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Chapitre 10

Exploitation de l'analyse instrumentale (partie 2/2)

Lecture : 16 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :** - Interpréter les données brutes obtenues par les techniques instrumentales (spectroscopie, chromatographie, électrochimie) en identifiant les paramètres analytiques pertinents. - Évaluer la qualité des résultats (précision, exactitude, linéarité, limites de détection et de quantification) selon les normes ISO/IEC 17025 applicables aux laboratoires d’analyse camerounais. - Utiliser un logiciel de traitement de données (ex. Origin, LabSolutions) pour tracer des courbes d’étalonnage, réaliser des ajustements et calculer des concentrations inconnues. - Rédiger un rapport d’analyse conforme aux exigences du contrôle qualité industriel, en incluant les incertitudes de mesure et les conclusions décisionnelles. - Participer à une activité d’intégration simulant un audit interne ou un contrôle de lot dans une entreprise agro‑alimentaire ou minière du Cameroun. **Prérequis :** - Maîtrise des notions de base de l’analyse chimique (solutions, équilibres acido‑basiques, réactions de précipitation, redox). - Connaissance des principes des principales techniques instrumentales étudiées en première partie (AAS, ICP‑OES, HPLC, GC, UV‑Vis, FT‑IR, potentiométrie). - Notions d’incertitude de mesure et de propagation des erreurs (niveau seconde). - Familiarité avec les règles de sécurité en laboratoire (port des EPI, manipulation des produits dangereux, gestion des déchets). --- ## Introduction contextualisée Dans les industries camerounaises – agro‑alimentaire, minière, pharmaceutique ou traitement des eaux – le contrôle qualité repose de plus en plus sur des méthodes instrumentales rapides, sensibles et reproductibles. Une simple mesure de concentration n’a de valeur que si elle est correctement interprétée : il faut vérifier que le signal provient bien de l’analyte recherché, que la réponse est linéaire dans le domaine de travail, et que les incertitudes restent compatibles avec les spécifications réglementaires (ex. norme OMS pour le plomb dans l’eau potable (10 µg L⁻¹ max), norme Codex Alimentarius pour les contaminants dans les céréales). Le présent chapitre vise à transformer les données brutes (spectres, chromatogrammes, courbes de réponse) en informations décisionnelles exploitables par un technicien supérieur ou un ingénieur de laboratoire. Nous aborderons d’abord les concepts d’interprétation, puis nous mettrons en pratique ces acquis lors d’une activité d’intégration simulant un contrôle de lot dans une usine de boissons gazeuses située à Douala. --- ## I. Interprétation des résultats d’une analyse instrumentale ### A. Principes de base de l’interprétation L’interprétation consiste à passer du signal instrumentale (absorbance, intensité, temps de rétention, potentiel) à une concentration ou une identité chimique. Elle repose sur trois piliers : 1. **Identification de l’analyte** – comparaison du spectre ou du temps de rétention avec une bibliothèque de références ou un étalon connu. 2. **Quantification** – utilisation d’une courbe d’étalonnage (signal vs concentration) établie sous les mêmes conditions instrumentales que l’échantillon. 3. **Évaluation de la qualité** – vérification de la précision (répétabilité), de l’exactitude (recovery), de la linéarité, et calcul des limites de détection (LOD) et de quantification (LOQ). > **Une méthode est considérée valide lorsque le coefficient de variation (CV) des répétitions est ≤ 5 % et que le taux de récupération se situe entre 95 % et 105 %.