Chapitre 44
Séquence 6 : Les relations interpersonnelles
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# Séquence 6 : Les relations interpersonnelles
## Objectifs et prérequis
**Objectifs** :
- Comprendre le rôle du système nerveux dans la régulation des comportements sociaux et des émotions lors des interactions interpersonnelles.
- Analyser les mécanismes neurobiologiques sous-jacents à l’empathie, à la reconnaissance des émotions et à la réponse au stress social.
- Appliquer ces connaissances à la gestion psychosociale d’un malade contagieux et d’une épidémie, en identifiant les comportements individuels et collectifs pertinents.
- Évaluer l’impact du stress, de la peur et de la stigmatisation sur l’adhésion aux mesures sanitaires et proposer des stratégies d’intervention basées sur les preuves.
**Prérequis** :
- Connaissances de base sur la structure et le fonctionnement du système nerveux (neurones, synapses, neurotransmetteurs, système nerveux autonome).
- Notions sur les émotions de base (peur, colère, tristesse, joie) et leur expression physiologique.
- Compréhension des concepts de stress aigu et chronique, et de l’axe HPA (hypothalamo-hypophyso-surrénalien).
- Familiarité avec les notions d’épidémiologie de base (transmission, incubation, période de contagiosité).
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## Introduction
Les relations interpersonnelles ne sont pas uniquement le produit de facteurs culturels ou éducatifs : elles sont profondément ancrées dans notre biologie, notamment dans le fonctionnement du système nerveux. Ce chapitre explore comment les mécanismes neuronaux sous-tendent notre capacité à percevoir, interpréter et répondre aux émotions d’autrui, et comment ces processus sont mobilisés — ou perturbés — lors de situations sanitaires exceptionnelles comme une épidémie. Nous verrons d’abord comment le cerveau traite les signaux sociaux (expressions faciales, ton de voix, posture) grâce à des réseaux spécifiques (système miroir, amygdale, cortex préfrontal ventromédial). Ensuite, nous analyserons comment, face à une menace infectieuse, ces mêmes systèmes influencent les comportements individuels (évitement, recherche d’aide, adhésion aux mesures) et collectifs (panique, stigmatisation, solidarité), et comment une compréhension neurobiologique permet d’élaborer des interventions psychosociales plus efficaces.
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## I. Séance 21 : Rôle du système nerveux dans les relations interpersonnelles
### A. Fondements neurobiologiques de la perception sociale
Le traitement des informations sociales repose sur un réseau cérébral spécialisé, souvent appelé « cerveau social ». Ce réseau intègre des régions impliquées dans la détection de signes émotionnels, l’inférence des états mentaux d’autrui (théorie de l’esprit) et la régulation de nos propres réponses émotionnelles et comportementales.
> **À retenir** : Le système miroir neuronale, découvert initialement chez le singe macaque, consiste en un groupe de neurones qui s’activent tanto lorsqu’un individu exécute une action qu lorsqu’il observe autrui réaliser la même action. Chez l’humain, ce système implique principalement le cortex prémoteur ventral (aire F5 chez le singe, correspondant à l’aire 6 ventrolatérale chez l’humain) et le cortex pariétal inférieur (aire PF/PFG). Il constitue une base neurobiologique pour la compréhension implicite des actions et des intentions d’autrui, sans nécessiter de raisonnement explicite.
L’amygdale, structure limbique située dans le lobe temporal médian, joue un rôle central dans la détection de la pertinence émotionnelle des stimuli, en particulier ceux liés à la peur et à la menace sociale. Elle reçoit des projections rapides du thalamus (voie « low road ») permettant une réponse rapide aux expressions de peur, et des projections plus lentes du cortex visuel (voie « high road ») permettant une analyse plus fine.
> **À retenir** : L’amygdale est essentielle pour l’apprentissage conditionné de la peur sociale. Des lésions bilatérales de l’amygdale chez l’humain entraînent une incapacité à reconnaître la peur sur les visages d’autrui, malgré une préservation de la reconnaissance d’autres émotions comme la joie ou la tristesse. Cela démontre sa spécificité dans le traitement des signaux de menace sociale.
