Chapitre 10
Voirie (partie 1/3)
Lecture : 24 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :**
- Réaliser un maillage régulier ou irrégulier d’un tracé routier à partir de points de passage relevés sur le terrain.
- Interpoler les coordonnées (X, Y) et les altitudes (Z) des points intermédiaires en appliquant les méthodes linéaire ou par splines cubiques.
- Tracer le profil en long (TN) d’une voie en représentant l’altitude en fonction de l’abscisse curviligne, en respectant les pentes maximales autorisées et les règles de sécurité.
- Utiliser les outils de dessin assisté par ordinateur (DAO) ou les méthodes manuelles (échelle, rapporteur, niveau) pour produire un profil exploitable en bureau d’études ou sur chantier.
**Prérequis nécessaires :**
- Maîtrise du système de coordonnées cartésiennes et des notions de distance euclidienne.
- Connaissance des bases du levé topographique (nivellement, théodolite, GPS).
- Savoir lire un plan d’exécution et comprendre les échelles usuelles (1/500, 1/1000, 1/2000).
- Notions de sécurité sur les chantiers routiers (port du casque, signalisation, zones de travail).
> **Un maillage bien conçu réduit les erreurs d’interpolation et garantit la représentativité du terrain.**
## Introduction contextualisée
Au Cameroun, le développement du réseau routier passe par la conception précise des voiries urbaines et rurales. Les projets d’aménagement, qu’ils soient financés par l’État, les collectivités territoriales ou des partenaires internationaux, exigent une modélisation fiable du tracé avant le terrassement. Cette modélisation repose sur trois étapes fondamentales : le maillage des points de passage relevés sur le terrain, l’interpolation de leurs altitudes pour obtenir une surface continue, et enfin la construction du profil en long (TN) qui sert de référence aux travaux de terrassement, de drainage et de revêtement.
Le présent cours s’inscrit dans le cadre du programme officiel MINESEC/IGE, série GEO, et adopte une approche par compétences : chaque leçon combine notions théoriques, vocabulaire professionnel, procédés pas à pas et exemples concrets tirés de chantiers camerounais (ex. : réhabilitation de la route Yaoundé‑Bafia, aménagement de la voirie de Douala‑Bonabéri).
## I. Leçon 10 : Maillage et Interpolation des points de passage
### 10.1 Définitions
- **Point de passage** : point topographique relevé sur le terrain (coordonnées X, Y, Z) qui définit le tracé théorique de la voirie.
- **Maillage** : réseau de triangles ou de quadrilatères formé en reliant les points de passage afin de discrétiser la surface du terrain.
- **Interpolation** : procédé mathématique permettant d’estimer la valeur d’une variable (ici Z) en un point situé entre deux ou plusieurs points connus.
> **En pratique camerounaise, le maillage préféré est celui de Delaunay car il évite les triangles trop allongés et améliore la stabilité de l’interpolation.**
### 10.2 Principes de maillage
1. **Acquisition des points** : relevé GPS ou théodolite avec une précision de ±2 cm en planimétrie et ±1 cm en altimétrie.
2. **Nettoyage des données** : suppression des points aberrants (écarts > 3σ) et vérification de la cohérence topologique.
3. **Construction du maillage** :
- Méthode manuelle : tracé à l’échelle sur papier calque, connexion des points les plus proches tout en respectant l’angle minimal de 30°.
- Méthode DAO : utilisation d’un logiciel de SIG (QGIS, ArcGIS) ou de CAO (AutoCAD Civil 3D) avec l’option « Triangulation ».
4. **Contrôle de qualité** : vérification que chaque triangle respecte une aire minimale (ex. : > 25 m² pour une échelle 1/500) et que aucun côté ne dépasse deux fois la longueur moyenne des côtés.
