Chapitre 48
Séquence 8 : L’immunologie
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# Séquence 8 : L’immunologie
## Objectifs et prérequis
**Objectifs** :
- Comprendre les mécanismes des dysfonctionnements du système immunitaire, notamment les maladies auto-immunes.
- Analyser la physiopathologie du VIH/Sida, ses modes de transmission, ses conséquences immunologiques et ses impacts socioculturels.
- Appliquer les connaissances en immunologie à des situations d’intégration (vaccination, greffe, tolérance immunitaire).
**Prérequis** :
- Connaissances du fonctionnement normal du système immunitaire (immunité innée et adaptative, lymphocytes T et B, anticorps, complexe majeur d’histocompatibilité - CMH).
- Notions de base en biologie cellulaire et moléculaire (récepteurs, signalisation, apoptose).
- Maîtrise du vocabulaire scientifique de base (antigène, épitope, clonage, mémoire immunitaire).
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## I. Séance 28 : Dysfonctionnements du système immunitaire : les maladies auto-immunes
### A. Définition et mécanismes généraux
> Une maladie auto-immune est une pathologie résultant d’une perte de tolérance immunitaire envers des antigènes propres de l’organisme, entraînant une réponse immunitaire pathologique dirigée contre ses propres tissus.
Les mécanismes impliqués comprennent :
- Défaillance de la sélection négative des lymphocytes T dans le thymus.
- Échappement au contrôle des lymphocytes T régulateurs (Treg).
- Activation polyclonale des lymphocytes B par des antigènes étrangers mimant des antigènes propres (mimétisme moléculaire).
- Défaillance dans l’élimination des complexes immuns.
- Rôle des cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-1, IL-6, IL-17).
### B. Exemples de maladies auto-immunes
#### 1. Lupus érythémateux systémique (LES)
**Définition** : Maladie auto-immune systémique caractérisée par la production d’auto-anticorps contre des composants nucléaires (ADN double brin, histones, protéines ribonucléoprotéiques).
**Mécanismes** :
- Apoptose accrue des cellules → libération d’antigènes nucléaires.
- Défaut de nettoyage des débris apoptotiques (déficit en DNase I ou en C1q).
- Formation de complexes immuns ADN/anticorps → dépôt dans les tissus (reins, peau, articulations) → activation du complément et inflammation.
- Hyperactivité des cellules dendritiques plasmocytaires produisant de l’IFN-α.
**Manifestations cliniques** :
- Érythème malar (en aile de papillon).
- Arthrite non érosive.
- Néphrite lupique (protéinurie, cylindres).
- Photosensibilité.
- Fatigue, fièvre.
**Diagnostic** :
- Anticorps antinucléaires (ANA) positifs (sensibilité >95%).
- Anti-ADN double brin spécifiques (spécificité élevée).
- Anti-Smith (anti-Sm).
- Faible complément (C3, C4 bas).
**Traitement** :
- Corticoïdes (prednisone).
- Antipaludéens (hydroxychloroquine).
- Immunosuppresseurs (azathioprine, mycophénolate mofétil).
- Biothérapies (belimumab anti-BLyS).
**Exercice 1** :
Un patient présente une érythème malar, une protéinurie de 2 g/24h et des ANA positifs à 1/640. Quel est le diagnostic le plus probable ?
**Correction** : Lupus érythémateux systémique. Les critères incluent : érythème malar, atteinte rénale (protéinurie >0,5 g/24h), ANA positifs.
#### 2. Diabète de type 1 (DT1)
**Définition** : Maladie auto-immune caractérisée par la destruction médiée par les lymphocytes T des cellules β pancréatiques productrices d’insuline.
**Mécanismes** :
- Infiltration lymphocytaire des îlots de Langerhans (insulite).
- Lymphocytes T CD8+ cytotoxiques reconnaissant des peptides d’insuline, de GAD65, d’IA-2 présentés par le CMH de classe II (notamment les allèles HLA-DR3, HLA-DR4).
