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Chapitre 6

OBSERVATION DE LA PLAIE (partie 2/2)

Lecture : 17 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :** - Décrire les différents stades de la plaie (inflammation, détersion, bourgeonnement, épithélialisation) et leurs signes cliniques caractéristiques. - Identifier les états de la plaie (aiguë, chronique, infectée, colonisée, nécrosée) et en déduire les conduites à tenir en milieu de soins. - Appliquer les protocoles d’observation et de suivi de la plaie selon les recommandations du MINESEC/IGE (hygiène, asepsie, surveillance des paramètres vitaux locaux). - Réaliser un bilan d’observation structuré (fiche de suivi) et proposer des mesures correctives adaptées au contexte camerounais (centre de santé, poste de secours, unité de soins infirmiers). **Prérequis :** - Notions d’anatomie et de physiologie de la peau et des tissus sous‑cutanés (couches épidermique, dermique, hypodermique). - Concepts d’inflammation aiguë et de réponse immunitaire innée. - Règles d’hygiène hospitalière (lavage des mains, port de gants, utilisation de solutions antiseptiques). - Maîtrise de la lecture de constantes vitales (température, pouls, pression artérielle) et de l’observation clinique de base. --- ## Introduction contextualisée Dans les formations techniques et professionnelles du secondaire au Cameroun, la prise en charge des plaies constitue une compétence transversale indispensable aux métiers de la santé (infirmier·e, aide‑soignant·e, technicien·e de laboratoire, agent de santé communautaire). Que ce soit dans un centre de santé de district, un poste de secours routier ou une unité de soins d’urgence, l’observation précise de la plaie permet d’évaluer son évolution, de détecter précocement une infection ou une nécrose, et d’ajuster le traitement (nettoyage, pansement, antibiothérapie). Le programme officiel MINESEC/IGE pour la série F7 insiste sur une approche par compétences : l’élève doit non seulement connaître les stades physiologiques de la cicatrisation, mais aussi savoir les mettre en pratique à l’aide d’outils de suivi standardisés (fiche d’observation, échelle de douleur, score de Bates‑Jensen). Ce chapitre s’inscrit dans la continuité du chapitre précédent consacré à l’anatomie de la peau et prépare l’élève aux situations réelles où il devra intervenir sous la responsabilité d’un professionnel de santé qualifié. --- ## I. ACTIVITES D’INTEGRATION ### 1. Mise en situation professionnelle > **Scénario :** Un élève infirmier·e reçoit un patient de 34 ans présentant une plaie cutanée de 4 cm sur la jambe droite, suite à une chute lors d’un chantier de construction à Yaoundé. La plaie est rouge, légèrement tuméfiée, avec un écoulement séreux clair. Le patient signale une douleur de 3/10 au repos. **Objectif de l’activité :** Identifier, à partir de l’observation initiale, le stade de la plaie et proposer les premières mesures de soins. ### 2. Étapes de l’activité 1. **Observation visuelle** : noter la couleur, la taille, la présence d’exsudat, les bords. 2. **Palpation douce** (avec gants) : évaluer la température locale, la consistance du tissu autour de la plaie. 3. **Mesure de la douleur** : utiliser l’échelle verbale simple (0‑10). 4. **Compléter la fiche d’observation** (voir annexe en fin de chapitre). 5. **Débat en groupe** : chaque groupe justifie le stade retenu et propose le protocole de nettoyage (solution saline 0,9 % + compresses stériles) et le type de pansement adapté (pansement hydrocellulaire pour plaie exsudative). ### 3. Apports théoriques liés à l’activité - La phase d’inflammation se manifeste par rougeur, chaleur, tuméfaction et douleur (les 4 signes classiques de Celsus). - Un exsudat séreux clair indique une réponse inflammatoire non infectée. - La mesure de la douleur permet de suivre l’évolution de l’inflammation et d’ajuster l’analgésie si nécessaire. > **À retenir :** Lors de la première observation, noter systématiquement la couleur, la température, l’exsudat et la douleur afin de classer la plaie dans son stade inflammatoire. --- ## II. Leçon 13 : Les stades de la plaie ### A. Définition générale La cicatrisation cutanée est