Chapitre 16
Technologie des broyeurs
Lecture : 11 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :**
- Définir un broyeur et expliquer son rôle dans la chaîne de transformation des matières premières.
- Classer les principaux types de broyeurs utilisés dans l’industrie agro‑alimentaire et minière au Cameroun.
- Appliquer les principes de réduction de taille (effort, énergie spécifique) pour choisir un broyeur adapté à une matière donnée.
- Réaliser un calcul simple de la puissance nécessaire au broyage à l’aide de la formule de Bond adaptée.
- Décrire les consignes de sécurité, d’hygiène et de maintenance d’un atelier de broyage.
- Intégrer le broyage dans un procédé complet (ex. : transformation du manioc en farine) en maîtrisant les étapes amont et aval.
**Prérequis :**
- Notions de mécanique des solides (contraintes, déformations).
- Connaissances de base en unités du Système International (W, J, m, kg, s).
- Savoir lire un schéma de procédé industriel simple.
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## Introduction contextualisée
Au Cameroun, la transformation des produits agricoles (manioc, maïs, cacao, café) et des minerais (bauxite, fer) repose largement sur des opérations de réduction de taille. Le broyage permet d’obtenir une granulométrie adaptée aux étapes suivantes : mélange, extrusion, fermentation ou extraction. Un mauvais choix de broyeur entraîne une surconsommation d’énergie, une dégradation de la qualité du produit et des risques d’accident. Ce chapitre présente donc les broyeurs les plus répandus dans les ateliers techniques camerounais, leurs principes de fonctionnement, les critères de sélection et les bonnes pratiques de sécurité, puis montre comment les intégrer dans un procédé complet à travers une étude de cas concrète.
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## I. Les broyeurs (Leçon 12)
### A. Définition et classification
> **Un broyeur est une machine qui réduit la taille des particules solides par application de forces mécaniques (compression, impact, cisaillement ou attrition).**
Les broyeurs se classent selon le mécanisme principal de rupture :
| Type de force | Exemple de broyeur | Application typique |
|---------------|-------------------|---------------------|
| Compression | Broyeur à cylindres, broyeur à cône | Minerai dur, roche |
| Impact | Broyeur à marteaux, broyeur à percussion | Céréales, légumineuses, déchets bois |
| Attrition | Broyeur à boulets, broyeur à barres | Produits humides, pâtes, pigments |
| Cisaillement | Broyeur à vis, broyeur à disque | Plastiques, caoutchouc |
### B. Principes de fonctionnement
Le principe de base repose sur le travail : \(W = F \cdot d\) où \(F\) est la force exercée sur la particule et \(d\) la distance de déplacement. L’énergie spécifique de broyage \(E\) (kWh t⁻¹) dépend de la dureté du matériau et de la taille finale recherchée. On utilise souvent l’indice de travail de Bond \(Wi\) (kWh t⁻¹) pour estimer la consommation énergétique :
\[
E = 10 \, Wi \left( \frac{1}{\sqrt{P_{80}}} - \frac{1}{\sqrt{F_{80}}} \right)
\]
où \(P_{80}\) et \(F_{80}\) sont les tailles auxquelles 80 % du produit passent (en µm).
### C. Types de broyeurs utilisés au Cameroun
1. **Broyeur à marteaux** – rotor équipé de marteaux pivotants ; idéal pour le manioc séché, le maïs et les coques de noix de palme.
2. **Broyeur à boulets** – cylindre rotatif chargé de boulets d’acier ; employé pour le broyage fin du cacao, du kaolin ou des minerais métalliques.
3. **Broyeur à cylindres** – deux ou trois cylindres parallèles qui écrasent la matière ; utilisé dans les sucreries pour la canne à sucre et dans les minoteries pour le blé.
4. **Broyeur à impact vertical (VSI)** – projectile accéléré contre une plaque d’impact ; adapté au recyclage du plastique et du verre.
### D. Choix du broyeur selon la matière première
- **Friabilité élevée** (manioc séché, cacao) → broyeur à marteaux ou à impact.
