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Chapitre 17

Soudure à l’étain

Lecture : 11 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de : - Réaliser un soudage à l’étain de conducteurs électriques en respectant les normes de sécurité et de qualité. - Soudurer les balais des machines électriques (alternateurs, démarreurs, moteurs) afin d’assurer une bonne conductibilité et une durée de vie optimale. - Identifier les défauts de soudure les plus fréquents et appliquer les corrections appropriées. - Utiliser les outils de mesure (multimètre, lampe de contrôle) pour vérifier la continuité et la résistance des jonctions soudées. **Prérequis** : - Connaissances de base en électricité (tension, courant, résistance, loi d’Ohm). - Savoir lire un schéma électrique simple et reconnaître les symboles des conducteurs, des balais et des collecteurs. - Maîtriser les règles d’hygiène et de sécurité en atelier (port des EPI, manipulation du fer à souder, ventilation). - Être capable de manipuler une pince à dénuder, un coupe‑fil et une pince à sertir. --- ## Introduction contextualisée Dans les véhicules automobiles modernes, les systèmes électriques et électroniques assurent le démarrage, l’éclairage, la gestion du moteur et de nombreux conforts. La fiabilité de ces systèmes dépend largement de la qualité des connexions électriques. Le soudage à l’étain, technique ancienne mais toujours incontournable, permet d’obtenir des jonctions mécaniquement résistantes et électriquement de faible résistance. Au Cameroun, les ateliers de maintenance automobile sont souvent confrontés à des contraintes de ressources (pièces détachées parfois rares, climat chaud et humide) qui rendent la maîtrise du soudage à l’étain indispensable pour garantir des réparations durables et éviter les pannes récurrentes. Ce chapitre présente, de façon progressive, les procédés de soudage des conducteurs électriques puis celui spécifique des balais, en intégrant les normes de sécurité, les bonnes pratiques de métier et des exemples concrets d’atelier. --- ## I. Soudage des conducteurs électriques ### 1.1 Principes du soudage à l’étain Le soudage à l’étain consiste à faire fondre un alliage d’étain‑plomb (Sn‑Pb) ou d’étain‑cuivre (Sn‑Cu) sur les parties à unir, créant ainsi une métallisation qui assure la continuité électrique et une certaine résistance mécanique. L’alliage fond à une température comprise entre 180 °C et 230 °C selon sa composition, bien inférieure à celle du cuivre (1085 °C), ce qui permet de chauffer le conducteur sans l’endommager. > **>** La température de fusion de l’alliage Sn‑60Pb‑40 est d’environ 183 °C. > **>** Un bon joint présente une brillance métallique et une forme légèrement convexe (en fillet). ### 1.2 Matériel et consommables | Élément | Spécification typique | Usage | |---------|----------------------|-------| | Fer à souder | Puissance 30‑60 W, température réglable 200‑400 °C | Chauffe l’alliage | | Panne | Cuivre, forme conique ou biseautée | Transfert de chaleur | | Alliage soudure | Sn‑60Pb‑40 (ou Sn‑99,3Cu‑0,7 pour sans plomb) | Matériel d’apport | | Flux (colophane) | Pâte ou liquide, sans halogène | Élimine l’oxydation | | Support | Pinces isolantes, troisième main | Maintien des pièces | | Équipement de protection | Lunettes, gants anti‑chaleur, masque à filtration | Sécurité de l’opérateur | ### 1.3 Procédure pas à pas 1. **Préparation** : Dénuder le conducteur sur 5‑10 mm, nettoyer la zone avec une brosse métallique ou du papier abrasif fin, appliquer une petite quantité de flux. 2. **Chauffage** : Poser la panne du fer sur le conducteur à chauffer (pas sur la soudure directement) pendant 2‑3 s afin d’élever la température du métal. 3. **Apport d’alliage** : Introduire le fil de soudure au point de contact ; il doit fondre et former un petit dôme qui enveloppe le conducteur. 4. **Retrait du fer** : Dès que la soudure présente un aspect lisse et brillant, retirer le fer tout en maintenant le conducteur immobile quelques secondes pour éviter le déplacement. 