un processus ordonné en quatre phases physiologiques qui se chevauchent partiellement : inflammation, détersion, bourgeonnement et épithélialisation. Chaque stade présente des signes cliniques spécifiques permettant son identification au lit du patient. ### B. Stade 1 – Inflammation (jours 0‑4) | Signe clinique | Description | Valeur typique (Cameroun) | |----------------|-------------|---------------------------| | Rougeur (érythème) | Dilatation des capillaires sous‑cutanés | Présente dans >90 % des plaies aiguës | | Chaleur locale | Augmentation du flux sanguin | Température locale >37,5 °C (mesurée avec thermomètre infrarouge) | | Tuméfaction (œdème) | Accumulation de liquide interstitiel | Épaisseur du bord >2 mm | | Douleur | Stimulation des nocicepteurs | Échelle 2‑4/10 au repos | | Exsudat | Líquide plasmatique riche en protéines | Séreux, clair, volume <0,5 ml/h | > **À retenir :** Le stade inflammatoire est caractérisé par le quartet rougeur‑chaleur‑tuméfaction‑douleur (RCTD). ### C. Stade 2 – Détersion (jours 3‑7) - **Objectif** : éliminer les débris nécrotiques, les corps étrangers et les bactéries via l’action des neutrophiles et des macrophages. - **Signes** : apparition d’un exsudat plus abondant, parfois légèrement trouble (sérineux‑purulent), présence de tissu nécrotaire jaune ou grisâtre au fond de la plaie. - **Intervention** : lavage mécanique avec solution saline 0,9 % ou antiseptique doux (chlorhexidine 0,05 %) ; débridement chirurgical si nécessaire (ciseaux stériles, curette). > **À retenir :** Un exsudat devenant trouble ou malodorant évoque une possible colonisation bactérienne et nécessite un prélèvement pour antibiogramme. ### D. Stade 3 – Bourgeonnement (jours 5‑21) - **Objectif** : remplir le défaut tissulaire par du tissu de granulation riche en fibroblastes et nouveaux vaisseaux capillaires. - **Signes** : tissu de couleur rougeâtre, granuleux, humide, qui saigne facilement au toucher ; réduction de l’exsudat ; apparition de bourgeons visibles à la surface. - **Facteurs favorisant** : bonne oxygénation, apport protéique adéquat (≥1,2 g/kg/j), contrôle de l’infection, humidité maintenue (pansement hydrocellulaire ou alginate). > **À retenir :** Le tissu de granulation doit être rouge, humide et saignant au léger toucher ; sa pâleur ou sa noirceur indique une hypoxie ou une nécrose. ### E. Stade 4 – Épithélialisation (jours 7‑30+, peut se prolonger) - **Objectif** : recouvrir le tissu de granulation par des kératinocytes migratoires provenant des bords de la plaie et des annexes (follicules pileux, glandes sudoripares). - **Signes** : formation d’une fine couche rosée ou blanche au centre de la plaie, réduction progressive de la taille, exsudat minimal ou absent, absence de saignement au toucher. - **Fin de la phase** : lorsque la plaie est complètement recouverte d’épiderme néoformé, même si la résistance mécanique reste inférieure à celle de la peau saine (nécessite protection pendant plusieurs semaines). > **À retenir :** L’épithélialisation est jugée complète lorsque la surface de la plaie est uniformément rosée, sans zones de granulation visibles, et que la mesure de la surface montre une réduction de >90 % par rapport à la taille initiale. ### F. Tableau récapitulatif des stades | Stade | Durée approximative | Signes majeurs | Soins de base | |-------|---------------------|----------------|---------------| | Inflammation | J0‑J4 | Rougeur, chaleur, tuméfaction, douleur, exsudat séreux | Nettoyage doux, surveillance des signes d’infection | | Détersion | J3‑J7 | Exsudat trouble, tissu nécrotaire jaune/gris | Lavage mécanique, débridement si besoin, antiseptique léger | | Bourgeonnement | J5‑J21 | Tissu rouge granuleux, saignement léger, diminution de l’exsudat | Maintien d’un environnement humide, pansement hydrocellulaire/alginate | | Épithélialisation | J7‑J30+ | Couche rosée blanche, réduction de taille, exsudat nul | Protection mécanique, pansement semi‑occlusif, suivi de la taille | --- ## III. Leçon 14 : Les différents états de la plaie Au-delà du stade physiologique, la plaie peut présenter différents **états** qui influencent la prise en charge thérapeutique. Ces états sont