Chapitre 10
Calcul des pressions (partie 3/3)
Lecture : 16 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :
- Définir la pression absolue, relative et différentielle dans un fluide au repos ou en mouvement.
- Utiliser les lois de l’hydrostatique et de Bernoulli pour calculer les pressions dans des installations simples (canalisation, réservoir, système de climatisation).
- Choisir l’instrument de mesure adapté (manomètre à colonne, capteur piézoélectrique, transmetteur de pression) et interpréter ses relevés selon les normes camerounaises (MINTP, MINEE).
- Réaliser un dimensionnement de conduite d’eau potable ou de gaz en respectant les marges de sécurité prévues par le règlement de sécurité des installations techniques (RSIT).
- Identifier, analyser et corriger les erreurs fréquentes de calcul de pression lors d’un contrôle de chantier ou d’un bureau d’études.
**Prérequis** :
- Notions de base sur les grandeurs physiques (force, surface, densité, accélération de la pesanteur g ≈ 9,81 m s⁻²).
- Maîtrise du système d’unités SI (Pa, N, m, kg, s).
- Connaissance des propriétés des fluides (incompressibilité approximable de l’eau, loi des gaz parfaits pour l’air).
- Savoir lire un schéma de procédé (P&ID) et reconnaître les symboles de vanne, de pompe et de manomètre.
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## Introduction contextualisée
Dans les travaux publics et l’industrie camerounaise, la maîtrise de la pression des fluides conditionne la sécurité et la performance des installations : adduction d’eau potable dans les quartiers de Yaoundé, distribution de gaz domestique à Douala, circuits de climatisation dans les bâtiments administratifs, ou encore les systèmes hydrauliques des engins de chantier. Une erreur de calcul peut entraîner des fuites, des surpressions dangereuses voire des ruptures de conduites, avec des conséquences humaines et économiques importantes. Le présent chapitre, troisième partie du thème « Calcul des pressions », s’appuie sur deux activités pédagogiques : l’intégration des connaissances acquises précédemment et la remédiation ciblée sur les difficultés observées lors des évaluations. Il vise à transformer l’élève en technicien capable de réaliser, vérifier et corriger des calculs de pression conformément aux référentiels techniques nationaux.
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## I. Activités d’intégration
### 1. Rappel des notions de pression
> **Définition** : La pression \(p\) est la norme de la force exercée par unité de surface, exprimée en pascal (Pa) : \(p = \dfrac{F}{A}\) avec \(F\) en newton (N) et \(A\) en m².
- **Pression absolue** : mesure par rapport au vide absolu.
- **Pression relative (ou jauge)** : différence entre la pression absolue et la pression atmosphérique ambiante \(p_{atm}\).
- **Pression différentielle** : différence de pression entre deux points d’un même système.
En pratique camerounaise, on travaille souvent avec la pression relative, car les instruments de mesure (manomètres à colonne, capteurs piézoélectriques) sont étalonnés à la pression atmosphérique locale (≈ 92 000 Pa à Yaoundé, inférieure à la valeur standard du fait de l’altitude d’environ 750 m).
### 2. Méthodes de mesure de la pression
| Instrument | Principe de fonctionnement | Plage typique (Pa) | Précision | Usage courant au Cameroun |
|------------|----------------------------|--------------------|-----------|---------------------------|
| Manomètre à colonne (U‑tube) | Équilibre hydrostatique d’un liquide (eau, mercure) | 0 – 2 × 10⁵ | ± 0,5 % | Contrôle de pression d’eau potable, vérification de réservoirs |
| Manomètre à aiguille (Bourdon) | Déformation d’un tube courbé sous pression | 0 – 4 × 10⁶ | ± 1 % | Réseaux de gaz, installations de climatisation |
| Capteur piézoélectrique | Génération de charge électrique proportionnelle à la contrainte | 0 – 1 × 10⁷ | ± 0,2 % | Surveillance de pression dans les stations de traitement d’eau |
| Transmetteur de pression à déformation de jauge | Variation de résistance d’une jauge de contrainte | 0 – 2,5 × 10⁶ | ± 0,25 % | Automatisation des pompes de relevage, systèmes d’irrigation |
> **Règle de sécurité** : Avant toute mise en service, vérifier l’étalonnage du dispositif selon la norme NCM 010 (étalonnage des manomètres) et consigner la date d’étalonnage sur la fiche de suivi d’équipement.