- Production d’auto-anticorps : anti-insuline, anti-GAD, anti-IA-2, anti-ZnT8.
- Facteurs de risque génétiques (HLA) et environnementaux (virus entérovirus, alimentation précoce au lait de vache).
**Manifestations cliniques** :
- Polyurie, polydipsie, perte de poids.
- Acidocétose diabétique à l’annonce.
- C-peptide bas ou indétectable.
**Diagnostic** :
- Glycémie à jeun ≥1,26 g/L ou glycémie capillaire ≥2 g/L avec symptômes.
- Présence d’au moins un auto-anticorps anti-β-cellules.
- C-peptide bas.
**Traitement** :
- Insuline sous-cutanée (schéma basal-bolus ou pompe).
- Surveillance glycémique (autocontrôle ou CGM).
- Éducation thérapeutique.
**Exercice 2** :
Un adolescent de 14 ans présente une glycémie à jeun de 1,8 g/L, une polydipsie et une perte de poids de 5 kg en 1 mois. Les auto-anticorps anti-GAD sont positifs. Quel est le mécanisme pathophysiologique central ?
**Correction** : Destruction auto-immune des cellules β pancréatiques par les lymphocytes T CD8+ et production d’auto-anticorps, entraînant une déficit absolu en insuline.
#### 3. Polyarthrite rhumatoïde (PR)
**Définition** : Maladie auto-immune chronique caractérisée par une synovite inflammatoire symétrique des articulations périphériques, pouvant entraîner une destruction cartilagineuse et osseuse.
**Mécanismes** :
- Facteur rhumatoïde (FR) : auto-anticorps IgM contre la portion Fc des IgG.
- Anti-peptides citrullinés (anti-CCP) : spécifiques, apparaissent tôt.
- Activation des fibroblastes synoviaires → production de MMP et cytokines (TNF-α, IL-1, IL-6).
- Infiltration de macrophages et lymphocytes T dans la synovie.
- Facteurs de risque : tabac (chez les porteurs de HLA-DRB1*04), prédisposition génétique.
**Manifestations cliniques** :
- Raideur matinale >1h.
- Gonflement et douleur des articulations métacarpo-phalangiennes et interphalangiennes proximales (symétriques).
- Nodules rhumatoïdes.
- Déformations en col de cygne ou en boutonnière.
**Diagnostic** :
- Critères ACR/EULAR 2010 : score basé sur articulations atteintes, sérologie (FR, anti-CCP), durée des symptômes, protéine C réactive (CRP) ou vitesse de sédimentation (VS).
- Anti-CCP très spécifique (>95%).
**Traitement** :
- Méthotrexate (fond de traitement).
- Biothérapies anti-TNF (adalimumab, étanercept), anti-IL-6 (tocilizumab), anti-CD20 (rituximab).
- Corticoïdes en courte durée.
- Kinésithérapie.
**Exercice 3** :
Une femme de 50 ans présente une raideur matinale de 2h, un gonflement symétrique des articulations métacarpo-phalangiennes et des anti-CCP positifs. Quel est le diagnostic ?
**Correction** : Polyarthrite rhumatoïde. Les anti-CCP sont hautement spécifiques de la PR.
### C. Tableau comparatif des maladies auto-immunes
| Maladie | Auto-antigènes principaux | Lymphocytes impliqués | Organe/cible | Traitement de fond |
|--------|----------------------------|------------------------|--------------|---------------------|
| LES | ADN double brin, histones, Sm | B, T helper | Systémique (peau, reins, articulations) | Hydroxychloroquine, immunosuppresseurs |
| DT1 | Insuline, GAD65, IA-2, ZnT8 | T CD8+, B | Pancréas (îlots de Langerhans) | Insuline |
| PR | IgG (FR), peptides citrullinés | T helper, B, macrophages | Synoviale | Méthotrexate, biothérapies |
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## II. Séance 29 : Le VIH-Sida et conséquences socioculturelles
### A. Virologie du VIH
> Le VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine) est un rétrovirus à ARN simple brin appartenant au genre *Lentivirus*, famille des *Retroviridae*, qui infecte principalement les lymphocytes T CD4+, les macrophages et les cellules dendritiques.
