Chapitre 43
Les tonalités ou registres de texte
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# Les tonalités ou registres de texte
## Introduction
Lorsque nous lisons un texte, nous sommes rarement indifférents. Un récit de bataille peut nous soulever le cœur, une tirade amoureuse peut nous émouvoir, une description réaliste peut nous glacer, une satire peut nous faire sourire. Cette réaction, cette émotion, cette impression que le texte produit sur nous, lecteurs ou auditeurs, porte un nom précis en analyse littéraire : la tonalité, également appelée registre de texte.
La notion de tonalité est fondamentale dans l'étude du discours car elle permet de comprendre comment un auteur oriente la réception de son œuvre. Elle ne concerne pas ce que dit le texte (son contenu informatif), mais la manière dont il le dit (son orientation affective et esthétique) et, surtout, l'effet qu'il produit sur le destinataire. En d'autres termes, la tonalité est le résultat d'un ensemble de choix stylistiques, lexicaux, syntaxiques et rythmiques opérés par l'énonciateur pour susciter chez son public une réaction déterminée : admiration, pitié, rire, peur, indignation, etc.
Il importe de souligner d'emblée qu'un texte n'est pas nécessairement monochrome sur le plan tonal. Bien au contraire, la plupart des textes littéraires présentent un entrelacement de plusieurs tonalités. On parlera alors de tonalité dominante pour désigner celle qui imprime sa marque principale au texte, les autres tonalités venant l'enrichir, la nuancer ou créer des effets de contraste. Ainsi, une scène de théâtre peut être à dominante tragique tout en comportant des passages ironiques ; un poème lyrique peut s'achever sur une note élégiaque.
La maîtrise de la notion de tonalité est indispensable à plusieurs titres. D'abord, elle permet une lecture plus fine et plus consciente des textes : identifier la tonalité d'un passage, c'est comprendre l'intention de l'auteur et le pacte de lecture qu'il propose. Ensuite, elle est un outil précieux pour la production écrite : savoir choisir et varier les tonalités, c'est apprendre à agir sur son lecteur. Enfin, elle constitue une clé d'analyse essentielle pour les épreuves du baccalauréat, qu'il s'agisse du commentaire composé, de la dissertation ou de l'évaluation de la lecture.
Le programme camerounais distingue traditionnellement deux grandes familles de tonalités : les tonalités sérieuses, qui visent à émouvoir, impressionner, instruire ou faire réfléchir, et les tonalités plaisantes, qui cherchent à amuser, à faire sourire ou à divertir tout en portant parfois un regard critique sur le monde. Cette distinction, commode sur le plan pédagogique, ne doit pas être comprise comme une opposition rigide : une tonalité comique peut servir un propos très sérieux, et une tonalité pathétique peut comporter des accents ironiques.
Dans ce chapitre, nous étudierons successivement la définition et les caractéristiques générales de la notion de tonalité, puis les tonalités sérieuses avec leurs situations de communication, leurs procédés et leurs effets, et enfin les tonalités plaisantes selon la même grille d'analyse.
## I. Définition et caractéristiques générales de la tonalité
### 1. Définition de la tonalité
> **À RETENIR** : La tonalité (ou registre) d'un texte est l'effet produit par un discours sur son destinataire. Elle correspond à l'impression globale que ressent le lecteur ou l'auditeur à la lecture ou à l'écoute d'un texte.
Le terme de « tonalité » est emprunté au vocabulaire musical : de même qu'une mélodie est jouée dans une tonalité donnée (majeure ou mineure, par exemple), qui lui confère une couleur affective particulière, de même un texte est écrit dans une tonalité qui lui donne sa coloration émotionnelle. On parle également de « registre » — le terme est alors emprunté à la musique et au théâtre, où il désigne l'étendue d'une voix — ou encore de « ton ».
La tonalité est donc une catégorie de l'analyse du discours qui rend compte de la relation que l'énonciateur (l'auteur, le narrateur, le locuteur) établit avec son destinataire (le lecteur, l'auditeur, le spectateur). Elle est le produit d'une intention : l'auteur choisit délibérément des mots, des figures de style, des rythmes, des constructions syntaxiques pour provoquer chez son public une réaction précise.
Il faut distinguer la tonalité de notions voisines :
- La tonalité n'est pas le genre littéraire. Le genre (roman, théâtre, poésie, essai) est une catégorie formelle et institutionnelle ; la tonalité est une catégorie affective et stylistique. Un roman peut être comique, tragique, épique ou didactique ; une pièce de théâtre peut être pathétique ou ironique. Toutefois, certains genres sont historiquement associés à certaines tonalités : la tragédie classique est traditionnellement liée au tragique, la comédie au comique, l'épopée à l'épique.
- La tonalité n'est pas le registre de langue. Le registre de langue (familier, courant, soutenu) concerne le niveau de vocabulaire et de syntaxe ; la tonalité concerne l'effet produit. Un texte peut être écrit en langue soutenue et avoir une tonalité comique, ou en langue familière et avoir une tonalité pathétique.
- La tonalité n'est pas l'émotion personnelle de l'auteur. Un auteur peut écrire un texte pathétique sans être lui-même submergé par la pitié ; il peut écrire un texte ironique sans être personnellement moqueur. La tonalité est une construction rhétorique, un artifice maîtrisé, non une effusion spontanée.
### 2. La pluralité des tonalités dans un texte
> **À RETENIR** : Un texte peut comporter plusieurs tonalités, mais l'une d'elles domine généralement : c'est la tonalité dominante. Les autres tonalités sont dites secondaires ou ponctuelles.
Cette pluralité s'explique par la complexité de la communication littéraire. Un auteur peut vouloir produire plusieurs effets à la fois, ou ménager des variations pour maintenir l'intérêt du lecteur, ou encore créer des contrastes saisissants. Par exemple, dans *Une si longue lettre* de Mariama Bâ, la narratrice Ramatoulaye alterne entre la tonalité lyrique lorsqu'elle évoque ses souvenirs amoureux, la tonalité pathétique lorsqu'elle décrit ses souffrances de femme délaissée, et la tonalité polémique lorsqu'elle dénonce la condition féminine dans la société sénégalaise. La tonalité dominante de l'ensemble est lyrico-pathétique, mais les variations tonales sont constantes.
L'identification de la tonalité dominante est une opération d'interprétation : elle repose sur l'analyse des procédés récurrents et sur l'effet global que le texte produit. Il peut y avoir débat entre lecteurs, et c'est normal : la tonalité est aussi affaire de sensibilité. Toutefois, l'analyse des procédés stylistiques fournit des indices objectifs qui permettent de fonder l'interprétation.
### 3. Les indices de la tonalité
Comment reconnaît-on la tonalité d'un texte ? Plusieurs catégories d'indices entrent en jeu :
- **Les indices lexicaux** : le choix du vocabulaire est déterminant. Le champ lexical de la guerre (combat, armes, courage, ennemi) signale une tonalité épique ; le champ lexical de la mort et de la souffrance (agonie, larmes, désespoir, malheur) signale une tonalité tragique ou pathétique ; le champ lexical du rire et de la moquerie (ridicule, grotesque, caricature) signale une tonalité comique ou satirique.
- **Les indices syntaxiques** : la construction des phrases joue un rôle essentiel. Les phrases exclamatives et interrogatives traduisent l'émotion ; les phrases nominales créent un effet de rupture ou de saisissement ; les phrases longues et complexes peuvent produire un effet d'amplification épique ; les phrases brèves et hachées peuvent produire un effet de tension tragique.
- **Les indices stylistiques** : les figures de style sont des marqueurs privilégiés de la tonalité. L'hyperbole et l'amplification caractérisent le registre épique ; la métaphore et la personnification nourrissent le registre lyrique ; l'antiphrase est la figure de base de l'ironie ; la comparaison et la métaphore servent le registre réaliste ; l'accumulation et la gradation peuvent servir aussi bien le pathétique que le comique.
