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Chapitre 12

La naissance de l'Etat du Cameroun (partie 1/2)

Lecture : 12 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de ce cours, l’élève pourra : - expliquer les étapes majeures de l’évolution politique du Cameroun sous tutelle française (1945‑1960) et sous tutelle anglaise (1945‑1961) ; - identifier les acteurs principaux, les institutions créées et les revendications nationalistes ; - analyser les causes et les conséquences des réformes constitutionnelles et des élections de cette période ; - comparer les spécificités des deux administrations mandatées et leurs impacts sur l’unification du pays. **Prérequis** : connaître la colonisation allemande du Kamerun (1884‑1916), le mandat de la Société des Nations puis le système de tutelle des Nations Unies après 1945, ainsi que les notions de parti politique, de suffrage universel et de décolonisation en Afrique subsaharienne. --- ## Introduction contextualisée Après la Seconde Guerre mondiale, le Cameroun, ancien protectorat allemand, est placé sous tutelle des Nations Unies : la partie française est administrée par la France, la partie anglaise par le Royaume-Uni. Cette période (1945‑1961) voit l’émergence de mouvements nationalistes, la mise en place d’institutions représentatives et la préparation de l’indépendance. Comprendre ces évolutions permet de saisir les racines de l’État camerounais actuel et les défis de l’unification entre les deux zones linguistiques. --- ## I. L’évolution politique du Cameroun sous tutelle française (1945‑1960) ### Contexte général La tutelle française couvre les régions de l’Adamawa, du Centre, de l’Est, de l’Extrême‑Nord, du Littoral, du Nord, de l’Ouest et du Sud. Dès 1946, l’Assemblée territoriale du Cameroun français est créée, puis réformée successivement. ### Acteurs et notions clés - **Union des Populations du Cameroun (UPC)** : parti fondé en 1948 sous l’impulsion de Ruben Um Nyobé, prônant l’indépendance immédiate et l’unification. - **Rassemblement Démocratique du Cameroun Français (RDCF)** : parti modéré proche de la France, dirigé par Ahmadou Ahidjo à partir de 1947. - **Assemblée territoriale** : organe consultatif puis législatif, élu au suffrage limité puis universel. - **Statut de 1956** (Loi cadre Defferre) : accorde une large autonomie interne. ### Faits datés et lieux précis > **1946** : Création de l’Assemblée territoriale du Cameroun français à Yaoundé. > **1948** : Fondation de l’UPC à Douala. > **1952** : Première élection au suffrage universel masculin dans les quatre circonscriptions du Sud. > **1956** : Adoption de la Loi cadre française (Defferre) ; le Cameroun français devient un État autonome au sein de la Communauté française. > **1958** : Élection d’Ahmadou Ahidjo comme Premier ministre du Cameroun autonome. > **1960** : Indépendance proclamée le 1er janvier ; Ahmadou Ahidjo devient premier président de la République du Cameroun. ### Causes et conséquences - **Causes** : pression des nationalistes (UPC), exigences de l’ONU pour préparer l’autogouvernement, volonté française de garder une influence via la Communauté. - **Conséquences** : mise en place d’un régime parlementaire limité, émergence d’un parti unique (l’Union Camerounaise, UC) après l’interdiction de l’UPC en 1955, consolidation du pouvoir d’Ahidjo qui prépare l’indépendance. ### Exemple concret En 1955, l’UPC appelle à la grève générale à Douala et à Yaoundé ; la réponse française est la répression (arrestation de leaders, interdiction du parti). Cet épisode montre le conflit entre aspirations indépendantistes et politique de maintien du lien avec la France. ### Tableau récapitulatif – Tutelle française | Année | Événement | Lieu | Acteur principal | Conséquence immédiate | |-------|-----------|------|------------------|-----------------------| | 1946 | Création de l’Assemblée territoriale | Yaoundé | Administration française | Première représentation locale | | 1948 | Fondation de l’UPC | Douala | Ruben Um Nyobé | Mouvement nationaliste radical | | 1952 | Suffrage universel masculin (circonscriptions Sud) | Sud | Électeurs camerounais | Participation élargie au vote | | 1956 | Loi cadre Defferre | Paris | Gouvernement français | Autonomie interne, préparation à l’indépendance | | 1958 | Nomination d’Ahidjo comme Premier ministre | Yaoundé | Ahmadou Ahidjo | Mise