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Chapitre 5

LA CHASSE (partie 4/4)

Lecture : 9 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis À la fin de cette leçon, l’élève sera capable de : - expliquer le cadre juridique national et international de la protection de la faune au Cameroun ; - décrire les mesures de protection mises en œuvre dans les aires protégées et les zones d’intérêt cynégétique ; - utiliser les instruments de suivi (inventaires, suivi écologique, contrôles) et les procédures de sanction ; - analyser le rôle des communautés locales et des partenaires techniques dans la gestion durable de la faune. **Prérequis** : notions de base sur la législation forestière (code forestier, régime des permis de chasse), concepts d’écologie des populations animales, et connaissance des institutions camerounaises chargées de l’environnement (MINEPDED, MINFOF, ANAFOR). ## Introduction contextualisée La chasse, activité traditionnelle et source de revenus pour de nombreuses communautés rurales, doit être encadrée pour éviter l’érosion de la biodiversité. Au Cameroun, la protection de la faune s’inscrit dans le cadre du **Plan National de Gestion de la Faune (PNGFA)** et des conventions internationales telles que la **Convention sur la diversité biologique (CDB, 1992)** et la **Convention de Ramsar (1971)**. La deuxième partie de la leçon 18 porte sur les dispositifs juridiques, les outils de gestion et les mécanismes de participation qui assurent la pérennité des espèces sauvages tout en permettant une exploitation rationnelle. ## I. La protection de la faune (partie 2) ### A. Cadre juridique de la protection de la faune > **Le Code forestier camerounais (loi n° 94/01 du 20 janvier 1994)** définit la faune sauvage comme patrimoine national et fixe les principes de sa gestion durable. > **Le décret n° 2005/089 du 23 mars 2005** précise les catégories d’espèces protégées (intégralement, partiellement) et les procédures d’inscription sur les listes nationales. > **La loi n° 2011/014 du 14 juillet 2011** portant sur la prévention et la lutte contre le trafic d’espèces sauvages renforce les sanctions (amendes pouvant atteindre 10 000 000 FCFA et peines d’emprisonnement de 2 à 5 ans). > **Les arrêtés ministériels** (ex. : arrêté n° 001/MINEPDED du 12 février 2018) fixent les périodes de chasse, les quotas par espèce et les zones interdites (parcs nationaux, réserves de faune). Ces textes constituent le socle juridique auquel se réfèrent les agents de la **Direction de la Faune et des Aires Protégées (DFAP)** du MINFOF pour délivrer les permis de chasse, contrôler les pratiques et poursuivre les infractions. ### B. Mesures de protection et gestion des aires protégées 1. **Classification des aires protégées** - **Parcs nationaux** (ex. : Parc national de la Lobéké) : protection intégrale, interdiction de toute exploitation sauf recherche scientifique autorisée. - **Réserves de faune** (ex. : Réserve de faune du Dja) : protection partielle, autorisation de chasse sous quota et sous contrôle. - **Zones d’intérêt cynégétique (ZIC)** : territoires où la chasse est réglementée par des plans de gestion spécifiques. 2. **Plans de gestion** Chaque aire protégée dispose d’un **plan de gestion quinquennal** élaboré par la DFAP en concertation avec les communautés locales. Ce plan comprend : - un diagnostic écologique (inventaires de populations, état des habitats) ; - des objectifs de conservation (ex. : maintenir une densité minimale de 0,5 éléphant/km² dans la Lobéké) ; - des prescriptions de gestion (répartition des quotas, suivi des prélèvements, programmes de sensibilisation). 3. **Aménagements techniques** - **Postes de garde** équipés de radios VHF et de GPS pour patrouilles quotidiennes. - **Barrières physiques** (tranchées, clôtures électriques) dans les zones sensibles pour limiter le braconnage. - **Points d’eau artificiels** pour soutenir les espèces pendant la saison sèche. ### C. Instruments de suivi et de contrôle > **L’inventaire faunistique** se réalise par deux méthodes principales : le **recensement direct** (comptage visuel, piégeage photographique) et le **recensement indirect** (empreintes, crottes, vocalisations). > Le **suivi écologique** utilise des indicateurs tels que le **taux de recrutement** (nombre de jeunes survivant à un an / nombre de femelles adultes) et l’**indice d’abondance relative (IAR)** calculé comme : > \[ > \text{IAR} = \frac{\text{Nombre d’individus observés}}{\text{Effort d’observation (heures‑km)}} \times 100 > \] > Les résultats sont consignés dans le **Système d’Information Géographique (SIG)** de la DFAP, permettant la cartographie des pressions (braconnage, expansion agricole) et l’ajustement