- **Les indices énonciatifs** : la situation de communication (qui parle ? à qui ? dans quelles circonstances ?) oriente la tonalité. Un discours prononcé devant une foule en temps de guerre aura naturellement une tonalité épique ou oratoire ; une confidence intime aura une tonalité lyrique ; une conversation mondaine aura une tonalité comique ou ironique.
- **Les indices prosodiques** : dans les textes versifiés, le rythme, les sonorités, les rimes contribuent à la tonalité. Les alexandrins majestueux conviennent à l'épopée ; les vers courts et légers conviennent à la poésie légère ; les assonances en [i] et les allitérations en [s] peuvent évoquer la douceur ou le chuchotement.
### 4. La fonction de la tonalité
La tonalité remplit plusieurs fonctions dans le discours :
- **Une fonction émotive** : elle exprime et transmet des émotions. Le texte pathétique fait naître la pitié ; le texte lyrique fait partager l'émotion personnelle ; le texte comique provoque le rire.
- **Une fonction impressive** : elle agit sur le destinataire, le persuade, le séduit, le choque, le fait réfléchir. Le texte didactique veut instruire ; le texte polémique veut convaincre et faire réagir ; le texte satirique veut critiquer en faisant rire.
- **Une fonction esthétique** : elle contribue à la beauté du texte, à son pouvoir de suggestion et d'évocation. La tonalité lyrique, par exemple, est liée à la musicalité du langage ; la tonalité épique à la grandeur des images.
- **Une fonction idéologique** : la tonalité véhicule une vision du monde. Le tragique exprime une conception de l'homme soumis à un destin implacable ; l'épique exalte des valeurs héroïques ; l'ironique manifeste un esprit critique et une distance intellectuelle.
## II. Les tonalités sérieuses
Les tonalités sérieuses sont celles qui visent à émouvoir, à impressionner, à instruire ou à faire réfléchir le destinataire. Elles excluent le rire et la légèreté, même si certaines peuvent comporter des nuances d'humour. On en distingue traditionnellement huit : l'épique, l'ironique, le lyrique, le pathétique, le tragique, le réaliste, le didactique et l'élégiaque.
### 1. La tonalité épique
#### Situation de communication
La tonalité épique se rencontre dans les récits de hauts faits, de batailles, d'exploits héroïques. Elle est caractéristique de l'épopée antique (*L'Iliade*, *L'Odyssée* d'Homère, *L'Énéide* de Virgile), des chansons de geste médiévales (*La Chanson de Roland*), mais aussi de nombreux romans historiques ou d'aventures, de récits de guerre, de discours politiques célébrant des héros ou des événements glorieux. Au Cameroun, on peut penser aux récits épiques traditionnels qui célèbrent les exploits des grands guerriers, comme ceux qui entourent la figure de la reine des Bangwa, ou aux discours commémorant les luttes pour l'indépendance.
La situation de communication typique est la suivante : un narrateur ou un orateur relate des actions exceptionnelles, mettant en scène des héros d'exception (guerriers, chefs, résistants) confrontés à des épreuves surhumaines. Le destinataire est invité à admirer, à s'enthousiasmer, à partager la fierté et l'émotion suscitées par ces exploits.
#### Procédés utilisés
Les procédés de la tonalité épique sont nombreux et visent tous à l'amplification :
- **L'hyperbole** : l'exagération systématique des faits, des qualités, des dimensions. On dira d'un guerrier qu'il est « plus fort que dix hommes », d'une bataille qu'elle est « titanesque », d'un danger qu'il est « mortel ».
- **L'amplification** : le développement démesuré des descriptions, des énumérations, des accumulations. Les batailles sont décrites dans leur déroulement complet, les armées sont énumérées, les exploits sont détaillés.
- **La gradation** : la progression ascendante dans l'intensité. Les dangers vont croissant, les exploits se succèdent de plus en plus éclatants.
- **Les comparaisons et métaphores grandioses** : le héros est comparé à un lion, à un aigle, à un dieu ; la bataille est comparée à un orage, à un incendie, à un déluge.
- **Les superlatifs** : « le plus courageux », « le plus terrible », « le plus glorieux ».
- **Les figures d'insistance** : anaphores (répétition d'un mot ou d'un groupe de mots en début de phrase ou de vers), accumulations, parallélismes qui martèlent le propos et lui donnent une ampleur oratoire.
- **Le vocabulaire noble et soutenu** : termes guerriers, termes valorisants, adjectifs mélioratifs.
- **Les phrases longues et rythmées** : la syntaxe épouse le mouvement de l'action, avec des subordonnées qui s'accumulent, des participes présents qui donnent une impression de mouvement perpétuel.
- **Le présent de narration** ou le passé simple : le présent crée un effet d'actualisation et de présence ; le passé simple donne une dimension historique et solennelle.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité épique vise à frapper les esprits, à susciter l'admiration et l'enthousiasme, à exalter le courage, l'héroïsme et le sens du sacrifice. Elle cherche à donner une dimension surhumaine aux actions et aux personnages.
L'effet premier est l'émerveillement : le lecteur est transporté dans un univers grandiose où les hommes dépassent leurs limites. Le second effet est l'identification : le lecteur est invité à s'identifier au héros, à partager ses valeurs, à s'enthousiasmer pour sa cause. Le troisième effet est la célébration : la tonalité épique sert souvent à glorifier une nation, un peuple, une culture, une lutte. Elle a donc une dimension collective et identitaire.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans *La Chanson de Roland*, la mort du héros Roland est décrite avec une ampleur épique : il frappe la roche de son épée Durandal, fait retentir son cor, et son âme est emportée par les anges. L'hyperbole et le merveilleux chrétien se mêlent pour donner à sa mort une dimension surhumaine.
*Exemple supplémentaire* : Dans *Le Vieux nègre et la médaille* de Ferdinand Oyono, on peut relever des accents épiques lorsque le narrateur décrit la cérémonie de remise de médaille, avec l'accumulation des discours, des drapeaux et des personnalités, même si cette tonalité est immédiatement contrebalancée par l'ironie. Un exemple plus net se trouve dans les récits de la résistance des peuples camerounais à la colonisation, comme les évocations de la lutte de Rudolf Douala Manga Bell : « Il se tenait là, face aux colonnes ennemies, tel un baobab centenaire que la tempête ne saurait abattre, et sa voix portait au-delà des collines, rassemblant les siens pour le combat suprême. »
### 2. La tonalité ironique
#### Situation de communication
La tonalité ironique est celle du discours qui dit le contraire de ce qu'il veut faire entendre, ou qui feint de prendre au sérieux ce qu'il critique. Elle suppose une complicité entre l'énonciateur et le destinataire : le lecteur doit comprendre que l'auteur ne pense pas ce qu'il dit littéralement, et doit décoder le message implicite. L'ironie est donc une tonalité intellectuelle, qui fait appel à la perspicacité du lecteur.
La situation de communication typique est celle d'un locuteur qui observe une situation, un comportement, une idée et veut en montrer le ridicule, l'absurdité ou l'hypocrisie, sans l'attaquer frontalement. Elle est fréquente dans les essais, les satires, les contes philosophiques, les chroniques journalistiques, les discours politiques. Au Cameroun, l'ironie est une arme courante dans la littérature engagée et dans la presse satirique.
#### Procédés utilisés
Les procédés de l'ironie sont nombreux et subtils :
- **L'antiphrase** : figure fondamentale de l'ironie, elle consiste à dire le contraire de ce que l'on pense, avec une intonation ou un contexte qui signale le décalage. Dire d'un tyran qu'il est « un homme charmant » est une antiphrase.
- **L'exagération parodique** : on pousse le discours critiqué jusqu'à l'absurde pour en montrer le ridicule.
- **La fausse naïveté** : le locuteur feint de ne pas comprendre, de prendre les choses au pied de la lettre, pour mieux dénoncer l'absurdité de la situation.
- **Les guillemets ou l'italique** : ils signalent que le mot est employé de manière distanciée, avec un sens second.