** ### B. Types de données instrumentales | Technique | Signal principal | Format typique d’interprétation | |-----------|------------------|---------------------------------| | AAS / ICP‑OES | Absorbance ou intensité d’émission linéaire avec concentration | Courbe d’étalonnage linéaire (y = ax + b) | | UV‑Vis | Absorbance (A) à λmax | Loi de Beer‑Lambert : A = ε·b·c | | FT‑IR | Transmittance ou absorbance vs nombre d’onde | Recherche de bandes caractéristiques (ex. ν C=O ~1700 cm⁻¹) | | HPLC | Aire du pic vs temps de rétention | Aire proportionnelle à la concentration (réponse linéaire) | | GC | Aire ou hauteur du pic vs temps de rétention | Même principe que HPLC, avec détection FID ou MS | | Potentiométrie | Potentiel (E) vs activité ionique | Équation de Nernst : E = E⁰ + (RT/nF)·ln a | ### C. Évaluation de la qualité des résultats 1. **Linéarité** – déterminée par le coefficient de corrélation (R²) de la courbe d’étalonnage. Un R² ≥ 0,998 est généralement exigé pour les méthodes de dosage. 2. **Précision (répétabilité)** – mesurée par l’écart‑type relatif (RSD) sur au moins six réplicats d’un même échantillon à concentration moyenne. 3. **Exactitude (recovery)** – déterminée par ajout connu d’un étalon à l’échantillon (méthode du spike) : \[ \text{Recovery (\%)} = \frac{C_{\text{trouvée}} - C_{\text{natif}}}{C_{\text{ajoutée}}}\times 100 \] 4. **Limite de détection (LOD)** – 3×σblank / pente de la courbe d’étalonnage. 5. **Limite de quantification (LOQ)** – 10×σblank / pente. > **Pour une méthode AAS de plomb dans l’eau, une LOD de 0,2 µg L⁻¹ et une LOQ de 0,6 µg L⁻¹ sont conformes à la norme OMS (10 µg L⁻¹ max).** ### D. Utilisation d’un logiciel de traitement - **Importation** des fichiers bruts (ex. *.csv* du spectrophotomètre, *.cdf* de l’HPLC). - **Correction de base** (soustraction du blanc, lissage Savitzky‑Golay si nécessaire). - **Construction de la courbe d’étalonnage** : sélection des points d’étalon, ajustement linéaire (moindres carrés), affichage de l’équation, du R² et des résidus. - **Calcul de la concentration inconnue** : résolution de l’équation y = ax + b pour x. - **Propagation de l’incertitude** : combinaison de l’incertitude de la pente, de l’ordonnée à l’origine et de la mesure du signal (formule de la loi de propagation des variances). - **Export** du rapport (tableau des résultats, graphique, conclusion). > **Dans Origin, la fonction *Fit Linear* fournit automatiquement l’erreur standard de la pente (σa) et de l’ordonnée (σb), utiles pour le calcul de l’incertitude combinée.** ### E. Cas pratique : dosage du plomb dans l’eau potable par AAS **Contexte** – Une usine de traitement d’eau à Yaoundé doit vérifier que le taux de Pb respecte la limite de 10 µg L⁻¹ (arrêté ministériel n° 2018/045). **Données** - Blanc (eau déionisée) : absorbance moyenne = 0,002, σblank = 0,0005. - Étalons préparés : 0, 2, 5, 10, 20 µg L⁻¹ → absorbances : 0,002 ; 0,018 ; 0,045 ; 0,090 ; 0,180. - Échantillon d’eau de sortie : absorbance moyenne = 0,067 (n=3). **Étapes** 1. **Courbe d’étalonnage** – Régression linéaire sur les points (c, A) sauf le blanc : - Pente a = 0,0090 A·L·µg⁻¹ - Ordonnée à l’origine b = 0,002 A - R² = 0,9998 2. **Calcul de la concentration** : \[ c = \frac{A - b}{a} = \frac{0,067 - 0,002}{0,0090}=7,22\;\text{µg L}^{-1} \] 3. **LOD & LOQ** : - LOD = 3·σblank / a = 3·0,0005 / 0,0090 = 0,167 µg L⁻¹ - LOQ = 10·σblank / a = 10·0,0005 / 0,0090 = 0,556 µg L⁻¹ 4. **Précision** – RSD des trois mesures de l’échantillon = (0,067±0,001)/0,067 ≈ 1,5 % (< 5 %). 5. **Exactitude** – Spike de 5 µg L⁻¹ ajouté à un aliquot : mesure retrouvée = 12,1 µg L⁻¹ → recovery = (12,1‑7,22)/5 ×100 = 97,6 % (dans l’intervalle 95‑105 %). 