Le cortex préfrontal ventromédial (vmPFC) et le cortex cingulaire antérieur antérieur (ACC) sont impliqués dans la régulation des réponses émotionnelles générées par l’amygdale et dans l’intégration des informations sociales pour guider la prise de décision adaptée au contexte. Le vmPFC évalue la valeur émotionnelle des stimuli sociaux et inhibe les réponses excessives de l’amygdale via des connexions GABAergiques.
> **À retenir** : Le vmPFC module la réponse de l’amygdale aux stimuli sociaux menaçants. Une hypoactivité du vmPFC, observée dans certains troubles de la personnalité ou après un traumatisme crânien frontal, est associée à une impulsivité accrue et à une difficulté à inhiber des réponses émotionnelles inadaptées dans des contextes sociaux.
L’ocytocine, neuropeptide libéré par l’hypothalamus et agissant comme neurotranspresseur et hormone, facilite l’attachement, la confiance et la reconnaissance sociale. Elle agit sur des récepteurs présents dans l’amygdale (où elle réduit la réponse à la peur sociale), le noyau accumbens (impliqué dans la récompense sociale) et le tronc cérébral (modulant la libération de neurotransmetteurs comme la dopamine et la sérotonine).
> **À retenir** : L’ocytocine augmente la fixation du regard sur la région des yeux des visages, améliorant ainsi la reconnaissance des émotions subtiles, particulièrement chez les individus présentant des traits autistiques. Son effet dépend toutefois du contexte social et de l’histoire individuelle : dans un contexte de méfiance ou de menace perçue, elle peut augmenter la vigilance sociale plutôt que la confiance.
### B. Reconnaissance des émotions de base
Les six émotions de base (joie, tristesse, colère, peur, dégoût, surprise) possèdent des expressions faciales universelles, identifiables transculturellement grâce à des configurations spécifiques des muscles faciaux (Action Units selon le système FACS de Ekman). Le cerveau traite ces expressions via des voies hiérarchisées : le cortex visuel primaire (V1) détecte les caractéristiques de bas niveau (orientation, contraste), puis les aires visuelles supérieures (V4, IT) analysent la forme globale du visage, avant que l’amygdale et le cortex temporal supérieur (implicated dans le traitement des voix et des mouvements buccaux) n’intègrent l’information émotionnelle.
> **À retenir** : La reconnaissance de la peur faciale repose particulièrement sur l’amygdale et est fortement altérée chez les patients présentant une amygdalectomie bilatérale. En revanche, la reconnaissance de la joie repose davantage sur le noyau accumbens et les voies de récompense, expliquant pourquoi elle est souvent préservée même en cas de lésions limbiques étendues.
Le traitement des émotions vocales (ton de voix, prosodie) implique le cortex temporal supérieur droit, qui analyse les variations de fréquence fondamentale et d’intensité. Ce traitement est interconnecté avec l’amygdale : une voix menaçante active l’amygdale même en l’absence de stimulus visuel.
> **À retenir** : L’intégration multisensorielle des émotions (visuel + auditif) se produit dans le cortex temporal supérieur supérieur (STS) et le gyrus fusiforme. Cette intégration améliore la précision et la vitesse de reconnaissance émotionnelle par rapport au traitement unimodal, particulièrement dans des environnements bruyants ou ambiguës.
### C. Régulation émotionnelle et contrôle inhibiteur
La régulation des émotions sociales dépend largement du contrôle exécutif exercé par le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC) et le vmPFC. Le DLPFC est impliqué dans la mise en place de stratégies de régulation cognitive (ex. : reconsidération, distanciation), tandis que le vmPFC évalue la pertinence émotionnelle du contexte et inhibe les réponses automatiques de l’amygdale.
> **À retenir** : La reconsidération cognitive (changer la façon dont on pense à une situation pour en modifier l’impact émotionnel) active le DLPFC et le vmPFC, et entraîne une décroissance de l’activité amygdalienne mesurable par IRMf. Cette stratégie est plus efficace que la suppression expressive (inhiber l’expression extérieure de l’émotion) pour réduire l’expérience subjective de l’émotion sans coût cognitif excessif.