- **L'euphémisme ironique** : on atténue ce qu'on veut en réalité dénoncer avec force. Dire d'un massacre qu'il est « un regrettable incident » est un euphémisme ironique.
- **Les questions rhétoriques** : elles feignent de demander une information alors qu'elles imposent une évidence.
- **Les accumulations et les énumérations** : elles peuvent créer un effet d'écrasement par le ridicule.
- **Le décalage entre le ton et le contenu** : parler d'un sujet grave sur un ton léger, ou d'un sujet léger sur un ton grave.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité ironique vise à faire sourire ou rire le destinataire, mais surtout à éveiller son esprit critique. Elle cherche à dénoncer les travers, les ridicules, les hypocrisies, en établissant une complicité entre l'auteur et le lecteur.
L'effet premier est la connivence : le lecteur qui comprend l'ironie se sent intelligent, complice de l'auteur. Le second effet est la critique : l'ironie est une arme de dénonciation redoutable, car elle atteint sa cible sans avoir l'air de l'attaquer. Le troisième effet est la distance : l'ironie instaure une distance critique entre le lecteur et le sujet traité, l'empêchant de prendre le discours au premier degré.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans *Candide* de Voltaire, le philosophe Pangloss affirme que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles », alors même que les personnages subissent les pires catastrophes. L'antiphrase est constante : Voltaire feint d'approuver l'optimisme de Leibniz pour mieux en démontrer l'absurdité.
*Exemple supplémentaire* : Dans *Le Pauvre Christ de Bomba* de Mongo Beti, le narrateur Denis rapporte avec une fausse naïveté les agissements du père Drumont, et le lecteur comprend, à travers le décalage entre le récit naïf et la réalité, la critique acerbe de la mission coloniale. Par exemple, lorsque le père Drumont s'étonne que les femmes du village ne viennent plus à la mission, le narrateur note : « Le père Drumont était vraiment un homme de Dieu : il ne comprenait pas pourquoi les femmes avaient peur de lui. » L'antiphrase est transparente.
### 3. La tonalité lyrique
#### Situation de communication
La tonalité lyrique est celle de l'expression personnelle des sentiments. Elle se rencontre principalement dans la poésie, mais aussi dans le roman, le théâtre, la chanson, le discours amoureux. Le mot « lyrique » vient de la lyre, instrument de musique associé au dieu Apollon et au poète grec Orphée : le lyrisme est originellement lié au chant et à la musique.
La situation de communication typique est celle d'un locuteur qui exprime ses émotions intimes : l'amour, la joie, la tristesse, la nostalgie, l'enthousiasme, la mélancolie. Le destinataire est invité à partager cette émotion, à s'y reconnaître, à être touché par la sincérité et la beauté de l'expression. Le lyrisme suppose une certaine confidence : le poète se livre, dévoile son intériorité.
#### Procédés utilisés
Les procédés du lyrisme sont ceux qui donnent au langage une dimension musicale et émotionnelle :
- **Le lexique des sentiments** : amour, joie, douleur, espoir, désespoir, nostalgie, etc.
- **Les figures d'analogie** : comparaisons et métaphores qui expriment les sentiments par des images sensibles. L'amour est comparé à une fleur, à un feu, à un océan ; la tristesse à une pluie, à un crépuscule, à une cage.
- **Les figures d'insistance** : anaphores, répétitions, gradations qui martèlent l'émotion et lui donnent de l'ampleur.
- **Les exclamations et les interjections** : « Ô ! », « Hélas ! », « Ah ! » qui traduisent l'émotion immédiate.
- **Les phrases interrogatives** : le poète s'interroge sur son destin, sur le sens de sa vie, sur la réciprocité de l'amour.
- **Les apostrophes** : le poète s'adresse directement à l'être aimé, à la nature, à Dieu, à la mort.
- **La musicalité** : rythmes, rimes, assonances, allitérations qui donnent au texte une dimension chantante.
- **L'emploi de la première personne** : le « je » lyrique est la marque de l'expression subjective.
- **Le présent** : le présent d'énonciation ancre l'émotion dans l'instant.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité lyrique vise à émouvoir le destinataire, à lui faire partager les sentiments personnels du locuteur. Elle cherche à créer une communion affective entre l'auteur et le lecteur.
L'effet premier est l'émotion : le lecteur est touché par la sincérité et l'intensité des sentiments exprimés. Le second effet est l'identification : le lecteur reconnaît dans les sentiments du poète ses propres émotions, ses propres expériences. Le troisième effet est la catharsis : le lyrisme permet au poète et au lecteur de se libérer de leurs émotions en les exprimant et en les partageant.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans les *Contemplations* de Victor Hugo, le poème « Demain, dès l'aube » exprime le deuil de la fille du poète, Léopoldine. Le poète annonce son départ pour aller fleurir sa tombe, et la simplicité du vocabulaire, la régularité du rythme, la répétition du vers « Je partirai » créent une émotion poignante.
*Exemple supplémentaire* : Dans la poésie camerounaise, on peut citer les poèmes de René Philombé, comme ceux de *Lettres de ma cambuse*, où le poète exprime sa nostalgie du pays natal et son amour pour sa terre. Par exemple : « Ô terre de mes pères, ô collines bleues / Où le tam-tam résonne dans la nuit claire, / Je porte en moi votre image comme une prière / Et mon cœur exilé bat à votre mesure. » Le lyrisme se manifeste ici par l'apostrophe, l'exclamation, les images de la terre natale et l'expression de la nostalgie.
### 4. La tonalité pathétique
#### Situation de communication
La tonalité pathétique (du grec *pathos*, « ce qu'on éprouve, la souffrance ») est celle qui exprime et cherche à provoquer la pitié, la compassion, l'émotion devant la souffrance. Elle se rencontre dans les récits de malheur, les scènes de mort, de séparation, de misère, d'injustice. Elle est fréquente dans le roman, le théâtre, la poésie, mais aussi dans les discours humanitaires ou les témoignages.
La situation de communication typique est celle d'un narrateur ou d'un locuteur qui décrit des êtres souffrants, victimes de la maladie, de la guerre, de la misère, de l'oppression, de la fatalité. Le destinataire est invité à s'apitoyer, à compatir, à s'indigner éventuellement contre les causes de cette souffrance.
#### Procédés utilisés
Les procédés du pathétique visent à rendre la souffrance sensible et à toucher le cœur du destinataire :
- **Le lexique de la souffrance et de la mort** : douleur, larmes, sang, agonie, désespoir, malheur, etc.
- **Les hyperboles et les superlatifs** : la souffrance est présentée comme extrême, insupportable, indicible.
- **Les exclamations et les interjections** : elles traduisent l'émotion du narrateur et sollicitent celle du lecteur.
- **Les phrases interrogatives** : « Pourquoi ? », « Comment ? » qui expriment l'incompréhension devant le malheur.
- **Les figures d'insistance** : anaphores, répétitions, accumulations qui martèlent la douleur.
- **Les comparaisons et métaphores** : la souffrance est comparée à un poids, à une blessure, à une nuit, à une mer démontée.
- **Le rythme** : les phrases peuvent être hachées, entrecoupées de silences, pour traduire l'émotion qui submerge le locuteur.
- **Le point de vue** : le narrateur peut adopter le point de vue interne pour faire vivre de l'intérieur la souffrance du personnage.
- **Les modalisateurs** : adverbes et expressions qui expriment le sentiment du locuteur (« hélas », « malheureusement », « tristement »).
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité pathétique vise à émouvoir profondément le destinataire, à éveiller sa pitié et sa compassion pour les êtres souffrants. Elle cherche à toucher le cœur plus que la raison.
