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Chapitre 1

Méthodes chromatographiques (partie 1/3)

Lecture : 19 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :** - Expliquer le principe général de l’analyse instrumentale et citer ses domaines d’application au laboratoire camerounais. - Décrire le fonctionnement de la chromatographie sur couche mince (CCM) et de la chromatographie sur papier, en précisant les étapes du protocole, le calcul du facteur de rétention (Rf) et l’interprétation des chromatogrammes. - Réaliser une analyse CCM ou sur papier en respectant les règles de sécurité et d’hygiène propres aux laboratoires de chimie technique. - Choisir le système solvant‑adsorbant le plus adapté à la séparation d’un mélange donné. - Rédiger un compte‑ rendu d’expérience incluant les données brutes, le calcul de Rf, la comparaison avec des témoins et la conclusion analytique. **Prérequis nécessaires :** - Notions de solubilité, de polarité et d’interactions moléculaires (liaisons hydrogène, forces de Van der Waals). - Maîtrise des unités du Système International (mm, cm, mg, mL, %). - Connaissance des règles de base de manipulation des produits chimiques (port des EPI, étiquetage, élimination des déchets). - Savoir lire une échelle graduée et réaliser une règle de trois simple. ## Introduction contextualisée L’analyse chimique instrumentale occupe une place centrale dans les laboratoires de contrôle qualité, de recherche agro‑alimentaire et de surveillance environnementale au Cameroun. Que ce soit pour vérifier la pureté d’un extrait de plante médicinale, détecter des résidus de pesticides dans les eaux du fleuve Sanaga ou contrôler la composition d’un mélange de solvants utilisé en atelier de peinture, les techniques chromatographiques offrent une séparation rapide, peu coûteuse et interprétable sans instrumentation lourde. La chromatographie sur couche mince (CCM) et la chromatographie sur papier sont les méthodes de première ligne enseignées en Terminale F7 parce qu’elles illustrent clairement les concepts de phase stationnaire, de phase mobile et de rétention sélective, tout en étant facilement réalisables avec du matériel disponible dans les établissements techniques nationaux (plaques de silice, papier filtre, solvants courants). Ce chapitre présente donc les principes théoriques, les procédés opératoires, les calculs associés et les précautions de sécurité indispensables à une pratique professionnelle conforme aux normes du MINESEC/IGE. ## I. Analyse instrumentale : principe et domaines ### 1.1 Définition et principe général L’analyse instrumentale désigne l’ensemble des méthodes qui utilisent un appareil physique pour mesurer une propriété d’un échantillon (absorbance, fluorescence, temps de migration, etc.) et en déduire une information qualitative ou quantitative sur sa composition. Contrairement à l’analyse classique (titration, gravimétrie), l’instrumentation permet une détection plus sensible, une reproductibilité accrue et souvent une automatisation du traitement des données. > **L’analyse instrumentale repose sur la mesure d’un signal physique proportionnel à la concentration ou à la propriété recherchée (loi de Beer‑Lambert pour l’absorbance, temps de rétention pour la chromatographie).** ### 1.2 Domaines d’application au Cameroun - **Contrôle qualité des produits agro‑alimentaires** : dosage de vitamines, détection de mycotoxines dans le maïs ou le manioc. - **Surveillance environnementale** : mesure des nitrates, phosphates et métaux lourds dans les rivières et les nappes phréatiques. - **Industrie pharmaceutique et cosmétique** : vérification de la pureté des principes actifs dans les pommades et les sirops produits localement. - **Recherche académique** : identification de composés naturels extraits de plantes médicinales (ex. : alcaloïdes du *Voacanga africana*). ### 1.3 Équipements de base rencontrés en laboratoire technique | Équipement | Fonction principale | Exemple d’utilisation au Cameroun | |------------|--------------------|-----------------------------------| | Spectrophotomètre UV‑Vis | Mesure d’absorbance