**Structure** :
- Enveloppe lipidique provenant de la membrane cellulaire hôte, contenant les glycoprotéines gp120 et gp41.
- Matrice (p17) sous l’enveloppe.
- Capside conique (p24) contenant l’ARN génomique et les enzymes virales (transcriptase inverse, intégrase, protéase).
**Cycle de réplication** :
1. Attache : gp120 se lie au CD4 et à un co-récepteur (CCR5 ou CXCR4) sur la cellule cible.
2. Fusion : gp41 médie la fusion des membranes virale et cellulaire.
3. Transcription inverse : l’ARN viral est transcrit en ADN double brin par la transcriptase inverse (sensible aux AZT, 3TC).
4. Intégration : l’ADN viral est intégré dans le génome de l’hôte par l’intégrase (sensible au raltégravir).
5. Transcription et traduction : l’ADN proviral est transcrit par l’ARN polymérase II hôte → ARN viral et protéines.
6. Assemblage et bourgeonnement : les protéines virales sont assemblées à la membrane plasmique ; la protéase virale clève les polyprotéines Gag et Pol (sensible au lopinavir/ritonavir).
7. Libération : virions matures capables d’infecter de nouvelles cellules.
**Variabilité génétique** :
- Haute fréquence de mutations lors de la transcription inverse (absence de preuve de lecture).
- Quasi-espèces virales dans un même individu.
- Implications : échappement immunitaire, résistance aux antirétroviraux.
### B. Pathogenèse et stade de l’infection
**Stade 1 : Infection aiguë**
- Période de fenêtre : 2-4 semaines après exposition.
- Charge virale élevée (>10⁶ copies/mL).
- Symptômes grippaux (fièvre, pharyngite, adénopathies, éruption cutanée) chez 50-90% des patients.
- Sérologie VIH encore négative (test antigène/anticorps peut être positif dès 2-4 semaines).
**Stade 2 : Latence clinique**
- Durée variable (moyenne 8-10 ans sans traitement).
- Charge virale relativement stable (set point).
- Déclin progressif des lymphocytes T CD4+ (de ~800 à <200/mm³).
- Asymptomatique ou symptômes mineurs (dermatite séborrhéique, zona récidivant).
**Stade 3 : Sida (Syndrome d’Immunodéficience Acquise)**
- Définition : taux de lymphocytes T CD4+ <200/mm³ ou présence d’une maladie opportuniste définissante du Sida.
- Maladies opportunistes :
- Pulmonaires : *Pneumocystis jirovecii* pneumonia (PJP), tuberculose.
- Cutanées : sarcome de Kaposi (HHV-8).
- Neurologiques : encéphalite à VIH, toxoplasmose cérébrale.
- Digestives : candidose œsophagienne, cryptosporidiose.
- Sans traitement, espérance de vie <2 ans après le diagnostic du Sida.
### C. Conséquences socioculturelles
> Les conséquences socioculturelles du VIH/Sida comprennent la stigmatisation, la discrimination, l’impact sur les structures familiales, l’accès aux soins et les défis liés à l’éducation et à la prévention dans divers contextes culturels.
**Stigmatisation et discrimination** :
- Associée à des comportements perçus comme « à risque » (homosexualité, usage de drogues intraveineuses, travail du sexe).
- Conduit à l’isolement social, au rejet familial, à la perte d’emploi ou de logement.
- Frein au dépistage et à l’accès au traitement (peur de la divulgation).
**Impact sur les familles et communautés** :
- Orphelinat dû au décès des parents (notamment en Afrique subsaharienne).