5. **Refroidissement** : Laisser refroidir à l’air libre (pas de souffle d’air comprimé qui pourrait créer des micro‑fissures). 6. **Contrôle** : Vérifier visuellement l’absence de bavures, de trous ou de fissures ; mesurer la résistance avec un ohmmètre (valeur attendue < 10 mΩ pour un conducteur de 1,5 mm²). > **>** Le temps de chauffe idéal ne doit pas dépasser 5 s pour éviter la détérioration de l’isolant. > **>** Une soudure trop froide (aspect mat, granuleuse) indique un apport insuffisant de chaleur. ### 1.4 Contrôle qualité et normes Au Cameroun, les références utilisées sont la NF C 15‑100 (installations électriques basse tension) et la norme ISO 9001 pour les procédés de soudure. Les critères d’acceptation sont : - Absence de porosité visible à l’œil nu. - Résistance de contact ≤ 5 mΩ·mm² (mesurée par méthode à quatre points). - Adhérence mécanique : le joint doit résister à une contrainte de traction de 5 N/mm² sans se rompre. ### 1.5 Exemple d’atelier Dans un garage de Douala, un technicien doit réparer le faisceau d’allumage d’une Toyota Corolla 2008. Le fil d’alimentation de la bobine (section 1,5 mm², cuivre) présente une coupure suite à une vibration. Après dénudage et application de flux, il chauffe le conducteur à 210 °C, apporte 0,12 g de Sn‑60Pb‑40, obtient une soudure brillante de 3 mm de diamètre, mesure une résistance de 4,2 mΩ et valide la réparation après un essai de démarrage réussi. --- ## II. Soudure à l’étain sur les balais ### 2.1 Fonction des balais dans les machines électriques Les balais sont des pièces conductrices (souvent en graphite ou en alliage cuivre‑graphite) qui assurent le transfert du courant entre la partie fixe (collecteur ou bagues) et la partie rotative (induit) des machines telles que l’alternateur, le démarreur ou le moteur de lève‑vitresse. Un bon contact balai‑collecteur minimise les pertes par frottement et évite l’étincelage qui pourrait endommager les surfaces. > **>** La densité de courant admissible dans un balai graphite est de l’ordre de 10‑15 A/mm². ### 2.2 Préparation du balai et du collecteur 1. **Nettoyage** : Éliminer les dépôts de carbone et d’oxydation à l’aide d’une brosse en laiton ou d’un papier abrasif très fin (grain 600). 2. **Contrôle d’usure** : Vérifier la longueur du balai (usure maximale 2 mm selon le constructeur) et l’état du collecteur (absence de rainures profondes > 0,1 mm). 3. **Alignement** : S’assurer que le balai glisse librement dans son logement sans jeu latéral excessif (< 0,05 mm). ### 2.3 Technique de soudure à l’étain sur balais Contrairement aux conducteurs massifs, les balais sont souvent soudés à leurs pattes de connexion (languettes en cuivre) plutôt que directement sur la surface de frottement. Le procédé suit les mêmes étapes que pour un conducteur, mais avec quelques précautions : - **Flux spécifique** : Utiliser un flux à base de colophane sans halogène pour éviter la corrosion du graphite. - **Température réduite** : Limiter la chauffe à 180‑200 °C afin de ne pas détériorer le revêtement graphite. - **Apport d’alliage** : Déposer une petite quantité (≈ 0,2 g) de Sn‑99,3Cu‑0,7 (sans plomb) pour obtenir une jointure plus ductile. - **Refroidissement contrôlé** : Laisser refroidir lentement (pas de souffle d’air) pour éviter les contraintes thermiques qui pourraient fissurer le graphite. > **>** Une soudure sur balai doit présenter un angle de mouillage supérieur à 30° pour garantir une bonne adhérence. ### 2.4 Contrôle et entretien Après soudure, mesurer la résistance de connexion entre la patte et le balai avec un ohmmètre (valeur cible < 5 mΩ). Effectuer un essai de fonctionnement à vide : observer l’absence d’étincelles et mesurer la chute de tension aux balais (doit rester < 0,2 V sous charge nominale). En entretien périodique (toutes les 5000 km ou chaque révision), contrôler l’usure du balai et refaire la soudure si la patte