L'effet premier est la pitié : le lecteur est ému par le sort des personnages, il souffre avec eux. Le second effet est l'indignation : le pathétique peut déboucher sur la révolte contre les causes de la souffrance (l'injustice, la guerre, l'oppression). Le troisième effet est la solidarité : en éveillant la compassion, le pathétique peut inciter le lecteur à l'action, à l'engagement.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans *Les Misérables* de Victor Hugo, la description de la vie de Cosette chez les Thénardier est un modèle de tonalité pathétique : l'enfant maltraitée, vêtue de haillons, contrainte de puiser l'eau dans la forêt la nuit, suscite une pitié immense. Le narrateur multiplie les détails concrets qui rendent la souffrance de l'enfant tangible.
*Exemple supplémentaire* : Dans *La Vie et demie* de Sony Labou Tansi, de nombreux passages sont pathétiques, comme la description des victimes de la dictature : « Ils étaient là, alignés le long du mur, les yeux vides, les mains liées dans le dos, et le vent du soir jouait dans leurs cheveux comme pour leur dire adieu. » L'accumulation des détails, la personnification du vent, le rythme lent de la phrase créent une émotion poignante. On peut aussi penser aux récits de la traite négrière ou de la colonisation qui évoquent les souffrances des peuples africains.
### 5. La tonalité tragique
#### Situation de communication
La tonalité tragique est celle qui exprime le sentiment de l'homme confronté à une fatalité inéluctable, à un destin qui l'écrase. Elle est caractéristique de la tragédie classique (Sophocle, Racine, Corneille), mais se rencontre aussi dans le roman, le théâtre moderne, le cinéma. Elle se distingue du pathétique en ce qu'elle ne se contente pas de décrire la souffrance : elle l'inscrit dans une vision du monde où l'homme est victime d'une force supérieure (le destin, les dieux, la fatalité, la passion).
La situation de communication typique est celle d'un héros (ou d'une héroïne) confronté à un dilemme insoluble, à une situation sans issue, à une catastrophe inévitable. Le destinataire est invité à ressentir la terreur et la pitié devant ce spectacle de l'homme écrasé par la fatalité.
#### Procédés utilisés
Les procédés du tragique sont ceux qui créent le sentiment d'une force inéluctable :
- **Le lexique de la fatalité** : destin, sort, fatalité, malédiction, inéluctable, inévitable, etc.
- **Les hyperboles et les superlatifs** : la situation est présentée comme extrême, sans issue.
- **Les métaphores de l'écrasement** : le héros est comparé à une proie, à une feuille emportée par le vent, à un navire pris dans la tempête.
- **Les phrases exclamatives et interrogatives** : le héros s'écrie, s'interroge sur son destin, appelle au secours.
- **Les apostrophes** : le héros s'adresse aux dieux, à la mort, au destin.
- **Les antithèses** : l'opposition entre le désir du héros et la réalité, entre la liberté et la fatalité, entre l'amour et la mort.
- **L'ironie tragique** : le héros court à sa perte sans le savoir, ou comprend trop tard l'ampleur de la catastrophe.
- **Les monologues** : le héros délibère, pèse le pour et le contre, et se trouve toujours acculé à l'issue fatale.
- **Le registre soutenu** : la langue noble et élevée convient à la grandeur du héros tragique.
- **La progression dramatique** : la tension monte inexorablement vers le dénouement fatal.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité tragique vise à inspirer la terreur et la pitié devant le spectacle d'un héros écrasé par la fatalité. Elle cherche à provoquer la catharsis, c'est-à-dire la purgation des passions par le spectacle de la souffrance.
L'effet premier est la terreur : le lecteur ou le spectateur est saisi par l'horreur du destin qui s'abat sur le héros. Le second effet est la pitié : il compatit à la souffrance du héros, victime innocente ou partiellement responsable de son malheur. Le troisième effet est la catharsis : en vivant par procuration ces émotions violentes, le spectateur se purifie de ses propres passions. Le tragique pose aussi des questions philosophiques : l'homme est-il libre ? Le destin existe-t-il ? La passion est-elle une fatalité ?
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans *Phèdre* de Racine, l'héroïne est victime de la passion incestueuse qu'elle éprouve pour son beau-fils Hippolyte. Elle s'écrie : « C'est Vénus tout entière à sa proie attachée. » La métaphore de la proie, la référence à la déesse, le sentiment d'être possédée par une force supérieure sont des marques typiques du tragique.
*Exemple supplémentaire* : Dans la littérature africaine, on peut trouver des accents tragiques dans les romans qui mettent en scène des héros confrontés à la destruction de leur culture ou à l'échec de leurs idéaux. Par exemple, dans *Le Devoir de violence* de Yambo Ouologuem, le destin du peuple nègre est présenté comme une malédiction historique dont les personnages ne peuvent s'affranchir. Plus près de nous, on peut penser à certains personnages de Mongo Beti, comme le père Drumont dans *Le Pauvre Christ de Bomba*, qui poursuit sa mission avec un acharnement aveugle, inconscient de l'échec inéluctable qui l'attend : le lecteur ressent cette ironie tragique du personnage qui court à sa perte.
### 6. La tonalité réaliste
#### Situation de communication
La tonalité réaliste est celle qui cherche à représenter le monde tel qu'il est, sans idéalisation ni enjolivement. Elle se développe au XIXe siècle avec des écrivains comme Balzac, Stendhal, Flaubert, Maupassant, Zola, et se poursuit au XXe siècle dans le roman, la nouvelle, le théâtre, le cinéma. En Afrique, elle est illustrée par les romanciers qui décrivent la vie quotidienne, les réalités sociales, les conditions de vie des populations.
La situation de communication typique est celle d'un narrateur qui observe le monde avec attention et le restitue avec exactitude, en s'appuyant sur des détails concrets, des descriptions précises, des personnages vraisemblables. Le destinataire est invité à reconnaître le monde réel dans le texte, à le comprendre, à le voir avec lucidité.
#### Procédés utilisés
Les procédés du réalisme sont ceux qui créent un effet de réel :
- **Les descriptions détaillées** : les lieux, les objets, les personnages sont décrits avec précision, dans leurs aspects les plus concrets.
- **Le vocabulaire technique et spécialisé** : termes de métiers, de sciences, de techniques qui ancrent le récit dans une réalité précise.
- **Les indications spatio-temporelles précises** : dates, lieux, heures, conditions météorologiques.
- **Les personnages ordinaires** : le réalisme met en scène des gens du peuple, des bourgeois, des employés, des paysans, avec leurs défauts et leurs qualités.
- **Les dialogues vraisemblables** : les personnages parlent selon leur condition sociale, leur niveau de langue, leur caractère.
- **La focalisation externe ou interne** : le narrateur observe de l'extérieur ou fait vivre de l'intérieur les perceptions des personnages.
- **Les comparaisons et métaphores empruntées au réel** : les images sont tirées de la vie quotidienne, du monde concret.
- **L'effacement du narrateur** : le narrateur s'efface pour laisser place à la réalité, même si cette objectivité est en réalité une construction.
- **Les notations sensorielles** : les couleurs, les odeurs, les sons, les textures sont évoqués avec précision.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité réaliste vise à donner l'impression de la réalité, à faire voir le monde tel qu'il est. Elle cherche à informer le destinataire, à le faire réfléchir sur la société, à dénoncer éventuellement ses travers.
L'effet premier est la reconnaissance : le lecteur reconnaît le monde réel dans le texte, il a l'impression de voir, d'entendre, de toucher ce qui est décrit. Le second effet est la compréhension : le réalisme permet de comprendre les mécanismes sociaux, les conditions de vie, les comportements humains. Le troisième effet est la dénonciation : en montrant la réalité sans fard, le réalisme peut servir une critique sociale (la misère, l'injustice, l'hypocrisie).
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans *Madame Bovary* de Flaubert, la description de la noce de Charles et d'Emma est un modèle de réalisme : les invités sont décrits dans leurs vêtements, leurs manières, leurs conversations ; les plats sont énumérés ; les détails les plus prosaïques sont notés. L'effet de réel est produit par l'accumulation de détails concrets.