### 10.3 Méthodes d’interpolation
| Méthode | Principe | Avantages | Inconvénients | Usage typique |
|---------|----------|-----------|---------------|---------------|
| Linéaire | Interpolation entre deux points connus par une droite | Simple, rapide | Peu précise en présence de variations brusques | Profil en travers, premières estimations |
| Splines cubiques | Ajustement d’une courbe du troisième degré passant par tous les points, avec continuité de la première et deuxième dérivée | Lissage élevé, bonne représentation des courbes de niveau | Nécessite résolution d’un système linéaire | Modélisation numérique du terrain (MNT) |
| Kriging (optionnelle) | Interpolation statistique basée sur la variabilité spatiale | Prend en compte l’autocorrélation | Complexe, nécessite des paramètres de variogramme | Études géotechniques avancées |
> **La formule de l’interpolation linéaire entre deux points A(x₁, y₁, z₁) et B(x₂, y₂, z₂) pour un point P situé à la fraction t du segment AB est :**
> z_P = z₁ + t·(z₂ - z₁) avec t = (x_P - x₁)/(x₂ - x₁) (si l’interpolation se fait selon X).
### 10.4 Exemple chiffré (interpolation linéaire)
Supposons deux points de passage relevés sur le tracé d’une voirie rurale :
- A : X = 120,00 m, Y = 45,00 m, Z = 382,50 m
- B : X = 150,00 m, Y = 55,00 m, Z = 389,00 m
On souhaite connaître l’altitude en un point P situé à X = 135,00 m (milieu du segment).
1. Calcul du facteur t :
t = (135,00 − 120,00) / (150,00 − 120,00) = 15,00 / 30,00 = 0,5
2. Interpolation de Z :
Z_P = 382,50 + 0,5·(389,00 − 382,50) = 382,50 + 0,5·6,50 = 382,50 + 3,25 = **385,75 m**
> **Le résultat (385,75 m) sera inscrit dans le tableau d’interpolation avant le tracé du profil en long.**
### 10.5 Procédé pas à pas (atelier)
1. Imprimer le plan de relevé à l’échelle 1/500.
2. Reporter les points de passage sur le calque à l’aide d’un rapporteur et d’une règle graduée.
3. Relier les points selon la règle de Delaunay (éviter les angles < 30°).
4. Vérifier chaque triangle : aire > 25 m², aucun côté > 2× moyenne des côtés.
5. Noter les coordonnées (X, Y) de chaque sommet dans un tableau.
6. Pour chaque triangle, appliquer l’interpolation linéaire (ou splines) sur les arêtes pour obtenir les valeurs Z des points intermédiaires souhaités (ex. : tous les 5 m le long de chaque arête).
7. Reporter les points interpolés sur le calque, puis les numérotés pour le levé suivant.
### 10.6 Normes de sécurité et d’hygiène
- Porter un casque de protection et des chaussures de sécurité lors du relevé sur voie ouverte.
- Installer une signalisation temporaire (panneaux « Travaux », cônes) autour de la zone de relevé.
- Vérifier l’état du matériel (batteries GPS, niveau à bulle) avant chaque sortie.
- En cas de travail près d’une voie ferrée, obtenir l’autorisation du gestionnaire de l’infrastructure et respecter la distance de sécurité minimale de 3 m.
> **Toute anomalie détectée lors du maillage (triangle trop étroit) doit être signalée au chef de chantier avant la poursuite des travaux.**
## II. Leçon 11 : Interpolation et tracé des altitudes des points
### 11.1 Altitude et courbes de niveau
- **Altitude (Z)** : hauteur d’un point par rapport au niveau moyen de la mer (NGF : Nivellement Général de la France, adopté au Cameroun).
- **Courbe de niveau** : ligne imaginaire reliant tous les points d’égale altitude sur le terrain.
- **Équidistance** : différence d’altitude entre deux courbes de niveau consécutives (ex. : 2 m, 5 m selon l’échelle et la pente).
> **Dans les zones de forte pente (> 15 %), l’équidistance est réduite à 1 m pour mieux capturer les variations du terrain.**
### 11.2 Interpolation des altitudes
Après le maillage, chaque triangle possède trois sommets connus (Z₁, Z₂, Z₃). L’altitude en un point intérieur P (Xₚ, Yₚ) s’obtient par interpolation barycentrique :
Zₚ = α·Z₁ + β·Z₂ + γ·Z₃, avec α+β+γ=1 et α,β,γ proportionnels aux aires des sous‑triangles opposés à chaque sommet.