à longueurs d’onde spécifiques | Dosage de la carotène dans l’huile de palme | | Chromatographe en couche mince (plaque, cuve, lampe UV) | Séparation et visualisation de composés non volatils | Analyse des flavonoïdes d’un extrait de *Hibiscus sabdariffa* | | Chromatographe sur papier (cuve, papier filtre) | Séparation de composés polaires (sucres, acides aminés) | Détermination du profil des acides aminés du poisson séché | | Balance analytique (0,1 mg) | Pesée précise des échantillons et des réactifs | Préparation de solutions étalon pour l’étalonnage du spectrophotomètre | | Hotte à flux laminaire | Protection de l’opérateur contre les vapeurs toxiques | Manipulation du chloroforme ou du toluène lors de la préparation des phases mobiles | ### 1.4 Normes de sécurité et d’hygiène - Porter en permanence lunettes de protection, blouse de laboratoire et gants nitrile. - Travailler sous hotte lorsqu’on utilise des solvants organiques volatils (éthanol, acétone, chloroforme). - Étiqueter clairement chaque récipient (nom du produit, concentration, date, risques). - Éliminer les déchets solvantés dans les contenus dédiés aux déchets dangereux, conformément au décret n° 2015/324 du MINEEP. - Vérifier l’état des plaques de silice (pas de fissures) et du papier filtre (pas de déchirure) avant chaque utilisation. ## II. Chromatographie sur couche mince (CCM) ### 2.1 Principe La CCM repose sur la distribution d’un composé entre une phase stationnaire solide (souvent de la silice gel ou de l’alumine) déposée sur une plaque de verre, d’aluminium ou de plastique, et une phase mobile liquide qui migre par action capillaire. Les composés moins affinités avec la phase stationnaire parcourent une plus grande distance que ceux qui y sont fortement retenus. > **Le facteur de rétention (Rf) d’un composé est défini comme le rapport de la distance parcourue par le composé à la distance parcourue par le front du solvant : Rf = d_composé / d_solvant .** ### 2.2 Matériel et réactifs usuels - Plaques de chromatographie pré‑encollées (silice gel, épaisseur 0,25 mm, format 20 × 20 cm). - Cuve de développement en verre ou en plastique avec couvercle hermétique. - Solvants (éthanol, acétone, toluène, éthylacétate, hexane, mélange eau/éthanol). - Pipettes capillaires ou micro‑syringes (10 µL). - Lampe UV (254 nm et 366 nm) ou révélateur à l’iode, au ninhydrine ou au sulfure d’argent selon la nature des analytes. - Règle graduée au millimètre et crayon à papier doux. ### 2.3 Procédé pas à pas 1. **Préparation de la plaque** : tracer légèrement une ligne de départ à 1 cm du bord inférieur avec un crayon (ne pas utiliser d’encre). 2. **Application des échantillons** : déposer 1‑2 µL de chaque solution (échantillon, témoin, témoin de référence) sur la ligne de départ à l’aide d’une capillaire, en espaçant les points d’au moins 1 cm. 3. **Préparation de la phase mobile** : verser environ 10 mL du solvant choisi dans la cuve, de façon à ce que le niveau du liquide soit inférieur à la ligne de départ (environ 0,5 cm). 4. **Développement** : placer la plaque dans la cuve, couvrir et laisser le solvant monter par capillarité jusqu’à ce qu’il atteigne environ 1 cm du bord supérieur (temps variable selon le solvant, généralement 10‑20 min). 5. **Retrait et séchage** : sortir la plaque, laisser sécher le solvant résiduel à l’air libre ou sous hotte. 6. **Visualisation** : exposer la plaque à la lampe UV ou appliquer le révélateur adapté ; noter les taches visibles. 7. **Mesure des distances** : avec une règle, mesurer la distance du point de départ au centre de chaque tache (d_composé) et la distance du point de départ au front du solvant (d_solvant). 8. **Calcul du Rf** : appliquer la formule ci‑dessus. ### 2.4 Calcul du facteur de rétention (Rf) – exemple chiffré Un extrait de feuille de *Morinda citrifolia* est déposé sur une plaque de silice. Après développement avec un mélange toluène : éthylacétate : acide acétique (5 : 3 : 2, v/v/v), le front du solvant a parcouru 8,0 cm. Trois taches apparaissent : | Tache | Distance mesurée (cm) | Rf calculé | |-------|----------------------|------------| | A (anthraquinone) | 5,6 | 5,6 / 8,0 = 0,70 | | B (flavonoïde) | 4,2 | 4,2 / 8,0 = 0,53 | | C (pigment chlorophyllien) | 2,0 | 2,0 / 8,0 = 0,25 | > **Un composé est considéré comme identique à un témoin lorsqu’il présente le même Rf (à ±0,02 près) et la même couleur sous UV ou après révélation.