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Chapitre 5

Cuivre (partie 1/2)

Lecture : 11 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :** - Décrire les étapes d’extraction et de concentration des minerais de cuivre présents au Cameroun. - Expliquer les principes de la pyrométallurgie et de l’hydrométallurgie appliqués à l’obtention et à l’affinage du cuivre. - Réaliser un bilan de matière simple pour une unité de traitement de minerai de cuivre. - Appliquer les règles de sécurité, d’hygiène et de protection de l’environnement propres aux ateliers miniers et métallurgiques. **Prérequis :** notions de chimie générale (oxydo‑réduction, équilibres acido‑basiques), de physique (transferts de chaleur, phénomènes de séparation), de lecture de schémas de procédés et de bases de la sécurité industrielle (port des EPI, consignes de confinement). ## Introduction contextualisée Le cuivre est un métal stratégique pour le développement industriel du Cameroun : câblage électrique, plomberie, fabrication de machines et d’équipements énergétiques. Le pays possède plusieurs gisements, notamment dans la région de l’Est (Bertoua, Yokadouma) et dans le Nord‑Ouest (Bamenda). L’exploitation de ces ressources suit une chaîne de valeur qui va de l’extraction du minerai brut à la production de cathodes de cuivre pur à 99,99 % ; chaque étape nécessite des connaissances techniques précises et le respect de normes de sécurité strictes. Ce cours présente, en deux leçons, les procédés d’extraction et de concentration (Leçon 11) puis ceux d’obtention et d’affinage (Leçon 12), en s’appuyant sur des exemples réels d’ateliers camerounais. ## I. Extraction et concentration des minerais de cuivre ### 1. Géologie des gisements de cuivre au Cameroun Les minerais de cuivre se présentent principalement sous forme de sulfures (chalcopyrite CuFeS₂, bornite Cu₅FeS₄) et, moins fréquemment, d’oxydes (malachite Cu₂CO₃(OH)₂, azurite Cu₃(CO₃)₂(OH)₂). > **>** Les teneurs moyennes en cuivre des gisements camerounais varient entre 0,5 % et 2,0 % Cu en masse. > **>** La présence de pyrite (FeS₂) et de gangue siliceuse nécessite une étape de concentration avant toute métallurgie. ### 2. Méthodes d’extraction | Type d’exploitation | Conditions géologiques | Avantages | Inconvénients | |---------------------|------------------------|-----------|---------------| | Ciel ouvert | Gisement peu profond, faible couverture | Coût d’exploitation faible, grande productivité | Impact environnemental important, besoin de réhabilitation | | Souterraine | Gisement profond, roche compétente | Moins de perturbation de surface, meilleure récupération du minerai | Investissement en infrastructures élevé, risques de effondrement | Au Cameroun, la majorité des projets récents privilégient l’exploitation à ciel ouvert pour les gisements de faible profondeur (ex. : projet de Bertoua). ### 3. Concentration du minerai Le minerai brut subit successivement : 1. **Concassage primaire** (concasseur à mâchoires) → taille < 150 mm. 2. **Broyage secondaire** (broyeur à boulets) → taille < 75 µm (libération des particules de sulfure). 3. **Flottation** : ajout de collecteurs (xanthates), de moussants (alcools polyglycolés) et de modificateurs de pH (chaux, soude). Le pulp est aéré dans des cellules de flottation ; le concentré de cuivre surnage tandis que les résidus (stériles) restent en sous‑nage. 4. **Séparation magnétique ou gravimétrique** (optionnelle) pour éliminer la pyrite résiduelle. > **>** Rendement typique de la flottation du cuivre au Cameroun : 85 %‑90 % de récupération du Cu présent dans le minerai d’alimentation. > **>** Formule de taux de récupération : > \[ > R = \frac{C_f \times T_f}{C_a \times T_a}\times 100 > \] > où \(C_f\) = teneur du concentré, \(T_f\) = masse du concentré, \(C_a\) = teneur du minerai aliment, \(T_a\) = masse du