En pratique, les logiciels de DAO effectuent ce calcul automatiquement ; en atelier, on peut utiliser la méthode des **coordonnées naturelles** :
1. Calculer les aires A₁, A₂, A₃ des triangles formés par P et chaque paire de sommets.
2. α = A₁ / (A₁+A₂+A₃), β = A₂ / (A₁+A₂+A₃), γ = A₃ / (A₁+A₂+A₃).
> **La somme des coefficients barycentriques vaut toujours 1 ; cela garantit que l’altitude interpolée reste dans l’enveloppe du triangle.**
### 11.3 Tracé des profils en travers
Un profil en travers (ou profil en coupe) représente l’altitude en fonction de la distance perpendiculaire à l’axe de la voirie. Les étapes sont :
1. Définir l’axe de la voirie (ligne centrale) et choisir un intervalle de coupe (ex. : tous les 10 m).
2. Pour chaque coupe, relever les points d’intersection avec le maillage (ou le MNT).
3. Interpoler les altitudes de ces points d’intersection (méthode barycentrique ou linéaire sur les arêtes).
4. Reporter la distance depuis l’axe (abscisse) en ordonnée et l’altitude en ordonnée sur un papier millimétré ou dans le logiciel de DAO.
5. Tracer la courbe obtenue ; vérifier qu’elle respecte les limites de déblai/remblai (pente maximale de 2 % en remblai, 5 % en déblai pour les voiries rurales).
### 11.4 Exemple complet (interpolation barycentrique)
Considérons un triangle T avec sommets :
- S₁ : (X,Y,Z) = (0,0 ; 0,0 ; 0,0)
- S₂ : (10,0 ; 0,0 ; 10,0)
- S₃ : (0,0 ; 10,0 ; 10,0)
On veut l’altitude au point P = (3,0 ; 3,0 ; ?).
1. Aires (en m²) :
A₁ = |(S₂‑P) ∧ (S₃‑P)| / 2 = 20,0
A₂ = |(S₃‑P) ∧ (S₁‑P)| / 2 = 15,0
A₃ = |(S₁‑P) ∧ (S₂‑P)| / 2 = 15,0
Somme = 50,0
2. Coefficients :
α = A₁ / Somme = 20,0 / 50,0 = 0,40
β = A₂ / Somme = 15,0 / 50,0 = 0,30
γ = A₃ / Somme = 15,0 / 50,0 = 0,30
3. Altitude interpolée :
Zₚ = α·Z₁ + β·Z₂ + γ·Z₃ = 0,40·0,0 + 0,30·10,0 + 0,30·10,0 = 0,0 + 3,0 + 3,0 = 6,0 m
> **Le résultat (6,0 m) sera reporté sur le profil en travers à la distance correspondant à la projection de P sur l’axe de la voirie.**
### 11.5 Procédé pas à pas (atelier)
1. Reporter le maillage sur un calque à l’échelle 1/200.
2. Tracer l’axe de la voirie (ligne centrale) en rouge.
3. À chaque 10 m le long de l’axe, tracer une ligne perpendiculaire (coupe).
4. Identifier les intersections de chaque coupe avec les arêtes du maillage.
5. Pour chaque intersection, déterminer le triangle contenant le point et appliquer l’interpolation barycentrique (tableau de calcul).
6. Reporter la distance (abscisse) et l’altitude (ordonnée) sur le papier à quadriller.
7. Relier les points obtenus pour former le profil en travers.
8. Vérifier visuellement que le profil ne présente pas de sauts brusques (> 0,5 m entre deux points consécutifs).
### 11.6 Normes de sécurité
- Lors du relevé en coupe, utiliser une perche de nivellement avec un réflecteur afin de rester à distance du trafic.
- Porter un gilet haute visibilité et un casque antibruit si les travaux sont proches d’une voie routière en service.
- En zone urbaine, respecter le périmètre de sécurité défini par le plan de circulation temporaire (PCT).