- Charge économique : coût des soins, perte de productivité.
- Rôle accru des femmes et des filles dans les soins aux malades.
**Réponses socioculturelles** :
- Programmes d’éducation sexuelle adaptés aux contextes culturels (ex. : ABC : Abstinence, Fidélité, Préservatif).
- Implication des leaders religieux et communautaires dans la sensibilisation.
- Groupes de soutien et associations de personnes vivant avec le VIH (ex. : Réseau Africain des Personnes Vivant avec le VIH).
- Lutte contre les lois criminalisant la transmission ou l’exposition au VIH (dans certains pays).
**Accès aux soins et inégalités** :
- Disponibilité des antirétroviraux (ARV) : améliorée depuis les années 2000 grâce aux génériques et aux initiatives comme le PEPFAR et le Fonds mondial.
- Persistance d’inégalités : accès limité dans les zones rurales, chez les populations marginalisées (migrants, personnes transgenres).
- Observance : influencée par la stigmatisation, la pauvreté, les croyances traditionnelles.
**Exercice 1** :
Un homme de 30 ans présente une fièvre prolongée, une perte de poids de 10 kg et une candidose œsophagienne. Son taux de lymphocytes T CD4+ est de 150/mm³. Quel est le stade de l’infection VIH ?
**Correction** : Sida. Critère : CD4+ <200/mm³ + maladie opportuniste définissante (candidose œsophagienne).
**Exercice 2** :
Citez deux facteurs socioculturels qui peuvent réduire l’efficacité des programmes de prévention du VIH dans un contexte donné.
**Correction** : La stigmatisation associée au VIH et les normes culturelles qui découragent l’éducation sexuelle ouverte ou l’usage du préservatif.
### D. Tableau récapitulatif : Stades de l’infection VIH
| Stade | Taux CD4+ (cellules/mm³) | Charge virale | Manifestations cliniques | Durée approximative (sans traitement) |
|-------|---------------------------|---------------|---------------------------|----------------------------------------|
| Aiguë | Variable, souvent normale ou légèrement basse | Très élevée (>10⁶ copies/mL) | Symptômes grippaux (fièvre, pharyngite, rash) | 2-4 semaines |
| Latence clinique | Progressive déclin (de ~800 à <200) | Relativement stable (set point) | Asymptomatique ou symptômes mineurs | Plusieurs années (moyenne 8-10 ans) |
| Sida | <200 | Variable, souvent élevée | Maladies opportunistes (PJP, candidose œsophagienne, sarcome de Kaposi, etc.) | <2 ans sans traitement |
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## III. Séance 30 : Apprentissage de l’intégration
> L’apprentissage de l’intégration en immunologie fait référence aux mécanismes par lesquels le système immunitaire développe une tolérance spécifique envers des antigènes étrangers bénéfiques (comme les greffons, le fœtus semi-allogénique, ou les antigènes alimentaires et microbiens commensaux), évitant ainsi des réponses immunitaires pathologiques tout en préservant la capacité à répondre aux pathogènes.
### A. Tolérance centrale et périphérique
**Tolérance centrale** :
- Se produit dans les organes lymphoïdes primaires (thymus pour les lymphocytes T, moelle osseuse pour les lymphocytes B).
- Lymphocytes T à forte affinité pour les antigènes propres présentés par les cellules épithéliales thymiques sont éliminés par apoptose (sélection négative).
- Lymphocytes T à faible/moyenne affinité survivent et deviennent des cellules naïves ou des Treg.
- Dans la moelle osseuse, les lymphocytes B autoréactifs subissent une édition des récepteurs (réarrangement secondaire du locus Ig) ou une apoptose.
**Tolérance périphérique** :
- Mécanismes agissant sur les lymphocytes qui ont échappé à la tolérance centrale.
