Chapitre 15
L'indépendance de la Guinée Conakry : du « Non » à la Communauté française à la rupture avec Paris
Lecture : 3 minQuiz de 8 questions
## Introduction
Au sein de l'Afrique-Occidentale française (AOF), la Guinée occupe une place à part dans l'histoire de la décolonisation : seul territoire à refuser massivement, en 1958, le projet français de Communauté, elle obtient une indépendance immédiate mais doit affronter, seule, une rupture brutale avec l'ancienne métropole.
## I. Des cadres coloniaux à l'autonomie interne
Jusqu'en 1946, les populations d'AOF sont soumises au régime de l'**indigénat**, système juridique discriminatoire qui les prive des droits reconnus aux citoyens français. La **conférence de Brazzaville** (janvier-février 1944), réunissant les administrateurs coloniaux français, envisage des réformes économiques et sociales mais exclut explicitement toute perspective d'autonomie ou d'indépendance pour les colonies. La Constitution de 1946 crée l'**Union française**, qui associe les territoires d'outre-mer à la métropole sans leur donner de réelle souveraineté. C'est la **loi-cadre Defferre** de 1956 qui marque une avancée décisive en instaurant l'**autonomie interne** : suffrage universel, renforcement des assemblées territoriales et des conseils de gouvernement locaux.
## II. Sékou Touré et le Parti démocratique de Guinée (PDG)
Ahmed Sékou Touré, syndicaliste (il dirige notamment la CGT locale puis fonde l'Union générale des travailleurs d'Afrique noire), devient secrétaire général du **Parti démocratique de Guinée (PDG)**, section locale du Rassemblement démocratique africain (RDA). Figure du **panafricanisme**, proche des idées de Kwame Nkrumah, il incarne un nationalisme radical qui refuse tout compromis durable avec la tutelle française.
## III. Le « Non » du 28 septembre 1958
En 1958, le général de Gaulle, revenu au pouvoir, propose une nouvelle Constitution instituant la **Communauté française** : chaque territoire d'outre-mer doit se prononcer par référendum, soit pour l'autonomie interne au sein de cette Communauté, soit pour une indépendance immédiate qui entraîne la rupture de l'aide et de la coopération françaises. Sékou Touré résume l'enjeu par une formule restée célèbre : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l'esclavage. » Le **28 septembre 1958**, la Guinée est le **seul territoire** de l'ensemble de l'Afrique française à voter massivement « Non » (environ 95 % des suffrages), alors que tous les autres territoires optent pour la Communauté.
## IV. Une indépendance et une rupture immédiates
L'indépendance de la Guinée est proclamée dès le **2 octobre 1958**, avec Sékou Touré comme premier président. La France, jugeant cette rupture inacceptable, retire précipitamment son administration, ses coopérants techniques et son aide, dans des conditions souvent présentées comme punitives. Isolée, la jeune République guinéenne se tourne vers le bloc socialiste et se rapproche du Ghana de Nkrumah : une union Ghana-Guinée est proclamée dès la fin de 1958, rejointe par le Mali en 1961, préfigurant les futures tentatives d'unité panafricaine.
## Conclusion
L'exemple guinéen illustre la radicalité d'un choix : contrairement à la marche progressive vers l'autonomie interne suivie par la plupart des territoires d'AOF et d'AEF, la Guinée choisit la rupture immédiate, au prix d'un isolement économique et diplomatique sévère, mais en faisant figure de pionnière de l'indépendance totale en Afrique noire francophone.
> Le 28 septembre 1958, la Guinée est le seul territoire français d'Afrique à voter « Non » au référendum sur la Communauté française, ce qui entraîne une indépendance immédiate.
> L'indépendance de la Guinée est proclamée le 2 octobre 1958, sous la présidence d'Ahmed Sékou Touré.
> La loi-cadre Defferre (1956) instaure l'autonomie interne des territoires d'outre-mer français, contrairement aux accords d'Évian (1962) qui, en Algérie, mettent fin à une guerre par une négociation.
> Le panafricanisme est le mouvement d'idées prônant l'unité politique, économique et culturelle des peuples africains.
Quiz du chapitre
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