- Vérifier que le niveau utilisé est bien calibré (erreur < 1 mm) avant chaque série de mesures.
> **Toute différence d’altitude supérieure à 0,3 m entre deux points consécutifs d’un même profil en travers doit être vérifiée sur le terrain avant validation.**
## III. Leçon 12 : Construction du profil en long TN
### 12.1 Définition du profil en long (TN)
Le **profil en long** (ou profil en longitudinal) représente l’altitude du terrain naturel (TN) le long de l’axe de la voirie, en fonction de l’abscisse curviligne (distance mesurée le long de l’axe). Il sert de référence pour :
- Calculer les terrassements (déblai/remblai).
- Déterminer les longueurs de pente et les points de changement de pente (points d’inflexion).
- Vérifier le respect des pentes maximales autorisées (ex. : 6 % pour une voie rurale, 4 % pour une voie urbaine).
> **Le profil en long doit être tracé à l’échelle horizontale 1/500 et à l’échelle verticale 1/50 (exagération verticale de 10) afin de rendre lisible les variations d’altitude.**
### 12.2 Étapes de construction
1. **Établir l’abscisse curviligne** : partir du point PK 0 (point kilométrique zéro) et cumuler les longueurs des segments droits et des courbes (mesurées sur le plan ou sur le terrain).
2. **Reporter les altitudes** : pour chaque point de passage (ou chaque point d’interpolation tous les 5 m), prendre l’altitude Z obtenue après interpolation (Leçon 11).
3. **Choisir l’échelle verticale** : généralement 1 cm représente 0,5 m (échelle 1/50) pour un profil en long à l’échelle 1/500.
4. **Tracer l’axe des abscisses** : ligne horizontale représentant la distance le long de l’axe.
5. **Reporter les ordonnées** : pour chaque abscisse, monter une verticale dont la longueur représente l’altitude (échelle verticale).
6. **Relier les points** : tracer une ligne brisée (ou une courbe lissée si l’on utilise des splines) qui constitue le profil en long TN.
7. **Annoter** : indiquer les points clés (début/fin de courbe, changement de pente, ouvrages d’art, seuils de déblai/remblai).
8. **Vérifier les pentes** : calculer la pente entre deux points consécutifs :
p (%) = (ΔZ / ΔL) × 100, où ΔL est la distance horizontale (en m) et ΔZ la différence d’altitude (en m).
- Si p > pente maximale autorisée → prévoir un remblai ou un déblai supplémentaire.
- Si p < pente minimale (souvent 0,3 % pour assurer l’écoulement des eaux) → prévoir un léger remblai.
> **La pente maximale admise pour une voie rurale camerounaise est de 6 % (arrêté ministériel n° 2018/045/MINTP du 12 mars 2018).**
### 12.3 Utilisation d’un logiciel de DAO (exemple AutoCAD Civil 3D)
1. Importer le fichier CSV contenant les points (X, Y, Z) issus de l’interpolation.
2. Créer une surface TIN (Triangulated Irregular Network) à partir de ces points.
3. Générer le profil en long en sélectionnant l’axe de la voirie (alignment) et en demandant « Create Profile ».
4. Régler l’exagération verticale à 10.
5. Ajouter les bandes de déblai/remblai (cut/fill) en spécifiant les pentes limites.
6. Exporter le profil sous forme de DXF ou de PDF pour le dossier d’exécution.
### 12.4 Exemple complet (calcul manuel)
Supposons un tronçon de 200 m avec les points suivants (abscisse curviligne en m, altitude en m) obtenus après interpolation :
| PK (m) | Z (m) |
|--------|-------|
| 0,0 | 382,0 |
| 20,0 | 383,5 |
| 40,0 | 385,0 |
| 60,0 | 386,2 |
| 80,0 | 387,0 |
| 100,0 | 386,5 |
| 120,0 | 385,2 |
| 140,0 | 384,0 |
| 160,0 | 383,0 |
| 180,0 | 382,2 |
| 200,0 | 381,5 |
**Vérification des pentes (limite 6 %)**
Pour chaque segment, on vérifie que l’altitude du point final reste dans l’intervalle autorisé :
\[
Z_{i+1}^{\text{autorisé}} \in \bigl[Z_i - 0,06\Delta L,\; Z_i + 0,06\Delta L\bigr]
\]
où \(\Delta L\) est la longueur du segment (20 m).
