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Chapitre 30

Le texte narratif : le schéma narratif et le schéma actantiel

Lecture : 35 minQuiz de 12 questions

# Le texte narratif : le schéma narratif et le schéma actantiel ## Introduction L'étude du texte narratif constitue l'un des piliers de l'analyse littéraire et linguistique dans l'enseignement secondaire au Cameroun. Que ce soit en classe de Seconde, de Première ou de Terminale, la maîtrise des mécanismes de la narration est indispensable pour comprendre comment un récit est construit, comment il produit du sens et comment il agit sur le lecteur. Le texte narratif, qui consiste à raconter une histoire, est omniprésent dans la littérature : il se déploie aussi bien dans le roman que dans le théâtre ou la poésie, et même dans des genres non littéraires comme le fait divers, le conte, la légende ou le récit historique. Comprendre un texte narratif, ce n'est pas seulement en suivre la trame événementielle ; c'est aussi être capable d'en dégager la structure profonde, d'identifier les forces qui animent les personnages et de repérer les étapes qui organisent la progression de l'histoire. C'est précisément l'objet de ce chapitre, qui aborde deux outils d'analyse complémentaires : le schéma narratif, qui rend compte de la succession logique et chronologique des événements, et le schéma actantiel, élaboré par le sémioticien lituanien Algirdas Julien Greimas, qui modélise les relations de quête et d'opposition entre les personnages ou forces en présence. Ces deux grilles de lecture, loin d'être de simples exercices scolaires, constituent de véritables clés d'interprétation. Elles permettent de décrypter la mécanique interne de tout récit, qu'il s'agisse d'un conte traditionnel camerounais transmis oralement, d'un roman de la littérature négro-africaine comme *Une vie de boy* de Ferdinand Oyono, d'une pièce de théâtre de Guillaume Oyônô Mbia ou d'un poème narratif. En maîtrisant ces outils, l'élève acquiert une compétence analytique solide, transférable à toutes les œuvres qu'il rencontrera, et développe un regard critique sur la manière dont les histoires sont construites pour captiver, émouvoir ou convaincre. Ce chapitre se propose donc d'explorer successivement la définition du texte narratif, puis les deux schémas qui en structurent l'analyse : le schéma narratif, qui rend compte de l'organisation temporelle et causale du récit, et le schéma actantiel, qui en révèle la dimension profonde et relationnelle. ## I. Définition du texte narratif ### 1. Qu'est-ce qu'un texte narratif ? > **À retenir** : Le texte narratif est un texte qui raconte une histoire, c'est-à-dire une succession d'événements vécus par des personnages dans un cadre spatio-temporel déterminé. Il se distingue par la présence d'un narrateur qui prend en charge le récit et par une progression chronologique et/ou causale des faits. Le terme « narratif » vient du latin *narrare*, qui signifie « raconter », « faire connaître par le récit ». Un texte narratif est donc fondamentalement un texte qui relate une histoire, réelle ou fictive. Cette histoire est constituée d'une suite d'événements qui s'enchaînent selon une logique à la fois temporelle (les faits se succèdent dans le temps) et causale (chaque événement est la conséquence du précédent et la cause du suivant). Le texte narratif se caractérise par plusieurs traits distinctifs : - **La présence d'un narrateur** : c'est l'instance qui raconte l'histoire. Le narrateur peut être un personnage de l'histoire (narrateur interne, à la première personne) ou une instance extérieure qui observe et relate les faits (narrateur externe, à la troisième personne). Dans certains cas, le narrateur peut être omniscient, c'est-à-dire qu'il connaît tout des personnages, y compris leurs pensées les plus intimes. - **Une organisation temporelle** : les événements sont situés dans le temps et s'ordonnent selon une chronologie, même si le récit peut recourir à des retours en arrière (analepses) ou à des anticipations (prolepses). - **Des personnages** : ce sont les acteurs de l'histoire, humains ou non, qui accomplissent des actions et subissent des transformations. - **Un cadre spatio-temporel** : l'histoire se déroule dans un lieu et à une époque déterminés, qui peuvent être réalistes ou imaginaires. - **Une transformation** : entre le début et la fin du récit, une modification intervient dans la situation des personnages ; c'est cette transformation qui donne son sens à l'histoire. ### 2. Les genres du texte narratif Le texte narratif n'est pas l'apanage d'un seul genre littéraire. Il se rencontre dans des formes très diverses : **Le roman** : C'est le genre narratif par excellence. Le roman est un récit en prose, d'une certaine longueur, qui met en scène des personnages fictifs dans un univers généralement réaliste. Il peut prendre de multiples formes : roman d'aventure, roman policier, roman historique, roman d'amour, roman social, etc. Dans la littérature camerounaise, des œuvres comme *Ville cruelle* d'Eza Boto (Mongo Beti), *Le Vieux Nègre et la Médaille* de Ferdinand Oyono ou *La Parenthèse de sang* de Sony Labou Tansi illustrent la richesse du roman comme texte narratif. **Le théâtre** : Bien que le théâtre soit avant tout un genre dialogué destiné à la représentation scénique, il comporte une dimension narrative indéniable. Les pièces de théâtre racontent une histoire à travers les dialogues et les didascalies. La structure dramatique (exposition, nœud, péripéties, dénouement) correspond à une organisation narrative. Les pièces de Guillaume