Le système nerveux autonome (SNA), via ses branches sympathique et parasympathique, médie les réponses physiologiques aux émotions sociales. La branche sympathique prépare le corps à l’action (augmentation du rythme cardiaque, sudation, libération d’adrénaline) face à un défi social (ex. : prise de parole en public). La branche parasympathique, notamment via le nerf vague, favorise le retour au calme après une interaction sociale stressante.
> **À retenir** : La variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), reflet de l’influence parasympathique sur le nœud sino-auriculaire, est un marqueur physiologique de la capacité de régulation émotionnelle. Une VFC élevée au repos est associée à une meilleure capacité à gérer le stress social et à s’engager dans des comportements prosociaux.
### D. Exercices d’application corrigés
**Exercice 1** : Un individu présente une lésion bilatérale de l’amygdale. Quelle émotion de base serait-il le plus susceptible de ne pas reconnaître sur les visages d’autrui, et pourquoi ?
*Correction* : La peur. L’amygdale est spécialisée dans la détection rapide des signaux de menace sociale, notamment l’expression de peur. Des études sur des patients comme S.M. (amygdalectomie bilatérale suite à uréthème) montrent une incapacité spécifique à reconnaître la peur, malgré une préservation de la reconnaissance de la joie, de la tristesse ou du dégoût. Cela s’explique par le rôle de l’amygdale dans le traitement de l’écart entre les yeux et la forme globale du visage caractéristique de la peur (yeux écarquillés, sourcils relevés et tirés vers le centre).
**Exercice 2** : Lors d’un entretien d’embauche stressant, un candidat utilise la reconsidération cognitive pour voir la situation comme un défi plutôt qu’une menace. Quels réseaux cérébraux sont principalement activés, et quel est l’effet sur l’activité amygdalienne ?
*Correction* : Le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC) et le cortex préfrontal ventromédial (vmPFC) sont activés. Leur activation entraîne une inhibition décroissante de l’amygdale via des projections GABAergiques du vmPFC vers le noyau central de l’amygdale. Cela réduit l’expérience subjective de l’anxiété et améliore les performances cognitives pendant l’entretien.
**Exercice 3** : Mesurez la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) d’un étudiant avant et après un exercice de respiration profonde de 5 minutes. La VFC passe de 25 ms à 45 ms. Interprétez ce résultat en termes de régulation émotionnelle.
*Correction* : L’augmentation de la VFC reflète une augmentation de l’influence parasympathique (via le nerf vague) sur le rythme cardiaque. Cela indique une activation du système de calme et de connexion, associé à une réduction de l’activation sympathique et à une meilleure capacité à réguler les émotions négatives. Dans un contexte académique, cela suggère que l’étudiant est mieux équipé pour gérer le stress suivant l’exercice.
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## II. Séance 22 : Comportements psychosociaux dans la gestion d’un malade contagieux et d’une épidémie
### A. Réponses émotionnelles individuelles face à la menace infectieuse
Face à un risque perçu de contamination, l’individu active un ensemble de réponses émotionnelles et comportementales visant à réduire l’incertitude et à restaurer un sentiment de contrôle. Ces réponses sont médiées par les mêmes systèmes neuronaux impliqués dans la peur et le stress, mais sont modulés par des facteurs cognitifs (croyances, connaissances) et sociaux (normes, influence du groupe).
> **À retenir** : La perception du risque infectieux suit un modèle dual-processus : un système automatique, rapide et émotionnel (amygdale-dépendant) qui réagit à des indices sensoriels bruts (ex. : toux, apparence maladive), et un système réfléchi, lent et cognitif (cortex préfrontal-dépendant) qui évalue la probabilité réelle de transmission basée sur des connaissances (ex. : mode de transmission, période d’incubation). Un déséquilibre entre ces deux systèmes peut conduire à une sous-réaction (négligence) ou une sur-réaction (panique, stigmatisation).
La peur de la contamination peut déclencher une réponse de type « fight-or-flight » médiée par l’axe HPA : libération de CRH par l’hypothalamus → ACTH par l’hypophyse → cortisol par les surrénales. Le cortisol prépare le corps à l’action mais, en excès chronique, altère la fonction immunitaire et la cognition sociale.