### 3. Calcul de pression dans les fluides statiques et dynamiques
#### Hydrostatique (fluide au repos)
Pour un fluide incompressible de densité \(\rho\) soumis à la pesanteur \(g\), la variation de pression avec la profondeur \(z\) (mesurée vers le bas) est :
\[
p(z) = p_0 + \rho g z
\]
où \(p_0\) est la pression à la surface libre.
#### Écoulment idéal, incompressible et stationnaire (Bernoulli)
Le long d’un ligne de courant, la somme de l’énergie de pression, cinétique et potentielle reste constante :
\[
p + \frac{1}{2}\rho v^{2} + \rho g z = \text{constante}
\]
Cette équation permet de déterminer la pression dans une conduite lorsqu’on connaît le débit et la vitesse du fluide.
### 4. Exemple chiffré : dimensionnement d’une conduite d’eau potable (Yaoundé)
**Données** :
- Débit requis \(Q = 0,025\; \text{m³ s}^{-1}\) (≈ 90 m³ h⁻¹) pour un quartier de 500 logements.
- Diamètre intérieur choisi \(D = 0,10\; \text{m}\) (tube en PVC‑U, classe PN 10).
- Densité de l’eau \(\rho = 1000\; \text{kg m}^{-3}\).
- Viscosité dynamique négligée (écoulement turbulent admis).
- Périmètre de perte de charge admis \(\Delta p_{max}= 5\times10^{4}\; \text{Pa}\) (0,5 bar) sur 200 m de conduite.
**Étapes** :
1. **Vitesse moyenne** :
\[
v = \frac{Q}{A}= \frac{Q}{\pi D^{2}/4}= \frac{0,025}{\pi (0,10)^{2}/4}= \frac{0,025}{0,00785}\approx 3,18\; \text{m s}^{-1}
\]
2. **Nombre de Reynolds** (pour vérifier le régime turbulent) :
\[
Re = \frac{\rho v D}{\mu}\approx \frac{1000 \times 3,18 \times 0,10}{1,0\times10^{-3}} \approx 3,2\times10^{5} \;(>4000) \Rightarrow \text{turbulent}
\]
3. **Facteur de friction Darcy** (approximation Blasius pour tuyau lisse) :
\[
f \approx 0,3164\, Re^{-0,25}=0,3164\,(3,2\times10^{5})^{-0,25}\approx 0,012
\]
4. **Perte de charge linéaire** (équation de Darcy‑Weisbach) :
\[
\Delta p = f \frac{L}{D}\frac{\rho v^{2}}{2}=0,012 \times \frac{200}{0,10}\times \frac{1000 \times (3,18)^{2}}{2}
\]
\[
\Delta p =0,012 \times 2000 \times \frac{1000 \times 10,11}{2}=0,012 \times 2000 \times 5055\approx 1,21\times10^{5}\; \text{Pa}
\]
5. **Vérification** : \(\Delta p = 1,21\times10^{5}\; \text{Pa} > \Delta p_{max}=5\times10^{4}\; \text{Pa}\). Le diamètre choisi est insuffisant.
6. **Nouveau diamètre** (on garde la même perte de charge admissible) : on résout pour \(D\) dans \(\Delta p = f \frac{L}{D}\frac{\rho v^{2}}{2}\) avec \(v = \frac{4Q}{\pi D^{2}}\). En itérant (en mettant à jour \(f\) selon le nombre de Reynolds), on obtient \(D \approx 0,125\; \text{m}\) (tube PN 10 de 125 mm). On peut choisir un tube commercial DN 125.
> **À retenir** : Le dimensionnement d’une conduite doit toujours vérifier que la perte de charge calculée reste inférieure à la limite admise par le cahier des charges (souvent 0,5 bar pour l’eau potable en milieu urbain).
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## II. Activités de remédiation
### 1. Identification des erreurs courantes de calcul de pression
- **Oubli de la conversion d’unités** (ex. utilisation de cm au lieu de m dans la formule hydrostatique).
- **Confusion entre pression absolue et relative** lors de la lecture d’un manomètre à zéro atmosphérique.
- **Application de la loi de Bernoulli à un écoulement visqueux important** sans prendre en compte les pertes de charge.
- **Mauvaise estimation du facteur de friction** (utilisation du facteur laminar pour un régime turbulent).