- **Anergie** : état d’irréactivité fonctionnelle d’un lymphocyte T ou B après reconnaissance d’un antigène sans co-stimulation suffisante (ex. : signal TCR sans CD28/B7).
- **Suppression par les lymphocytes T régulateurs (Treg)** : sous-ensemble de lymphocytes T CD4+ CD25+ FOXP3+ qui inhibent l’activation des lymphocytes T effecteurs via des cytokines (IL-10, TGF-β) ou des voies cellulaires (CTLA-4, CD25 consommant l’IL-2).
- **Ignorance** : lymphocyte ne rencontre pas son antigène (antigène séquestré, faible concentration, ou absence de migration vers le site).
- **Élimination (apoptose)** : lymphocytes autoréactifs induits à mourir après reconnaissance d’antigène périphérique sans survie (ex. : via Fas/FasL).
### B. Applications de l’apprentissage de l’intégration
#### 1. Tolérance au fœtus semi-allogénique
> Pendant la grossesse, le fœtus exprime des antigènes paternels (allogènes) qui pourraient déclencher une réponse immunitaire maternelle de rejet.
**Mécanismes de tolérance** :
- Expression limitée du CMH de classe II par les cellules trophoblastiques (pas de présentation d’antigènes aux lymphocytes T helper).
- Expression du CMH de classe G (HLA-G) par les trophoblastes : inhibe l’activité des cellules NK via les récepteurs inhibiteurs KIR2DL4 et LILRB1.
- Accumulation de lymphocytes T régulateurs (Treg) dans l’utérus et le placenta, sécrétant de l’IL-10 et du TGF-β.
- Production de facteurs immunosuppresseurs locaux : prostaglandine E2, IDO (indoléamine 2,3-dioxydase) qui tryptophane → kynurénine, privant les lymphocytes T d’un acide aminé essentiel.
- Environnement cytokinique dévié vers un profil Th2 (IL-4, IL-5, IL-10) plutôt que Th1 (IFN-γ, TNF-α).
**Conséquence** : Prévention du rejet fœtal tout en maintenant une capacité de défense contre les infections.
**Exercice 1** :
Quel rôle joue l’HLA-G exprimé par les trophoblastes dans la tolérance maternelle au fœtus ?
**Correction** : L’HLA-G inhibe l’activité des cellules tueuses naturelles (NK) maternelles via l’interaction avec les récepteurs inhibiteurs KIR2DL4 et LILRB1, empêchant ainsi l’attaque du placenta.
#### 2. Tolérance aux antigènes alimentaires et microbiens commensaux
> Le système immunitaire intestinal doit distinguer entre les antigènes pathogènes et ceux provenant de la nourriture ou du microbiote bénéfique pour éviter l’inflammation chronique.
**Mécanismes** :
- **Cellules dendritiques tolérogènes** dans la lamina propria : captent les antigènes sans maturation complète → migrent vers les ganglions mésentériques → induisent la différenciation de lymphocytes T en Treg plutôt qu’en Th1/Th17.
- **Production de cytokines anti-inflammatoires** : TGF-β, IL-10, rétinoïque acide (par les cellules dendritiques et les cellules épithéliales).
- **Lymphocytes T régulateurs (Treg)** spécifiques du microbiote : maintenus par des bactéries comme *Clostridia* clusters IV et XIVa, ou *Bacteroides fragilis* (via la molécule PSA).
- **Barrière épithéliale intégrée** : mucus, IgA sécrétoire, jonctions serrées limitant la translocation des antigènes.
- **Récepteurs de reconnaissance des formes moléculaires associées au microbiote (MAMPs)** : signalisation via TLR qui, dans ce contexte, favorise la tolérance plutôt que l’inflammation (dépend de la dose, du moment, et du type de cellule).
**Pathologies liées à la rupture de cette tolérance** :
- Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) : maladie de Crohn, rectocolite hémorragique.
- Allergies alimentaires.