en place d’un gouvernement camerounais | | 1960 | Indépendance du Cameroun français | Yaoundé | Ahmadou Ahidjo | Naissance de la République du Cameroun | ### Encadrés à retenir > **1946** : Création de l’Assemblée territoriale du Cameroun français. > **1948** : Fondation de l’UPC par Ruben Um Nyobé. > **1956** : Loi cadre Defferre – autonomie interne. > **1960** : Indépendance du Cameroun français le 1er janvier. --- ## II. L’évolution politique du Cameroun sous tutelle anglaise (1945‑1961) ### Contexte général La tutelle anglaise concerne les régions du Nord‑Ouest et du Sud‑Ouest, administrées depuis Buea puis Bamenda. Le système britannique privilégie le gouvernement indirect via les chefs traditionnels et les conseils locaux. ### Acteurs et notions clés - **Kamerun National Congress (KNC)** : parti fondé en 1948, modéré, favorable à une fédération avec le Nigéria. - **Cameroon People’s National Convention (CPNC)** : parti créé en 1951, plus radical, prônant l’unification avec le Cameroun français. - **Southern Cameroons House of Assembly** : assemblée législative élue au suffrage universel à partir de 1954. - **Plebiscite de 1961** : référendum organisé par l’ONU pour déterminer l’avenir du Southern Cameroons (rejoindre le Nigéria ou le Cameroun français). ### Faits datés et lieux précis > **1948** : Création du KNC à Bamenda sous la direction de John Ngu Foncha. > **1952** : Première élection au suffrage limité dans le Southern Cameroons. > **1954** : Instauration du suffrage universel masculin et féminin dans le Southern Cameroons. > **1959** : Adoption d’une constitution donnant un gouvernement responsable au Southern Cameroons. > **11‑12 février 1961** : Plebiscite du Southern Cameroons ; résultat : majorité pour la réunification avec le Cameroun français. > **1er octobre 1961** : Formalisation de la réunification ; le Southern Cameroons devient les régions du Nord‑Ouest et du Sud‑Ouest de la République fédérale du Cameroun. ### Causes et conséquences - **Causes** : désir de participer au processus de décolonisation, pression des leaders traditionalistes et éduqués, influence du mouvement d’unification camerounais. - **Conséquences** : création d’un État fédéral à deux États (Cameroun oriental et Cameroun occidental) ; intégration des systèmes juridiques anglo‑saxon et civil law ; début des tensions linguistiques et culturelles qui marqueront l’histoire post‑indépendance. ### Exemple concret Lors du plébiscite de février 1961, les campagnes du KNC mettent en avant les avantages économiques d’une union avec le Nigéria (marché commun, monnaie forte), tandis que le CPNC insiste sur l’identité culturelle camerounaise et la promesse d’un État unifié. Le résultat montre une préférence nette pour la réunification, malgré les réserves économiques exprimées par certains chefs traditionnels. ### Tableau récapitulatif – Tutelle anglaise | Année | Événement | Lieu | Acteur principal | Conséquence immédiate | |-------|-----------|------|------------------|-----------------------| | 1948 | Fondation du KNC | Bamenda | John Ngu Foncha | Mouvement politique modéré | | 1952 | Première élection (suffrage limité) | Southern Cameroons | Électeurs locaux | Initiation de la représentation | | 1954 | Suffrage universel masculin & féminin | Southern Cameroons | Population | Élargissement de la base électorale | | 1959 | Constitution responsable | Southern Cameroons | Gouvernement local | Accès à l’autogouvernement interne | | 11‑12 févr. 1961 | Plebiscite du Southern Cameroons | Buea, Bamenda | ONU, électeurs | Choix de la réunification avec le Cameroun français | | 1er oct. 1961 | Réunification officielle | Yaoundé | Ahmadou Ahidjo, John Ngu Foncha | Création de la République fédérale du Cameroun | ### Encadrés à retenir > **1948** : Création du KNC à Bamenda. > **1954** : Instauration du suffrage universel dans le Southern Cameroons. > **11‑12 février 1961** : Plebiscite – majorité pour la réunification. > **1er octobre 1961** : Réunification officielle – naissance de la République fédérale du Cameroun. --- ## Synthèse du chapitre - La tutelle française (1945‑1960) a vu la création de l’Assemblée territoriale, l’essor de l’UPC, l’adoption de la Loi cadre Defferre (1956) et l’indépendance le 1er janvier 1960 sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo. - La tutelle anglaise (1945‑1961) a connu l’émergence