présente des signes de fissure ou de desserrage. ### 2.5 Exemple de situation professionnelle Dans un centre de maintenance de Yaoundé, un alternateur de camion Mercedes‑Benz Actros présente une baisse de tension de sortie. Le diagnostic révèle un balai usé dont la patte de connexion est partiellement décollée. Le technicien nettoie le balai et la patte, applique du flux sans halogène, chauffe à 190 °C avec un fer de 40 W, apporte 0,15 g de Sn‑99,3Cu‑0,7, obtient une soudure lisse, mesure une résistance de 3,8 mΩ et effectue un test de charge : la tension de sortie revient à 28,5 V, conforme aux spécifications du constructeur. --- ## Synthèse du chapitre - Le soudage à l’étain repose sur la fusion d’un alliage Sn‑Pb ou Sn‑Cu à 180‑230 °C, assurant continuité électrique et résistance mécanique. - Matériel essentiel : fer à souder réglable, panne cuivre, alliage soudure, flux colophane, pinces isolantes, EPI. - Procédure conducteur : dénuder → nettoyer → flux → chauffer → apporter alliage → retirer fer → refroidir → contrôler. - Contrôle qualité : aspect brillant, résistance < 10 mΩ, adhérence mécanique ≥ 5 N/mm². - Les balais transmettent le courant entre partie fixe et rotative ; leur soudure se fait sur les pattes de connexion, pas sur la surface de frottement. - Préparation balai : nettoyage, contrôle d’usure, alignement. - Soudure balai : flux sans halogène, température ≤ 200 °C, alliage Sn‑Cu, refroidissement lent. - Contrôle balai : résistance < 5 mΩ, chute de tension < 0,2 V, absence d’étincelles. - Sécurité : port de lunettes, gants, masque, ventilation, éviter les projections de métal fondu. --- ## Glossaire - **Alliage soudure** : Mélange d’étain et de plomb (ou de cuivre) utilisé pour créer la jointure métallique lors du soudage. - **Flux** : Substance (souvent de la colophane) qui élimine l’oxydation des surfaces à souder et favorise l’écoulement de l’alliage fondu. - **Panne** : Embout du fer à souder, généralement en cuivre, qui transmet la chaleur à la zone de soudure. - **Collecteur** : Partie conductrice fixe d’une machine électrique sur laquelle les balais glissent pour transférer le courant. - **Balai** : Pièce conductrice (graphite ou cuivre‑graphite) qui assure le contact électrique entre le collecteur et l’induit d’une machine tournante. - **Résistance de contact** : Mesure de l’opposition au passage du courant au niveau de la jointure soudée, exprimée en ohms (Ω) ou milli‑ohms (mΩ). - **Mouillage** : Capacité de l’alliage fondu à adhérer et à se répartir sur la surface métallique, influencée par la propreté et le flux. - **Trempe thermique** : Refroidissement rapide pouvant induire des contraintes internes et des fissures dans les matériaux sensibles comme le graphite. --- ## Exercices d'application corrigés **Exercice 1** Un technicien doit réparer un fil d’alimentation de la pompe à carburant (section 2,5 mm², cuivre) coupé suite à un choc. Après dénudage de 8 mm, il applique du flux et chauffe le conducteur à 200 °C. a) Quelle quantité d’alliage Sn‑60Pb‑40 (en grammes) doit-il prévoir pour obtenir une soudure d’environ 4 mm de diamètre, sachant que la masse volumique de l’alliage est 8,9 g/cm³ et que le volume approximatif d’une soudure cylindrique de 4 mm de diamètre et 2 mm de hauteur est V = π·(d/2)²·h ? b) Après soudure, il mesure une résistance de 6,5 mΩ. Est‑elle conforme à la norme (< 10 mΩ) ? Justifier. **Corrigé** a) V = π·(2 mm)²·2 mm = π·4·2 mm³ ≈ 25,13 mm³ = 0,02513 cm³. Masse = ρ·V = 8,9 g/cm³ × 0,02513 cm³ ≈ 0,224 g. Il faut donc prévoir environ **0,22 g** d’alliage (on arrondit à la supérieure pour tenir compte des pertes, soit ~0,2 g). b) La résistance mesurée (6,5 mΩ) est inférieure à la limite de 10 mΩ, donc **conforme**. **Exercice 2** Sur un alternateur, la patte de connexion d’un balai en graphite doit être ressoudée. Le technicien utilise un alliage Sn‑99,3Cu‑0,7 sans plomb, chauffe à 190 °C et dépose 0,12 g d’alliage. La soudure obtenue présente un aspect mat et granuleux. Quel est le défaut le plus probable et quelle action corrective proposer ? **Corrigé** L’aspect mat et granuleux indique une **soudure froide** (température insuffisante ou temps de chauffe trop court). Action corrective : augmenter légèrement la température du fer (à 200‑205 °C) ou prolonger le temps de contact de la panne sur la zone à souder de 1 à 2 s, tout en veillant à ne pas dépasser 5 s au total pour éviter d’endommager le graphite. