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Chapitre 27

Le Cameroun de 1982 à nos jours : vie politique, économique et sociale

Lecture : 6 minQuiz de 8 questions

## Introduction Le 6 novembre 1982, Paul Biya, alors Premier ministre, succède à Ahmadou Ahidjo, démissionnaire deux jours plus tôt, à la tête de l'État camerounais. S'ouvre alors l'ère du « Renouveau », marquée par une succession de transformations politiques, économiques et sociales : réformes institutionnelles, crises économiques et ajustement structurel, ouverture au multipartisme, mais aussi permanence du pouvoir en place jusqu'à nos jours. Ce chapitre étudie la vie politique, économique et sociale du Cameroun depuis 1982. ## I. La vie politique : du Renouveau à l'ouverture démocratique ### 1. L'avènement du Renouveau Paul Biya présente son accession au pouvoir comme le début d'une ère nouvelle, le « **Renouveau** » (politique proclamée par Paul Biya à partir de 1982-1983, prônant la rigueur, la moralisation de la vie publique, le renforcement de l'unité nationale et une relative libéralisation économique et politique par rapport à la période précédente). Cette politique s'accompagne, dans un premier temps, d'un discours de rupture avec certaines pratiques du régime précédent. ### 2. Le putsch manqué de 1984 Les relations entre Paul Biya et son prédécesseur se dégradent rapidement. Dans la nuit du 6 avril 1984, une fraction de la Garde républicaine, restée fidèle à Ahmadou Ahidjo, tente un coup d'État qui échoue après plusieurs jours de combats à Yaoundé. Cet épisode conduit à un durcissement du pouvoir et à une reprise en main de l'appareil sécuritaire. Peu après, le 4 février 1984, une loi avait déjà changé le nom du pays : de « République Unie du Cameroun », il redevient la « République du Cameroun ». ### 3. L'évolution de la carte administrative Le pays connaît plusieurs réorganisations territoriales : les provinces héritées de la période précédente sont réaménagées, avant d'être transformées en **régions** à la suite de la révision constitutionnelle de 1996, dans le cadre d'un processus de décentralisation. Le Cameroun compte aujourd'hui dix régions, elles-mêmes subdivisées en départements et arrondissements. ### 4. L'ouverture démocratique Au tournant des années 1990, dans un contexte de contestation intérieure (mouvement des « villes mortes », grèves, manifestations) et de pressions internationales favorables à la démocratisation en Afrique, le régime engage une ouverture politique : - La loi du 19 décembre 1990 rétablit le **multipartisme** (système politique autorisant la coexistence légale de plusieurs partis politiques en concurrence pour l'exercice du pouvoir), mettant fin à plus de vingt ans de monopartisme. - De nombreux partis d'opposition se créent, dont le Social Democratic Front (SDF), fondé en 1990. - La première élection présidentielle pluraliste se tient en octobre 1992. - La Constitution est révisée en profondeur le 18 janvier 1996, introduisant notamment la décentralisation et le principe des régions. - En 2008, une nouvelle révision constitutionnelle supprime la limitation du nombre de mandats présidentiels, ce qui suscite d'importants débats et des manifestations, avant l'élection présidentielle de 2011. > À retenir : le Renouveau désigne la politique engagée par Paul Biya à partir de 1982 ; la loi du 19 décembre 1990 rétablit le multipartisme au Cameroun, mettant fin au monopartisme instauré en 1966. ## II. La vie économique : entre libéralisme communautaire et ajustement structurel ### 1. Le libéralisme communautaire Paul Biya définit sa doctrine économique et sociale sous le nom de « **libéralisme communautaire** » (doctrine officielle prônant une économie de marché tempérée par la solidarité nationale et le souci de l'intérêt collectif, présentée comme une voie médiane entre le libéralisme individualiste et le collectivisme étatique), exposée notamment dans son ouvrage *Pour le libéralisme communautaire* (1987). Les derniers plans quinquennaux de développement, hérités de la période précédente, sont maintenus au début des années 1980 avant d'être progressivement abandonnés face à la crise. ### 2. La récession économique et l'ajustement structurel À partir du milieu des années 1980, le Cameroun connaît une grave **récession économique** (phase de ralentissement ou de recul brutal de l'activité économique, caractérisée par la baisse du PIB, la chute des recettes de l'État et l'aggravation du chômage), provoquée notamment par l'effondrement des cours mondiaux du pétrole, du cacao et du café, dont dépendent fortement les recettes d'exportation du pays. Confronté à cette crise et à