Oyônô Mbia, comme *Trois prétendants… un mari*, racontent l'histoire d'une jeune fille confrontée à des choix matrimoniaux, avec toutes les péripéties que cela implique. **La poésie** : La poésie n'est pas exclusivement lyrique ou descriptive ; elle peut aussi être narrative. Le poème narratif raconte une histoire en vers, avec une progression événementielle. Les épopées, comme *La Chanson de Roland* ou, dans la tradition africaine, les épopées de Soundiata Keïta transmises par les griots, sont des poèmes narratifs. Certains poèmes de la négritude, comme ceux de Léopold Sédar Senghor ou de David Diop, intègrent également des éléments narratifs, racontant l'histoire du peuple noir, sa déportation, son exploitation et sa renaissance. **Les genres connexes** : Au-delà de ces trois grands genres, le texte narratif se retrouve dans le conte, la nouvelle, la fable, la légende, l'épopée, le mythe, mais aussi dans des formes non littéraires comme le fait divers, le reportage, la biographie, l'autobiographie ou le récit historique. ### 3. Exemples de textes narratifs **Exemple 1 (conte traditionnel camerounais)** : Dans le conte *L'araignée et la tortue*, très répandu au Cameroun, on raconte comment l'araignée, rusée mais paresseuse, tente de tromper la tortue pour obtenir sa part de nourriture sans travailler. L'histoire relate les ruses successives de l'araignée, les réactions de la tortue et la chute finale qui voit le trompeur trompé. Ce conte, comme tous les contes, est un texte narratif : il raconte une histoire avec des personnages, un cadre, une progression et une morale implicite. **Exemple 2 (roman)** : Dans *Une vie de boy* de Ferdinand Oyono, le narrateur, Toundi Joseph, raconte sa vie de boy (domestique) chez les colons français à Ebolowa. Le récit, présenté sous forme de journal intime, relate son arrivée à la mission, son entrée au service du commandant Decazy, les humiliations qu'il subit, ses observations sur la société coloniale et sa fin tragique. Chaque chapitre constitue une étape narrative qui fait progresser l'histoire. **Exemple 3 (théâtre)** : Dans *Trois prétendants… un mari* de Guillaume Oyônô Mbia, la pièce raconte l'histoire de Juliette, jeune fille qui doit choisir entre trois prétendants : un instituteur, un fonctionnaire et un riche commerçant. Les péripéties s'enchaînent : les visites des prétendants, les négociations des familles, les quiproquos, jusqu'au dénouement où Juliette parvient à imposer son choix. **Exemple 4 (poésie narrative)** : Le poème *Afrique* de David Diop raconte, sur le mode lyrique, l'histoire du continent africain : sa splendeur passée, la déportation des esclaves, la colonisation, et l'espoir d'une renaissance. Bien que poétique, ce texte est narratif car il relate une histoire, celle d'un peuple à travers le temps. > **À retenir** : Le texte narratif se définit par sa fonction première : raconter une histoire. Il se manifeste dans le roman, le théâtre, la poésie, le conte, la nouvelle, l'épopée, etc. Son analyse requiert des outils spécifiques, dont le schéma narratif et le schéma actantiel, qui permettent d'en révéler la structure et la signification. ## II. Le schéma narratif ### 1. Définition et principe général > **À retenir** : Le schéma narratif est un modèle d'analyse qui décrit la structure type d'un récit en le décomposant en cinq étapes successives : la situation initiale, la complication (ou élément perturbateur), les péripéties (ou actions transformatrices), la résolution (ou élément équilibrant) et la situation finale. Ce schéma rend compte de l'organisation logique et chronologique des événements dans un texte narratif. Le schéma narratif est un outil d'analyse élaboré à partir de l'étude des contes et des récits populaires, notamment par le formaliste russe Vladimir Propp dans sa *Morphologie du conte* (1928), puis adapté et simplifié par les théoriciens du récit. Il postule que tout récit suit une progression type, faite d'un équilibre initial qui est rompu, d'une série d'épreuves et de rebondissements, puis d'un retour à un équilibre nouveau, différent de l'équilibre initial. Ce schéma comporte traditionnellement cinq étapes, que l'on peut regrouper en trois grandes phases : la situation initiale, la situation médiane (comprenant la complication, les péripéties et la résolution) et la situation finale. C'est cette tripartition que nous allons développer. ### 2. La situation initiale La situation initiale est le point de départ du récit. Elle présente l'état d'équilibre dans lequel se trouvent les personnages avant que l'histoire ne commence véritablement. Cette étape répond aux questions : Qui ? Où ? Quand ? Quoi ? Elle fournit au lecteur les informations nécessaires pour comprendre le contexte de l'histoire. **Caractéristiques de la situation initiale :** - **Présentation des personnages** : le ou les personnages principaux sont introduits, avec leurs caractéristiques physiques, morales, sociales. - **Cadre spatio-temporel** : le lieu et l'époque de l'histoire sont indiqués. - **État d'équilibre** : la situation décrite est stable, sans conflit majeur. Les personnages vivent dans un état de relative harmonie. - **Durée** : la situation initiale est généralement brève, car elle n'est qu'un point de départ. Elle est souvent marquée par des verbes à l'imparfait, temps de la description et de la durée. **Exemple 1 (conte)** : Dans le conte *La jeune fille et le serpent* (conte camerounais), la situation initiale présente une jeune fille vivant paisiblement avec sa mère dans un village. L'imparfait domine : « Il était une fois une jeune