**Exercice 2** :
Comment les cellules dendritiques intestinales contribuent-elles à la tolérance envers le microbiote commensal ?
**Correction** : Elles captent les antigènes bactériens sans maturation complète, migrent vers les ganglions mésentériques, et en présence de TGF-β et d’acide rétinoïque, induisent la différenciation des lymphocytes T naïfs en lymphocytes T régulateurs (Treg) spécifiques du microbiote.
#### 3. Tolérance aux greffes et immunosuppression
> La transplantation d’organes ou de tissus allogènes déclenche une réponse immunitaire de rejet dirigée contre les différences du CMH et des antigènes mineurs.
**Types de rejet** :
- **Hyperacute** : minutes à heures, dû à des anticorps préexistants contre le greffon (ex. : anti-ABO, anti-HLA). Prévenu par le croisement cytotoxique.
- **Aigu** : jours à semaines, médiée par les lymphocytes T (directe et indirecte voie de reconnaissance) et les anticorps.
- **Chronique** : mois à années, dû à une inflammation persistante, fibrose et vasculopathie (ex. : artériopathie du greffon cardiaque).
**Mécanismes d’induction de la tolérance aux greffes** (recherche clinique et expérimentale) :
- **Chimiothérapie non myéloblante + infusion de cellules souches hématopoïétiques du donneur** : vise à établir une chimère hématopoïétique mixte → tolérance centrale et périphérique.
- **Injection de cellules Treg ex vivo développées** : amplification et transfert adoptif de Treg spécifiques du donneur.
- **Blocage des voies de co-stimulation** : anticorps anti-CD154 (anti-CD40L), belatacept (fusion CTLA-4-Ig qui bloque CD80/86 sur les cellules présentatrices d’antigène → empêche la co-stimulation CD28).
- **Induction de la déviation thymique** : administration d’antigènes du donneur pendant une période d’immunosuppression pour favoriser la sélection négative des lymphocytes T réactifs au donneur.
**Immunosuppression standard** :
- Inhibiteurs de la calcineurine : cyclosporine, tacrolimus (bloquent la transcription de l’IL-2).
- Antiprolifératifs : azathioprine, mycophénolate mofétil (inhibent la synthèse des purines).
- Corticoïdes : prednisone (inhibent la transcription de multiples cytokines).
- Inhibiteurs de mTOR : sirolimus, évérolimus.
- Biothérapies : basiliximab (anti-CD25, bloque le récepteur IL-2), alemtuzumab (anti-CD52, lymphodéplétion).
**Exercice 3** :
Quel est le mécanisme d’action du belatacept dans la prévention du rejet de greffe ?
**Correction** : Le belatacept est une fusion de la partie extracellulaire de la molécule CTLA-4 et d’une fraction Fc d’IgG. Il bloque les molécules CD80 et CD86 sur les cellules présentatrices d’antigène, empêchant ainsi la co-stimulation nécessaire via le récepteur CD28 sur les lymphocytes T, ce qui induit l’anergie ou l’apoptose des lymphocytes T alloréactifs.