** ### 2.5 Interprétation des résultats - Un Rf proche de 1 indique une faible interaction avec la phase stationnaire (molécule très polaire si la phase stationnaire est apolaire, ou inversement). - Un Rf proche de 0 indique une forte rétention (forte affinité pour la phase stationnaire). - La comparaison avec des témoins de référence permet une identification préliminaire ; pour une confirmation, on peut coupler la CCM à la spectroscopie (UV‑Vis, FT‑IR) ou réaliser une CCM bidimensionnelle avec un deuxième solvant. ### 2.6 Tableau récapitulatif des solvants fréquemment utilisés (polarité croissante) | Solvant | Polarité (indice de polarité de Snyder) | Utilisation typique en CCM | |---------|------------------------------------------|----------------------------| | Hexane | 0,0 | Séparation d’hydrocarbures, lipides apolaires | | Toluène | 2,4 | Analyse d’aromatiques, stéroïdes | | Éthylacétate | 4,4 | Flavonoïdes, alcaloïdes modérément polaires | | Acétone | 5,1 | Pigments, vitamines liposolubles | | Éthanol | 5,2 | Sucres, acides aminés, composés très polaires | | Méthanol | 6,6 | Analyse rapide de composés polaires | | Eau | 9,0 | Séparation de sels inorganiques (rare en CCM classique) | > **Le choix du solvant dépend de la polarité des analytes et de la nature de la phase stationnaire ; on privilégie un système où les Rf des composés d’intérêt se situent entre 0,2 et 0,8 pour une bonne résolution.** ## III. Chromatographie sur papier ### 3.1 Principe Identique à la CCM, la phase stationnaire est le papier filtre (cellulose) qui possède des groupes hydroxyle capables d’interagir par liaisons hydrogène avec les analytes polaires. La phase mobile migre par capillarité à travers les fibres du papier. > **Le papier chromatographique est considéré comme une phase stationnaire polaire ; donc les composés moins polaires (apolaires) ont tendance à rester proches du point de départ, tandis que les composés polaires montent davantage.** ### 3.2 Matériel et réactifs - Papier chromatographique (qualité Whatman No 1 ou équivalent, format 20 × 20 cm). - Cuve en verre ou en plastique avec couvercle. - Solvants (eau, éthanol, acétone, mélange eau/éthanol, solvants organiques pour composés moins polaires). - Micropipettes ou capillaires (5‑10 µL). - Révélateurs spécifiques : ninhydrine pour les acides aminés, réactif de l’iode pour les glucides, réactif de Dragendorff pour les alcaloïdes. - Règle graduée, crayon à papier. ### 3.3 Procédé pas à pas 1. Tracer une ligne de départ à 2 cm du bord inférieur du papier. 2. Déposer 1‑2 µL de chaque échantillon sur la ligne, en espaçant les points d’au moins 0,8 cm. 3. Verser 10‑15 mL de solvant dans la cuve, de façon à ce que le niveau du liquide soit inférieur à la ligne de départ. 4. Placer le papier dans la cuve, couvrir et laisser le solvant monter jusqu’à environ 1 cm du bord supérieur (temps 15‑30 min selon le solvant). 5. Retirer le papier, laisser sécher à l’air libre ou sous hotte. 6. Révéler les taches avec le réactif approprié (ex. : trempage dans une solution de ninhydrine 0,2 % en éthanol, chauffage à 100 °C pendant 5 min). 7. Mesurer les distances du départ au centre de chaque tache et au front du solvant. 8. Calculer le Rf comme précédemment. ### 3.4 Facteur de rétention (Rf) – exemple chiffré On souhaite séparer un mélange d’acides aminés (alanine, lysine, acide aspartique) extrait d’un échantillon de poisson séché. Le papier est développé avec un solvant eau : éthanol : ammoniac (5 : 4 : 1, v/v/v). Le front du solvant a parcouru 9,5 cm. Les distances mesurées sont : | Acide aminé | Distance (cm) | Rf | |-------------|---------------|----| | Alanine (apolaire) | 2,8 | 2,8 / 9,5 = 0,29 | | Lysine (basique) | 5,6 | 5,6 / 9,5 = 0,59 | | Acide aspartique (acide) | 7,4 | 7,4 / 9,5 = 0,78 | > **Dans ce système, plus l’acide aminé est chargé (positif ou négatif), plus son Rf est élevé, car il interagit moins avec les groupes hydroxyle du papier et est davantage entraîné par la phase mobile aqueuse basique.