minerai aliment. ### 4. Exemple de flux de traitement (usine pilote de 50 t/j) | Étape | Débit (t/j) | Teneur Cu (%) | Masse Cu (kg/j) | |-------|-------------|---------------|-----------------| | Minerai brut | 50,0 | 1,2 | 600 | | Après concassage/broyage | 50,0 | 1,2 | 600 | | Concentré (flottation) | 2,8 | 18,0 | 510 | | Résidus (stériles) | 47,2 | 0,2 | 90 | > **>** Note : la masse de cuivre dans le concentré est inférieure à celle du minerai d’alimentation en raison des pertes ; le bilan de matière montre une perte de 90 kg/j (environ 15 %) due aux pertes en flottation et à la boue. ### 5. Sécurité, hygiène et environnement - Port obligatoire de casque, lunettes de protection, gants anti‑coupure et masque anti‑poussière (P2). - Surveillance des poussières de silice : valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) 0,1 mg/m³ (INRS). - Gestion des eaux de procédé : neutralisation (chaux) avant rejet pour éviter l’acidification des cours d’eau. - Plan de réhabilitation des sites : remblaiement, re‑végétalisation avec espèces locales (ex. : *Acacia* spp.). > **>** Toute fuite de réactif flottant (xanthate) doit être contenue immédiatement et neutralisée avec une solution d’hypochlorite de sodium 5 %. ## II. Obtention et affinage du cuivre ### 1. Pyrométallurgie du cuivre Le concentré de cuivre (≈ 30 % Cu) subit trois étapes principales : 1. **Fusion** dans un four à réverbère ou un four électrique à arc : \[ 2CuFeS_2 + 3O_2 \rightarrow Cu_2S + 2FeO + 2SO_2 \] Le matte obtenu contient ~ 45‑55 % Cu (sous forme de Cu₂S‑FeS), le reste sous forme de sulfure de fer (FeS) et de scories (SiO₂, CaO). 2. **Conversion** (four à air soufflé) : oxydation du FeS en FeO et du Cu₂S en cuivre brut, avec production de SO₂. \[ 2FeS + 3O_2 \rightarrow 2FeO + 2SO_2 \] \[ Cu_2S + O_2 \rightarrow 2Cu + SO_2 \] Globalement : \(Cu_2S + 2FeS + 3O_2 \rightarrow 2Cu + 2FeO + 3SO_2\). 3. **Raffinage électrolytique** : le cuivre brut (≈ 99 % Cu) est coulé en anodes immergées dans une solution d’acide sulfurique (H₂SO₄ 180 g/L) contenant des ions Cu²⁺ (≈ 40 g/L). Sous courant continu, le cuivre se dépose sur les cathodes en feuilles d’acier inoxydable : \[ \text{Anode : } Cu \rightarrow Cu^{2+} + 2e^- \] \[ \text{Cathode : } Cu^{2+} + 2e^- \rightarrow Cu_{(s)} \] > **>** Tension typique de la cellule d’électrolyse : 0,20‑0,30 V ; densité de courant : 200‑300 A/m². > **>** Rendement énergétique : ≈ 0,35 kWh/kg Cu produit. ### 2. Hydrométallurgie du cuivre Lorsque le minerai est pauvre en sulfures ou lorsqu’on veut réduire les émissions de SO₂, on privilégie la voie humide : 1. **Lixiviation acide** (H₂SO₄ 10‑15 %) à température ambiante ou légèrement chauffée (40‑60 °C) : \[ CuFeS_2 + 2H_2SO_4 + O_2 \rightarrow CuSO_4 + FeSO_4 + 2H_2O \] 2. **Extraction par solvant** (SX) : le Cu²⁺ est transféré de la phase aqueuse vers une phase organique contenant un extracteur (ex. : LIX 984N). 3. **Électrolyse** (EW) : le Cu²⁺ chargé dans la phase organique est redonné à une solution électrolytique où il se dépose sur cathodes en acier inoxydable, comme en pyrométallurgie. > **>** Rendement global de la voie SX‑EW pour un minerai de 0,8 % Cu : 85‑90 % de récupération, avec une consommation d’acide de ≈ 0,8 t H₂SO₄/t Cu produit. ### 3. Affinage électrolytique du cuivre (cathodes) Les cathodes obtenues présentent une pureté de 99,99 % Cu, adaptées à la fabrication de fils électriques. Le processus comprend : - **Lavage** des cathodes à l’eau déionisée pour éliminer les résidus d’acide. - **Séchage** à 120 °C dans un four à convection. - **Emballage** sous film plastique anti‑humidité. ### 4. Exemple chiffré : bilan de matière d’une usine de traitement de 100 t/j de concentré (30 % Cu) **Données** : - Débit concentré : 100 t/j - Teneur Cu : 30 % → masse Cu aliment = 30 t/j - Rendement de la fusion + conversion : 95 % (pertes