- **Négligence de la hauteur géodétique** dans les systèmes de pompage ou de réservoir surélevé.
### 2. Procédure de vérification et de correction (check‑list)
> **Check‑list de contrôle de calcul de pression**
1. Vérifier l’uniformité des unités (SI) avant toute substitution.
2. Identifier le type de pression recherché (absolue, relative, différentielle).
3. Choisir l’équation adaptée (hydrostatique, Bernoulli avec pertes, équation de Darcy‑Weisbach).
4. Calculer le nombre de Reynolds pour confirmer le régime d’écoulement.
5. Sélectionner le facteur de friction approprié (table de Moody ou formule adaptée).
6. Comparer le résultat obtenu aux limites de conception (pression maximale admissible, perte de charge admissible).
7. Consigner les hypothèses (incompressibilité, écoulement stationnaire, négligence de la compressibilité de l’air).
8. Faire une revue par un pair ou un formateur avant validation finale.
### 3. Exercice guidé de remédiation : pression dans un réservoir surélevé (Bafoussam)
**Énoncé** : Un réservoir d’eau de forme cylindrique, placé à 12 m au-dessus du sol, alimente un réseau de distribution par gravité. La pression souhaitée au point de livraison (niveau du sol) est de 200 kPa (relative). Déterminer le niveau d’eau nécessaire dans le réservoir (hauteur d’eau au-dessus du fond) sachant que la perte de charge dans la conduite de 150 m de longueur et de diamètre 0,12 m est estimée à 30 kPa.
**Résolution** :
1. Pression au point de livraison due à la colonne d’eau du réservoir :
\[
p_{liv}= \rho g (h_{réservoir}+h_{géod}) - \Delta p_{perte}
\]
où \(h_{géod}=12\; \text{m}\) (hauteur du réservoir au-dessus du sol) et \(\Delta p_{perte}=30\; \text{kPa}=3,0\times10^{4}\; \text{Pa}\).
2. On impose \(p_{liv}=200\; \text{kPa}=2,0\times10^{5}\; \text{Pa}\).
3. En remplaçant :
\[
2,0\times10^{5}=1000\times9,81\times (h_{eau}+12)-3,0\times10^{4}
\]
\[
2,0\times10^{5}+3,0\times10^{4}=9,81\times10^{3}\,(h_{eau}+12)
\]
\[
2,3\times10^{5}=9,81\times10^{3}\,(h_{eau}+12)
\]
\[
h_{eau}+12=\frac{2,3\times10^{5}}{9,81\times10^{3}}\approx 23,45\; \text{m}
\]
\[
h_{eau}=23,45-12\approx 11,45\; \text{m}
\]
**Réponse** : Le réservoir doit contenir au moins **11,5 m** d’eau (mesurée depuis le fond) pour garantir 200 kPa au point de livraison, compte tenu des pertes de charge.
> **À retenir** : Dans un système gravitaire, la hauteur d’eau disponible se traduit directement en pression disponible selon \(p=\rho g h\); il faut toujours soustraire les pertes de charge estimées pour obtenir la pression nette utile.
### 4. Mise en situation professionnelle : contrôle de la pression d’un système de climatisation dans un bureau à Douala
Un technicien de maintenance doit vérifier que la pression de condensation d’un groupe frigorifique à air (R‑410A) reste entre 2 000 kPa et 2 500 kPa (relative) afin d’assurer un bon échange thermique. Il utilise un manomètre à Bourdon relié au point de service du condenseur.
- **Étape 1** : Vérifier l’étalonnage du manomètre (dernier étalonnage < 6 mois).
- **Étape 2** : Effectuer la mesure à l’arrêt du compresseur, puis en marche stabilisée (5 min après le démarrage).
- **Étape 3** : Noter la valeur lue, convertir en pression relative (le manomètre est déjà à zéro atmosphérique).
- **Étape 4** : Comparer à la plage admissible. Si la valeur dépasse 2 500 kPa, vérifier le débit d’air du condenseur (filtre obstrué, vitesse de ventilateur). Si elle est inférieure à 2 000 kPa, rechercher une fuite de réfrigérant ou un sous‑charge.
- **Étape 5** : Rédiger un rapport d’intervention incluant la date, l’heure, les valeurs mesurées, les actions correctives et la signature du responsable.