### C. Tableau récapitulatif : Mécanismes de tolérance et d’intégration
| Contexte | Mécanismes principaux | Cellules/acteurs clés | Résultat immunitaire souhaité |
|---------|------------------------|------------------------|-------------------------------|
| Tolérance centrale | Sélection négative dans le thymus/moelle osseuse | Cellules épithéliales thymiques, cellules dendritiques thymiques | Élimination des lymphocytes fortement autoréactifs |
| Tolérance périphérique | Anergie, suppression par Treg, ignorance, apoptose | Lymphocytes T régulateurs (Treg), cellules dendritiques tolérogènes | Contrôle des lymphocytes échappant à la tolérance centrale |
| Grossesse (fœtus semi-allogénique) | HLA-G, Treg utérins, IDO, environnement Th2 | Trophoblastes, lymphocytes T utérins, cellules NK | Prévention du rejet fœtal |
| Microbiote intestinal | Cellules dendritiques tolérogènes, TGF-β, acide rétinoïque, Treg spécifiques | Cellules dendritiques lamina propria, bactéries commensales (*Clostridia*, *B. fragilis*) | Tolérance aux antigènes alimentaires et microbiens |
| Greffe allogénique | Blocage de la co-stimulation (belatacept), Treg adoptifs, chimère mixte | Cellules présentatrices d’antigène, lymphocytes T régulateurs, cellules souches du donneur | Prévention du rejet du greffon |
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## Synthèse du chapitre
- Les maladies auto-immunes résultent d’une perte de tolérance immunitaire envers des antigènes propres, impliquant des défaillances de la sélection centrale, des déficits en Treg, ou un mimétisme moléculaire. Exemples : lupus (anti-ADN), diabète de type 1 (anti-GAD/IA-2), polyarthrite rhumatoïde (anti-CCP/FR).
- Le VIH est un rétrovirus qui infecte les lymphocytes T CD4+, entraînant une diminution progressive de ces cellules et une immunodéficience. Son cycle de réplication implique l’attache, la fusion, la transcription inverse, l’intégration, la transcription/traduction, l’assemblage et le bourgeonnement. Les conséquences socioculturelles comprennent la stigmatisation, l’impact sur les familles et les inégalités d’accès aux soins.
- L’apprentissage de l’intégration décrit les mécanismes de tolérance envers des antigènes étrangers bénéfiques (fœtus, microbiote, greffe), incluant la tolérance centrale et périphérique, avec des acteurs clés comme les Treg, les cellules dendritiques tolérogènes, et des molécules telles que l’HLA-G, le belatacept, ou l’IDO.
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## Glossaire
- **Auto-immunité** : Réponse immunitaire dirigée contre les propres antigènes de l’organisme.
- **Lymphocyte T régulateur (Treg)** : Sous-ensemble de lymphocytes T CD4+ qui supprime l’activation des lymphocytes T effecteurs pour maintenir la tolérance immunitaire.
- **Transcriptase inverse** : Enzyme virale qui transcrit l’ARN viral en ADN double brin, cible des antirétroviraux de la classe des inhibiteurs nucléosidiques.
- **CMH de classe II** : Molécules présentant des antigènes peptidiques aux lymphocytes T helper, impliquées dans la réponse immunitaire adaptative et la sélection thymique.
- **Anergie** : État d’irréactivité fonctionnelle d’un lymphocyte après reconnaissance d’antigène sans co-stimulation suffisante.
- **HLA-G** : Molécule du complexe majeur d’histocompatibilité de classe G, exprimée par les trophoblastes, inhibant l’activité des cellules NK maternelles.
- **Belatacept** : Molécule de fusion CTLA-4-Ig qui bloque la co-stimulation CD80/86-CD28, utilisée en prévention du rejet de greffe.
- **IDO (Indoléamine 2,3-dioxydase)** : Enzyme qui catalyse la dégradation du tryptophane en kynurénine, créant un environnement immunosuppresseur local (ex. : placenta, tumeurs).
- **Cellule dendritique tolérogène** : Type de cellule dendritique qui induit la différenciation des lymphocytes T en Treg plutôt qu’en cellules effectrices, favorisant la tolérance.
- **Chimère hématopoïétique mixte** : État où coexistent des cellules hématopoïétiques du receveur et du donneur après greffe de moelle osseuse, pouvant induire une tolérance centrale aux antigènes du donneur.
- **Microbiote commensal** : Ensemble de microorganismes bénéfiques vivant en symbiose avec l’hôte, notamment dans le tube digestif, dont la tolérance est essentielle pour éviter l’inflammation chronique.
- **Récepteur inhibiteur KIR** : Récepteur exprimé par les cellules NK qui reconnaît les molécules HLA de classe I et transmet un signal inhibiteur, empêchant l’activation cytotoxique.
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