fille qui vivait avec sa mère dans un petit village. Elles cultivaient leur champ, puisaient l'eau à la rivière et vivaient heureuses. » **Exemple 2 (roman)** : Dans *Le Vieux Nègre et la Médaille* de Ferdinand Oyono, la situation initiale présente Meka, un vieux Camerounais, qui vit paisiblement dans son village avec sa femme. Il est respecté de tous, a donné ses terres à la mission catholique et attend avec impatience la médaille que le gouvernement français doit lui remettre. L'équilibre initial est celui d'une vie simple et digne, dans l'attente d'une reconnaissance officielle. **Exemple 3 (théâtre)** : Dans *Trois prétendants… un mari*, la situation initiale présente la famille de Juliette, vivant dans un village du Sud-Cameroun. Le père, Atangana, est un homme respectable ; sa fille Juliette est jeune, belle et instruite. L'équilibre familial est stable jusqu'à l'arrivée des prétendants. **Exemple supplémentaire** : Dans le conte *Le lièvre et l'éléphant* (conte populaire africain), la situation initiale décrit le lièvre, petit mais rusé, vivant dans la brousse avec sa famille. Il est content de sa condition, même s'il envie parfois la force de l'éléphant. Cette présentation pose le cadre et les enjeux du récit. > **À retenir** : La situation initiale est l'état d'équilibre qui ouvre le récit. Elle présente les personnages, le cadre et la situation de départ. Elle est généralement rédigée à l'imparfait et répond aux questions fondamentales : qui, où, quand, quoi ? ### 3. La situation médiane : complication, dynamique, résolution La situation médiane constitue le cœur du récit. C'est là que se déroule l'essentiel de l'action, que les événements s'enchaînent et que le conflit se développe. Elle se décompose en trois moments : la complication (ou élément perturbateur), la dynamique (ou péripéties) et la résolution (ou élément équilibrant). #### a. La complication (ou élément perturbateur) La complication est l'événement qui vient rompre l'équilibre initial. C'est le déclencheur de l'histoire : un événement imprévu, une décision, une rencontre, une catastrophe, une révélation qui modifie la situation et lance l'action. **Caractéristiques de la complication :** - Elle survient de manière souvent brutale ou inattendue. - Elle est marquée par un changement de temps verbal : on passe de l'imparfait au passé simple, temps de l'action ponctuelle. - Elle introduit un conflit, un problème, un défi à relever. - Elle met en mouvement le personnage principal, qui doit réagir. **Exemple 1 (conte)** : Dans *La jeune fille et le serpent*, la complication survient lorsque la jeune fille, partie puiser de l'eau à la rivière, rencontre un serpent qui lui demande de l'épouser. Refusant d'abord, elle finit par accepter sous la pression du serpent, et l'équilibre initial est rompu. **Exemple 2 (roman)** : Dans *Une vie de boy*, la complication intervient lorsque Toundi, après la mort de son père, décide de quitter son village pour se rendre à la mission catholique. Cet événement, apparemment anodin, déclenche toute la suite du récit : sa conversion, son apprentissage, puis son entrée au service des colons. **Exemple 3 (théâtre)** : Dans *Trois prétendants… un mari*, la complication est l'arrivée simultanée de trois prétendants qui demandent la main de Juliette. Cette situation inattendue crée un conflit : le père doit choisir, la fille doit se soumettre ou se rebeller, et les familles s'affrontent. **Exemple supplémentaire** : Dans le conte *L'araignée et la tortue*, la complication survient lorsque la tortue invite l'araignée à un grand festin. L'araignée, trop fière pour refuser mais trop paresseuse pour apporter sa contribution, décide de tricher. Cette décision lance la série de péripéties. > **À retenir** : La complication est l'élément perturbateur qui rompt l'équilibre initial. Elle est l'événement déclencheur de l'histoire, celui qui met en mouvement les personnages et crée le conflit. Elle se marque souvent par le passage de l'imparfait au passé simple. #### b. La dynamique (ou péripéties) La dynamique, également appelée « actions transformatrices » ou « péripéties », est l'ensemble des événements qui se succèdent après la complication. C'est la phase la plus longue du récit, celle où le héros affronte les obstacles, vit des aventures, rencontre des alliés et des ennemis, subit des épreuves et des revers. **Caractéristiques de la dynamique :** - Elle est constituée d'une série d'actions, de rebondissements, de quiproquos, de combats, de voyages, de rencontres. - Elle est marquée par une progression : chaque péripétie découle de la précédente et prépare la suivante. - Elle met en scène les efforts du héros pour surmonter les obstacles. - Elle peut comporter des moments de tension, de suspense, de crise. - Elle est généralement au passé simple, temps du récit, mais peut aussi utiliser le présent de narration pour créer un effet de proximité. **Exemple 1 (conte)** : Dans *La jeune fille et le serpent*, les péripéties sont nombreuses : le mariage forcé avec le serpent, la vie dans la grotte du serpent, la découverte que le serpent est en réalité un prince charmant victime d'un sortilège, la tentative de la jeune fille de libérer le prince, les obstacles dressés par la méchante sorcière, etc. **Exemple 2 (roman)** : Dans *Le Vieux Nègre et la Médaille*, les péripéties commencent après la cérémonie de remise de la médaille. Meka, ivre de fierté et d'alcool, se perd dans la ville la nuit, est arrêté par la police coloniale, jeté en prison, battu, puis relâché. Ces événements successifs constituent la dynamique du