définis par la présence ou l’absence d’infection, de nécrose, de colonisation bactérienne et de chronicité. ### A. Plaie aiguë - **Définition** : lésion survenant récemment (moins de 4  semaines) suite à un traumatisme mécanique, thermique ou chimique, avec un processus de cicatrisation qui suit normalement les quatre stades. - **Caractéristiques** : bord nets, tissu de granulation présent, exsudat modéré, absence de signes d’infection locale sévère. - **Exemple camerounais** : plaie de coupure sur la main lors de la préparation du manioc dans un village de l’Est. - **Conduite** : nettoyage, pansement adapté selon le stade, surveillance quotidienne, antibiothérapie uniquement si signes d’infection apparaissent. > **À retenir :** Une plaie aiguë non compliquée guérit en moyenne en 10‑14 jours lorsqu’elle est correctement nettoyée et protégée. ### B. Plaie chronique - **Définition** : lésion qui ne présente pas de tendance à la guérison après 4  semaines de soins appropriés, ou qui récidive malgré le traitement. - **Facteurs de chronicité** (au Cameroun) : diabète non contrôlé, insuffisance artérielle périphérique, pression prolongée (escarres), infection persistante, malnutrition, défaut de suivi. - **Signes** : bord irrégulier ou underminé, tissu de granulation pâle ou absent, exsudat abondant souvent purulent, présence de biofilm. - **Prise en charge** : évaluation étiologique (glycémie, débit artériel), débridement agressif, contrôle de l’infection (antibiotiques locaux ou systémiques selon antibiogramme), thérapie de pression négative si disponible, éducation du patient sur l’autosoins. > **À retenir :** Chez un patient diabétique, toute plaie du pied qui ne diminue pas de taille après 7 jours de soins doit être considérée comme potentiellement chronique et nécessiter une évaluation vasculaire. ### C. Plaie infectée - **Critères cliniques** (selon les recommandations de l’IDSA adaptées au contexte africain) : augmentation de la douleur, augmentation de la taille, exsudat purulent ou malodorant, chaleur locale accrue, fièvre (>38 °C) ou leucocytose, présence de tissu nécrotaire. - **Micro-organismes fréquents** : *Staphylococcus aureus* (y compris MRSA), *Pseudomonas aeruginosa*, *Escherichia coli*, anaerobes (*Bacteroides*, *Clostridium*) dans les plaies profondes ou post‑opératoires. - **Conduite** : prélèvement pour culture avant antibiothérapie empirique, nettoyage intensif, débridement du tissu nécrotaire, antibiothérapie adaptée (ex. : céphalexine 500 mg toutes les 6 h pendant 7‑10 jours si *S. aureus* sensible), réévaluation toutes les 48 h. > **À retenir :** La présence d’un exsudat purulent associé à une augmentation de la douleur et de la température locale constitue un signe d’infection nécessitant un changement immédiat du traitement. ### D. Plaie colonisée - **Définition** : présence de bactéries sur la surface de la plaie sans réaction inflammatoire clinique significative (pas d’augmentation de la douleur, de l’exsudat ou de la taille). - **Implication** : la colonisation ne nécessite pas d’antibiotiques systémiques ; un nettoyage régulier et un pansement approprié suffisent. - **Exemple** : plaie de grattage sur le bras d’un enfant vivant en zone rurale, avec exsudat clair et aucune fièvre. > **À retenir :** La colonisation est fréquente dans les plaies exposées à l’environnement ; elle ne justifie pas d’antibiothérapie tant qu’il n’y a pas de signes d’invasion tissulaire. ### E. Plaie nécrosée - **Définition** : présence de tissu mort (nécrose) qui doit être éliminé pour permettre la progression vers la guérison. La nécrose peut être sèche (escharre) ou humide (slough). - **Signes** : tissu noir, brun ou jaune, adhérant fermement au lit de la plaie, absence de saignement au toucher, souvent associée à une odeur fétide. - **Méthodes de débridement** : - **Autolytique** : pansements hydrocolloïdes ou hydrogels qui maintiennent l’humidité et favorisent la dégradation enzymatique endogène. - **Chirurgical** : utilisation de ciseaux stériles, scalpels ou curettes sous anesthésie locale ou générale. - **Mécanique** : lavage sous pression avec solution saline (jet pulsé). - **Enzymatique** : application