Les corrections obtenues sont :
| Segment (PK) | ΔZ original (m) | ΔZ autorisé (m) | Correction (m) | Type |
|--------------|-----------------|-----------------|----------------|------|
| 0‑20 | +1,5 | ±1,2 | –0,3 | déblai (cut) |
| 20‑40 | +1,5 | ±1,2 | –0,6 | déblai |
| 40‑60 | +1,5 | ±1,2 | –0,6 | déblai |
| 60‑80 | +1,5 | ±1,2 | –0,2 | déblai |
| 80‑100 | –0,5 | ±1,2 | 0,0 | — |
| 100‑120 | –1,3 | ±1,2 | +0,1 | remblai (fill) |
| 120‑140 | –1,2 | ±1,2 | +0,1 | remblai |
| 140‑160 | –1,0 | ±1,2 | 0,0 | — |
| 160‑180 | –0,8 | ±1,2 | 0,0 | — |
| 180‑200 | –0,7 | ±1,2 | 0,0 | — |
**Altitudes corrigées** (après application des corrections) :
| PK (m) | Z_corr (m) |
|--------|------------|
| 0,0 | 382,0 |
| 20,0 | 383,2 |
| 40,0 | 384,4 |
| 60,0 | 385,6 |
| 80,0 | 386,8 |
| 100,0 | 386,5 |
| 120,0 | 385,3 |
| 140,0 | 384,1 |
| 160,0 | 383,0 |
| 180,0 | 382,2 |
| 200,0 | 381,5 |
**Volumes de terrassement** (méthode des trapèzes) :
- Déblai total : 34,0 m³
- Remblai total : 4,0 m³
- Net déblai : 30,0 m³
> **Après correction, la pente maximale du tronçon ne dépasse plus 6 % et le volume net de déblai est de 30,0 m³.**
### 12.5 Procédé pas à pas (chantier)
1. Imprimer le plan d’exécution à l’échelle 1/500.
2. Reporter l’axe de la voirie sur le calque et numéroter les points PK tous les 10 m.
3. Pour chaque PK, relever l’altitude Z sur le terrain (nivellement GPS ou niveau optique) ou prendre la valeur issue de l’interpolation.
4. Construire un tableau à deux colonnes (PK, Z).
5. Calculer les pentes successives et déterminer les corrections nécessaires (remblai/déblai).
6. Reporter les altitudes corrigées sur le profil en long à l’échelle verticale choisie.
7. Vérifier que les bandes de remblai/déblai ne dépassent pas les limites de servitude (généralement 3 m de chaque côté de l’axe).
8. Faire valider le profil par le chef de projet avant le démarrage des terrassements.
### 12.6 Normes de sécurité et d’hygiène
- Lors du relevé d’altitude sur voie ouverte, placer un drapeau rouge à 5 m en amont et en aval du point de mesure.
- Utiliser un trépied stable pour le niveau ou le GPS afin d’éviter les basculements.
- En cas de travail de nuit, prévoir un éclairage de chantier conforme à la norme NF EN 12464‑2.
- Respecter les distances de sécurité par rapport aux réseaux souterrains (gaz, électricité, télécom) : consulter les plans de réseaux avant tout creusement.
- Éliminer les déblais excédentaires dans les zones de dépôt agréées (arrêté municipal n° 2021/07/MINTP).
> **Toute différence entre l’altitude relevée sur le terrain et celle du profil en long supérieure à 0,2 m doit entraîner une nouvelle vérification du nivellement.**
## Synthèse du chapitre
- **Maillage** : création d’un réseau de triangles (préférentiellement Delaunay) à partir des points de passage relevés sur le terrain.
- **Interpolation** : estimation des altitudes intermédiaires par méthode linéaire (simple) ou splines cubiques (précise) ; en DAO, interpolation barycentrique dans chaque triangle.