> **À retenir** : Un cortisol élevé de façon prolongée (> plusieurs semaines) est associé à une diminution de l’activité des cellules tueuses naturelles (NK) et à une altération de la réponse vaccinale. Dans le contexte d’une épidémie, cela peut paradoxalement augmenter la vulnérabilité réelle à l’infection, malgré une motivation initiale à se protéger.
La stigmatisation des malades ou des groupes perçus comme « à risque » émerge lorsque la peur est dirigée vers un bouc émissaire identifiable. Ce processus implique l’amygdale (détection de la différence comme menace) et un déclin de l’activité du réseau de théorie de l’esprit (vmPFC, junction temporo-pariétale), réduisant la capacité à voir l’humanité de l’autre.
> **À retenir** : La stigmatisation réduit la probabilité que les individus symptomatiques cherchent un dépistage ou un traitement, par crainte du rejet social. Cela augmente la durée de la période de contagiosité non détectée et favorise la transmission communautaire. Des interventions visant à rétablir la connexion sociale (ex. : témoignages de guéris, messages d’empathie) réactivent le vmPFC et réduisent la stigmatisation mesurable par des scores d’attitude.
### B. Comportements collectifs et dynamique des foules
Lors d’une épidémie, les comportements individuels s’agrègent pour produire des phénomènes collectifs tels que l’achat compulsif de masques, la fuite des zones urbaines ou l’adhésion aux mesures de confinement. Ces phénomènes sont influencés par la contagion émotionnelle (transmission non verbale d’états affectifs) et par les normes sociales perçues.
> **À retenir** : La contagion émotionnelle se produit par mimétisme automatique des expressions faciales, de la posture et du ton de voix, médiée par le système miroir neuronale. Une personne exposée à des individus exprimant de la peur (même sans contact direct) présente une augmentation de l’activité amygdalienne et une augmentation subjective de l’anxiété, même en l’absence de risque objectif. Cela explique la propagation rapide de l’anxiété dans les foules ou via les médias.
L’adhésion aux mesures sanitaires (port du masque, distanciation, vaccination) dépend de l’équilibre entre les coûts perçus (inconfort, perte de liberté) et les bénéfices perçus (protection de soi et d’autrui). Le vmPFC intègre ces éléments pour produire une valeur nette de l’action. Lorsque le bénéfice altruiste (protection d’autrui) est rendu saillant, l’adhésion augmente, même si le coût personnel reste élevé.
> **À retenir** : L’encadrement des messages de santé publique en termes de protection d’autrui (« porter un masque pour protéger les autres ») active davantage le réseau de récompense sociale (noyau accumbens, vmPFC) que l’encadrement en termes de protection de soi. Cela s’explique par l’activation de motifs d’identité sociale et de conformité aux normes prosociales, particulièrement efficaces dans les collectivités où l’interdépendance est valorisée.
La désinformation se propage plus rapidement que l’information précise lors d’une épidémie, car elle est souvent plus émotionnellement chargée (ex. : théories du complot, remèdes miracles). Elle exploite les biais cognitifs (biais de confirmation, biais de négativité) et active le système de récompense via la nouveauté et l’émotion forte.
> **À retenir** : Corriger la désinformation nécessite plus qu’un simple démenti factuel. Une stratégie efficace consiste à fournir un récit alternatif cohérent (expliquant *pourquoi* la rumeur est fausse et *quelle* est la vérité), à impliquer des sources de confiance locales (leaders communautaires, professionnels de santé connus) et à éviter de répéter la rumeur elle-même (ce qui renforce sa mémorabilité).
### C. Stratégies d’intervention psychosociale fondées sur les preuves
Pour gérer efficacement les dimensions psychosociales d’une épidémie, les interventions doivent aller au-delà de l’information pure et adresser les mécanismes émotionnels et sociaux sous-jacents.
1. **Réduction de l’incertitude** : Fournir des informations claires, cohérentes et régulièrement mises à jour sur le mode de transmission, les symptômes et les mesures efficaces réduit l’anxiété liée à l’inconnu. Cela diminue l’activation de l’amygdale liée à l’ambiguïté.
2. **Renforcement du sentiment d’efficacité personnelle et collective** : Montrer que les actions individuelles (lavage des mains, port du masque) ont un impact mesurable sur la transmission augmente le sentiment de contrôle et réduit l’impuissance apprise. Cela active les voies de récompense liées à l’agence.