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / correction | |------------------|-------------|-----------------------------------| | Chauffer trop longtemps (> 5 s) le conducteur avec le fer à souder | Détérioration de l’isolant, risque de court‑circuit | Limiter le temps de chauffe à 2‑3 s ; utiliser un fer à température réglable et surveiller avec un pyromètre si disponible. | | Utiliser un flux contenant des halogènes sur des balais graphite | Corrosion du graphite, augmentation de la résistance de contact | Privilégier les flux à base de colophane sans halogène, spécialement indiqués pour les métaux non ferreux et le graphite. | | Souder directement sur la surface de frottement du balai | Création de points durs qui provoquent des vibrations et une usure prématurée | Souder uniquement sur les pattes de connexion ou les languettes en cuivre prévues à cet effet. | | Refroidir brusquement avec de l’air comprimé | Fissures micro‑structurales dans l’alliage soudure, augmentation de la fragilité | Laisser refroidir à l’air libre ou utiliser un souffle d’air très faible ; éviter les chocs thermiques. | | Omettre le port de lunettes de protection | Projections de métal fondu pouvant causer des lésions oculaires | Porter systématiquement des lunettes de sécurité anti‑projette lors de toute opération de soudure. | | Ne pas vérifier la continuité après soudure | Risque de connexion intermittente entraînant des pannes aléatoires | Mesurer la résistance avec un ohmmètre ou effectuer un test de tirage léger avant de remettre le système en service. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quel est le rôle principal du flux lors de la soudure à l'etain des conducteurs électriques ?
  2. 2. Quelle est la composition typique en pourcentage de l'alliage soudure tendre utilise pour les travaux électriques automobiles ?
  3. 3. Lors de la soudure des balais d’un moteur a courant continu, pourquoi faut-il eviter un excès de soudure ?
  4. 4. Un fil de cuivre de 2 mm2 de section doit etre soude sur une longueur de 10 mm. Si le volume de soudure necessaire represente 0,5 fois le volume du fil sur cette longueur, quel volume de soudure (en mm3) faut-il prevoir ?
  5. 5. Pendant la soudure a l'etain d’un balai, le fer a souder est regle a 350°C. Sachant que le point de fusion de l’alliage 60/40 SnPb est d’environ 183°C, quel est l’excès de temperature minimum necessaire pour assurer une bonne mouillabilite ?
  6. 6. Un technicien mesure la resistance d’une jointure avant soudure (0,02 Ω) et apres soudure (0,005 Ω). Quel est le pourcentage de reduction de la resistance obtenu ?
  7. 7. Lors d’un exercice pratique, un eleve soude un fil de 1,5 mm2 a une borne en utilisant de la soudure dont la densite est de 8,5 g/cm3. Si le volume de soudure depose est de 12 mm3, quelle est la masse de soudure deposee ?
  8. 8. Pour garantir que la soudure d’un balai resiste a une force centrifuge de 0,2 N, quelle est la section minimale de soudure necessaire sachant que la resistance au cisaillement de l’alliage SnPb est d’environ 15 MPa ?
  9. 9. Quel composé intermetallique se forme principalement a l’interface entre le cuivre et la soudure 60/40 SnPb lors de la solidification, et comment son épaisseur influence‑t‑elle la fiabilité du joint ?
  10. 10. Lors de la soudure d’un faisceau electrique automobile, le technicien observe que la jointure presente un aspect terne et granuleux apres refroidissement. Quelle est la cause la plus probable de cet aspect ?