6. **Conclusion** – La concentration de plomb (7,2 µg L⁻¹) est inférieure à la limite réglementaire (10 µg L⁻¹). Le résultat est valide (précision, exactitude, linéarité satisfaisantes). > **Toute valeur supérieure à la LOQ doit être rapportée avec son incertitude élargie (k=2). Ici, l’incertitude combinée Uc ≈ 0,3 µg L⁻¹, donc l’incertitude élargie U = k·Uc ≈ 0,6 µg L⁻¹, donnant le résultat final : 7,2 ± 0,6 µg L⁻¹.** --- ## II. Activités d’intégration ### A. Mise en situation professionnelle Les apprenants sont répartis en groupes de 4 à 5 et jouent le rôle d’un laboratoire de contrôle qualité d’une usine de boissons gazeuses située à Douala. La mission consiste à vérifier la conformité d’un lot de sirop de fruit utilisé pour la fabrication d’une nouvelle gamme de jus. Les paramètres à contrôler sont : - Concentration en sucre (Brix) – méthode réfractométrie (non instrumentale, mais utilisée comme référence). - Teneur en acide citrique – titration potentiométrique (méthode instrumentale). - Présence de résidus de pesticide (ex. chlorpyrifos) – analyse par GC‑MS (méthode instrumentale). ### B. Déroulement de l’activité | Étape | Action détaillée | Outils / Documents | |-------|------------------|--------------------| | 1. Réception de l’échantillon | Pesée de 10 g de sirop, dissolution dans 50 mL d’eau distillée, filtration sur papier 0,45 µm. | Balance analytique, agitateur, filtre. | | 2. Préparation des étalons | Série de solutions d’acide citrique (0, 2, 5, 10, 15 g L⁻¹) et de chlorpyrifos (0, 0,1, 0,5, 1, 2 mg L⁻¹). | Pipettes graduées, flacons jaugés. | | 3. Acquisition des données | - Réfractométrie : lecture du Brix directement. <br> - Potentiométrie : titration avec NaOH 0,1 M, enregistrement du potentiel vs volume ajouté (méthode du point d’équivalence par dérivée seconde). <br> - GC‑MS : injection de 1 µL, colonne DB‑5MS, programme de température 40 °C (2 min) → 280 °C (10 min), détection en mode SIM sur les ions m/z 199, 207, 314. | Réfractomètre, potentiomètre avec burette automatique, GC‑MS (Agilent 7890B/5977A). | | 4. Traitement des données | Utilisation d’Excel ou Origin pour : <br> - Courbe d’étalonnage de l’acide citrique (potentiel vs concentration). <br> - Calcul de la concentration d’acide citrique dans l’échantillon (interpolation). <br> - Intégration des pics GC‑MS, calcul des aires, quantification par la méthode du facteur de réponse interne (standard ajouté : phénanthrène‑d10). | Ordinateur, logiciel de traitement. | | 5. Évaluation de la qualité | Vérification de la linéarité (R² ≥ 0,998), précision (RSD ≤ 3 % pour les triplicats), recovery (spike 80‑120 %). | Tableaux de contrôle qualité. | | 6. Rédaction du rapport | Structure : objet, méthode, résultats (tableaux, graphiques), interprétation, conclusion (conforme / non conforme), incertitudes, recommandations. | Modèle de rapport qualité (ISO 9001). | | 7. Présentation orale | Chaque groupe expose ses conclusions devant la classe, simulant une réunion de libération de lot. | Support PowerPoint ou papier. | ### C. Travail en groupe : simulation d’un audit interne Après l’analyse, chaque groupe doit préparer un **plan d’audit interne** basé sur la norme ISO 19011 : - Définir le périmètre (contrôle du sirop). - Identifier les points critiques (préparation des étalons, calibration du GC‑MS, gestion des déchets solvantés). - Élaborer une checklist de vérification (ex. vérification de la date de péremption des étalons, contrôle de la température de la colonne). - Proposer des actions correctives en cas d’écart (re‑étalonnage, formation du opérateur). Cette étape développe la compétence « conduite d’audit et amélioration continue » attendue du technicien supérieur en analyse instrumentale. ### D. Bilan de compétences À l’issue de l’activité, l’apprenant doit être capable de : - Justifier le choix d’une technique instrumentale selon la nature de l’analyte et la matrice. - Réaliser une courbe d’étalonnage fiable et en exploiter les paramètres (pente, ordonnée, R²). - Calculer LOD, LOQ, incertitude élargie et interpréter les résultats au regard d’une norme réglementaire. - Rédiger un rapport de contrôle qualité conforme aux attentes industrielles camerounaises. - Participer à un audit interne et proposer des améliorations basées sur l’analyse des écarts. > **La réussite de l’activité est validée lorsqu’au moins 80 % des critères de la grille d’évaluation (précision, exactitude, interprétation, rédaction, travail d’équipe) sont atteints.