> **Règle de sécurité** : Lors de la manipulation de fluides frigorigènes, porter des gants résistants au froid et des lunettes de protection ; travailler dans un espace bien ventilé pour éviter l’accumulation de gaz pouvant entraîner des effets asphyxiants.
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## Synthèse du chapitre
- La pression est une grandeur intensive \(p=F/A\) ; on distingue absolue, relative et différentielle.
- En statique : \(p(z)=p_0+\rho g z\).
- En dynamique (écoulement idéal) : \(p+\frac12\rho v^{2}+\rho g z=\text{cst}\) (Bernoulli).
- Pour les écoulements réels, on ajoute les pertes de charge : \(\Delta p = f \frac{L}{D}\frac{\rho v^{2}}{2}\) (Darcy‑Weisbach).
- Le nombre de Reynolds détermine le régime (laminaire < 2 000, turbulent > 4 000) et guide le choix du facteur de friction (Moody, Blasius, Colebrook).
- Les instruments de mesure (manomètre à U‑tube, à Bourdon, capteur piézoélectrique, transmetteur) doivent être étalonnés selon la norme NCM 010 et vérifiés avant chaque utilisation.
- Un dimensionnement correct de conduite implique de vérifier que la perte de charge calculée reste inférieure à la limite admise (souvent 0,5 bar pour l’eau potable).
- La check‑list de contrôle (unités, type de pression, équation adaptée, Re, facteur de friction, limites, hypothèses, revue par un pair) permet de réduire les erreurs fréquentes.
- En pratique camerounaise, les règles de sécurité (port d’EPI, ventilation, consignation des étalonnages) sont indispensables lors de toute manipulation de fluides sous pression.
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## Glossaire
| Terme | Définition |
|-------|------------|
| Pression absolue | Pression mesurée par rapport au vide absolu. |
| Pression relative (ou jauge) | Différence entre la pression absolue et la pression atmosphérique ambiante. |
| Nombre de Reynolds (\(Re\)) | Rapport des forces d’inertie aux forces visqueuses, \(Re=\rho v D/\mu\). |
| Facteur de friction de Darcy (\(f\)) | Coefficient sans dimension qui quantifie les pertes de charge dues à la friction dans une conduite. |
| Perte de charge linéaire | Diminution de pression le long d’une conduite due à la friction, exprimée en pascal. |
| Loi de Bernoulli | Conservation de l’énergie mécanique d’un fluide idéal, incompressible et stationnaire le long d’un ligne de courant. |
| Manomètre à colonne (U‑tube) | Instrument mesurant la pression par l’équilibre hydrostatique d’un liquide dans un tube en forme de U. |
| Transmetteur de pression | Capteur convertissant la pression en signal électrique normalisé (4‑20 mA ou 0‑10 V) pour l’automatisation. |
| Étalonnage | Opération consistant à comparer les indications d’un instrument à une référence connue et à corriger les écarts. |
| EPI (Équipement de Protection Individuelle) | Matériel destiné à protéger l’opérateur contre les risques liés à la manipulation de fluides sous pression (gants, lunettes, casque). |
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## Exercices d’application corrigés
### Exercice 1 – Dimensionnement d’une conduite de gaz domestique (Douala)
**Données** :
- Débit de gaz naturel requis \(Q = 0,004\; \text{m³ s}^{-1}\) (≈ 14,4 m³ h⁻¹).
- Pression amont du réseau \(p_{amont}= 200\; \text{kPa}\) (relative).
- Pression aval souhaitée au point de consommation \(p_{aval}= 150\; \text{kPa}\) (relative).
- Longueur de la conduite \(L = 80\; \text{m}\).
- Facteur de friction estimé \(f = 0,018\) (tuyau en acier, rugosité moyenne).
- Densité du gaz naturel \(\rho_{gaz}=0,8\; \text{kg m}^{-3}\) (à 20 °C, 1 bar).
**Question** : Déterminer le diamètre intérieur minimal de la conduite afin que la chute de pression ne dépasse pas la différence autorisée \(\Delta p_{max}=p_{amont}-p_{aval}=50\; \text{kPa}\).