*Exemple supplémentaire* : Dans *Ville cruelle* de Mongo Beti, la description de la ville de Tanga est un exemple de tonalité réaliste : les rues poussiéreuses, les bâtiments délabrés, les habitants qui vaquent à leurs occupations, les odeurs du marché, tout concourt à donner une image précise et sans complaisance de la ville. De même, dans *La Colline du fromager* d'Eugène Ebodé, les descriptions des paysages et des villages camerounais sont d'un réalisme minutieux : « Le fromager se dressait au centre du village, ses racines énormes étalées comme des serres, son tronc lisse et grisâtre, et les enfants jouaient à l'ombre de ses branches, tandis que les femmes revenaient de la rivière, leurs calebasses en équilibre sur la tête. »
### 7. La tonalité didactique
#### Situation de communication
La tonalité didactique (du grec *didaskô*, « j'enseigne ») est celle qui vise à instruire, à transmettre un savoir, à expliquer, à démontrer. Elle se rencontre dans les essais, les traités, les manuels, les articles de vulgarisation, les discours pédagogiques, mais aussi dans les textes littéraires qui veulent faire passer un message, une leçon, une morale.
La situation de communication typique est celle d'un locuteur qui détient un savoir et le transmet à un destinataire qui l'ignore. Le locuteur adopte une position d'autorité intellectuelle ; le destinataire est en position d'apprentissage. La tonalité didactique est donc fondamentalement asymétrique : elle suppose une inégalité de savoir entre les deux parties.
#### Procédés utilisés
Les procédés du didactique sont ceux qui facilitent la compréhension et la mémorisation :
- **Les définitions** : le locuteur définit les termes techniques, les notions clés.
- **Les explications** : il explique les causes, les mécanismes, les conséquences.
- **Les exemples** : il illustre ses propos par des cas concrets, des anecdotes, des applications.
- **Les comparaisons et métaphores pédagogiques** : il rapproche l'inconnu du connu, l'abstrait du concret.
- **Les reformulations** : il répète la même idée sous des formes différentes pour la faire comprendre.
- **Les questions rhétoriques** : il interroge son destinataire pour éveiller sa réflexion.
- **Les connecteurs logiques** : il organise son discours de manière claire et progressive (d'abord, ensuite, enfin, donc, par conséquent).
- **Les titres et sous-titres** : il structure son texte en parties distinctes.
- **Les impératifs et les conseils** : il donne des instructions, des recommandations.
- **Le présent de vérité générale** : il énonce des lois, des principes, des règles valables en tout temps.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité didactique vise à instruire le destinataire, à lui transmettre un savoir, à développer sa compréhension et sa réflexion. Elle cherche à éclairer, à convaincre, à faire progresser.
L'effet premier est l'instruction : le destinataire acquiert des connaissances nouvelles. Le second effet est la clarification : le texte didactique rend clair ce qui était obscur, ordonne ce qui était confus. Le troisième effet est la persuasion : en instruisant, le locuteur peut aussi chercher à convaincre son destinataire d'adopter une opinion, une attitude, un comportement.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans les *Fables* de La Fontaine, la morale finale a une fonction didactique : « La raison du plus fort est toujours la meilleure » (*Le Loup et l'Agneau*) énonce une leçon sur les rapports de force. La fable elle-même est un récit exemplaire destiné à instruire le lecteur.
*Exemple supplémentaire* : Dans *L'Enfant noir* de Camara Laye, de nombreux passages ont une tonalité didactique, notamment lorsque le narrateur explique les rites et les traditions de son peuple : « La cérémonie du Kondén Diara, qui durait sept jours, était destinée à initier les jeunes gens aux secrets de la chasse et à leur apprendre à respecter les forces mystérieuses qui gouvernent la brousse. » Le narrateur adopte une position d'explication et de transmission du savoir. On peut aussi citer les contes camerounais, comme ceux de la tradition béti ou bamiléké, qui se terminent souvent par une morale explicite destinée à instruire les enfants.
### 8. La tonalité élégiaque
#### Situation de communication
La tonalité élégiaque (du grec *elegeia*, « chant de deuil ») est celle qui exprime la plainte, la mélancolie, la nostalgie, le regret. Elle est proche du lyrique, mais s'en distingue par sa coloration particulière : l'élégie est un chant de tristesse, de deuil, de souvenir douloureux. Elle se rencontre dans la poésie, mais aussi dans le roman, les mémoires, les chansons.
La situation de communication typique est celle d'un locuteur qui évoque un bonheur perdu, un être disparu, un temps révolu, un lieu quitté. Le destinataire est invité à partager cette mélancolie, à s'attendrir sur le sort du locuteur, à méditer sur la fuite du temps et la fragilité des choses.
#### Procédés utilisés
Les procédés de l'élégiaque sont ceux qui créent une atmosphère de tristesse douce et de nostalgie :
- **Le lexique de la perte et du regret** : souvenir, absence, deuil, adieu, autrefois, jadis, hélas.
- **Les images de la fuite du temps** : le temps qui passe, les saisons qui changent, le crépuscule, l'automne, la nuit qui tombe.
- **Les métaphores de la fragilité** : la fleur qui se fane, la feuille qui tombe, le sable qui s'écoule, la flamme qui s'éteint.
- **Les exclamations et les interjections** : « Hélas ! », « Ô temps ! », « Ô souvenirs ! »
- **Les apostrophes** : le locuteur s'adresse aux êtres disparus, aux lieux aimés, au temps.
- **Les anaphores et les répétitions** : elles créent un effet de ressassement, de mélancolie.
- **Les phrases longues et lentes** : le rythme traduit la langueur, la méditation douloureuse.
- **Les sonorités douces** : les voyelles ouvertes, les consonnes liquides (l, r, m, n) créent une musique mélancolique.
- **L'emploi de l'imparfait** : l'imparfait évoque les habitudes passées, le monde d'avant la perte.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité élégiaque vise à exprimer et à faire partager une mélancolie douce, une nostalgie, un regret. Elle cherche à émouvoir par l'évocation du bonheur perdu et de la fuite du temps.
L'effet premier est l'attendrissement : le lecteur est ému par la tristesse du locuteur. Le second effet est la méditation : l'élégie invite à réfléchir sur la fragilité de la vie, la fuite du temps, la mort. Le troisième effet est la consolation : en exprimant la douleur, l'élégie peut aider à l'apprivoiser, à la dépasser.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans les *Méditations poétiques* d'Alphonse de Lamartine, le poème « Le Lac » est un modèle d'élégie : le poète revient sur les rives du lac où il aimait une femme aujourd'hui disparue, et il s'écrie : « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices / Suspendez votre cours ! » La nostalgie, l'apostrophe au temps, le regret du bonheur passé sont caractéristiques de la tonalité élégiaque.
*Exemple supplémentaire* : Dans la poésie camerounaise, on peut citer les poèmes de la négritude qui expriment la nostalgie de l'Afrique perdue. Ainsi, dans *Éthiopiques* de Léopold Sédar Senghor (poète sénégalais, mais dont l'influence est majeure dans toute l'Afrique francophone), le poème « Femme noire » est une élégie à la terre africaine : « Femme nue, femme noire / Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté / J'ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux. » La nostalgie de l'enfance, de la terre maternelle, la douceur du souvenir créent une tonalité élégiaque. Plus près de nous, les poèmes de Francis Bebey ou de Werewere Liking évoquent souvent la perte des valeurs traditionnelles avec une mélancolie élégiaque.
## III. Les tonalités plaisantes
Les tonalités plaisantes sont celles qui visent à amuser, à divertir, à faire sourire ou rire le destinataire, tout en pouvant porter un regard critique sur le monde. On en distingue traditionnellement six : le comique, le satirique (avec la parodie), l'oratoire, le fantastique, le merveilleux et le polémique.
### 1. La tonalité comique
#### Situation de communication
La tonalité comique est celle qui vise à faire rire. Elle se rencontre dans la comédie, le roman, la poésie burlesque, les sketches, les contes humoristiques. Le comique repose sur le décalage, l'incongruité, l'exagération, la mécanisation du vivant.