du KNC et du CPNC, l’instauration du suffrage universel (1954), l’adoption d’une constitution responsable (1959) et le plébiscite de février 1961 qui a conduit à la réunification avec le Cameroun français le 1er octobre 1961. - Les deux zones ont suivi des chemins institutionnels différents (système parlementaire français vs gouvernement indirect britannique) mais ont convergé vers la formation d’un État fédéral à deux États. - Les principaux acteurs sont Ruben Um Nyobé (UPC), Ahmadou Ahidjo (RDCF/UC), John Ngu Foncha (KNC) et les leaders du CPNC. - Les conséquences immédiates sont l’indépendance du Cameroun français et la création de la République fédérale du Cameroun, posant les bases de l’État camerounais contemporain. --- ## Glossaire - **Tutelle** : régime international placé sous la supervision de l’ONU visant à préparer un territoire à l’autogouvernement ou à l’indépendance. - **Assemblée territoriale** : organe représentatif créé par la puissance administrante, initialement consultatif puis législatif. - **Loi cadre Defferre (1956)** : législation française accordant une large autonomie interne aux territoires d’outre‑mer. - **UPC (Union des Populations du Cameroun)** : parti nationaliste fondé en 1948, prônant l’indépendance immédiate et l’unification. - **RDCF (Rassemblement Démocratique du Cameroun Français)** : parti modéré proche de la France, devenu l’Union Camerounaise (UC). - **KNC (Kamerun National Congress)** : parti modéré du Southern Cameroons, favorable à une fédération avec le Nigéria. - **CPNC (Cameroon People’s National Convention)** : parti radical du Southern Cameroons, partisan de l’unification avec le Cameroun français. - **Plebiscite de 1961** : référendum organisé par l’ONU pour déterminer l’avenir du Southern Cameroons (rejoindre le Nigéria ou le Cameroun français). - **République fédérale du Cameroun** : État créé le 1er octobre 1961, composé du Cameroun oriental (ancien tutelle française) et du Cameroun occidental (ancien tutelle anglaise). --- ## Étude de document / de cas **Document** : Extrait du discours d’Ahmadou Ahidjo prononcé à Yaoundé le 5 janvier 1960, jour de l’indépendance du Cameroun français. > « Aujourd’hui, notre peuple accède à la souveraineté après des années de lutte et d’espoir. Nous devons bâtir une nation unie, où chaque citoyen, quel que soit son origine, participe au progrès commun. La tâche qui nous attend est immense : consolider la paix, développer l’économie, éduquer la jeunesse et affirmer notre place parmi les nations libres. » **Analyse pas à pas** 1. **Identification du locuteur et du contexte** : Ahmadou Ahidjo, Premier ministre du Cameroun autonome depuis 1958, s’adresse à la nation nouvellement indépendante. 2. **Objectif du discours** : légitimer le nouveau pouvoir, appeler à l’unité nationale après les divisions provoquées par l’UPC et les tensions régionales. 3. **Éléments de contenu** : - Référence à la « lutte et à l’espoir » → allusion aux mouvements nationalistes (UPC) et aux réformes de la Loi cadre. - Appel à l’« unité » → réponse aux risques de sécession ou de régionalisme, notamment dans le Sud‑Ouest et le Nord‑Ouest encore sous tutelle anglaise. - Priorités énumérées (paix, économie, éducation, place internationale) → programme de développement typique des États africains nouvellement indépendants. 4. **Valeur historique** : Le texte montre la volonté du pouvoir de dépasser les héritages coloniaux et de poser les bases d’un État centralisé, tout en annonçant les défis qui vont structurer les premières années de la République du Cameroun (intégration du Southern Cameroons, gestion des identités linguistiques, mise en place du parti unique). --- ## Méthode et sujets type examen ### Sujet 1 – Dissertation **Consigne** : « Analysez les similitudes et les différences entre l’évolution politique du Cameroun sous tutelle française (1945‑1960) et sous tutelle anglaise (1945‑1961). » **Plan détaillé** I. **Cadrage chronologique et institutionnel** A. Cadre de la tutelle ONU et répartition des zones. B. Différences de modèles administratifs (système parlementaire français vs gouvernement indirect britannique). II. **Évolutions politiques comparées** A. Mouvement nationaliste : UPC (radical, interdit) vs KNC/CPNC (modérés puis radicaux). B. Réformes électorales : suffrage limité puis universel dans les deux zones, mais calendrier