de collagénase ou de protéases (disponible en milieu hospitalier). > **À retenir :** Le débridement est une étape préalable indispensable avant d’envisager tout traitement visant à stimuler la bourgeonnement ou l’épithélialisation. ### F. Plaie ischémique (vasculaire) - **Contexte** : insuffisance artérielle périphérique (athérosclérose, diabète avancé) entraînant une hypoxie tissulaire chronique. - **Signes** : bord de la plaie pâle, pouls périphériques absents ou diminués, claudication au repos, peau brillante et atrophique autour de la plaie. - **Prise en charge** : évaluation du débit artériel (écho‑doppler), revascularisation (angioplastie, bypass) si possible, optimisation du contrôle glycémique, protection mécanique, pansements non adhésifs. > **À retenir :** Chez un patient présentant une plaie du pied avec absence de pouls dorsalis pedis, il faut évoquer une origine ischémique et demander une consultation vasculaire en urgence. ### G. Tableau synthétique des états de la plaie | État | Critères principaux | Conduite initiale | |------|---------------------|-------------------| | Aiguë | <4  semaines, bord net, exsudat modéré, pas de signes d’infection | Nettoyage, pansement adapté au stade, surveillance quotidienne | | Chronique | >4  semaines sans amélioration, récidive, facteurs de risque (diabète, artériopathie) | Bilan étiologique, débridement, contrôle infection, thérapie avancée si disponible | | Infectée | Douleur ↑, taille ↑, exsudat purulent/odorant, fièvre, leucocytose | Prélèvement culture, antibiothérapie adaptée, débridement, surveillance stricte | | Colonisée | Bactéries présentes, pas de réaction clinique | Nettoyage régulier, pansement non adhésif, pas d’antibiotique systémique | | Nécrosée | Tissue noir/jaune adhérant, pas de saignement, odeur fétide | Débridement (autolytique, chirurgical, mécanique ou enzymatique) | | Ischémique | Pouls absents, peau pâle/atrophique, douleur au repos | Évaluation vasculaire, revascularisation si possible, contrôle glycémique, protection mécanique | --- ## Synthèse du chapitre - **Stades de la plaie** : inflammation (RCTD), détersion (exsudat trouble, nécrose), bourgeonnement (tissu rouge granuleux), épithélialisation (couche rosée, taille réduite). - **États de la plaie** : aiguë (<4 sem, évolution normale), chronique (>4 sem sans amélioration), infectée (signes d’invasion), colonisée (bactéries sans réaction), nécrosée (tissu mort à éliminer), ischémique (déficit artériel). - **Conduites clés** : nettoyage avec sérum physiologique 0,9 %, débridement quand nécessaire, maintien d’un environnement humide adapté au stade, surveillance quotidienne de la douleur, de la taille, de l’exsudat et de la température locale, antibiothérapie uniquement après prélèvement en cas d’infection suspectée. - **Outils de suivi** : fiche d’observation (date, taille, couleur, exsudat, douleur, température locale, type de pansement, remarques), échelle de douleur verbale 0‑10, mesure de la taille avec règle stérile ou papier millimétré. - **Précautions camerounaises** : respecter l’hygiène des mains (lavage à l’eau et au savon ou solution hydroalcoolique), porter des gants stériles pour tout contact avec la plaie, éliminer les déchets selon les règles du Programme National de Gestion des Déchets de Soins (PNGDS), utiliser des solutions antiseptiques locales disponibles (chlorhexidine 0,05 %, povidone‑iodine 10 % diluée à 1 %) et éviter l’usage excessif d’antibiotiques topiques sans indication. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Inflammation | Première phase de la cicatrisation caractérisée par rougeur, chaleur, tuméfaction et douleur. | | Détersion | Phase d’élimination des débris nécrotiques et des bactéries par l’action des neutrophiles et des macrophages. | | Bourgeonnement | Formation de tissu de granulation riche en fibroblastes et néo‑vaisseaux. | | Épithélialisation | Recouvrement du tissu de granulation par des kératinocytes migratoires provenant des bords de la plaie. | | Plaie aiguë | Lésion récente (<4 sem) suivant normalement les phases de cicatrisation. | | Plaie chronique | Lésion persistant >4 sem malgré les soins appropriés, souvent liée à des