- **Profil en long TN** : représentation de l’altitude naturelle le long de l’axe de la voirie, à l’échelle horizontale 1/500 et verticale 1/50 (exagération 10).
- **Calcul des pentes** : p (%) = (ΔZ/ΔL)×100 ; respecter les limites légales (6 % rurale, 4 % urbaine).
- **Corrections** : remblai ou déblai pour ramener les pentes dans les limites ; volume calculé par la méthode des trapèzes.
- **Sécurité** : port des EPI, signalisation, vérification du matériel, respect des distances aux réseaux souterrains, validation du profil avant terrassement.
> **Un profil en long correctement construit garantit la stabilité de la voirie, limite les coûts de terrassement et assure le drainage des eaux de pluie.**
## Glossaire
- **Abscisse curviligne** : distance mesurée le long de l’axe de la voirie, utilisée comme variable X du profil en long.
- **Altitude (Z)** : hauteur d’un point par rapport au niveau moyen de la mer (NGF).
- **Barycentrique** : méthode d’interpolation qui utilise les aires des sous‑triangles pour déterminer les poids des sommets.
- **Cut (déblai)** : volume de terre à enlever pour atteindre la plateforme projetée.
- **Fill (remblai)** : volume de terre à ajouter pour atteindre la plateforme projetée.
- **Delaunay** : critère de triangulation qui maximise l’angle minimal des triangles, évitant les formes allongées.
- **Équidistance** : différence d’altitude entre deux courbes de niveau consécutives sur une carte topographique.
- **Exagération verticale** : facteur multiplicatif appliqué à l’échelle verticale d’un profil pour rendre visibles les faibles variations d’altitude.
- **IGC** : Institut Géographique du Cameroun, responsable du référentiel géodésique national.
- **NGF** : Nivellement Général de la France, système de référence altimétrique utilisé au Cameroun.
- **PK** : Point Kilométrique, repère linéaire le long d’une voie (ex. : PK 0+000).
- **Profil en long (TN)** : représentation de l’altitude du terrain naturel le long de l’axe d’une voie.
- **Pente** : rapport vertical/horizontal exprimé en pourcentage, critère de conception des voiries.
- **TIN** : Triangulated Irregular Network, modèle de surface constitué de triangles non réguliers.
- **Splines cubiques** : fonctions du troisième degré assurant une continuité de la première et deuxième dérivée, utilisées pour l’interpolation douce.
## Exercices d'application corrigés
### Exercice 1 – Maillage et interpolation linéaire
**Situation** : Un relevé topographique sur une voie rurale donne les points suivants (X, Y en m, Z en m) :
- A (0,0 ; 0,0 ; 375,0)
- B (30,0 ; 0,0 ; 380,0)
- C (30,0 ; 20,0 ; 382,5)
- D (0,0 ; 20,0 ; 378,0)
On souhaite connaître l’altitude au point P situé aux coordonnées (15,0 ; 10,0).
**Consigne** :
1. Construire le maillage en deux triangles (ABD et BCD).
2. Déterminer dans quel triangle se trouve P.
3. Appliquer l’interpolation linéaire sur les arêtes du triangle contenant P pour obtenir Zₚ.
**Corrigé**
1. Maillage : on relie A‑B‑D (triangle ABD) et B‑C‑D (triangle BCD).
2. Vérification de la position de P :
- Dans le triangle ABD, les coordonnées barycentriques sont positives si P se trouve à gauche de la ligne BD et au‑dessus de AD. En calcul rapide, on voit que P (15,0 ; 10,0) est bien à l’intérieur du triangle ABD (il est à mi‑chemin entre A et B en X et à mi‑chemin entre A et D en Y).
- On n’a donc pas besoin de vérifier le triangle BCD.
3. Interpolation linéaire : on peut procéder en deux étapes (interpolation selon X puis selon Y).
- Étape X : sur le segment AB (Y = 0 constant), on trouve Z à X = 15,0 m :
tₓ = (15,0‑0,0)/(30,0‑0,0) = 0,5 → Z₁ = 375,0 + 0,5·(380,0‑375,0) = 375,0 + 2,5 = **377,5**.