récit et transforment progressivement le regard de Meka sur la colonisation. **Exemple 3 (théâtre)** : Dans *Trois prétendants… un mari*, les péripéties sont les visites successives des trois prétendants, les discussions entre les familles, les tentatives de Juliette pour échapper au choix de son père, les quiproquos entre les personnages, les menaces et les promesses. Chaque scène apporte son lot de rebondissements. **Exemple supplémentaire** : Dans le conte *Le lièvre et l'éléphant*, les péripéties sont les différentes épreuves que le lièvre doit affronter pour prouver sa valeur face à l'éléphant : courses, concours de force, défis de ruse. Chaque épreuve est une péripétie qui fait progresser l'histoire. > **À retenir** : La dynamique, ou péripéties, est la phase centrale du récit, celle où se succèdent les actions, les épreuves et les rebondissements. C'est le moment où le héros affronte les obstacles et où la tension narrative est la plus forte. Elle constitue le corps du récit. #### c. La résolution (ou élément équilibrant) La résolution est l'événement ou la série d'événements qui met fin aux péripéties et résout le conflit. C'est le moment où le problème posé par la complication trouve sa solution, où les obstacles sont surmontés ou contournés, où les forces en présence trouvent un équilibre. **Caractéristiques de la résolution :** - Elle intervient après le point culminant de la tension narrative (le climax). - Elle apporte une réponse au conflit : le héros triomphe ou échoue, le mystère est élucidé, l'obstacle est écarté. - Elle est souvent brève, car elle n'est que le point d'aboutissement de la dynamique. - Elle prépare la situation finale. **Exemple 1 (conte)** : Dans *La jeune fille et le serpent*, la résolution intervient lorsque la jeune fille, après avoir surmonté toutes les épreuves, parvient à briser le sortilège qui retenait le prince prisonnier. Le serpent redevient un homme, et la sorcière est vaincue. **Exemple 2 (roman)** : Dans *Une vie de boy*, la résolution intervient lorsque Toundi, après avoir été chassé par son maître et battu par la police, est recueilli par un infirmier qui tente de le sauver. La résolution n'est pas ici un triomphe, mais une fin tragique : Toundi meurt de ses blessures, mais sa mort est aussi une libération. **Exemple 3 (théâtre)** : Dans *Trois prétendants… un mari*, la résolution intervient lorsque Juliette, par une ruse, parvient à imposer son choix : elle refuse les trois prétendants choisis par son père et annonce qu'elle épousera l'homme qu'elle aime. Le conflit est résolu, les familles s'inclinent. **Exemple supplémentaire** : Dans le conte *L'araignée et la tortue*, la résolution intervient lorsque la tortue, qui a découvert les ruses de l'araignée, la prend à son propre piège. L'araignée est humiliée publiquement et doit reconnaître sa défaite. > **À retenir** : La résolution est l'élément qui met fin aux péripéties et résout le conflit. Elle peut être heureuse ou malheureuse, mais elle clôt toujours la dynamique et prépare la situation finale. ### 4. La situation finale La situation finale est le point d'arrivée du récit. Elle présente l'état d'équilibre qui succède à la résolution. Cet équilibre est différent de l'équilibre initial : les personnages ont changé, leur situation a été modifiée par les événements. **Caractéristiques de la situation finale :** - Elle clôt le récit et répond aux questions : qu'est-il advenu des personnages ? Quelle est leur nouvelle situation ? - Elle peut être heureuse (dénouement heureux) ou malheureuse (dénouement tragique). - Elle est généralement brève, parfois réduite à une phrase. - Elle peut comporter une morale, une leçon, une ouverture. **Le dénouement heureux** : La situation finale est heureuse lorsque le héros atteint son but, que les obstacles sont surmontés et que l'ordre est rétabli. C'est le cas typique des contes : le prince épouse la princesse, le héros est récompensé, le méchant est puni. Dans les contes camerounais, le dénouement heureux est fréquent : la jeune fille épouse le prince charmant, le lièvre rusé triomphe de l'éléphant, la communauté retrouve la paix. **Le dénouement malheureux** : La situation finale est malheureuse lorsque le héros échoue, meurt ou subit une défaite. C'est le cas des tragédies et de nombreux romans réalistes. Dans *Une vie de boy*, la situation finale est tragique : Toundi meurt, victime de la violence coloniale. Dans *Le Vieux Nègre et la Médaille*, la situation finale est amère : Meka a perdu ses illusions, il a été humilié et comprend enfin la réalité de la colonisation. **Exemple 1 (conte)** : Dans *La jeune fille et le serpent*, la situation finale est heureuse : la jeune fille épouse le prince libéré, ils vivent heureux et ont de nombreux enfants. Le conte se termine par une formule traditionnelle : « Ils vécurent longtemps et eurent beaucoup d'enfants. » **Exemple 2 (roman)** : Dans *Le Vieux Nègre et la Médaille*, la situation finale est marquée par la désillusion : Meka, après son arrestation et son humiliation, comprend que la médaille n'était qu'un instrument de domination. Il rentre chez lui, vieilli, brisé, mais lucide. Le dénouement est malheureux sur le plan personnel, mais porteur d'une prise de conscience. **Exemple 3 (théâtre)** : Dans *Trois prétendants… un mari*, la situation finale est heureuse : Juliette épouse l'homme qu'elle aime, les familles se réconcilient, et la pièce se termine dans la joie et les rires. **Exemple supplémentaire** : Dans le conte *Le lièvre et l'éléphant*, la situation finale est heureuse pour le lièvre : il a prouvé