sous forme de gaz et de scories) - Rendement de l’électrolyse : 98 % **Calcul** : 1. Cuivre après fusion/conversion : \[ M_{Cu,post} = 30 \times 0,95 = 28,5 \text{ t/j} \] 2. Cuivre déposé sur cathodes : \[ M_{Cu,cathode} = 28,5 \times 0,98 = 27,93 \text{ t/j} \] 3. Masse de cuivre perdue (gaz, boues, électrolyte) : \[ M_{perte} = 30 - 27,93 = 2,07 \text{ t/j} \;(≈ 6,9\%) \] > **>** Consommation d’électricité estimée : 0,35 kWh/kg Cu → 27,93 t × 0,35 MWh/t = 9,78 MWh/j. ### 5. Sécurité, hygiène et environnement en métallurgie - Port de masque à filtration des vapeurs de SO₂ (filtre à charbon actif) lors de la fusion et de la conversion. - Surveillance des niveaux de bruit dans les salles de broyage : < 85 dB(A) (port de protections auditives obligatoires). - Traitement des gaz de combustion : lavage à l’eau alcaline (NaOH 5 %) pour récupérer le SO₂ sous forme de bisulfite de sodium, pouvant être revendu. - Gestion des boues d’électrolyse : contenant des métaux traces (Ni, Pb), elles sont stabilisées avec du ciment avant stockage en décharge de classe II. > **>** Toute anomalie de température du four (> 1200 °C) déclenche automatiquement l’arrêt d’urgence et l’évacuation de la zone. ## Synthèse du chapitre - **Extraction** : ciel ouvert ou souterraine selon profondeur ; concassage, broyage, flottation → concentré 15‑30 % Cu. - **Concentration** : récupération 85‑90 % Cu ; taux de récupération \(R = \frac{C_f T_f}{C_a T_a}\times100\). - **Pyrométallurgie** : fusion → matte → conversion → cuivre brut → raffinage électrolytique (anode/cathode, H₂SO₄). - **Hydrométallurgie** : lixiviation acide → extraction par solvant → électrolyse (SX‑EW). - **Affinage** : cathodes Cu 99,99 % ; consommation électrique ≈ 0,35 kWh/kg Cu. - **Sécurité** : EPI, contrôle poussières, traitement SO₂, gestion boues, procédures d’arrêt d’urgence. - **Environnement** : neutralisation eaux, récupération SO₂, réhabilitation sites. ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Chalcopyrite | Minéral sulfure de cuivre et de fer, CuFeS₂, principal minerai de cuivre. | | Flottation | Procédé de séparation hydrophobe/hydrophile utilisant des collecteurs et des moussants pour récupérer les particules de cuivre. | | Matte | Produit intermédiaire de la fusion du concentré de cuivre, riche en Cu‑Fe‑S. | | Conversion | Étape d’oxydation du matte permettant de convertir le FeS en FeO et le Cu₂S en cuivre brut, avec production de SO₂. | | Raffinage électrolytique | Déposition du cuivre sur cathodes à partir d’une solution sulfurique sous courant continu. | | Lixiviation | Dissolution du cuivre du minerai dans un milieu acide (souvent H₂SO₄) pour obtenir une solution de Cu²⁺. | | Extraction par solvant (SX) | Transfert sélectif du Cu²⁺ de la phase aqueuse vers une phase organique contenant un extracteur. | | Électrolyse (EW) | Déposition du cuivre à partir d’une solution chargée en Cu²⁺ sur des cathodes, produisant du cuivre métallique. | | Cathode | Électrode négative où se dépose le cuivre métallique lors de l’électrolyse. | | Scories | Sous‑produit vitreux de la fusion, composé principalement de silicates et d’oxydes de métaux non valorisés. | | SO₂ | Dioxyde de soufre, gaz toxique produit lors de l’oxydation des sulfures, traité par lavage alcalin. | | VLEP | Valeur limite d’exposition professionnelle, concentration maximale admise d’un agent dangereux dans l’air d’un lieu de travail. | ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Bilan de matière d’une usine de flottation Une mine extrait 200 t/j de minerai contenant 0,9 % Cu. Après broyage, la flottation donne un concentré de 12 t/j à 12 % Cu et des résidus à 0,05 % Cu. **a)** Calculer la masse de cuivre contenue dans le minerai d’alimentation. **b)** Déterminer la masse de cuivre récupérée dans le concentré. **c)** Calculer le taux de récupération de la