** --- ## Synthèse du chapitre - **Interprétation** : passage du signal à la concentration via identification, quantification (courbe d’étalonnage) et évaluation de la qualité (précision, exactitude, linéarité, LOD/LOQ). - **Qualité des résultats** : R² ≥ 0,998, RSD ≤ 5 %, recovery 95‑105 %, LOD = 3σblank/pente, LOQ = 10σblank/pente. - **Logiciels** : importation, correction de base, ajustement linéaire, calcul de concentration inconnue, propagation d’incertitude, export du rapport. - **Cas pratique AAS‑Pb** : démonstration complète du traitement des données, obtention de 7,2 ± 0,6 µg L⁻¹ (conforme à la norme OMS). - **Activité d’intégration** : simulation d’un contrôle qualité en industrie (boissons), mise en œuvre de trois méthodes (réfractométrie, potentiométrie, GC‑MS), traitement des données, rédaction de rapport, préparation d’un audit interne. - **Compétences visées** : choix méthodologique, élaboration et utilisation de courbes d’étalonnage, évaluation de l’incertitude, communication des résultats, amélioration continue. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | **Absorbance** | Mesure de l’atténuation de la lumière passant à travers une solution, liée à la concentration par la loi de Beer‑Lambert. | | **Courbe d’étalonnage** | Relation expérimentale entre le signal instrumentale et la concentration d’un étalon, utilisée pour quantifier les inconnues. | | **Limite de détection (LOD)** | Plus faible quantité d’analyte pouvant être distinguée du blanc avec une confiance de 99 % (généralement 3×σblank/pente). | | **Limite de quantification (LOQ)** | Plus faible quantité pouvant être quantifiée avec une précision et une exactitude acceptables (généralement 10×σblank/pente). | | **Recovery (taux de récupération)** | Pourcentage d’analyte retrouvé après ajout connu, exprimant l’exactitude de la méthode. | | **RSD (écart‑type relatif)** | Mesure de la précision exprimée en pourcentage de la moyenne (écart‑type / moyenne ×100). | | **Matrice** | Ensemble des composants de l’échantillon autres que l’analyte, pouvant interférer avec le signal. | | **Incertitude élargie** | Intervalle de confiance autour de la mesure obtenu en multipliant l’incertitude combinée par un facteur de couverture (k = 2 pour 95 % de confiance). | | **SIM (Selected Ion Monitoring)** | Mode de détection en spectrométrie de masse où seuls certains ions prédéfinis sont monitorés, augmentant la sensibilité et la sélectivité. | | **ISO/IEC 17025** | Norme internationale spécifiant les exigences générales concernant la compétence des laboratoires d’étalonnage et d’essai. | --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Dosage du cuivre par spectrophotométrie UV‑Vis Un laboratoire doit déterminer la concentration de Cu²⁺ dans un effluent minier. La longueur d’onde choisie est 810 nm (complexe Cu‑néocuproine). Les données suivantes sont obtenues : | [Cu²⁺] (mg L⁻¹) | Absorbance (A) | |----------------|----------------| | 0,0 | 0,002 | | 0,5 | 0,112 | | 1,0 | 0,221 | | 2,0 | 0,438 | | 4,0 | 0,872 | L’échantillon d’effluent donne une absorbance moyenne de 0,560 (n=3). **a)** Construire la courbe d’étalonnage (équation, R²). **b)** Calculer la concentration de Cu²⁺ dans l’échantillon. **c)** Déterminer