** ### 3.5 Applications typiques au Cameroun - Contrôle de la qualité du sucre de canne (détection de glucose, fructose, saccharose). - Analyse des pigments des feuilles de manioc pour suivre la dégradation pendant le stockage. - Dosage des acides aminés libres dans les farines de poisson utilisées dans l’alimentation animale. - Détection de sucres ajoutés dans les jus de fruits artisanaux (détection de sirop de glucose). ### 3.6 Tableau récapitulatif des solvants pour la chromatographie sur papier (polarité croissante) | Solvant (mélange) | Polarité approximative | Exemple d’application | |-------------------|------------------------|-----------------------| | Eau | Très polaire | Sucres, acides aminés, sels minéraux | | Eau : éthanol (3 : 1) | Polaire modérée | Alcaloïdes, certains flavonoïdes | | Éthanol | Moyennement polaire | Vitamines B, certains pigments | | Acétone | Polaire/apolaire intermédiaire | Lipides modérément polaires, certains stéroïdes | | Éthylacétate | Faiblement polaire | Terpènes, huiles essentielles | | Hexane | Apolaire | Hydrocarbures, cires (rare sur papier, plus utilisé en CCM) | > **Pour les composés très polaires (sucres, acides aminés), on utilise majoritairement des systèmes aqueux ou aqueux‑alcoolisés ; pour les composés moins polaires, on privilégie les solvants organiques purs ou légèrement aqueux.** ## Synthèse du chapitre - L’analyse instrumentale mesure un signal physique lié à la concentration d’un analyte ; elle est utilisée dans le contrôle qualité, l’environnement et la recherche au Cameroun. - La CCM sépare les composés sur une plaque de silice (ou alumine) grâce à la différence d’affinité entre phase stationnaire solide et phase mobile liquide. - Le facteur de rétention Rf = distance du composé / distance du solvant permet de comparer un inconnu à un témoin. - Le choix du solvant (polarité, mélange) est crucial pour obtenir des Rf compris entre 0,2 et 0,8 et assurer une bonne résolution. - La chromatographie sur papier emploie le papier filtre comme phase stationnaire polaire ; elle est particulièrement adaptée aux sucres, acides aminés et autres composés très polaires. - Les procédés de développement, de visualisation (lampe UV, révélateurs spécifiques) et de mesure sont standardisés pour garantir la reproductibilité. - La sécurité implique le port d’EPI, le travail sous hotte pour les solvants volatils, l’étiquetage rigoureux et l’élimination conforme des déchets dangereux. - Les erreurs fréquentes concernent le tracé de la ligne de départ à l’encre, le dépassement du front du solvant au-delà du bord de la plaque, l’utilisation de révélateurs inadaptés et la mauvaise lecture des distances. ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Phase stationnaire | Support solide ou liquide immobile qui interagit avec les analytes lors de la chromatographie. | | Phase mobile | Solvant qui se déplace par capillarité ou pression, entraînant les analytes à travers la phase stationnaire. | | Facteur de rétention (Rf) | Rapport sans dimension entre la distance parcourue par un composé et celle parcourue par le front du solvant. | | Révélateur | Substance ou rayonnement qui rend visibles les taches chromatographiques (UV, iode, ninhydrine, etc.). | | Plaque de silice | Support de verre, d’aluminium ou de plastique recouvert de silice gel utilisé comme phase stationnaire en CCM. | | Papier chromatographique | Papier de cellulose employé comme phase stationnaire polaire en chromatographie sur papier. | | Front du solvant | Ligne maximale atteinte par le solvant pendant le développement, utilisée comme référence pour le calcul du Rf. | | Capillarité | Phénomène qui permet au liquide de monter dans un tube étroit ou dans les fibres d’un support grâce à la tension superficielle et aux forces d’adhésion. | | Solvant polaire | Solvant possédant un moment dipolaire important (ex. : eau, éthanol) favorisant les interactions