sa valeur, il est respecté par tous les animaux, et l'éléphant reconnaît sa défaite. La morale du conte est explicite : la ruse vaut mieux que la force. > **À retenir** : La situation finale est l'état d'équilibre qui clôt le récit. Elle est différente de la situation initiale, car les personnages et leur situation ont été transformés par les événements. Le dénouement peut être heureux (le héros triomphe) ou malheureux (le héros échoue ou meurt). ### 5. Application du schéma narratif à un exemple complet Prenons l'exemple du conte camerounais *La fille têtue* (conte populaire béti) pour illustrer l'ensemble du schéma narratif : **Situation initiale** : Il était une fois un chef qui avait une fille très belle mais très têtue. Tous les jeunes gens du village voulaient l'épouser, mais elle les refusait tous, car elle voulait choisir elle-même son mari, contre la volonté de son père. **Complication** : Un jour, un étranger arriva au village. Il était beau et riche, et la jeune fille tomba amoureuse de lui. Mais le père refusa ce mariage, car l'étranger était d'une ethnie différente et de condition modeste. **Péripéties** : La jeune fille s'enfuit avec l'étranger. Ils voyagèrent longtemps, traversèrent des forêts et des rivières. Mais l'étranger se révéla être un mauvais mari : il la maltraitait, la faisait travailler sans repos. La jeune fille regretta sa décision, mais elle était trop fière pour revenir. Elle subit de nombreuses épreuves : la faim, la fatigue, la solitude. Un jour, elle rencontra une vieille femme qui lui donna un talisman magique et des conseils. **Résolution** : Grâce au talisman et aux conseils de la vieille femme, la jeune fille parvint à échapper à son mari et à retrouver le chemin de son village. Elle arriva juste à temps pour empêcher son père de la maudire. **Situation finale** : La jeune fille, devenue sage, épousa un homme de son village choisi par son père. Elle vécut heureuse et enseigna à ses enfants l'obéissance et la sagesse. Le conte se termine par une morale : « La têtue apprend à ses dépens que les parents ont toujours raison. » Ce schéma narratif montre comment le récit est construit : un équilibre initial (la vie au village), une rupture (la rencontre avec l'étranger), une série d'épreuves (la vie avec le mauvais mari), une résolution (la fuite grâce au talisman) et un nouvel équilibre (le retour au village et le mariage raisonnable). > **À retenir** : Le schéma narratif est un outil d'analyse universel qui s'applique à tous les récits, du conte traditionnel au roman moderne. Il permet de visualiser la structure du récit et de comprendre comment l'auteur organise sa narration pour produire du sens et de l'émotion. ## III. Le schéma actantiel de Greimas ### 1. Présentation du schéma actantiel > **À retenir** : Le schéma actantiel est un modèle d'analyse du récit élaboré par le sémioticien lituanien Algirdas Julien Greimas (1917-1992) dans son ouvrage *Sémantique structurale* (1966). Il modélise les relations entre les forces en présence dans un récit à travers six actants : le sujet, l'objet, le destinateur, le destinataire, l'opposant et l'adjuvant. Le schéma actantiel repose sur une idée fondamentale : dans tout récit, les personnages n'agissent pas isolément ; ils sont pris dans un réseau de relations qui déterminent leurs actions. Greimas propose de ne plus parler de « personnages » mais d'« actants », c'est-à-dire de forces narratives qui remplissent des fonctions précises dans le récit. Un actant n'est pas nécessairement un personnage : ce peut être un objet, une idée, une institution, une force naturelle, etc. Le terme « actant » vient du latin *agens* (qui agit) et a été introduit en linguistique par Lucien Tesnière avant d'être repris et développé par Greimas. L'actant se définit par sa fonction dans le récit, et non par ses caractéristiques individuelles. Ainsi, un même personnage peut cumuler plusieurs rôles actantiels, et un même actant peut être incarné par plusieurs personnages. Le schéma actantiel se présente traditionnellement sous la forme d'un modèle à trois axes : - **L'axe du désir** (ou axe sujet-objet) : il relie le sujet à l'objet de sa quête. - **L'axe du pouvoir** (ou axe adjuvant-opposant) : il comprend les forces qui aident ou entravent le sujet. - **L'axe du savoir** (ou axe destinateur-destinataire) : il relie celui qui mandate la quête à celui qui en bénéficie. ### 2. Les six actants #### a. Le sujet (ou héros) Le sujet est l'actant principal du récit, celui qui accomplit l'action principale, qui est engagé dans une quête. C'est le personnage autour duquel s'organise l'histoire. Le sujet est animé par un désir, un manque, une volonté qui le pousse à agir. **Caractéristiques du sujet :** - Il est le protagoniste de l'histoire, celui dont on suit le parcours. - Il est défini par sa quête : il cherche quelque chose, veut atteindre un but, combler un manque. - Il peut être un personnage humain, mais aussi un animal (dans les contes), une collectivité, voire une entité abstraite. - Il n'est pas nécessairement « héros » au sens moral du terme : il peut être un anti-héros, un personnage médiocre ou négatif. **Exemples :** - Dans *Une vie de boy*, le sujet est Toundi Joseph, dont on suit le parcours de la mission à la mort. - Dans *Trois prétendants… un mari*, le sujet est Juliette, qui cherche à imposer son choix matrimonial. - Dans le conte *Le lièvre et l'éléphant*, le sujet est le lièvre, qui cherche à prouver sa valeur. - Dans *Le Vieux Nègre et la Médaille*, le sujet est Meka, qui cherche la reconnaissance de la part de l'administration