- Étape Y : sur le segment AD (X = 0 constant), on trouve Z à Y = 10,0 m :
tᵧ = (10,0‑0,0)/(20,0‑0,0) = 0,5 → Z₂ = 375,0 + 0,5·(378,0‑375,0) = 375,0 + 1,5 = **376,5**.
- Enfin, on combine les deux interpolations (méthode de bilinéaire) :
Zₚ = Z₁ + (Y‑0,0)/(20,0‑0,0)·(Z₂‑Z₁) = 377,5 + 0,5·(376,5‑377,5) = 377,5 − 0,5 = **377,0**.
**Réponse** : L’altitude au point P est **377,0 m**.
### Exercice 2 – Construction du profil en long et vérification des pentes
**Situation** : Un tronçon de voirie urbaine de 250 m présente les altitudes suivantes (après interpolation) tous les 25 m :
| PK (m) | Z (m) |
|--------|-------|
| 0 | 380,0 |
| 25 | 381,2 |
| 50 | 382,5 |
| 75 | 383,0 |
| 100 | 382,8 |
| 125 | 381,5 |
| 150 | 380,2 |
| 175 | 379,0 |
| 200 | 378,5 |
| 225 | 378,0 |
| 250 | 377,8 |
**Consigne** :
1. Tracer le profil en long à l’échelle horizontale 1/500 et verticale 1/50 (exagération 10).
2. Calculer la pente entre chaque paire de points consécutifs.
3. Identifier les sections où la pente dépasse la limite urbaine de 4 % et proposer une correction (remblai ou déblai) pour ramener la pente à exactement 4 % sur ces sections.
**Corrigé**
1. **Tracé** : On reporte les PK sur l’axe des abscisses (1 cm = 5 m car 1/500 → 1 cm représente 5 m). On reporte les altitudes sur l’axe des ordonnées avec une exagération de 10 : 1 cm représente 0,5 m réel (puisque 1/50 → 1 cm = 0,5 m réel, mais on multiplie par 10 pour l’exagération, donc 1 cm = 0,05 m réel ; cependant, pour simplifier, on considère que 1 cm sur le papier vaut 0,5 m réel, puis on applique le facteur 10 lors de la lecture). En pratique, on trace les points (PK, Z) tels quels puis on étire verticalement par un facteur 10 lors du contrôle.
2. **Pentes** :
- 0‑25 m : ΔZ = 1,2 m → p = (1,2/25)×100 = **4,8 %**
- 25‑50 m : ΔZ = 1,3 m → p = (1,3/25)×100 = **5,2 %**
- 50‑75 m : ΔZ = 0,5 m → p = (0,5/25)×100 = **2,0 %**
- 75‑100 m : ΔZ = –0,2 m → p = (‑0,2/25)×100 = **‑0,8 %** (déclive)
- 100‑125 m : ΔZ = –1,3 m → p = (‑1,3/25)×100 = **‑5,2 %**
- 125‑150 m : ΔZ = –1,3 m → p = **‑5,2 %**
- 150‑175 m : ΔZ = –1,2 m → p = **‑4,8 %**
- 175‑200 m : ΔZ = –0,5 m → p = **‑2,0 %**
- 200‑225 m : ΔZ = –0,5 m → p = **‑2,0 %**
- 225‑250 m : ΔZ = –0,2 m → p = **‑0,8 %**
3. **Sections dépassant 4 %** :
- 0‑25 m (4,8 %) → excédent de 0,8 %
- 25‑50 m (5,2 %) → excédent de 1,2 %
Pour ramener la pente à exactement 4 %, on doit réduire la différence d’altitude ΔZ de façon à ce que p = 4 % → ΔZ_cible = 0,04 × ΔL.
- Segment 0‑25 m : ΔL = 25 m → ΔZ_cible = 0,04 × 25 = 1,0 m. Actuellement ΔZ = 1,2 m → il faut **réduire** l’altitude d’arrivée de 0,2 m (déblai de 0,2 m sur le tronçon).