différé (1952 Sud français, 1954 Sud anglais). C. Accès à l’autogouvernement : Loi cadre Defferre (1956) vs constitution responsable du Southern Cameroons (1959). III. **Conséquences et convergences** A. Indépendance du Cameroun français (1960) et plébiscite du Southern Cameroons (1961) → réunification. B. Création de l’État fédéral du Cameroun (1961) : héritages institutionnels mixtes. C. Défis post‑indépendance : unité nationale, gestion du bilinguisme, héritage des partis. ### Sujet 2 – Commentaire de document **Consigne** : « Commentez l’extrait du discours d’Ahmadou Ahidjo du 5 janvier 1960 (voir étude de document). » **Plan détaillé** 1. **Presentation du document** : nature, auteur, date, contexte de l’indépendance du Cameroun français. 2. **Analyse du contenu** : - Thèmes de souveraineté, d’unité, de développement. - Références implicites aux luttes passées (UPC) et aux défis à venir (intégration du Southern Cameroons). 3. **Interprétation** : - Fonction légitimatrice du discours auprès de la population et de la communauté internationale. - Vision d’un État centralisé et moderniste, contraste avec les réalités régionales. 4. **Évaluation** : pertinence du message au regard des événements ultérieurs (réunification 1961, parti unique, tensions linguistiques). ### Sujet 3 – Question de cours **Consigne** : « Expliquez en quoi la Loi cadre Defferre de 1956 a constitué une étape décisive vers l’indépendance du Cameroun français. » **Plan détaillé** - Définition de la Loi cadre : transfert de compétences internes, création d’un gouvernement responsable. - Conséquences immédiates : formation du premier gouvernement camerounais (Ahidjo 1958), préparation d’une constitution. - Impact sur le processus décolonisateur : réponse aux exigences de l’ONU, réduction du contrôle direct français, facilitation du passage à l’indépendance complète en 1960. - Limites : maintien de liens économiques et militaires avec la France, continuité d’influence extérieure. --- ## Erreurs fréquentes 1. **Confondre la date d’indépendance du Cameroun français (1er janvier 1960) avec celle de la réunification (1er octobre 1961)**. 2. **Attribuer l’UPC à la zone anglophone** alors qu’elle était exclusivement active dans la partie française. 3. **Penser que le suffrage universel a été instauré simultanément en 1954 dans les deux zones** ; en réalité, il est arrivé en 1952 (Sud français) et 1954 (Sud anglais). 4. **Considérer que la République fédérale du Cameroun était un État unitaire** ; elle était fédérale avec deux États distincts jusqu’en 1972. 5. **Croire que le plébiscite de 1961 offrait trois options** ; seules deux choix étaient proposés : réunification avec le Cameroun français ou intégration au Nigéria. 6. **Assimiler le KNC à un parti indépendantiste radical** ; le KNC était modéré et privilégiait une fédération avec le Nigéria. --- Fin du cours.

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle était la principale innovation de la Loi Cadre de 1956 appliquée au Cameroun français ?
  2. 2. Quel parti politique a été fondé par Ahmadou Ahidjo en 1947 ?
  3. 3. Sous tutelle britannique, quel organe législatif a été créé en 1946 pour les Cameroons du Sud ?
  4. 4. Entre 1945 et 1960, la population du Cameroun français est passée de 2,5 à 4,0 millions. Quel est le taux de croissance annuel moyen approximatif ?
  5. 5. Après l'interdiction de l'UPC en 1955 par les autorités françaises, quelle a été la conséquence immédiate la plus significative ?
  6. 6. La politique britannique d'administration indirecte appliquée aux Cameroons du Sud a principalement conduit à :
  7. 7. Comparaison du nombre de partis politiques autorisés : après la Loi Cadre (1956-1958) au Cameroun français vs la période britannique (1954-1960) aux Cameroons du Sud, laquelle des affirmations est vraie ?
  8. 8. Lors du référendum de 1959 au Cameroun français, 70 % des électeurs inscrits ont voté pour l'indépendance. Si le nombre d'électeurs inscrits était de 1 200 000, combien d'électeurs ont voté pour l'indépendance ?
  9. 9. Difficile : Pourquoi l'administration française a-t-elle retardé l'indépendance totale du Cameroun jusqu'en 1960 malgré la Loi Cadre de 1956 ?
  10. 10. Difficile : Lors du plébiscite de 1961, les Cameroons du Sud ont choisi de rejoindre la République du Cameroun plutôt que le Nigeria. Quel facteur a le plus influencé ce choix ?