**Solution** :
1. Chute de pression admissible : \(\Delta p_{max}=50\; \text{kPa}=5,0\times10^{4}\; \text{Pa}\).
2. Équation de Darcy‑Weisbach sous forme de diamètre :
\[
\Delta p = f \frac{L}{D}\frac{\rho v^{2}}{2},\qquad v=\frac{4Q}{\pi D^{2}}
\]
En substituant \(v\) :
\[
\Delta p = f \frac{L \rho 8 Q^{2}}{\pi^{2} D^{5}}
\]
3. Résolution pour \(D\) (en supposant initialement \(f = 0,018\)) :
\[
D^{5}= \frac{f L \rho 8 Q^{2}}{\pi^{2}\Delta p}
\]
\[
D^{5}= \frac{0,018 \times 80 \times 0,8 \times 8 \times (0,004)^{2}}{\pi^{2}\times 5,0\times10^{4}}
\]
\[
D^{5}= \frac{0,018 \times 80 \times 0,8 \times 8 \times 1,6\times10^{-5}}{9,8696 \times 5,0\times10^{4}}
\]
\[
D^{5}= \frac{1,4746\times10^{-4}}{4,9348\times10^{5}} = 2,99\times10^{-10}
\]
\[
D = (2,99\times10^{-10})^{1/5}= \exp\left(\frac{1}{5}\ln(2,99\times10^{-10})\right)
\]
\[
\ln(2,99\times10^{-10}) = -22,33;\; \frac{-22,33}{5}= -4,466;\; e^{-4,466}=0,0115\; \text{m}
\]
**Première estimation** : \(D \approx 0,012\; \text{m}\) (12 mm). On calcule alors le nombre de Reynolds pour vérifier le régime et ajuster \(f\).
Avec \(D = 0,012\; \text{m}\), \(v = \frac{4Q}{\pi D^{2}} \approx 33\; \text{m s}^{-1}\),
\(Re = \frac{\rho v D}{\mu} \approx \frac{0,8 \times 33 \times 0,012}{1,1\times10^{-5}} \approx 2,9\times10^{4}\) (turbulent).
Pour ce \(Re\), le facteur de friction donné \(f = 0,018\) reste cohérent (tuyau rugueux).
Pour garantir une marge de sécurité, on choisit le diamètre commercial immédiatement supérieur : **DN 15** (diamètre intérieur ≈ 15,8 mm).
**Vérification** : avec \(D = 0,0158\; \text{m}\), \(v \approx 20,4\; \text{m s}^{-1}\), \(Re \approx 2,3\times10^{4}\), \(f \approx 0,018\),
\(\Delta p = f \frac{L}{D}\frac{\rho v^{2}}{2} \approx 0,018 \times \frac{80}{0,0158} \times \frac{0,8 \times (20,4)^2}{2} \approx 1,5\times10^{4}\; \text{Pa} < \Delta p_{max}\). Donc le tuyau DN 15 convient.
> **À retenir** : Pour les gaz légers, la densité est faible, donc la vitesse peut être élevée ; il faut vérifier que le nombre de Reynolds reste dans le régime turbulent pour que le facteur de friction utilisé soit valide.
### Exercice 2 – Vérification de la pression d’un réservoir surélevé (Yaoundé)
**Données** :
- Réservoir cylindrique de hauteur totale \(H=15\; \text{m}\) (fond à 0 m, débordement à 15 m).
- Niveau d’eau actuel mesuré \(h_{eau}=9\; \text{m}\) au-dessus du fond.
- Le réservoir alimente un quartier par une conduite de longueur \(L=120\; \text{m}\), diamètre \(D=0,10\; \text{m}\), facteur de friction \(f=0,014\).
- Débit demandé \(Q=0,018\; \text{m³ s}^{-1}\).
- Pression minimale requise au point de livraison \(p_{req}=180\; \text{kPa}\) (relative).
- Densité de l’eau \(\rho=1000\; \text{kg m}^{-3}\).
**Question** : La pression disponible au point de livraison est‑elle suffisante ? Sinon, quel niveau d’eau supplémentaire est‑il nécessaire ?