- Segment 25‑50 m : ΔZ_cible = 1,0 m également. Actuellement ΔZ = 1,3 m → il faut **réduire** l’altitude d’arrivée de 0,3 m (déblai de 0,3 m).
**Correction proposée** : appliquer un déblai linéaire de 0,2 m sur le premier quart (0‑25 m) puis de 0,3 m sur le deuxième quart (25‑50 m). Après correction, les nouvelles altitudes deviennent :
- PK 0 : 380,0 m (inchangé)
- PK 25 : 381,2 − 0,2 = **381,0 m**
- PK 50 : 382,5 − 0,3 = **382,2 m**
- Les points suivants restent inchangés (les pentes sont déjà dans les limites).
On vérifie alors :
- 0‑25 m : ΔZ = 381,0 − 380,0 = 1,0 m → p = 4,0 % ✔
- 25‑50 m : ΔZ = 382,2 − 381,0 = 1,2 m → p = 4,8 % → encore légèrement au‑dessus ; il faut ajuster davantage. En réalité, il faut répartir le déblai de façon à obtenir exactement 1,0 m de différence sur chaque segment. Une solution simple est de fixer une pente constante de 4 % sur les 50 m initiaux :
Z à PK 50 = 380,0 + 0,04 × 50 = 380,0 + 2,0 = **382,0 m**.
Ainsi, on applique un déblai de 0,2 m à PK 25 (381,0 → 380,8 m) et de 0,5 m à PK 50 (382,2 → 381,7 m) pour obtenir une pente régulière de 4 %.
Après cette régularisation, le profil présente une pente constante de 4 % de PK 0 à PK 50, puis suit les valeurs mesurées au‑delà.
**Réponse** : Le profil en long est tracé comme décrit ; les sections 0‑25 m et 25‑50 m nécessitent un déblai ajusté pour obtenir une pente de 4 % (exemple : déblai de 0,2 m à PK 25 et 0,5 m à PK 50).
## Erreurs fréquentes et règles de sécurité
| N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique |
|----|------------------|-------------|--------------------------------------|
| 1 | Oublier de vérifier la fermeture du maillage (triangle non fermé ou arête manquante) | Surface mal représentée, erreurs d’altitude importantes | Après le maillage, parcourir chaque sommet et s’assurer qu’il appartient à exactement trois triangles (sauf aux bords). |
| 2 | Utiliser une interpolation linéaire sur une zone fortement courbée (ex. : sommet de colline) | Sous‑estimation ou surestimation de l’altitude, leading to mauvais terrassement | Préférer les splines cubiques ou la méthode barycentrique dans les triangles lorsqu’on détecte une variation d’altitude > 0,5 m sur une arête courte (< 5 m). |
| 3 | Négliger l’exagération verticale lors du tracé du profil en long | Le profil apparaît plat, les pentes ne sont pas visibles, mauvaise prise de décision | Toujours appliquer un facteur d’exagération verticale de 5 à 10 selon l’échelle horizontale ; le noter clairement sur le légende du dessin. |
| 4 | Mesurer l’altitude avec un niveau non calibré | Erreur systématique de plusieurs décimètres, pouvant conduire à un déblai excessif | Vérifier la bulle du niveau avant chaque série de mesures ; effectuer un contrôle de fermeture sur une base connue (point de référence IGN). |
| 5 | Placer le point de mesure trop près du bord de la voie (dans la zone de servitude) | Risque de endommager des réseaux souterrains ou de gêner le trafic | Respecter une distance minimale de 1,5 m du bord de la voie pour les relevés en planimétrie et 2,0 m pour le nivellement en altimétrie. |
| 6 | Oublier de reporter les corrections de remblai/déblai sur le profil en long avant le calcul des volumes | Volumes de terrassement erronés, dépassement de budget | Après chaque calcul de pente, mettre à jour immédiatement le tableau d’altitudes corrigées et reporter ces valeurs sur le profil avant de passer au segment suivant. |
> **Le respect de ces règles permet de limiter les aléas de chantier, d’assurer la conformité aux normes du MINTP et de garantir la durabilité de la voirie construite.**
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*Fin du cours.*
Quiz du chapitre
10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.