avec les composés polaires. | | Solvant apolaire | Solvant à faible moment dipolaire (ex. : hexane, toluène) privilégiant les interactions avec les composés non polaires. | ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – CCM : détermination du Rf et identification d’un composé **Consigne** : Un extrait d’écorce de *Prunus africana* est déposé sur une plaque de silice. Après développement avec un mélange chloroforme : méthanol (9 : 1, v/v), le front du solvant a parcouru 7,2 cm. Deux taches apparaissent : - Tache A à 5,0 cm du départ, couleur bleue sous UV 254 nm. - Tache B à 2,3 cm du départ, fluorescence verte sous UV 366 nm. Un témoin de flavonoïde connu (rutine) donne une tache bleue à 5,1 cm dans les mêmes conditions. **Questions** : 1. Calculer les Rf des taches A et B. 2. Quelle tache correspond probablement à la rutine ? Justifiez. 3. Proposez une identité plausible pour la tache B en vous basant sur sa polarité relative. **Corrigé** : 1. Rf_A = 5,0 / 7,2 = 0,694 ≈ 0,69. Rf_B = 2,3 / 7,2 = 0,319 ≈ 0,32. 2. La tache A (Rf ≈ 0,69) coïncide avec le Rf de la rutine (5,1 / 7,2 ≈ 0,71) à ±0,02 près ; donc la tache A correspond très probablement à la rutine. 3. La tache B possède un Rf plus faible (0,32), indiquant une plus grande affinité pour la phase stationnaire (silice) donc une moindre polarité que la rutine. Dans un système chloroforme : méthanol, les composés de polarité moyenne (terpènes, stéroïdes) montrent des Rf autour de 0,3‑0,4. On peut donc envisager un terpène tel que le **β‑sitostérol** ou un stéroïde comme le **stigmasterol** comme candidat pour la tache B. ### Exercice 2 – Chromatographie sur papier : séparation des sucres d’un jus de fruit **Consigne** : Un jus de mangue fraîchement pressé est déposé sur un papier Whatman No 1. Le papier est développé avec un solvant eau : éthanol (4 : 1, v/v). Après révélation à l’iode, trois taches apparaissent aux distances suivantes par rapport au départ : - Tache 1 : 1,8 cm - Tache 2 : 4,5 cm - Tache 3 : 7,2 cm Le front du solvant a atteint 9,0 cm. Un témoin de glucose donne une tache à 4,6 cm, un témoin de fructose à 1,9 cm et un témoin de saccharose à 7,3 cm dans les mêmes conditions. **Questions** : 1. Calculer les Rf des trois taches observées. 2. Identifier chaque sucre présent dans le jus de mangue. 3. En supposant que la concentration totale de sucres est de 120 mg / 100 mL de jus, estimer la masse de chaque sucre si leurs aires sous les taches sont proportionnelles à leurs concentrations et que les aires mesurées sont respectivement 20 %, 30 % et 50 % du total. **Corrigé** : 1. Rf₁ = 1,8 / 9,0 = 0,20. Rf₂ = 4,5 / 9,0 = 0,50. Rf₃ = 7,2 / 9,0 = 0,80. 2. Comparaison avec les témoins : - Tache 1 (Rf = 0,20) ≈ témoin fructose (0,21) → fructose. - Tache 2 (Rf = 0,50) ≈ témoin glucose (0,51) → glucose. - Tache 3 (Rf = 0,80) ≈ témoin saccharose (0,81) → saccharose. 3. Masse totale de sucres = 120 mg. - Fructose : 20 % × 120 mg = 24 mg. - Glucose : 30 % × 120 mg = 36 mg. - Saccharose : 50 % × 120 mg = 60 mg. ### Exercice 3 – Choix du solvant pour séparer un mélange d’alcaloïdes et de terpènes **Consigne** : Vous devez séparer un mélange contenant de la caféine (alcaloïde modérément polaire) et du limonène (terpène apolaire). Quels solvants ou mélanges de solvants seriez‑vous susceptible d’utiliser en CCM sur silice pour obtenir une bonne résolution (Rf entre 0,2 et 0,8 pour chaque composé) ? Justifiez votre choix en termes de polarité. **Corrigé** : - La caféine, relativement polaire (présence de groupes amide), migre davantage avec un solvant modérément polaire. - Le limonène, très apolaire, restera proche du départ avec un solvant apolaire et montera davantage avec un solvant plus polaire. Un bon compromis est un mélange **chloroforme : méthanol (8 : 2, v/v)** ou **éthylacétate : hexane (7 : 3, v/v)**. Dans le premier mélange, la polarité moyenne permet à la caféine d’avoir un Rf d’environ 0,55 tandis que le limonène, moins attiré par la phase mobile, obtient un Rf d’environ 0,30. Dans le deuxième mélange, l’éthylacétate apporte suffisamment de polarité pour déplacer la caféine vers un Rf d’environ 0,60, tandis que le limonène reste autour de 0,25. Les deux mélanges donnent des Rf compris entre 0,2 et 0,8, assurant une séparation nette. ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |----|------------------|-------------|--------------------------------------| | 1 | Tracer la ligne de départ avec un stylo à encre plutôt qu’un crayon à papier. | L’encre migre avec le solvant, crée des taches parasites et fausse les mesures de distance. | Utiliser exclusivement un crayon à papier gras (HB) pour les repères ; vérifier que la ligne est bien visible mais légère. | | 2 | Laisser le front du solvant dépasser le haut de la plaque ou du papier (dépassement > 1 cm). | Le composé peut être entraîné hors du support, perte d’échantillon et lecture impossible du Rf. | Arrêter le développement dès que le solvant atteint environ 0,5‑1 cm du bord supérieur ; retirer la plaque/papier immédiatement. | | 3 | Utiliser un révélateur inadapté (ex. : ninhydrine sur des composés non aminés). | Aucune coloration ou réaction non spécifique, entraînant des faux négatifs ou des interprétations erronées. | Choisir le révélateur en fonction de la classe chimique connue des analytes (consulter un tableau de révélateurs) ; effectuer un test témoin avant l’analyse des inconnus. | | 4 | Ne pas porter de gants ni de lunettes lors de la manipulation de solvants chlorés (chloroforme, dichlorométhane). | Risque d’irritation cutanée, de brûlures oculaires et d’absorption toxique. | Toujours porter des gants nitrile et des lunettes de sécurité ; travailler sous hotte à flux laminaire lorsqu’on utilise des solvants volatils ou toxiques. | | 5 | Omettre l’étiquetage des récipients contenant des mélanges de solvants (ex. : oublier de noter le rapport v/v). | Reproductibilité compromise, risque d’utiliser un mauvais mélange et d’obtenir des résultats incohérents. | Étiqueter immédiatement chaque récipient avec : nom du solvant(s), proportion, date de préparation, et les pictogrammes de danger selon le SGH. | | 6 | Négliger le séchage complet de la plaque ou du papier avant la révélation. | Résidu de solvant peut réagir avec le révélateur, produire des taches diffuses ou masquer les véritables taches d’analyte. | Laisser sécher à l’air libre sous hotte pendant au moins 5 min, ou utiliser un souffle d’azote doux si nécessaire ; vérifier l’absence de traces humides à l’inspection visuelle. |

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quel est le principe fondamental de l'analyse instrumentale en chimie ?
  2. 2. Dans la chromatographie sur couche mince (CCM), quelle est la phase stationnaire généralement utilisée ?
  3. 3. Quel est le critère principal qui détermine le déplacement d'un composé sur un papier chromatographique ?
  4. 4. Sur une plaque de TLC, le solvant a parcouru 8,0 cm depuis l'origine. Une tache d'analyte se trouve à 5,6 cm de l'origine. Quel est le facteur de rétention (Rf) de cet analyte ?
  5. 5. Un mélange de deux composés polaires (acide caféique et caféine) doit être séparé par TLC. Quel système solvant serait le plus adapté ?
  6. 6. Lors d'une analyse par chromatographie sur papier, un étudiant obtient un Rf de 0,45 pour un composé inconnu. Si la distance parcourue par le solvant est de 9,0 cm, quelle distance le composé a-t-il parcourue depuis l'origine ?
  7. 7. Dans une TLC, une tache reste à l'origine (Rf ≈ 0) malgré l'utilisation d'un solvant polaire. Quelle est l'explication la plus plausible ?
  8. 8. Un chromatogramme sur papier montre trois taches distinctes avec des Rf de 0,20, 0,55 et 0,80. Que peut-on déduire concernant la polarité relative de ces trois composés ?
  9. 9. Lorsqu'on utilise un révélateur à la lumière UV (254 nm) sur une plaque de TLC impregnée de silice contenant un indicateur fluorescent, pourquoi certains composés aromatiques apparaissent-ils sombres alors que d'autres restent invisibles ?
  10. 10. Dans le cadre de la chromatographie sur papier, pourquoi l'utilisation d'un solvant trop fortement polaire (comme l'eau pure) peut-elle conduire à une mauvaise séparation des composés peu polaires ?