des quotas. > **Le contrôle de la chasse** s’effectue par : > - la vérification des **permits de chasse** (numéro, espèce autorisée, quota) ; > - l’inspection des **trophées** (corne, ivoire, peau) aux points de sortie (postes de contrôle douanier) ; > - les **opérations de lutte anti‑braconnage** menées conjointement par les éco‑gardes, la gendarmerie et les partenaires techniques (WWF, WCS). ### D. Participation des communautés locales La loi reconnaît le **droit d’usage communautaire** sur la faune dans les zones périphériques des aires protégées. Les mécanismes de participation incluent : - **Comités de gestion villageoise (CGV)** : élaboration de plans de chasse communautaires, répartition des revenus issus des redevances de chasse. - **Programmes de paiement pour services environnementaux (PSE)** : les communautés reçoivent des compensations financières lorsqu’elles acceptent des restrictions de chasse bénéficiant à des espèces menacées. - **Éducation et sensibilisation** : campagnes menées par les ONG locales (ex. : *Cameroon Wildlife Conservation Society*) pour expliquer les enjeux de la protection de la faune et promouvoir des alternatives économiques (apiculture, élevage de petit bétail). Ces approches visent à réduire les conflits homme‑faune et à assurer que la chasse reste une activité durable et bénéfique pour les populations. ## Synthèse du chapitre - Le **Code forestier** et ses textes d’application définissent la protection juridique de la faune au Cameroun. - Les **aires protégées** (parcs nationaux, réserves de faune, ZIC) sont gérées selon des plans de gestion quinquennaux intégrant objectifs de conservation et prescriptions pratiques. - Le **suivi faunistique** combine inventaires directs et indirects, avec des indicateurs tels que le taux de recrutement et l’IAR, intégrés dans un SIG pour une gestion adaptative. - Le **contrôle** repose sur la vérification des permis, l’inspection des trophées et les opérations anti‑braconnage menées par les éco‑gardes et les forces de l’ordre. - La **participation communautaire** (CGV, PSE, sensibilisation) est essentielle pour concilier conservation et développement local. ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Code forestier | Loi n° 94/01 du 20 janvier 1994 régissant la gestion des forêts et de la faune sauvage au Cameroun. | | Aire protégée | Territoire dédié à la conservation de la biodiversité, classé selon son niveau de protection (parc national, réserve de faune, ZIC). | | Plan de gestion | Document stratégique définissant objectifs, actions et suivi pour une aire protégée sur une période donnée (souvent 5 ans). | | Inventaire faunistique | Opération de comptage ou d’estimation des populations d’espèces sauvages dans un territoire donné. | | Taux de recrutement | Ratio du nombre de jeunes survivant à un an sur le nombre de femelles adultes, indicateur de renouvellement de la population. | | Indice d’abondance relative (IAR) | Mesure standardisée de l’abondance d’une espèce basée sur le nombre d’observations par unité d’effort. | | Système d’Information Géographique (SIG) | Outil informatique permettant la collecte, l’analyse et la cartographie de données spatiales (ex. : répartition des espèces, pressions anthropiques). | | Comité de gestion villageoise (CGV) | Structure locale chargée de la planification et du suivi de l’exploitation communautaire de la faune. | | Paiement pour services environnementaux (PSE) | Mécanisme de compensation financière accordé aux communautés qui adoptent des pratiques favorables à la conservation. | | Braconnage | Capture, chasse ou prélèvement illégal d’espèces sauvages, souvent destiné au commerce illicite. | ## Exercices d'application corrigés **Exercice 1** – Calcul de l’IAR Lors d’une campagne de suivi dans la réserve de faune du Dja, un éco‑garde a enregistré 120 observations d’antilopes de montagne sur un effort de 30 heures‑km. Calculer l’IAR et interpréter le résultat. *Corrigé* : \[ \text{IAR} = \frac{120}{30}\times 100 = 400 \] Un IAR de 400 indique une abondance relativement élevée de l’espèce dans la zone étudiée, compte tenu de l’effort déployé. Cette valeur pourra être comparée aux campagnes précédentes pour détecter une tendance à la hausse ou à la baisse. **Exercice 2** – Rédaction d’un permis de chasse Un chasseur souhaite obtenir un permis pour prélever deux buffles d’Afrique dans la ZIC de Boumba‑Bek, saison ouverte du 1er juillet au 30 septembre. Rédiger les mentions obligatoires qui doivent figurer sur le permis selon l’arrêté n° 001/MINEPDED du 12 février 2018. *Corrigé* : - Nom et prénom du chasseur ; - Numéro d’identification nationale (CIN) ; - Espèce autorisée : *Syncerus caffer* (buffle