**Solution** :
1. Vitesse dans la conduite :
\[
v = \frac{4Q}{\pi D^{2}} = \frac{4 \times 0,018}{\pi \times 0,10^{2}} = \frac{0,072}{0,0314}=2,29\; \text{m s}^{-1}
\]
2. Nombre de Reynolds :
\[
Re = \frac{\rho v D}{\mu}= \frac{1000 \times 2,29 \times 0,10}{1,0\times10^{-3}} = 2,29\times10^{5} \;(>4000) \Rightarrow \text{turbulent}
\]
3. Perte de charge linéaire (Darcy‑Weisbach) :
\[
\Delta p = f \frac{L}{D}\frac{\rho v^{2}}{2}=0,014 \times \frac{120}{0,10}\times \frac{1000 \times (2,29)^{2}}{2}
\]
\[
\Delta p =0,014 \times 1200 \times \frac{1000 \times 5,24}{2}=0,014 \times 1200 \times 2620=0,014 \times 3,144\times10^{6}=4,40\times10^{4}\; \text{Pa}=44\; \text{kPa}
\]
4. Pression hydrostatique disponible à la base du réservoir (niveau d’eau) :
\[
p_{hydro}= \rho g h_{eau}=1000 \times 9,81 \times 9 = 88,29\times10^{3}\; \text{Pa}=88,3\; \text{kPa}
\]
5. Pression au point de livraison (en négligeant les pertes mineures) :
\[
p_{liv}= p_{hydro} - \Delta p = 88,3\; \text{kPa} - 44\; \text{kPa}=44,3\; \text{kPa}
\]
Cette valeur est bien inférieure à la pression requise de 180 kPa.
6. On cherche la hauteur d’eau nécessaire \(h_{eau,req}\) telle que :
\[
\rho g h_{eau,req} - \Delta p = p_{req}
\]
\[
h_{eau,req}= \frac{p_{req}+ \Delta p}{\rho g}= \frac{180\,000 + 44\,000}{1000 \times 9,81}= \frac{224\,000}{9\,810}=22,84\; \text{m}
\]
Comme la hauteur totale du réservoir n’est que 15 m, il est impossible d’atteindre cette pression uniquement par gravité. Il faut donc installer une surpresseur ou rehausser le réservoir.
> **À retenir** : Dans un système gravitaire, la pression disponible est limitée par la hauteur d’eau ; si la pression requise dépasse \(\rho g H\), une pompe ou un surpresseur devient indispensable.
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## Erreurs fréquentes et règles de sécurité
| N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / correction |
|----|------------------|-------------|----------------------------------|
| 1 | Oublier de convertir les unités (ex. cm → m) avant d’appliquer \(p=\rho g h\). | Sous‑ ou sur‑estimation de la pression de plusieurs dizaines de pourcents. | Toujours vérifier l’uniformité du système d’unités (SI) en première ligne de calcul. |
| 2 | Confondre pression absolue et relative lors de la lecture d’un manomètre à zéro atmosphérique. | Erreur de conception pouvant conduire à une surpression dangereuse. | Noter clairement si l’instrument indique une pression relative (valeur affichée) ou absolue (ajouter \(p_{atm}\)). |
| 3 | Appliquer la loi de Bernoulli à un écoulement fortement visqueux sans ajouter les pertes de charge. | Résultat irréaliste, sous‑estimation des besoins en puissance de pompe. | Déterminer le nombre de Reynolds ; si \(Re>2 000\), utiliser l’équation de Darcy‑Weisbach ou Hazen‑Williams. |
| 4 | Utiliser le facteur de friction laminaire (\(f=64/Re\)) dans un régime turbulent. | Sous‑estimation importante des pertes de charge → conduite sous‑dimensionnée. | Consulter le diagramme de Moody ou appliquer la formule de Colebrook‑White pour le régime turbulent. |
| 5 | Négliger la hauteur géodétique dans un système de pompage (ex. oublier la différence d’élévation entre réservoir et point de consommation). | Pression de service insuffisante, risque de cavitation. | Toujours inclure le terme \(\rho g z\) dans l’équation de Bernoulli ou dans le bilan énergétique global. |
| 6 | Ne pas étalonner le manomètre avant chaque campagne de mesure. | Lecture biaisée pouvant masquer une fuite ou une surpression. | Consigner la date d’étalonnage sur la fiche de suivi ; réaliser un contrôle selon la norme NCM 010 avant chaque utilisation. |
> **Règle de sécurité générale** : Avant toute intervention sur un système sous pression, isoler la section concernée, dépressuriser lentement, vérifier l’absence de résidus de fluide dangereux, porter les EPI appropriés (gants résistants aux produits chimiques, lunettes de protection, casque antibruit si nécessaire) et assurer une ventilation adéquate lorsqu’on travaille avec des gaz combustibles ou toxiques.
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*Fin du cours.*
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