un endettement croissant, l'État camerounais engage à partir de la fin des années 1980 des programmes d'**ajustement structurel** (ensemble de réformes économiques imposées ou recommandées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale en contrepartie de prêts, visant le rétablissement des grands équilibres financiers par la réduction des dépenses publiques, la privatisation d'entreprises publiques et la libéralisation de l'économie), qui se traduisent par la réduction des effectifs et des salaires de la fonction publique, la privatisation de plusieurs sociétés d'État et la baisse du pouvoir d'achat. La dévaluation de 50 % du franc CFA, le 12 janvier 1994, marque un tournant supplémentaire de cette crise. ### 3. La reprise et la diversification À partir des années 2000, le pays connaît un retour progressif de la croissance, porté par l'exploitation pétrolière, l'essor du secteur des services et le développement des **PME** (petites et moyennes entreprises, actrices majeures de la diversification économique et de la création d'emplois, encouragées par des politiques publiques d'appui au secteur privé). L'État relance également une planification à moyen terme, avec des documents de stratégie tels que le Document de stratégie pour la croissance et l'emploi (DSCE) puis la Stratégie nationale de développement, dans un esprit parfois qualifié de retour à une forme de plan quinquennal. ## III. La vie sociale : éducation, santé, sport et culture - **Éducation** : généralisation progressive de l'enseignement primaire, création de nouvelles universités d'État (Douala, Dschang, Buea, Ngaoundéré, Bamenda…) réparties sur le territoire à partir des années 1990, réformes des programmes scolaires. - **Santé** : mise en œuvre de politiques de santé publique (lutte contre le VIH/sida, le paludisme), extension du réseau sanitaire, malgré les difficultés budgétaires liées à la crise économique et à l'ajustement structurel. - **Sport** : le Cameroun s'affirme comme une grande nation du football africain (les Lions Indomptables atteignent les quarts de finale de la Coupe du monde en 1990 et remportent plusieurs Coupes d'Afrique des nations) ; le pays organise la Coupe d'Afrique des nations de football en 2021-2022. - **Culture** : promotion des industries culturelles et de la diversité culturelle nationale, essor des médias privés à partir des années 1990 avec la libéralisation de l'audiovisuel. ## Frise chronologique des grandes dates (1982-2022) | Date | Événement | |---|---| | 4 novembre 1982 | Démission d'Ahmadou Ahidjo | | 6 novembre 1982 | Paul Biya devient président de la République, début du Renouveau | | 4 février 1984 | Le pays reprend le nom de République du Cameroun | | 6 avril 1984 | Putsch manqué de la Garde républicaine | | 12 janvier 1994 | Dévaluation de 50 % du franc CFA | | 19 décembre 1990 | Loi rétablissant le multipartisme | | Octobre 1992 | Première élection présidentielle pluraliste | | 18 janvier 1996 | Révision constitutionnelle : décentralisation, création des régions | | 2008 | Révision constitutionnelle supprimant la limitation des mandats présidentiels | | 2021-2022 | Organisation de la Coupe d'Afrique des nations au Cameroun | > À retenir : la récession économique de la fin des années 1980 conduit le Cameroun à mettre en œuvre des programmes d'ajustement structurel avec le FMI et la Banque mondiale, culminant avec la dévaluation du franc CFA en janvier 1994. ## Conclusion Depuis 1982, le Cameroun a connu de profondes mutations : l'affirmation du Renouveau et sa consolidation après le putsch manqué de 1984, l'ouverture au multipartisme à partir de 1990, une décentralisation administrative progressive, mais aussi une grave crise économique surmontée au prix de l'ajustement structurel. Ces transformations, encore en cours aujourd'hui, s'inscrivent dans la continuité d'un État engagé, comme durant la période précédente, dans la recherche du développement et de l'unité nationale.

Quiz du chapitre

8 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. À quelle date Paul Biya devient-il président de la République du Cameroun ?
  2. 2. Que désigne le terme « Renouveau » utilisé par Paul Biya ?
  3. 3. Que s'est-il passé dans la nuit du 6 avril 1984 ?
  4. 4. Quelle loi rétablit le multipartisme au Cameroun ?
  5. 5. Qu'est-ce que l'ajustement structurel mis en œuvre au Cameroun à partir de la fin des années 1980 ?
  6. 6. Quel événement économique majeur survient le 12 janvier 1994 ?
  7. 7. Qu'entend-on par « libéralisme communautaire », doctrine associée à Paul Biya ?
  8. 8. Quelle révision constitutionnelle introduit la décentralisation et les régions au Cameroun ?