3. **Promotion de l’empathie et de la réduction de la stigmatisation** : Utiliser des récits mettant en scène des personnes malades ou guéries comme des membres à part entière de la communauté rétablit la théorie de l’esprit et réduit la déshumanisation. Cela réactive le vmPFC et le réseau de théorie de l’esprit.
4. **Utilisation de leaders de confiance** : Les messages délivrés par des figures locales respectées (chefs traditionnels, infirmiers, enseignants) sont mieux acceptés car ils activent moins les mécanismes de défense liés à la méfiance envers les autorités lointaines.
5. **Gestion du stress et promotion du bien-être** : Proposer des espaces d’écoute, des lignes d’écoute psychologique ou des exercices de respiration guidée réduit l’allostase chronique et préserve la fonction immunitaire et cognitive.
> **À retenir** : L’efficacité d’une intervention psychosociale se mesure non seulement par l’adhésion aux mesures sanitaires, mais aussi par des indicateurs de santé mentale (niveaux d’anxiété, de dépression, de stress perçu) et de cohésion sociale (niveau de confiance, de soutien perçu, de participation communautaire). Une approche intégrée biomédicale-psychosociale est essentielle pour contrôler durablement une épidémie.
### D. Exercices d’application corrigés
**Exercice 1** : Pendant une épidémie de choléra, une communauté refuse d’utiliser les points de chloration de l’eau car elle croit que l’eau est « empoisonnée » par les autorités. Quel biais cognitif explique principalement cette croyance, et quelle stratégie d’intervention serait la plus adaptée ?
*Correction* : Le biais de méfiance envers les autorités (ou biais de conspiration) explique cette croyance, souvent renforcé par des expériences historiques de marginalisation ou d’abus. La stratégie la plus adaptée consiste à impliquer des leaders communautaires de confiance dans la démonstration publique de l’innocuité de l’eau chlorée (ex. : boire l’eau devant la communauté, faire tester l’eau par un technicien local connu), plutôt que de simplement distribuer des fiches d’information. Cela rétablit la confiance par l’action concrète et la validation sociale.
**Exercice 2** : Une étude mesure les niveaux de cortisol salivaires chez des travailleurs de santé pendant une épidémie. Le groupe A (ayant reçu une formation sur la gestion du stress et l’accès à un soutien psychologique) présente des niveaux moyens de 0,8 µg/dL, tandis que le groupe B (sans intervention) présente 1,5 µg/dL. Quel est l’interprétation physiologique de cette différence, et quel risque à long terme est atténué dans le groupe A ?
*Correction* : La différence reflète une moindre activation de l’axe HPA dans le groupe A grâce à l’intervention. Cela indique une meilleure régulation du stress et une réduction de l’allostase. À long terme, cela atténue le risque d’épuisement professionnel (burn-out), de suppression immunitaire chronique et de troubles de l’humeur (anxiété, dépression), préservant ainsi la capacité de travail et la résilience du personnel soignant.
**Exercice 3** : Une campagne de vaccination utilise deux slogans :
- Slogan A : « Vaccinez-vous pour vous protéger »
- Slogan B : « Vaccinez-vous pour protéger vos proches »
Après un mois, l’adhésion est de 55 % pour le slogan A et 70 % pour le slogan B. Expliquez ce résultat à l’aide des concepts de motivation altruiste et de récompense sociale.
*Correction* : Le slogan B active davantage la motivation altruiste et le réseau de récompense sociale lié à l’appartenance et à l’approbation sociale (vmPFC, noyau accumbens). Protéger autrui est perçu comme une action conforme aux normes prosociales, ce qui génère un sentiment de fierté et de connexion sociale, renforçant l’adhésion. Le slogan A, centré sur soi, active moins ces voies et peut être perçu comme moins significatif dans un contexte où l’interdépendance est valorisée. Cela démontre que l’encadrement du message influence profondément le comportement via des mécanismes neurobiologiques sociaux.
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## Synthèse du chapitre
- Le système nerveux sous-tend les relations interpersonnelles via des réseaux spécialisés : système miroir (compréhension des actions), amygdale (détection de la menace sociale, notamment la peur), vmPFC (régulation émotionnelle et évaluation de la valeur sociale), et oxytocine (facilitation de la confiance et de la reconnaissance sociale).