- **Dureté élevée** (bauxite, quartz) → broyeur à boulets ou à cylindres.
- **Humidité > 15 %** → préférer un broyeur à boulets avec système de refroidissement ou un broyeur à barres pour éviter l’encrassement.
- **Exigence de finesse** (< 100 µm) → broyeur à boulets en circuit fermé avec classificateur.
### E. Calcul de la puissance nécessaire (exemple chiffré)
**Situation** : Un atelier veut broyer du manioc séché (indice de travail \(Wi = 12\) kWh t⁻¹) d’une taille d’alimentation \(F_{80}= 5000\) µm vers un produit final \(P_{80}= 250\) µm. Le débit visé est \(Q = 2\) t h⁻¹.
1. Calcul de l’énergie spécifique :
\[
E = 10 \times 12 \left( \frac{1}{\sqrt{250}} - \frac{1}{\sqrt{5000}} \right)
= 120 \left( \frac{1}{15.81} - \frac{1}{70.71} \right)
= 120 \left(0.0632 - 0.0141\right)
= 120 \times 0.0491 \approx 5.9 \text{ kWh t}^{-1}
\]
2. Puissance nécessaire :
\[
P = E \times Q = 5.9 \text{ kWh t}^{-1} \times 2 \text{ t h}^{-1} = 11.8 \text{ kW}
\]
On prévoira un moteur de 15 kW (puissance nominale) afin de couvrir la puissance calculée avec une marge de sécurité (facteur de service ≈1,2).
> **Formule de puissance de broyage (Bond simplifiée)** : \(P = 10 \, Wi \, Q \left( \frac{1}{\sqrt{P_{80}}} - \frac{1}{\sqrt{F_{80}}} \right)\) (kW).
### F. Sécurité et hygiène
- **Protection individuelle** : lunettes de sécurité, casque anti‑bruit, gants résistants à l’abrasion, masque anti‑poussière (P2).
- **Arrêt d’urgence** : bouton clairement visible, testé mensuellement.
- **Ventilation** : extraction locale des poussières avec filtre HEPA lorsque la matière est potentiellement allergène (farine de manioc, farine de blé).
- **Maintenance** : vérification hebdomadaire de l’usure des marteaux ou des revêtements, lubrification des paliers selon les préconisations du constructeur, arrêt complet avant toute intervention.
- **Hygiène** : nettoyage quotidien de la trémie et du convoyeur pour éviter la contamination croisée entre lots différents.
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## II. Intégration activités
### A. Mise en place d’un atelier de broyage
Un atelier type comprend :
1. **Zone de réception** – bascule ou peseur pour contrôler la masse entrante.
2. **Trémie d’alimentation** – avec dispositif anti‑voûtement (vis sans fin ou vibrateur).
3. **Broyeur** – choisi selon la matière (voir section I.D).
4. **Classificateur** (tamis vibrant ou cyclone) – pour séparer les fines du grossier.
5. **Convoyeur de sortie** – bande ou vis dirigée vers l’étape suivante (mélange, extrusion, séchage).
6. **Système de dépoussiérage** – filtre à manches ou unité de scrubbing.
7. **Poste de commande** – armoire électrique avec variateur de fréquence pour régler la vitesse du rotor.