d’Afrique) ; - Quantité autorisée : 2 individus ; - Période de validité : du 01/07/2025 au 30/09/2025 ; - Zone autorisée : ZIC de Boumba‑Bek (coordonnées GPS fournies en annexe) ; - Conditions particulières : respect du quota saisonnier, présentation du carnet de chasse à chaque prélèvement, interdiction d’utiliser des armes à feu automatiques ; - Signature et cachet du représentant de la DFAP. **Exercice 3** – Analyse d’une infraction Lors d’un contrôle routier, un véhicule transporte deux défenses d’éléphant sans permis. Quelle est la peine prévue par la loi n° 2011/014 du 14 juillet 2011 et quelle procédure doit suivre l’agent de contrôle ? *Corrigé* : La loi prévoit une amende de 2 000 000 à 10 000 000 FCFA et une peine d’emprisonnement de 2 à 5 ans. L’agent doit : 1. saisir les défenses et établir un procès‑verbal de constat ; 2. informer le procureur de la République près le tribunal de grande instance du lieu de l’infraction ; 3. transmettre le dossier à la brigade de gendarmerie territorialement compétente pour poursuite judiciaire ; 4. avertir la DFAP pour mise à jour du registre des infractions et éventuelle révision des quotas de chasse dans la zone concernée. ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité > **Erreur fréquente** : confondre le quota annuel avec le quota saisonnier, entraînant un dépassement du prélèvement autorisé. > **Règle de sécurité** : toujours vérifier les dates d’ouverture et de fermeture de la chasse sur l’arrêté préfectoral avant de sortir en terrain. > **Erreur fréquente** : négliger de consigner le numéro du permis sur le carnet de chasse, ce qui rend la preuve de légalité difficile lors d’un contrôle. > **Règle de sécurité** : garder le permis et le carnet de chasse à portée de main, et présenter les deux documents à chaque demande des agents de contrôle. > **Erreur fréquente** : utiliser des armes non homologuées (calibre interdit ou munitions à poudre noire) lors d’une battue. > **Règle de sécurité** : consulter la liste des armes autorisées publiée par la MINDEF et ne utiliser que celles éprouvées et enregistrées. > **Erreur fréquente** : ignorer les zones tampon autour des parcs nationaux où toute forme de chasse est interdite, sous prétexte de proximité d’un village. > **Règle de sécurité** : se référer aux cartes SIG de la DFAP ou aux panneaux de signalisation installés aux limites des aires protégées avant d’engager toute activité de chasse. > **Erreur fréquente** : omettre de déclarer un prélèvement d’espèce protégée (ex. : panthère) en pensant que l’animal était déjà mort. > **Règle de sécurité** : considérer tout cadavre d’espèce protégée comme preuve d’infraction et le signaler immédiatement aux éco‑gardes ou à la gendarmerie. > **Erreur fréquente** : sous‑estimer l’importance des réunions de comité de gestion villageoise, ce qui affaiblit la légitimité des décisions de chasse. > **Règle de sécurité** : participer activement aux assemblées du CGV, consigner les comptes‑rendus et respecter les résolutions prises collectivement. --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition juridique d'une espèce intégralement protégée selon la loi n°94/01 du 20 janvier 1994 portant régime forestier, faunique et halieutique ?
  2. 2. Quel est le principal objectif de la création des zones d'intérêt cynégétique (ZIC) au Cameroun ?
  3. 3. Selon l'arrêté ministériel fixant les périodes de chasse, quelle espèce bénéficie d'une période de chasse ouverte du 1er juillet au 30 septembre ?
  4. 4. Dans une zone de chasse, la population estimée de céphalophes bleus est de 1500 individus. Si le taux de prélèvement durable recommandé est de 8 % par an, quel est le quota annuel maximal autorisé ?
  5. 5. Un chasseur trouve dans son filet un spécimen vivant de pangolin géant, espèce intégralement protégée. Quelle est la conduite à tenir conformément à la législation forestière camerounaise ?
  6. 6. Pourquoi la loi interdit-elle l'utilisation de pièges à mâchoires métalliques non sélectifs lors de la chasse au Cameroun ?
  7. 7. Un permis de chasse journalière coûte 12 000 FCFA. Une équipe de 5 chasseurs souhaite chasser pendant 4 jours. Quel est le coût total des permis pour l'équipe ?
  8. 8. Si le quota de chasse du sitatunga est fixé à 25 % de sa population estimée alors que le taux de prélèvement durable recommandé ne dépasse pas 10 %, quelle conséquence écologique est la plus probable à moyen terme ?
  9. 9. Selon l'article 86 de la loi n°94/01, quelle est la peine maximale prévue pour la chasse de nuit sans autorisation dans une zone classée ?
  10. 10. Quelle est la différence principale entre la loi n°94/01 et le décret n°2005/081 concernant la gestion des réserves de chasse communautaires ?