flottation. **Corrigé** a) \(M_{Cu,alim}=200 \times 0,009 = 1,8 \text{ t/j}=1800 \text{ kg/j}\). b) \(M_{Cu,conc}=12 \times 0,12 = 1,44 \text{ t/j}=1440 \text{ kg/j}\). c) \(R = \frac{1440}{1800}\times100 = 80\%\). ### Exercice 2 – Consommation d’énergie dans une raffinerie électrolytique Une usine produit 50 t/j de cuivre cathodique. La consommation spécifique d’électricité est de 0,34 kWh/kg Cu. **a)** Calculer la consommation énergétique journalière en MWh. **b)** Si le coût de l’électricité est de 60 FCFA/kWh, quel est le coût énergétique quotidien ? **Corrigé** a) \(E = 50\,000 \text{ kg} \times 0,34 \text{ kWh/kg}=17\,000 \text{ kWh}=17 \text{ MWh/j}\). b) \(Coût = 17\,000 \text{ kWh} \times 60 \text{ FCFA/kWh}=1\,020\,000 \text{ FCFA/j}\). ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |----|------------------|-------------|--------------------------------------| | 1 | Oublier de vérifier l’étanchéité des cellules de flottation avant le démarrage | Fuites de réactifs toxiques (xanthates) → contamination du sol et risque d’inhalation | Effectuer un test de pression à l’air comprimé et vérifier les joints avant chaque quart. | | 2 | Négliger le port du masque anti‑SO₂ lors de la conversion | Inhalation de dioxyde de soufre → irritation respiratoire, œdème pulmonaire | Porter systématiquement un masque à filtre à charbon actif ; contrôler la concentration de SO₂ avec un détecteur portatif. | | 3 | Surcharger le four à arc au-delà de sa capacité nominale | Surchauffe, risque de fusion de la cuve, projection de métal en fusion | Respecter le diagramme de charge fourni par le constructeur ; installer un relais de surcharge thermique. | | 4 | Ne pas neutraliser les eaux de procédé avant rejet | Acidification des cours d’eau, mort de la faune aquatique | Ajouter de la chaux (CaO) jusqu’à atteindre pH ≈ 7 ; vérifier avec un pH‑mètre avant rejet. | | 5 | Utiliser des outils non isolés pour intervenir sur les barres électriques de l’électrolyse | Risque d’électrocution ou d’arc électrique | Utiliser uniquement des outils isolés (manches en fibre de verre) et couper l’alimentation avant toute intervention. | | 6 | Stocker les boues d’électrolyte sans stabilisation | Lixiviation de métaux lourds (Pb, Ni) vers les nappes phréatiques | Mélanger les boues avec du ciment (rapport 1:3) et laisser durer 24 h avant stockage en décharge de classe II. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition du terme "titre" d'un minerai de cuivre ?
  2. 2. Quel minéral sulfureux de cuivre est principalement récupéré par flottation moussante ?
  3. 3. Quel est le rôle principal de l'étape de conversion dans la métallurgie du cuivre ?
  4. 4. Une usine traite 500 tonnes de minerai par jour à un titre de 1,2 % Cu. Si le concentré obtenu a un titre de 30 % Cu et que la récupération du cuivre est supposée totale, quelle est la masse quotidienne de concentré produite ?
  5. 5. Dans la flottation moussante, l'ajout d'un collecteur tel que le xanthate rend hydrophobe principalement quel type de minéral ?
  6. 6. Pourquoi la fusion du cuivre est-elle généralement effectuée dans un four à réverbère plutôt que dans un haut fourneau ?
  7. 7. Lors du raffinage électrolytique du cuivre, quels métaux précieux s'accumulent principalement dans la boue d'anode ?
  8. 8. Le cuivre blister contient environ 98,5 % de Cu, le reste étant surtout du fer et du soufre. Quel est l'objectif principal du raffinage au feu (fire refining) appliqué à ce matériau ?
  9. 9. Une raffinerie d'électrolyse du cuivre consomme 0,8 kWh par kilogramme de Cu raffiné. Si elle produit 250 tonnes de Cu par mois, quelle est la consommation mensuelle d'électricité en mégawattheures (MWh) ?
  10. 10. Pourquoi la voie lixiviation–extraction par solvant–électro gagnage (SX-EW) est-elle privilégiée pour traiter les minerais oxydés de cuivre de faible titre ?