### B. Étude de cas : broyage du manioc pour farine
**Objectif** : produire 500 kg h⁻¹ de farine de manioc avec une granulométrie < 200 µm.
| Étape | Données | Calcul / décision |
|-------|---------|-------------------|
| Réception | Manioc séché, humidité 10 % | Masse horaire = 500 kg |
| Pré‑broyage (optionnel) | Réduire les gros morceaux à < 10 mm | Broyeur à marteaux, ouverture 12 mm |
| Broyage principal | \(Wi = 12\) kWh t⁻¹, \(F_{80}= 8000\) µm, cible \(P_{80}=150\) µm | \(E = 10×12(1/√150-1/√8000)=120(0.0816-0.0112)=8.45\) kWh t⁻¹ |
| Puissance | \(P = E×Q = 8.45×0.5 = 4.2\) kW → moteur 5,5 kW avec FS 1,2 |
| Classification | Tamis vibrant 150 µm | Recyclage du refus vers le broyeur |
| Collecte | Vis sans fin vers le sac de farine | Contrôle humidité finale < 12 % |
| Nettoyage | Brosse rotative + aspiration | Après chaque lot de 2 t |
**Résultat** : débit réel 0,5 t h⁻¹ (≈ 500 kg), consommation énergétique mesurée 4,5 kW, conformité granulométrique vérifiée par analyse laser (D50 = 120 µm).
### C. Démarche d’intégration : de la matière première au produit fini
1. **Analyse de la matière** – détermination de l’humidité, de la taille initiale et de l’indice de travail.
2. **Sélection du broyeur** – selon le tableau I.D et le calcul de puissance.
3. **Dimensionnement du circuit** – débit, classement, recyclage du refus.
4. **Installation des sécurités** – arrêt d’urgence, extraction poussières, EPI.
5. **Mise en service** – essai à vide, puis montée en charge progressive avec suivi de la température du moteur et de la consommation.
6. **Contrôle qualité** – granulométrie, teneur en humidité, absence de corps étrangers.
7. **Optimisation** – ajustement de la vitesse du rotor, du débit d’alimentation et du taux de recyclage pour minimiser l’énergie tout en respectant la spécification produit.
### D. Gestion des déchets et recyclage
- **Poussières** : récupérées dans le filtre, éventuellement réintroduites si elles sont inertes (ex. : silice).
- **Refus grossier** : renvoyé au broyeur après éventuel pré‑concassage.
- **Déchets métalliques** (usure des blindages) : collectés séparément pour valorisation en ferraille.
- **Eaux de lavage** (si traitement humide) : décantation et réutilisation dans le circuit de refroidissement après contrôle du pH.
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## III. Synthèse du chapitre
- Le broyeur réduit la taille des particules par compression, impact, attrition ou cisaillement.
- Le choix dépend de la friabilité, de la dureté, de l’humidité et de la finesse souhaitée.
- La formule de Bond permet d’estimer l’énergie spécifique et la puissance nécessaire.
- Un atelier de broyage comprend réception, trémie, broyeur, classificateur, convoyeur et dépoussiérage.
- La sécurité repose sur les EPI, l’arrêt d’urgence, la ventilation et la maintenance préventive.
- L’intégration du broyage dans un procédé complet (ex. : manioc → farine) nécessite une analyse matière, un dimensionnement, un contrôle qualité et une gestion des déchets.
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## Glossaire
- **Broyeur** : machine qui diminue la taille des particules solides par application de forces mécaniques.
- **Indice de travail de Bond (Wi)** : mesure de la résistance d’un matériau au broyage, exprimée en kWh t⁻¹.
- **P80** : taille de particule pour laquelle 80 % du matériau passe (µm).
- **Friabilité** : facilité d’un matériau à se fragmenter sous contrainte.
- **Attrition** : usure par frottement entre particules et/ou entre particules et surfaces métalliques.
- **Classificateur** : dispositif qui sépare les fines du grossier après broyage (tamis, cyclone, hydrocyclone).
- **Facteur de service (FS)** : coefficient appliqué à la puissance nominale pour tenir compte des pertes et des surcharges.
- **Dépoussiérage** : système de capture et de filtration des particules aériennes générées lors du broyage.
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## Exercices d'application corrigés
### Exercice 1 – Calcul de puissance
**Énoncé** : Un atelier doit broyer du maïs séché (Wi = 10 kWh t⁻¹) d’une taille d’alimentation F80 = 4000 µm vers un produit final P80 = 300 µm. Le débit visé est 1,5 t h⁻¹. Déterminer la puissance nécessaire et choisir un moteur standard (pas inférieur au résultat).