coloniale. **Exemple supplémentaire** : Dans le conte *L'oiseau de la vérité* (conte camerounais), le sujet est le jeune prince qui part à la recherche de l'oiseau magique dont le chant peut guérir son père malade. Sa quête est claire : trouver l'oiseau et sauver le roi. > **À retenir** : Le sujet est l'actant principal du récit, celui qui est engagé dans une quête. Il est animé par un désir ou un manque qui le pousse à agir. Il peut être un personnage humain, animal ou collectif. #### b. L'objet (valeur recherchée) L'objet est ce que le sujet cherche à atteindre, à obtenir, à conquérir. C'est la valeur recherchée, le but de la quête. L'objet n'est pas nécessairement un objet matériel : ce peut être une personne, une qualité, un savoir, un pouvoir, une liberté, etc. **Caractéristiques de l'objet :** - Il est défini par la relation qu'il entretient avec le sujet : c'est l'objet du désir du sujet. - Il peut être concret (un trésor, une femme, un territoire) ou abstrait (la liberté, la vérité, la justice, l'amour). - Il peut être unique ou multiple. - Il est souvent désigné par des termes comme « quête », « but », « objectif », « enjeu ». **Exemples :** - Dans *Une vie de boy*, l'objet de la quête de Toundi est d'abord la sécurité et la protection (auprès de la mission), puis la dignité et la reconnaissance (auprès des colons), et enfin la liberté. - Dans *Trois prétendants… un mari*, l'objet de la quête de Juliette est la liberté de choisir son mari, c'est-à-dire l'amour et l'autonomie. - Dans *Le Vieux Nègre et la Médaille*, l'objet de la quête de Meka est la médaille, symbole de reconnaissance et d'intégration. - Dans le conte *La jeune fille et le serpent*, l'objet de la quête de la jeune fille est la libération du prince prisonnier du sortilège. **Exemple supplémentaire** : Dans le conte *L'oiseau de la vérité*, l'objet de la quête du prince est l'oiseau magique, dont le chant peut guérir son père. L'objet est ici à la fois concret (l'oiseau) et abstrait (la santé du roi, la vérité). > **À retenir** : L'objet est la valeur recherchée par le sujet, le but de sa quête. Il peut être concret ou abstrait, matériel ou spirituel. La relation sujet-objet constitue l'axe du désir, le moteur de l'action narrative. #### c. Le destinateur Le destinateur est l'actant qui pousse le sujet à agir, qui mandate la quête, qui fixe l'objet à atteindre. C'est la force qui déclenche et justifie l'action du sujet. Le destinateur peut être un personnage, une institution, une idée, une valeur, une force sociale ou morale. **Caractéristiques du destinateur :** - Il est à l'origine de la quête : c'est lui qui envoie le sujet en mission. - Il peut être explicite (un roi qui ordonne, un père qui demande) ou implicite (une valeur, un idéal, une nécessité intérieure). - Il peut être bienveillant (il veut aider le sujet) ou manipulateur (il utilise le sujet à ses propres fins). - Il est parfois confondu avec le destinataire, notamment dans les récits où celui qui mandate est aussi celui qui bénéficie. **Exemples :** - Dans *Une vie de boy*, le destinateur est d'abord la mission catholique (qui attire Toundi et lui promet protection), puis la société coloniale (qui exige de lui obéissance et service). - Dans *Trois prétendants… un mari*, le destinateur est le père de Juliette, Atangana, qui impose à sa fille de choisir parmi les trois prétendants. - Dans *Le Vieux Nègre et la Médaille*, le destinateur est l'administration coloniale française, qui promet la médaille à Meka en échange de sa soumission. - Dans le conte *La jeune fille et le serpent*, le destinateur est la société villageoise (qui exige le mariage) et le destin (qui a scellé le sort du prince). **Exemple supplémentaire** : Dans le conte *L'oiseau de la vérité*, le destinateur est le roi malade, qui demande à ses fils de lui rapporter l'oiseau guérisseur. C'est sa maladie et son ordre qui déclenchent la quête du prince. > **À retenir** : Le destinateur est l'actant qui mandate la quête, qui pousse le sujet à agir. Il peut être un personnage, une institution, une valeur ou une force sociale. Il est à l'origine de l'action narrative. #### d. Le destinataire Le destinataire est l'actant qui bénéficie de la quête, celui pour qui la quête est accomplie. C'est le bénéficiaire final de l'objet. Le destinataire peut être le sujet lui-même, un autre personnage, une collectivité, une cause. **Caractéristiques du destinataire :** - Il est le bénéficiaire de l'action : c'est pour lui que la quête est menée. - Il peut être identique au sujet (le héros agit pour lui-même) ou différent (le héros agit pour un autre). - Il peut être identique au destinateur (celui qui mandate est aussi celui qui bénéficie). - Il peut être individuel ou collectif. **Exemples :** - Dans *Une vie de boy*, le destinataire est d'abord Toundi lui-même (il cherche sa propre survie et sa dignité), mais aussi, dans une certaine mesure, la communauté des colonisés dont il incarne le sort. - Dans *Trois prétendants… un mari*, le destinataire est Juliette elle-même (elle cherche sa liberté), mais aussi, indirectement, sa famille et la communauté villageoise. - Dans *Le Vieux Nègre et la Médaille*, le destinataire est Meka lui-même (il cherche la reconnaissance), mais aussi sa famille et son village, qui bénéficient de son prestige. - Dans le conte *La jeune fille et le serpent*, le destinataire est le prince (qui est libéré) et la jeune fille elle-même (qui gagne un mari). **Exemple supplémentaire** : Dans le conte *L'oiseau de la vérité*, le destinataire est le roi malade (qui est guéri), mais aussi le prince