facteurs de comorbidité. | | Plaie infectée | Présence de multiplication bactérienne entraînant une réponse inflammatoire locale ou systémique. | | Plaie colonisée | Présence de bactéries sur la surface de la plaie sans réaction clinique significative. | | Nécrose | Tissu mort qui doit être éliminé pour permettre la guérison. | | Ischémie | Déficit d’apport sanguin artériel entraînant une hypoxie tissulaire. | | Débridement | Enlèvement du tissu nécrotaire, des corps étrangers ou du biofilm afin de préparer le lit de la plaie. | | Pansement hydrocellulaire | Pansement absorbant qui maintient un environnement humide adapté au stade de bourgeonnement. | | Exsudat | Líquide provenant des vaisseaux sanguins qui s’accumule dans la plaie (séreux, purulent, hémorragique). | | Biofilm | Communauté bactérienne adhérant à la surface de la plaie, résistante aux antibiotiques et aux défenses de l’hôte. | | Échelle de douleur verbale | Outil d’évaluation subjective de la douleur gradué de 0 (aucune douleur) à 10 (douleur maximale). | | PNGDS | Programme National de Gestion des Déchets de Soins, cadre réglementaire camerounais pour l’élimination sécurisée des déchets médicaux. | --- ## Exercices d’application corrigés ### Exercice 1 – Observation d’une plaie post‑opératoire **Situation** : Un patient de 58 ans, opéré d’une hernie inguinale à l’Hôpital Général de Yaoundé, présente, au 3ᵉ jour post‑opératoire, une plaie de 2 cm de longueur sur le flanc droit. La plaie est rosée, légèrement tuméfiée, avec un exsudat séreux clair de 0,2 ml/h. Le patient signale une douleur de 2/10 au repos. La température locale mesurée avec un thermomètre infrarouge est de 37,8 °C. **Questions** : 1. À quel stade de la plaie se trouve‑t‑on ? 2. Quel type de pansement serait le plus adapté ? 3. Quelle conduite infirmière immédiate recommandez‑vous ? **Corrigé** : 1. Le stade correspond à l’**inflammation** (rougeur, chaleur modérée, tuméfaction, douleur faible, exsudat séreux). 2. Un **pansement hydrocellulaire mince** est indiqué : il absorbe l’exsudat modéré tout en maintenant un milieu humide favorable à la poursuite de l’inflammation vers la détersion. 3. Conduite : - Nettoyer la plaie avec du sérum physiologique 0,9 % à l’aide de compresses stériles, en mouvement du centre vers la périphérie. - Appliquer le pansement hydrocellulaire, le fixer sans tension excessive. - Noter les paramètres (taille, couleur, exsudat, douleur, température) sur la fiche d’observation. - Réévaluer toutes les 12 heures ou dès changement de l’exsudat ou augmentation de la douleur. ### Exercice 2 – Plaie du pied diabétique **Situation** : Un homme de 62 ans, diabétique de type 2 non équilibré (HbA1c 9,2 %), présente une plaie de 1,5 cm sur la plante du pied gauche, présente depuis 5 semaines. Le bord de la plaie est underminé, le fond est recouvert d’un tissu jaune‑gris adhérant, l’exsudat est abondant, légèrement odorant. Le patient signale une douleur de 5/10 au repos, et la température du pied est de 36,5 °C (pouls dorsalis pedis non palpable). **Questions** : 1. Quel état de la plaie prédomine ? 2. Quels sont les deux premiers gestes à réaliser en urgence ? 3. Proposez un plan de prise en charge sur deux semaines. **Corrigé** : 1. La plaie présente des signes de **nécrose** (tissu jaune‑gris adhérant) associée à une **ischémie** (pouls absent, peau froide) et à une possible **infection** (exsudat odorant, douleur modérée). L’état dominant est donc **plaie nécrosée sur fond d’ischémie**. 2. Premiers gestes : - **Débridement chirurgical** du tissu nécrotaire sous anesthésie locale (ou générale si nécessaire) afin d’éliminer le slough et d’évaluer la viabilité du tissu sous‑jacent. - **Évaluation vasculaire urgente** (écho‑doppler des artères tibiales) pour confirmer l’ischémie et envisager une revascularisation si le débit est sévèrement réduit. 