**Corrigé** :
\[
E = 10 \times 10 \left( \frac{1}{\sqrt{300}} - \frac{1}{\sqrt{4000}} \right)
= 100 \left( \frac{1}{17.32} - \frac{1}{63.25} \right)
= 100 (0.0577 - 0.0158) = 100 \times 0.0419 = 4.19 \text{ kWh t}^{-1}
\]
\[
P = E \times Q = 4.19 \times 1,5 = 6,29 \text{ kW}
\]
On choisira un moteur de 7,5 kW (puissance nominale) ; avec un facteur de service de 1,2 cela permet une puissance disponible de 9 kW, suffisante.
### Exercice 2 – Sélection du broyeur
**Énoncé** : Vous devez broyer du kaolin humide (humidité 18 %) pour obtenir une poudre < 50 µm. Le débit requis est 0,8 t h⁻¹. Quel type de broyeur recommanderiez‑vous et pourquoi ?
**Corrigé** : Le kaolin est relativement tendre mais l’humidité élevée favorise l’agglomération. Un **broyeur à boulets en circuit fermé avec classificateur** est approprié : le milieu humide permet une bonne dispersion, les boulets assurent l’attrition fine, et le classificateur renvoie les particules trop grosses pour un nouveau passage. Un broyeur à marteaux serait sujet à l’encrassement et à la surchauffe.
### Exercice 3 – Schéma de procédé
**Énoncé** : Dessinez (en description texte) le schéma d’un atelier de broyage du manioc pour farine, en indiquant les flux de matière, les équipements principaux et les points de contrôle (température, humidité, granulométrie).
**Corrigé** :
1. **Réception** – bascule → trémie d’alimentation (avec vis anti‑voûtement).
2. **Broyeur à marteaux** – rotor à vitesse réglable, sortie vers un **tamis vibrant 150 µm**.
3. **Refus** (>150 µm) renvoyé au broyeur via un **convoyeur de retour**.
4. **Produit fin** (<150 µm) dirigé vers un **séchoir à bande** (contrôle humidité < 12 %).
5. **Farine** stockée dans un silo équipé d’un **capteur de température** et d’un **détecteur de métaux**.
6. **Air de ventilation** aspiré par un **filtre à manches** avant rejet à l’atmosphère.
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## Erreurs fréquentes et règles de sécurité
| Situation | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de sécurité / bonne pratique |
|-----------|------------------|-------------|------------------------------------|
| 1. Surcharge du broyeur | Alimentation continue au-delà du débit nominal | Surchauffe du moteur, usure prématurée des marteaux, risque de blocage | Respecter le débit calculé ; installer un débitmètre avec alarme de dépassement. |
| 2. Négliger l’humidité | Traiter un produit humide (> 15 %) dans un broyeur à sec | Agglomération, bourrage, augmentation de la consommation d’énergie | Pré‑sécher ou choisir un broyeur adapté (boulets avec refroidissement). |
| 3. Oublier l’EPI | Travailler sans lunettes ou masque | Lésions oculaires, inhalation de poussières nocives | Porter systématiquement lunettes de sécurité et masque P2 ; vérifier avant chaque poste. |
| 4. Maintenance différée | Ne pas contrôler l’usure des revêtements | Déformation du broyeur, déséquilibre, vibrations dangereuses | Planifier une inspection hebdomadaire des pièces d’usure ; remplacer dès dépassement du seuil d’usure (ex. : 2 mm sur les blindages). |
| 5. Mauvais réglage du classificateur | Ouverture du tamis trop grande | Produit trop grossier, non conforme au cahier des charges | Vérifier l’ouverture du tamis à chaque changement de lot ; utiliser un étalon de granulométrie. |
| 6. Arrêt d’urgence inaccessible | Bouton placé derrière un panneau | Temps de réaction accru en cas d’incident | Installer le bouton d’arrêt d’urgence à hauteur des yeux, clairement signalé, testé mensuellement. |
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*Fin du cours.*
Quiz du chapitre
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