La situation de communication typique est celle d'un locuteur qui met en scène des personnages, des situations, des discours ridicules ou absurdes, dans le but de provoquer le rire du destinataire. Le comique suppose une certaine distance : on rit de ce qu'on ne prend pas au sérieux.
#### Procédés utilisés
Les procédés du comique sont multiples et peuvent être classés en plusieurs catégories :
- **Le comique de situation** : il repose sur les quiproquos (malentendus), les coïncidences invraisemblables, les retournements de situation, les rencontres inattendues.
- **Le comique de caractère** : il repose sur les défauts, les travers, les manies des personnages (l'avare, le menteur, le vaniteux, le naïf).
- **Le comique de mots** : il repose sur les jeux de mots, les calembours, les déformations de mots, les répétitions, les niveaux de langue inadaptés.
- **Le comique de gestes** : il repose sur les chutes, les coups, les grimaces, les mimiques (surtout au théâtre et au cinéma).
- **L'exagération et la caricature** : les traits des personnages sont poussés à l'extrême, les situations sont amplifiées.
- **La répétition** : un même geste, une même phrase, une même situation reviennent de manière mécanique, ce qui provoque le rire.
- **L'ironie et la dérision** : le locuteur se moque de ses personnages, les tourne en ridicule.
- **Le décalage** : entre ce qu'on attend et ce qui se produit, entre le langage et la réalité, entre le sérieux apparent et le contenu absurde.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité comique vise à amuser le destinataire, à le faire rire. Elle cherche à détendre, à divertir, mais peut aussi avoir une fonction critique en tournant en ridicule les défauts humains.
L'effet premier est le rire : le destinataire est amusé par les situations, les personnages, les mots. Le second effet est la détente : le comique permet de se distraire, de s'évader des soucis quotidiens. Le troisième effet est la critique : en faisant rire des défauts, le comique peut amener le destinataire à réfléchir sur les travers humains et sociaux.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans *Le Malade imaginaire* de Molière, Argan, le personnage principal, se croit malade alors qu'il est en parfaite santé. Il consulte des médecins ignorants, se soumet à des traitements absurdes, et toute la pièce repose sur ce décalage entre la réalité et la perception du personnage. Le comique de caractère (l'hypocondrie), le comique de situation (les faux médecins) et le comique de mots (le jargon médical ridicule) se combinent pour faire rire le spectateur.
*Exemple supplémentaire* : Dans la littérature camerounaise, on peut citer les romans de Mongo Beti qui comportent de nombreux passages comiques. Dans *Mission terminée*, le narrateur, Jean-Marie Medza, raconte avec humour ses aventures de jeune homme envoyé en brousse pour ramener une femme qui a quitté son mari. Les situations sont cocasses, les personnages sont caricaturés, et le narrateur adopte un ton ironique et désinvolte qui provoque le rire. Par exemple, la description des notables du village qui se disputent les honneurs lors des cérémonies est un morceau de comédie : « Ils se levèrent tous en même temps, chacun voulant parler le premier, et ils se mirent à crier si fort que les poules du village s'enfuirent épouvantées. »
### 2. La tonalité satirique (avec la parodie)
#### Situation de communication
La tonalité satirique est celle qui critique, dénonce, raille les défauts, les vices, les ridicules d'une personne, d'un groupe, d'une institution, d'une société. Elle se distingue du comique pur en ce qu'elle a une visée critique : on rit, mais pour dénoncer. Elle se rencontre dans les satires, les essais, les chroniques, les caricatures, les chansons, les sketches.
La situation de communication typique est celle d'un locuteur qui observe une réalité qu'il juge critiquable (l'hypocrisie, la corruption, l'injustice, la bêtise, la prétention) et la tourne en ridicule pour la dénoncer. Le destinataire est invité à rire, mais aussi à prendre conscience des défauts dénoncés et à adopter une attitude critique.
#### Procédés utilisés
Les procédés de la satire sont ceux du comique, mais orientés vers la critique :
- **La caricature** : les traits des personnes ou des institutions critiquées sont exagérés, déformés, poussés jusqu'au grotesque.
- **L'ironie et l'antiphrase** : on feint d'approuver ce qu'on critique, de louer ce qu'on condamne.
- **La parodie** : on imite en le déformant un texte, un style, un genre sérieux pour le tourner en ridicule. La parodie est une forme particulière de satire qui s'attaque à des textes ou à des styles plutôt qu'à des personnes.
- **L'exagération et l'hyperbole** : les défauts sont amplifiés jusqu'à l'absurde.
- **Les comparaisons dévalorisantes** : on compare ce qu'on critique à des choses viles, ridicules, méprisables.
- **Les accumulations et les énumérations** : on accumule les défauts, les exemples, les preuves du ridicule.
- **Le grotesque** : on mêle le risible et l'effrayant, le laid et le comique.
- **La dérision** : on rabaisse, on ridiculise, on tourne en dérision.
- **Le pastiche** : on imite le style d'un auteur pour s'en moquer (proche de la parodie).
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité satirique vise à critiquer en faisant rire. Elle cherche à dénoncer les défauts, les vices, les ridicules, à éveiller l'esprit critique du destinataire et à provoquer une prise de conscience.
L'effet premier est le rire : le destinataire rit des travers dénoncés. Le second effet est la critique : le rire sert de véhicule à une dénonciation, à une condamnation. Le troisième effet est la prise de conscience : en riant, le destinataire prend conscience des défauts dénoncés et peut être amené à les condamner, à vouloir les corriger.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans *Les Lettres persanes* de Montesquieu, la satire de la société française est menée à travers le regard naïf de voyageurs persans. Leur étonnement devant les ridicules des Français (la mode, la vanité, l'absolutisme) est une satire indirecte : en feignant de découvrir avec étonnement des pratiques absurdes, Montesquieu les dénonce. La parodie est également présente : il parodie les récits de voyage et les descriptions exotiques pour mieux critiquer sa propre société.
*Exemple supplémentaire* : Dans la littérature camerounaise, la satire est très présente dans les romans de Mongo Beti. Dans *Le Pauvre Christ de Bomba*, la satire de la mission coloniale est constante : le père Drumont est décrit avec ses ridicules, son incompréhension de la culture locale, son entêtement aveugle. La parodie est également présente : Mongo Beti parodie les récits de missionnaires et les rapports coloniaux pour mieux les dénoncer. Dans *Perpétue et l'habitude du malheur*, la satire de la société camerounaise post-indépendance est féroce : les notables corrompus, les fonctionnaires véreux, les politiciens cyniques sont tournés en ridicule. On peut aussi citer les caricatures de la presse satirique camerounaise, comme celles du journal *Le Messager*, qui dénoncent la corruption et les travers des dirigeants.
### 3. La tonalité oratoire
#### Situation de communication
La tonalité oratoire est celle du discours public, du discours prononcé devant un auditoire dans le but de le convaincre, de le persuader, de l'émouvoir. Elle se rencontre dans les discours politiques, les sermons, les plaidoiries, les harangues, les homélies, les discours de commémoration. Elle est liée à l'art de la rhétorique, c'est-à-dire l'art de bien parler pour persuader.
La situation de communication typique est celle d'un orateur qui s'adresse à un auditoire (foule, assemblée, jury, congrégation) dans un cadre solennel ou public. L'orateur cherche à agir sur son auditoire : le convaincre par des arguments, le persuader par des émotions, l'entraîner par son éloquence.
#### Procédés utilisés
Les procédés de l'oratoire sont ceux de la rhétorique classique :
- **Les apostrophes** : l'orateur s'adresse directement à son auditoire (« Mesdames et Messieurs », « Chers compatriotes », « Peuple de France »).
- **Les questions rhétoriques** : l'orateur interroge son auditoire sans attendre de réponse, pour l'amener à réfléchir ou à adhérer.