lui-même (qui gagne la reconnaissance de son père et le trône). > **À retenir** : Le destinataire est l'actant qui bénéficie de la quête, celui pour qui l'action est accomplie. Il peut être identique au sujet ou au destinateur, individuel ou collectif. La relation destinateur-destinataire constitue l'axe du savoir. #### e. L'opposant L'opposant est l'actant qui fait obstacle à la quête du sujet, qui cherche à l'empêcher d'atteindre son but. C'est la force antagoniste, l'adversaire, l'obstacle. L'opposant peut être un personnage, mais aussi une force naturelle, une institution, une circonstance, un trait de caractère. **Caractéristiques de l'opposant :** - Il s'oppose au sujet et entrave sa progression. - Il peut être actif (il agit contre le sujet) ou passif (il constitue un obstacle sans agir directement). - Il peut être unique ou multiple. - Il peut être extérieur au sujet (un ennemi, un rival) ou intérieur (la peur, le doute, la faiblesse). **Exemples :** - Dans *Une vie de boy*, les opposants sont nombreux : le commandant Decazy (le maître de Toundi), la femme du commandant, la police coloniale, le système colonial dans son ensemble. - Dans *Trois prétendants… un mari*, les opposants sont les trois prétendants (qui veulent épouser Juliette contre son gré) et le père de Juliette (qui impose son autorité). - Dans *Le Vieux Nègre et la Médaille*, les opposants sont l'administration coloniale (qui humilie Meka), la police (qui l'arrête et le bat), et plus largement le système colonial. - Dans le conte *La jeune fille et le serpent*, l'opposant est la sorcière qui a jeté le sortilège sur le prince et qui cherche à empêcher la jeune fille de le libérer. **Exemple supplémentaire** : Dans le conte *L'oiseau de la vérité*, les opposants sont les frères du prince, jaloux de sa réussite, qui cherchent à le faire échouer dans sa quête, ainsi que les obstacles naturels (la forêt, les animaux sauvages) qu'il doit surmonter. > **À retenir** : L'opposant est l'actant qui fait obstacle à la quête du sujet. Il peut être un personnage, une force naturelle, une institution ou un trait de caractère du sujet lui-même. Il constitue l'axe du pouvoir, avec l'adjuvant. #### f. L'adjuvant L'adjuvant est l'actant qui aide le sujet dans sa quête, qui lui apporte son soutien, ses conseils, ses moyens. C'est la force qui favorise la réussite du sujet. L'adjuvant peut être un personnage, un objet magique, une qualité, une circonstance favorable. **Caractéristiques de l'adjuvant :** - Il aide le sujet à surmonter les obstacles. - Il peut être actif (il agit avec le sujet) ou passif (il fournit des moyens, des informations). - Il peut être unique ou multiple. - Il peut être extérieur au sujet (un allié, un guide) ou intérieur (le courage, l'intelligence, la ruse). **Exemples :** - Dans *Une vie de boy*, les adjuvants sont rares : l'infirmier qui recueille Toundi à la fin, le prêtre de la mission qui l'a instruit, et surtout la plume de Toundi lui-même (son journal) qui lui permet de témoigner. - Dans *Trois prétendants… un mari*, les adjuvants de Juliette sont sa mère (qui la comprend et la soutient), sa tante, et surtout sa propre intelligence et sa ruse. - Dans *Le Vieux Nègre et la Médaille*, les adjuvants de Meka sont ses amis du village (qui le soutiennent), et sa propre dignité qui lui permet de survivre à l'humiliation. - Dans le conte *La jeune fille et le serpent*, les adjuvants sont la vieille femme (qui donne des conseils à la jeune fille), le talisman magique, et le courage de la jeune fille. **Exemple supplémentaire** : Dans le conte *L'oiseau de la vérité*, les adjuvants du prince sont la vieille femme rencontrée dans la forêt (qui lui donne des conseils et un talisman), l'oiseau lui-même (qui se laisse capturer), et le courage du prince. > **À retenir** : L'adjuvant est l'actant qui aide le sujet dans sa quête. Il peut être un personnage, un objet, une qualité ou une circonstance favorable. Avec l'opposant, il constitue l'axe du pouvoir. ### 3. Les trois axes du schéma actantiel Le schéma actantiel de Greimas s'organise autour de trois axes qui structurent les relations entre les six actants : **L'axe du désir** (sujet → objet) : C'est l'axe principal, celui qui donne son sens à la quête. Le sujet désire l'objet, et c'est ce désir qui le met en mouvement. Sans désir, pas de quête, pas de récit. Cet axe répond à la question : que veut le sujet ? **L'axe du pouvoir** (adjuvant → sujet ← opposant) : C'est l'axe des forces qui favorisent ou entravent la quête. L'adjuvant aide le sujet, l'opposant lui fait obstacle. Cet axe répond à la question : qu'est-ce qui aide ou empêche le sujet ? **L'axe du savoir** (destinateur → sujet → destinataire) : C'est l'axe de la transmission et de la légitimation. Le destinateur mandate la quête, le destinataire en bénéficie. Cet axe répond aux questions : qui envoie le sujet ? Pour qui agit-il ? ### 4. Application du schéma actantiel à un exemple complet Prenons l'exemple du conte *L'oiseau de la vérité* (conte camerounais) pour illustrer l'ensemble du schéma actantiel : **Le récit** : Un roi tombe gravement malade. Seul le chant de l'oiseau de la vérité peut le guérir. Le roi demande à ses trois fils de partir à la recherche de l'oiseau. Les deux aînés échouent, victimes de leur orgueil et de leur imprudence. Le cadet, guidé par une vieille femme, surmonte les épreuves, capture l'oiseau et revient guérir son père. Les frères jaloux tentent de s'approprier le mérite, mais l'oiseau révèle la vérité. Le cadet est récompensé et devient l'héritier du trône. **Application du schéma actantiel :** - **Le sujet** : le prince cadet, qui part à la recherche de l'oiseau. - **L'objet** : l'oiseau de la vérité, dont le chant guérit le roi. - **Le destinateur** : le roi malade, qui mandate la quête. - **Le destinataire** : le roi (qui est guéri) et le prince cadet (qui gagne le trône). - **L'opposant** : les deux frères aînés (jaloux et orgueilleux), les obstacles naturels (la forêt, les animaux), et les pièges tendus par les frères. - **L'adjuvant** : la vieille femme (qui donne des conseils), le talisman, le courage et la persévérance du prince. Ce schéma montre comment les six actants s'organisent autour de la quête du prince : le désir (sujet → objet), le pouvoir (adjuvant et opposant), le savoir (destinateur → destinataire). ### 5. Limites et prolongements du schéma actantiel Le schéma actantiel de Greimas est un outil puissant, mais il a aussi ses limites. Il ne rend pas compte de la complexité psychologique des personnages, de l'évolution des caractères, des nuances du style. Il est un modèle d'analyse, non une recette : tous les récits ne s'y conforment pas strictement, et certains récits modernes jouent avec le schéma, le subvertissent ou le refusent. Cependant, le schéma actantiel reste un outil précieux pour l'analyse des textes narratifs, car il permet : - De dégager la structure profonde d'un récit, au-delà de sa surface événementielle. - De comparer des récits entre eux, en repérant des similitudes de structure. - De comprendre les enjeux d'un récit : qui agit ? Pourquoi ? Pour qui ? Contre qui ? - D'analyser les relations entre les personnages et les forces en présence. > **À retenir** : Le schéma actantiel de Greimas est un modèle d'analyse qui identifie six actants (sujet, objet, destinateur, destinataire, opposant, adjuvant) organisés selon trois axes (désir, pouvoir, savoir). Il permet de dégager la structure profonde des récits et de comprendre les forces qui animent l'action narrative. ## Conclusion Le texte narratif, dans sa diversité (roman, théâtre, poésie, conte, nouvelle), obéit à des structures récurrentes que l'analyse peut mettre en évidence. Le schéma narratif et le schéma actantiel sont deux outils complémentaires qui permettent de rendre compte de cette organisation. Le schéma narratif décrit la progression linéaire du récit : situation initiale, complication, péripéties, résolution, situation finale. Il montre comment un équilibre initial est rompu, comment le conflit se développe et comment un nouvel équilibre est atteint. Il est particulièrement adapté à l'analyse des contes, des nouvelles et des romans d'aventure. Le schéma actantiel, élaboré par Greimas, décrit les relations entre les forces en présence dans le récit : le sujet, l'objet, le destinateur, le destinataire, l'opposant et l'adjuvant. Il montre que tout récit est organisé autour d'une quête, que le sujet est aidé ou entravé par des forces antagonistes, et que cette quête est mandatée par un destinateur et bénéficie à un destinataire. Ces deux schémas ne sont pas des fins en soi : ce sont des outils au service de l'interprétation. Ils permettent de poser des questions pertinentes sur le texte : pourquoi telle situation initiale ? Pourquoi telle complication ? Pourquoi tel dénouement ? Qui est le véritable sujet de la quête ? Qui est le véritable destinataire ? Quelles sont les forces qui s'opposent au héros ? Quelles sont celles qui l'aident ? Au-delà de ces deux schémas, l'analyse du texte narratif ouvre sur d'autres dimensions : l'étude des temps verbaux (imparfait, passé simple, présent de narration), des modes de narration (récit à la première ou à la troisième personne), des points de vue (focalisation interne, externe, omnisciente), des procédés stylistiques (descriptions, dialogues, monologues intérieurs), et des enjeux idéologiques et culturels du récit. Dans le contexte camerounais, l'étude du texte narratif prend une dimension particulière : elle permet d'analyser les contes traditionnels transmis par la tradition orale, les romans de la littérature négro-africaine qui racontent l'histoire du continent, les pièces de théâtre qui mettent en scène les conflits sociaux et culturels, et les poèmes qui chantent les joies et les peines du peuple. En maîtrisant le schéma narratif et le schéma actantiel, l'élève camerounais se dote d'outils d'analyse puissants, qui lui permettront de lire et d'interpréter avec rigueur et profondeur les œuvres de son patrimoine littéraire et celles de la littérature universelle. Le chapitre suivant pourra aborder les techniques de narration : les temps du récit, les modes de narration, les points de vue, et les procédés de mise en récit qui font du texte narratif une construction à la fois savante et vivante.

Quiz du chapitre

12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Qu'est-ce qu'un texte narratif ?
  2. 2. Dans quel genre de texte trouve-t-on principalement la narration ?
  3. 3. Le théâtre peut-il être considéré comme un texte narratif ?
  4. 4. Dans le schéma narratif, que désigne la situation initiale ?
  5. 5. Quel élément déclenche l'histoire dans le schéma narratif ?
  6. 6. Dans le schéma narratif, que sont les péripéties ?
  7. 7. Que désigne la situation finale dans un récit ?
  8. 8. Un dénouement heureux est appelé...
  9. 9. Dans le schéma actantiel de Greimas, quel actant représente le personnage principal qui poursuit un but ?
  10. 10. Dans le schéma actantiel, que représente l'objet ?
  11. 11. Dans un récit, un personnage qui aide le héros à atteindre son but est appelé...
  12. 12. Dans le schéma actantiel, qui est le destinateur ?