la LOD et la LOQ sachant que l’écart‑type du blanc (5 mesures) est σblank = 0,004. **d)** Exprimer le résultat avec son incertitude élargie (k=2) si l’incertitude type de la pente est u_a = 0,002 A·L·mg⁻¹ et celle de l’ordonnée u_b = 0,001 A. **Corrigé** **a)** Régression linéaire sur les points (0,5 ; 0,112), (1,0 ; 0,221), (2,0 ; 0,438), (4,0 ; 0,872) (le blanc est retiré de l’ajustement mais conservé pour le calcul du biais). - Pente a = 0,218 A·L·mg⁻¹ - Ordonnée b = 0,002 A - R² = 0,9999 Équation : A = 0,218·C + 0,002 **b)** C = (A – b)/a = (0,560 – 0,002)/0,218 = 2,56 mg L⁻¹ **c)** LOD = 3·σblank / a = 3·0,004 / 0,218 = 0,055 mg L⁻¹ LOQ = 10·σblank / a = 10·0,004 / 0,218 = 0,183 mg L⁻¹ **d)** Incertitude type de la concentration : \[ u_c = \sqrt{\left(\frac{u_A}{a}\right)^2 + \left(\frac{C\,u_a}{a}\right)^2 + \left(\frac{u_b}{a}\right)^2} \] où u_A = écart‑type moyen de l’absorbance de l’échantillon = 0,560 ± 0,003 → u_A = 0,003/√3 ≈ 0,0017. Calcul : - terme 1 : (0,0017/0,218)² = (0,0078)² = 6,1·10⁻⁵ - terme 2 : (2,56·0,002/0,218)² = (0,0235)² = 5,5·10⁻⁴ - terme 3 : (0,001/0,218)² = (0,00459)² = 2,1·10⁻⁵ Somme = 6,1·10⁻⁵ + 5,5·10⁻⁴ + 2,1·10⁻⁵ = 6,3·10⁻⁴ u_c = √(6,3·10⁻⁴) = 0,025 mg L⁻¹ Incertitude élargie U = k·u_c = 2·0,025 = 0,05 mg L⁻¹ **Résultat final** : Cu²⁺ = 2,56 ± 0,05 mg L⁻¹ (k=2). --- ### Exercice 2 – Détermination de l’acide lactique dans un yaourt par titration potentiométrique Un yaourt contient de l’acide lactique (pKa = 3,86). On réalise une titration avec une solution de NaOH 0,100 M. Le volume d’équivalence observé est V_eq = 12,45 mL pour 10,00 g de yaourt (pré‑dilution 1 : 10 en eau distillée). **a)** Calculer la quantité de matière d’acide lactique présente dans les 10 g de yaourt. **b)** Exprimer le résultat en g d’acide lactique pour 100 g de yaourt. **c)** Si l’incertitude type du volume d’équivalence est u_V = 0,02 mL et celle de la concentration de NaOH est u_C = 0,0005 M, déterminer l’incertitude élargie (k=2) du pourcentage d’acide lactique. **Corrigé** **a)** NaOH utilisé : n_NaOH = C·V = 0,100 mol L⁻¹ × 0,01245 L = 1,245·10⁻³ mol. Réaction : HLac + OH⁻ → Lac⁻ + H₂O → 1 mol NaOH neutralise 1 mol d’acide lactique. Donc n_acide = 1,245·10⁻³ mol. **b)** Masse m = n·M (M_acide lactique = 90,08 g mol⁻¹) m = 1,245·10⁻³ mol × 90,08 g mol⁻¹ = 0,112 g dans les 10 g de yaourt. Pour 100 g : (0,112 g / 10 g) × 100 g = 1,12 g / 100 g yaourt. **c)** Propagation d’incertitude pour le pourcentage P = (m / m_échantillon) × 100. m_échantillon = 10,00 g (incertaine négligeable). m = (C·V)·M Incertaine type de m : \[ u_m = M \sqrt{(V·u_C)^2 + (C·u_V)^2} \] V = 0,01245 L, C = 0,100 mol L⁻¹, u_C = 0,0005 M, u_V = 0,00002 L. Calcul : - V·u_C = 0,01245 × 0,0005 = 6,23·10⁻⁶ - C·u_V = 0,100 × 0,00002 = 2,0·10⁻⁶ Somme des carrés = (6,23·10⁻⁶)² + (2,0·10⁻⁶)² = 3,88·10⁻¹¹ + 4,0·10⁻¹² = 4,28·10⁻¹⁴ √ = 2,07·10⁻⁷ u_m = 90,08 × 2,07·10⁻⁷ = 1,86·10⁻⁵ g Pourcentage P = (0,112 g / 10,00 g) × 100 = 1,12 % Incertaine type de P : \[ u_P = \frac{100}{m_{échantillon}} \, u_m = \frac{100}{10,00} × 1,86·10⁻⁵ = 1,86·10⁻⁴ \% \] Incertitude élargie U = k·u_P = 2 × 1,86·10⁻⁴ % = 3,7·10⁻⁴ % ≈ 0,0004 % **Résultat final** : Acide lactique = 1,12 % ± 0,0004 % (k=2). *(Note : la valeur de l’incertitude élargie obtenue ci-dessus est très faible car les incertitudes d’entrée sont très petites ; dans la pratique, on arrondirait à deux décimales, donnant 1,12 % ± 0,01 % (k=2).)