité/différentiel. | Inoculer une souche connue positive (ex. *S. aureus* pour MSA) et une souche connue négative (ex. *E. faecalis* pour MSA) ; consigner les résultats avant d’utiliser le lot pour les échantillons réels. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quel est le critère principal qui définit un milieu de culture sélectif ?
  2. 2. Dans le milieu Mannitol Salt Agar (MSA), quel rôle joue le chlorure de sodium à 7,5 % ?
  3. 3. Quel est l'objectif principal d'un milieu de transport tel que le milieu Stuart ?
  4. 4. Un laboratoire reçoit un échantillon cutané suspecté de contenir Staphylococcus aureus. Quel milieu serait le plus approprié pour l'isolement initial et pourquoi ?
  5. 5. Lors de la préparation d'un milieu de culture, un technicien doit ajouter 5 g de peptone, 3 g d'extrait de levure et 10 g de NaCl à 1 L d'eau distillée. Quelle est la concentration finale de NaCl en pourcentage (p/v) ?
  6. 6. Un étudiant observe que sur un milieu de MacConkey, certaines colonies apparaissent roses tandis que d'autres sont incolores. Quelle interprétation est correcte ?
  7. 7. Pour isoler Streptococcus pneumoniae à partir d'un échantillon de crachats, quel milieu sélectif et enrichi serait le plus adapté ?
  8. 8. Un milieu de culture contient 0,5 % de glucose, 0,3 % de lactose et 0,2 % de saccharose. Si une bactérie fermente uniquement le lactose, quel changement de pH attendu observerait-on dans le milieu contenant un indicateur de rouge de phénol (pH 6,8 → jaune < 6,4) ?
  9. 9. Lors de la validation d'un nouveau milieu sélectif pour Listeria monocytogenes, un technicien obtient des colonies typiques sur le milieu mais également des colonies de Enterococcus faecalis. Quelle modification du milieu serait la plus pertinente pour améliorer sa sélectivité ?
  10. 10. Un milieu de culture destiné à la différenciation des espèces de Bacillus contient du mannitol, du sel à 5 % et du rouge de phénol. Après incubation, une colonie apparaît jaune et entourée d'un halo clair. Quelle est l'interprétation la plus plausible de ces observations ?