Chapitre 13
L'émancipation des territoires britanniques : les cas du Ghana et du Kenya
Lecture : 4 minQuiz de 8 questions
## Introduction
Après la Seconde Guerre mondiale, l'Empire britannique d'Afrique est traversé par une vague de contestation qui débouche, en une vingtaine d'années, sur la décolonisation de l'ensemble du continent. Le Ghana (ancienne Gold Coast) et le Kenya illustrent deux voies opposées vers l'indépendance : une émancipation largement pacifique pour le premier, une émancipation obtenue après une révolte armée durement réprimée pour le second. Ces deux exemples permettent de comprendre la diversité des situations coloniales britanniques et des stratégies nationalistes qui y répondent.
## I. La politique coloniale britannique en Afrique
Le Royaume-Uni administre ses colonies selon le principe de l'**indirect rule** (administration indirecte) : les autorités traditionnelles locales (chefs, rois) sont maintenues et associées à l'administration, sous le contrôle des gouverneurs britanniques. Cette politique varie cependant selon la nature du territoire :
- la **Gold Coast** est une colonie d'exploitation, riche en cacao et en or, dotée d'une élite locale scolarisée et commerçante ;
- le **Kenya** est une colonie de peuplement : des colons blancs se sont installés sur les meilleures terres (les « White Highlands »), au détriment des populations kikuyu, ce qui rend la situation beaucoup plus tendue.
## II. Le Ghana : la voie pacifique vers l'indépendance
### A. Les mouvements nationalistes
Dès 1947, l'**United Gold Coast Convention** (UGCC), dirigée par J.B. Danquah, réclame une plus grande participation des Africains au gouvernement. Kwame Nkrumah, revenu d'études aux États-Unis et au Royaume-Uni où il s'est imprégné du panafricanisme, en devient le secrétaire général avant de rompre avec l'UGCC, jugée trop modérée, pour fonder en 1949 le **Convention People's Party** (CPP), dont le mot d'ordre est « self-government now » (l'autonomie tout de suite).
### B. La marche vers l'indépendance
Nkrumah lance en 1950 une campagne de désobéissance civile appelée **Positive Action** (grèves, boycotts, manifestations), qui lui vaut d'être emprisonné. Mais le CPP remporte les élections de 1951 et les Britanniques, contraints de composer, libèrent Nkrumah et le nomment à la tête du gouvernement local. Une autonomie interne croissante est accordée en 1954 puis en 1956. Le **6 mars 1957**, le Ghana devient indépendant : il est le **premier pays d'Afrique noire** à accéder à la souveraineté, ouvrant la voie aux autres colonies africaines. Le pays devient une république en 1960, avec Nkrumah comme président.
## III. Le Kenya : l'indépendance après la révolte des Mau Mau
### A. Une colonisation de peuplement contestée
Au Kenya, l'expropriation des terres kikuyu au profit des colons blancs, le travail forcé et les discriminations provoquent une colère croissante. Le **Kenya African Union** (KAU), dirigé par Jomo Kenyatta, réclame dans un premier temps des réformes par la voie légale.
### B. La révolte des Mau Mau (1952-1960)
Face à l'inertie britannique, une partie de la population kikuyu s'engage dans une insurrection armée, le mouvement **Mau Mau**, organisé en sociétés secrètes liées par un serment et menant une guérilla depuis la forêt des Aberdare. Les autorités britanniques déclarent l'**état d'urgence en octobre 1952** et mènent une répression très violente (regroupements forcés de population, camps de détention, exécutions), qui fait des dizaines de milliers de victimes. Jomo Kenyatta, bien qu'il n'ait pas dirigé directement l'insurrection, est arrêté et condamné en 1953 lors du procès de Kapenguria.
### C. La marche vers l'indépendance
Après l'écrasement militaire des Mau Mau, le Royaume-Uni comprend que le maintien de la colonisation n'est plus tenable et engage des négociations lors des **conférences de Lancaster House** (1960, 1962, 1963). Une autonomie interne est instaurée en 1963. Le **12 décembre 1963**, le Kenya accède à l'indépendance ; Jomo Kenyatta en devient le premier chef de gouvernement, puis le premier président lorsque le pays devient une république en 1964.
## Conclusion
Le Ghana et le Kenya montrent que la décolonisation britannique, si elle repose partout sur l'action de mouvements nationalistes, peut emprunter des voies très différentes selon le poids des intérêts coloniaux en présence : négociation progressive là où la colonisation est surtout économique, répression puis compromis là où elle s'accompagne d'une colonisation de peuplement. Dans les deux cas, la pression nationaliste et le contexte international de l'après-guerre (affaiblissement du Royaume-Uni, essor de l'ONU, guerre froide) contraignent Londres à négocier le transfert de souveraineté.
> Le Ghana devient indépendant le 6 mars 1957 sous la conduite de Kwame Nkrumah : il est le premier pays d'Afrique noire à obtenir son indépendance.
> Le Kenya devient indépendant le 12 décembre 1963 avec Jomo Kenyatta comme dirigeant, après la révolte armée des Mau Mau (1952-1960).
> Un mouvement nationaliste est une organisation politique qui revendique l'autonomie ou l'indépendance d'un territoire colonisé au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
> La décolonisation désigne le processus par lequel un territoire colonisé accède à la souveraineté et à l'indépendance politique.
Quiz du chapitre
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