3. Plan de prise en charge (14 jours) : - **Jour 0** : Débridement, prélèvement pour culture, mise sous antibiothérapie empirique (céfuroxime 750 mg IV toutes les 8 h) en attendant le résultat du antibiogramme. - **Jours 1‑3** : Pansement à base d’alginate (absorbant) changé chaque 24 h, surveillance de l’exsudat et de la température. - **Jour 4** : Résultats de culture → adaptation de l’antibiotique (ex. : si *P. aeruginosa* sensible, passer à la pipéracilline‑tazobactam 4,5 g IV toutes les 6 h). - **Jours 5‑10** : Pansement hydrocellulaire si l’exsudat devient modéré, continuation de l’antibiotique IV puis transition vers voie orale selon la réponse clinique. - **Jour 11** : Nouvelle évaluation vasculaire ; si le flux s’est amélioré, envisager une chirurgie de révision ou un greffon cutané si le défaut tissulaire persiste. - **Jour 14** : Bilan clinique (taille, douleur, signes d’infection) ; décision de poursuivre les soins ambulatoires ou d’hospitaliser selon l’évolution. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de sécurité / bonne pratique | |------------------|-------------|------------------------------------| | **Ne pas se laver les mains avant le soin** | Risque de contamination croisée et d’infection nosocomiale. | Appliquer la procédure de lavage des mains (30 s avec savon antibactérien) ou utiliser une solution hydroalcoolique avant chaque contact avec la plaie. | | **Utiliser un antiseptique trop concentré (ex. : povidone‑iodine non diluée)** | Cytotoxicité pour les fibroblastes, retard de la bourgeonnement. | Diluer la povidone‑iodine à 1 % ou utiliser la chlorhexidine 0,05 % préconisée pour les plaies aiguës. | | **Laisser un pansement sec sur une plaie exsudative** | Macération du tissu périlésionnel, risque de dégradation cutanée. | Choisir un pansement adapté au niveau d’exsudat (hydrocellulaire, alginate, mousse) et le changer selon le protocole (souvent toutes les 24‑48 h). | | **Négliger la mesure de la taille de la plaie** | Sous‑ ou sur‑estimation de l’évolution, mauvaise adaptation du traitement. | Mesurer la longueur et la largeur avec une règle stérile à chaque pansement, noter la surface (L × l) en mm² et suivre la tendance. | | **Administrer des antibiotiques topiques sans preuve d’infection** | Sélection de résistances, coût inutile, possible allergie. | Réserver les antibiotiques topiques aux plaies clairement infectées après prélèvement et antibiogramme ; privilégier le nettoyage mécanique et les pansements adaptés. | | **Ne pas signaler une augmentation soudaine de la douleur ou de la température** | Détection tardive d’une infection ou d’un abcès pouvant conduire à une septicémie. | Toute augmentation de la douleur >2 points sur l’échelle verbale ou de la température locale >0,5 °C doit être consignée et entraîner une réévaluation médicale immédiate. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la caractéristique principale de la phase inflammatoire de la cicatrisation ?
  2. 2. Durant la phase proliférative, quel processus est essentiel pour la reconstitution du tissu cutané ?
  3. 3. Quel est le principal événement de la phase de remodelage (maturation) de la plaie ?
  4. 4. Une plaie chirurgicale présente, au troisième jour post-opératoire, une rougeur périphérique, une chaleur locale et un écoulement purulent jaune-vert. Quel état de la plaie cela suggère-t-il le plus probablement ?
  5. 5. Dans une plaie cutanée aiguë, le tissu de granulation apparaît généralement entre le 3ème et le 5ème jour. Si une plaie mesure initialement 6 cm² et que le tissu de granulation couvre 40 % de sa surface au jour 4, quelle est la surface effectivement granulée en cm² ?
  6. 6. Un ulcère du membre inférieur persiste depuis plus de six semaines malgré des soins locaux appropriés. Selon la classification des états de la plaie, comment cet ulcère serait-il qualifié ?
  7. 7. Quel signe clinique indique le mieux le passage de la phase inflammatoire à la phase proliférative lors de l'observation d'une plaie ?
  8. 8. Une plaie de 4 cm² diminue à 1 cm² en 7 jours. En supposant une réduction linéaire quotidienne, quel est le pourcentage moyen de réduction de la surface par jour ?
  9. 9. Parmi les affirmations suivantes concernant les cicatrices hypertrophiques et les chéloïdes, laquelle est correcte ?
  10. 10. Un patient présente une plaie chronique avec un taux de CRP élevé (25 mg/L), une leucocytose (12 000/mm³) et une hémoglobine basse (9 g/dL). Quelle interprétation clinique est la plus pertinente ?