- **Les anaphores** : la répétition d'un mot ou d'un groupe de mots en début de phrase crée un effet de martèlement et d'enthousiasme.
- **Les gradations** : l'intensité croissante des termes emporte l'adhésion.
- **Les accumulations et les énumérations** : elles donnent de l'ampleur au discours.
- **Les antithèses** : l'opposition de termes crée un effet de contraste saisissant.
- **Les comparaisons et métaphores** : elles rendent les idées concrètes et frappantes.
- **Les hyperboles** : l'exagération donne de la force au propos.
- **Les impératifs** : l'orateur exhorte, commande, appelle à l'action.
- **Les modalisateurs d'intensité** : « vraiment », « absolument », « jamais », « toujours ».
- **Le rythme ternaire** : la structure en trois parties (trilogie) est très efficace à l'oral.
- **Les pauses et les silences** : ils ménagent des effets d'attente et de suspense.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité oratoire vise à convaincre et à persuader l'auditoire, à l'entraîner, à le soulever. Elle cherche à agir sur les esprits et sur les cœurs par la force de l'éloquence.
L'effet premier est la persuasion : l'auditoire est amené à adopter les idées de l'orateur. Le second effet est l'émotion : l'orateur cherche à toucher son auditoire, à l'émouvoir, à l'enthousiasmer. Le troisième effet est l'action : le discours oratoire vise souvent à pousser l'auditoire à agir, à s'engager, à soutenir une cause.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Le discours de Victor Hugo sur l'Afrique, prononcé à l'Assemblée nationale en 1879, est un modèle de tonalité oratoire : « Il y a aujourd'hui un devoir nouveau qui s'impose à la civilisation : civiliser l'Afrique. » Les anaphores, les gradations, les apostrophes, les images grandioses se succèdent pour emporter l'adhésion de l'auditoire.
*Exemple supplémentaire* : Les discours des grands leaders africains de l'indépendance sont des exemples de tonalité oratoire. Le discours de Kwame Nkrumah à l'indépendance du Ghana, celui de Patrice Lumumba à la proclamation de l'indépendance du Congo, ou encore les discours de Ahmadou Ahidjo au Cameroun comportent des passages oratoires puissants. Par exemple, le discours de Lumumba du 30 juin 1960 : « Nous ne sommes plus vos singes, nous ne sommes plus vos esclaves, nous sommes des hommes libres ! » Les anaphores, les antithèses, les apostrophes créent un effet oratoire saisissant. Plus près de nous, les discours de commémoration du 20 mai au Cameroun, ou les discours de rentrée solennelle des universités, utilisent les mêmes procédés.
### 4. La tonalité fantastique
#### Situation de communication
La tonalité fantastique est celle qui fait irruption dans le texte d'éléments surnaturels, inexplicables, inquiétants, au sein d'un univers réaliste. Elle se distingue du merveilleux en ce que le surnaturel n'y est pas accepté comme naturel : il fait peur, il trouble, il dérange. Le lecteur hésite entre une explication rationnelle et une explication surnaturelle : c'est cette hésitation qui caractérise le fantastique.
La situation de communication typique est celle d'un narrateur qui raconte des événements étranges, inquiétants, qui semblent défier les lois de la nature. Le destinataire est invité à partager le trouble, l'angoisse, la peur du narrateur, à douter avec lui de la réalité de ce qu'il voit.
#### Procédés utilisés
Les procédés du fantastique sont ceux qui créent une atmosphère d'angoisse et de doute :
- **Le cadre réaliste** : le récit commence dans un univers quotidien, familier, pour mieux faire ressortir l'irruption du surnaturel.
- **Les descriptions angoissantes** : les lieux sont décrits avec des détails qui créent une atmosphère inquiétante (nuit, obscurité, silence, solitude).
- **Le lexique de l'étrange et de la peur** : inquiétant, bizarre, inexplicable, angoisse, terreur, frisson.
- **Les modalisateurs du doute** : « peut-être », « sans doute », « il semblait que », « on aurait dit que » qui maintiennent l'hésitation entre le réel et le surnaturel.
- **Les comparaisons et métaphores inquiétantes** : les objets sont comparés à des êtres vivants, les ombres à des présences menaçantes.
- **Les personnifications** : les objets inanimés semblent animés d'une vie propre.
- **Les phénomènes inexplicables** : objets qui bougent seuls, bruits sans cause, apparitions, disparitions.
- **La focalisation interne** : le lecteur voit à travers les yeux du personnage, partage ses perceptions et ses doutes.
- **Les phrases brèves et hachées** : elles traduisent l'angoisse, la respiration oppressée.
- **Les points de suspension** : ils créent des effets de silence, d'attente, d'indicible.
- **La chute** : le récit se termine souvent sur une note d'angoisse ou d'incertitude.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité fantastique vise à faire peur, à inquiéter, à troubler le destinataire. Elle cherche à créer un sentiment d'angoisse et de doute en faisant hésiter le lecteur entre une explication rationnelle et une explication surnaturelle.
L'effet premier est la peur : le destinataire est saisi par l'angoisse, le frisson, la terreur. Le second effet est le doute : le lecteur ne sait pas si les événements racontés sont réels ou imaginaires, naturels ou surnaturels. Le troisième effet est le trouble : le fantastique remet en question la vision du monde rationnelle, fait vaciller les certitudes.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans *La Vénus d'Ille* de Prosper Mérimée, une statue antique semble s'animer et tuer le jeune marié la nuit de ses noces. Le narrateur, qui raconte l'histoire, ne sait pas si la statue est réellement vivante ou si le meurtre a une explication naturelle. L'hésitation entre le réel et le surnaturel est maintenue jusqu'à la fin, et le lecteur reste dans le doute.
*Exemple supplémentaire* : Dans la littérature africaine, la tonalité fantastique est souvent liée aux croyances traditionnelles. On peut citer les nouvelles de Birago Diop, comme *Les Contes d'Amadou Koumba*, où les esprits, les animaux qui parlent, les métamorphoses créent un univers où le surnaturel est présent. Cependant, le fantastique au sens strict (avec hésitation entre le réel et le surnaturel) se trouve plutôt dans des textes comme *Le Pagne noir* de Bernard Dadié ou certaines nouvelles de Mongo Beti. Dans la littérature camerounaise contemporaine, on peut citer les nouvelles de Calixthe Beyala ou de Léonora Miano qui intègrent des éléments fantastiques dans des récits réalistes. Par exemple, dans un récit, un personnage voit le double de sa mère décédée apparaître au détour d'un chemin, et le narrateur se demande : « Était-ce vraiment elle, ou simplement le reflet de mon chagrin dans la brume du soir ? » L'hésitation caractéristique du fantastique est clairement marquée.
### 5. La tonalité merveilleuse
#### Situation de communication
La tonalité merveilleuse est celle qui fait intervenir le surnaturel sans l'expliquer, sans s'en étonner, comme s'il était naturel. Elle se rencontre dans les contes de fées, les contes merveilleux, les épopées, les récits mythologiques, les romans de fantasy. Dans le merveilleux, le surnaturel est accepté d'emblée : les fées, les sorciers, les dragons, les objets magiques font partie de l'univers du récit sans provoquer d'étonnement.
La situation de communication typique est celle d'un narrateur qui raconte des événements merveilleux sur un ton neutre, sans marquer de surprise. Le destinataire est invité à entrer dans cet univers merveilleux, à accepter le surnaturel comme une évidence, à s'émerveiller.
#### Procédés utilisés
Les procédés du merveilleux sont ceux qui créent un univers enchanté :
- **Les êtres merveilleux** : fées, génies, sorciers, animaux qui parlent, créatures fantastiques (dragons, licornes, ogres).
- **Les objets magiques** : baguettes, talismans, tapis volants, lampes merveilleuses, potions.
- **Les métamorphoses** : les personnages se transforment en animaux, en objets, en plantes.