* --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | # | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |---|------------------|-------------|--------------------------------------| | 1 | Oubli du blanc lors de la construction de la courbe d’étalonnage | Biais systématique (ordonnée non nulle) → sur‑ ou sous‑estimation des concentrations | Toujours mesurer le blanc dans les mêmes conditions que les échantillons et l’inclure dans le tableau de données ; vérifier que l’ordonnée à l’origine est statistiquement nulle (test t). | | 2 | Utilisation d’un étalon hors de la gamme de linéarité | Non‑respect de la loi de Beer‑Lambert ou de la réponse linéaire → erreurs importantes aux concentrations élevées ou faibles | Déterminer préalablement le domaine linéaire (R² ≥ 0,998) et ne travailler qu’à l’intérieur ; préparer des étalons couvrant l’intervalle attendu des échantillons. | | 3 | Négliger la matrice lors de la préparation des étalons | Effet de matrice (suppression ou amplification du signal) → résultats erronés | Préparer les étalons dans une matrice identique à celle de l’échantillon (méthode du « standard addition » ou matrice‑matched). | | 4 | Manipulation de solvants organiques sans hotte | Inhalation de vapeurs toxiques, risque d’incendie | Utiliser systématiquement une hotte aspirante certifiée, porter des gants nitrile et des lunettes de protection ; vérifier le débit de la hotte avant chaque utilisation. | | 5 | Mauvais étiquetage des déchets contenant des métaux lourds (Pb, Cd, Hg) | Contamination de l’environnement, non‑conformité aux réglementations nationales (décret n° 2015/123) | Séparer les déchets selon leur dangerosité, utiliser des contenants clairement identifiés, faire appel à un prestataire agréé pour l’élimination. | | 6 | Oublier de vérifier la calibration du détecteur (ex. lampe creuse, source D₂) avant une série de mesures | Dérive du signal au cours de la journée → perte de précision | Effectuer un contrôle de qualité (QC) en début et en fin de session ; accepter uniquement si le signal du QC reste dans ± 2 % de la valeur certifiée. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition généralement acceptée de la limite de détection (LOD) en analyse instrumentale ?
  2. 2. Quel est le rôle principal d’un étalon interne dans une analyse quantitative par méthode instrumentale ?
  3. 3. Selon la loi de Beer‑Lambert, laquelle des expressions suivantes relie correctement l’absorbance (A) à la concentration (c), la longueur de parcours (l) et le coefficient d’absorptivité molaire (ε) ?
  4. 4. Une courbe d’étalonnage en spectrophotométrie UV‑Vis présente une pente de 0,020 UA·(mg/L)⁻¹ et une ordonnée à l’origine de 0,002 UA. Si l’absorbance mesurée d’un échantillon inconnu est 0,102 UA, quelle est sa concentration ?
  5. 5. Dans une analyse par étalon interne, la surface du pic de l’analyte est de 960 unités et celle de l’étalon interne de 640 unités. Si la quantité d’étalon interne ajoutée est de 8 µg et que le facteur de réponse est supposé égal à 1, quelle est la quantité d’analyte présente ?
  6. 6. Un pic d’absorption observé à 1650 cm⁻¹ dans un spectre infrarouge correspond principalement à quelle vibration ?
  7. 7. Lors d’une expérience d’addition standard, la droite de régression obtenue est : signal = 0,012·C_addé – 0,048 (UA). Quelle est la concentration initiale de l’analyte dans l’échantillon ?
  8. 8. Le bruit de fond d’un détecteur présente un écart‑type de 0,0015 UA et la pente de la courbe d’étalonnage est de 0,025 UA·(mg/L)⁻¹. Quelle est la limite de détection (LOD) calculée selon la formule 3σ/pente ?
  9. 9. Une méthode d’analyse donne des taux de récupération de 88 %, 91 % et 90 % pour un échantillon spiked à 10 µg/L, avec un écart‑type relatif (RSD) de 1,5 %. Selon les critères d’acceptation (récupération 85‑115 %, RSD ≤ 2 %), quelle affirmation est correcte ?
  10. 10. Pour déterminer des traces de métaux dans une matrice biologique complexe (sang, tissu) tout en minimisant les interférences de la matière organique, quelle technique instrumentale est la plus adaptée ?