- La reconnaissance des émotions de base repose sur des voies visuelles et auditives hiérarchisées, avec une intégration multisensorielle dans le STS et le gyrus fusiforme pour une meilleure précision.
- La régulation émotionnelle implique le DLPFC (stratégies cognitives comme la reconsidération) et le vmPFC (inhibition de l’amygdale), avec la VFC comme marqueur physiologique de la capacité de régulation.
- Face à une menace infectieuse, la perception du risque implique un dual-processus : réaction émotionnelle rapide (amygdale) et évaluation réfléchie (cortex préfrontal). Un déséquilibre peut mener à la négligence ou à la panique.
- Le stress chronique (axe HPA/cortisol) altère l’immunité et la cognition sociale, augmentant paradoxalement la vulnérabilité malgré les efforts de protection.
- La stigmatisation émerge de la peur dirigée vers un bouc émissaire, réduisant la théorie de l’esprit et décourageant le recours aux soins ; elle se combat par des récits d’empathie et des leaders de confiance.
- La contagion émotionnelle, médiée par le système miroir, permet la propagation rapide de l’anxiété dans les foules ou via les médias, indépendamment du risque objectif.
- L’adhésion aux mesures sanitaires dépend de l’encadrement du message : mettre en avant la protection d’autrui active davantage les voies de récompense sociale que la protection de soi.
- La désinformation se propage par son charge émotionnelle et sa nouveauté ; sa correction nécessite un récit alternatif cohérent, des sources de confiance et l’évitement de sa répétition.
- Les interventions psychosociales efficaces réduisent l’incertitude, renforcent le sentiment d’efficacité, promeuvent l’empathie, utilisent des leaders de confiance et gèrent le stress, avec des résultats mesurés en termes d’adhésion, de santé mentale et de cohésion sociale.
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## Glossaire
- **Amygdale** : Structure limbique du lobe temporal médian impliquée dans la détection de la pertinence émotionnelle des stimuli, notamment ceux liés à la peur et à la menace sociale.
- **Axe HPA** : Axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, système neuroendocrinien médiateur de la réponse au stress via la libération de CRH, ACTH et cortisol.
- **Contagion émotionnelle** : Transmission automatique et inconsciente d’états affectifs d’un individu à un autre via le mimétisme des expressions faciales, de la posture ou du ton de voix.
- **Cortex préfrontal ventromédial (vmPFC)** : Région cérébrale impliquée dans la régulation des émotions sociales, l’inhibition de l’amygdale et l’évaluation de la valeur des stimuli sociaux.
- **Système miroir neuronale** : Groupe de neurones qui s’activent tanto lors de l’exécution d’une action que lors de l’observation de la même action chez autrui, sous-tendant la compréhension implicite des intentions.
- **Ocytocine** : Neuropeptide libéré par l’hypothalamus qui facilite l’attachement, la confiance et la reconnaissance sociale, en modulant l’amygdale et le noyau accumbens.
- **Théorie de l’esprit** : Capacité à attribuer des états mentaux (croyances, intentions, émotions) à autrui pour prédire et expliquer son comportement.
- **Variabilité de la fréquence cardiaque (VFC)** : Mesure de la variation dans le temps des intervalles entre deux battements cardiaques, reflet de l’influence parasympathique sur le cœur et indicateur de la capacité de régulation émotionnelle.
- **Reconsidération cognitive** : Stratégie de régulation émotionnelle consistant à changer la façon dont on pense à une situation pour en modifier l’impact émotionnel, activant le DLPFC et le vmPFC.
- **Stigmatisation** : Processus social par lequel un individu ou un groupe est marqué comme différent et inférieur, entraînant le rejet, la discrimination et le découragement du recours aux soins.
- **Allostase** : Processus par lequel l’organisme atteint la stabilité par le changement physiologique en réponse au stress ; son épuisement mène à l’allostatic load, associé à des pathologies physiques et mentales.
- **Noyau accumbens** : Structure du système de récompense impliquée dans la motivation, la prédiction de la récompense et l’apprentissage associatif, activée par les interactions sociales positives et l’ocytocine.
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*Fin du cours.*
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