- **Les interventions surnaturelles** : les fées interviennent dans le destin des personnages, les génies exaucent les vœux.
- **Les lieux merveilleux** : châteaux enchantés, forêts mystérieuses, îles lointaines, royaumes souterrains.
- **Les formules magiques** : « Abracadabra », « Sésame, ouvre-toi », « Il était une fois ».
- **Le ton neutre** : le narrateur raconte les événements merveilleux sans s'étonner, comme s'ils étaient naturels.
- **Les épreuves et les quêtes** : le héros doit accomplir des tâches impossibles, vaincre des monstres, trouver des objets magiques.
- **La structure du conte** : situation initiale, quête, épreuves, triomphe du héros, fin heureuse.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité merveilleuse vise à émerveiller le destinataire, à le faire rêver, à le transporter dans un univers enchanté. Elle cherche à étonner, à séduire, à faire plaisir.
L'effet premier est l'émerveillement : le destinataire est ébloui par la beauté, la magie, la fantaisie de l'univers raconté. Le second effet est l'évasion : le merveilleux permet de s'échapper du monde réel, de rêver, de voyager dans l'imaginaire. Le troisième effet est l'étonnement : le destinataire est surpris par les invraisemblances, les prodiges, les miracles.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans *Les Mille et Une Nuits*, les contes de Shéhérazade sont des modèles de merveilleux : tapis volants, lampes magiques, génies enfermés dans des bouteilles, palais enchantés, métamorphoses. Le narrateur raconte ces prodiges sans s'étonner, et le lecteur entre dans cet univers enchanté avec plaisir.
*Exemple supplémentaire* : Les contes africains sont riches en merveilleux. Dans les contes camerounais, on trouve des animaux qui parlent (l'araignée Nzame, le lièvre, la tortue), des hommes qui se transforment en animaux, des esprits de la forêt, des objets magiques. Par exemple, dans le conte de la tradition béti « L'enfant et la panthère », l'enfant est protégé par une panthère qui parle et qui l'aide à accomplir des épreuves impossibles. Le merveilleux est accepté comme naturel : personne ne s'étonne que la panthère parle. On peut aussi citer les contes de la tradition bamiléké où les crânes des ancêtres parlent et conseillent les vivants, ou les récits où les hommes se transforment en léopards (les « hommes-léopards »).
### 6. La tonalité polémique
#### Situation de communication
La tonalité polémique (du grec *polemos*, « guerre ») est celle du combat, de la lutte, de la confrontation verbale. Elle se rencontre dans les essais, les pamphlets, les discours politiques, les débats, les lettres ouvertes, les articles de presse. Elle vise à attaquer, à dénoncer, à réfuter, à défendre une cause.
La situation de communication typique est celle d'un locuteur qui s'oppose à un adversaire (une personne, un groupe, une institution, une idée) et qui cherche à le combattre par les mots. Le destinataire est invité à prendre parti, à soutenir le locuteur contre son adversaire, à s'indigner avec lui.
#### Procédés utilisés
Les procédés de la polémique sont ceux du combat verbal :
- **Le lexique de la guerre et du combat** : attaque, défense, combat, lutte, ennemi, victoire, défaite.
- **Les apostrophes directes** : le locuteur interpelle son adversaire directement (« Vous qui... », « Toi qui... »).
- **Les questions rhétoriques** : elles acculent l'adversaire, l'obligent à reconnaître ses torts.
- **Les exclamations** : elles traduisent l'indignation, la révolte.
- **Les injures et les insultes** : le locuteur qualifie son adversaire de termes péjoratifs.
- **Les antithèses** : l'opposition entre le bien et le mal, le juste et l'injuste, nous et eux.
- **Les hyperboles** : l'exagération des défauts de l'adversaire, l'amplification des enjeux.
- **Les accumulations** : l'accumulation des griefs, des accusations, des preuves.
- **L'ironie et la dérision** : le locuteur ridiculise son adversaire.
- **Les modalisateurs d'engagement** : « je », « nous », « moi je dis », « il est inadmissible que ».
- **Les impératifs** : le locuteur exhorte, appelle à la lutte, à la résistance.
#### Effets recherchés
> **À RETENIR** : La tonalité polémique vise à combattre, à dénoncer, à faire réagir le destinataire. Elle cherche à l'indigner, à le mobiliser, à le faire prendre parti.
L'effet premier est l'indignation : le destinataire est révolté par ce qui est dénoncé. Le second effet est la mobilisation : le destinataire est appelé à agir, à s'engager, à soutenir la cause défendue. Le troisième effet est la polarisation : le destinataire est amené à choisir son camp, à se positionner.
#### Exemples
*Exemple fourni dans les notes de cours* : Dans *J'accuse* d'Émile Zola, la lettre ouverte au président de la République française dénonce l'injustice faite au capitaine Dreyfus. Le texte est un modèle de tonalité polémique : Zola accumule les accusations, apostrophe les responsables, s'indigne, appelle à la justice. Le célèbre « J'accuse » répété à la fin de chaque paragraphe est une anaphore polémique d'une grande force.
*Exemple supplémentaire* : Dans la littérature africaine, la tonalité polémique est très présente dans les textes de la négritude et de la lutte anticoloniale. Le *Discours sur le colonialisme* d'Aimé Césaire est un pamphlet polémique d'une grande violence verbale : il dénonce la colonisation, ses crimes, ses mensonges, et appelle les colonisés à la prise de conscience et à la lutte. Dans la littérature camerounaise, les romans de Mongo Beti comportent de nombreux passages polémiques, notamment dans *Le Pauvre Christ de Bomba* et dans *Main basse sur le Cameroun*, où l'auteur dénonce avec virulence le régime d'Ahmadou Ahidjo et la présence française. On peut citer aussi les écrits de Mongo Beti dans sa revue *Peuples noirs, Peuples africains*, où la tonalité polémique est constante. Par exemple : « Il est temps de dire la vérité, toute la vérité, sur ce régime qui se prétend démocratique et qui n'est qu'une dictature déguisée. Il est temps de dénoncer ces dirigeants qui s'enrichissent sur le dos du peuple et qui bâillonnent la presse. Nous ne nous tairons plus ! »
## Conclusion
La notion de tonalité ou de registre est un outil fondamental de l'analyse des textes. Elle permet de comprendre comment un discours agit sur son destinataire, quels effets il cherche à produire et par quels moyens il les produit. Nous avons vu que les tonalités sont nombreuses et variées : les tonalités sérieuses (épique, ironique, lyrique, pathétique, tragique, réaliste, didactique, élégiaque) visent à émouvoir, à impressionner, à instruire ; les tonalités plaisantes (comique, satirique, oratoire, fantastique, merveilleuse, polémique) visent à amuser, à divertir, à faire rêver ou à combattre.
Il faut retenir que ces tonalités ne sont pas des catégories étanches : un même texte peut en combiner plusieurs, avec une tonalité dominante et des tonalités secondaires. L'analyse des tonalités est donc une opération d'interprétation qui exige à la fois une connaissance précise des procédés stylistiques et une sensibilité à l'effet produit.
La maîtrise des tonalités est également un outil précieux pour la production écrite. Savoir choisir la tonalité adaptée à son propos, à son destinataire et à son intention est une compétence essentielle dans de nombreuses situations de communication : rédiger un discours, une lettre, un article, un récit, une argumentation. L'écrivain camerounais, comme tout écrivain, joue constamment avec les tonalités pour produire des effets variés sur son lecteur.
Ce chapitre nous a permis de poser les bases de l'analyse des tonalités. Le chapitre suivant pourra aborder la question des genres littéraires et de leurs relations avec les tonalités, ou encore l'étude des figures de style qui sont les principaux outils de la production des tonalités. En effet, la maîtrise des figures de rhétorique est indispensable pour comprendre et produire les effets tonals que nous avons étudiés. C'est donc naturellement vers l'étude des procédés stylistiques que se tournera notre prochaine étape.
Quiz du chapitre
12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.