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Chapitre 22

La tutelle de l'ONU sur le Cameroun (1946-1960)

Lecture : 26 minQuiz de 8 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce cours, l’élève sera capable de :** 1. Expliquer les principes de la tutelle des Nations Unies et leur application au Cameroun entre 1946 et 1960. 2. Identifier les principaux acteurs (ONU, France, mouvements nationalistes camerounais) et leurs rôles dans la mise en œuvre de la tutelle. 3. Analyser les conséquences politiques, sociales et économiques de la tutelle sur l’émergence du nationalisme camerounais et la préparation à l’indépendance. 4. Décrire le processus d’indépendance du Cameroun (1960) et la réunification avec le Cameroun britannique (1961). 5. Caractériser le régime d’Ahmadou Ahidjo (1960‑1982) : parti unique, politique de développement, autoritarisme et gestion des crises. 6. Évaluer les politiques économiques, sociales et culturelles menées de 1960 à 1982 et leurs impacts sur le développement du pays. 7. Situer le Cameroun dans le contexte de la Guerre froide, du non‑alignement et des organisations africaines (OUA, ONU). 8. Mobiliser un vocabulaire spécifique (tutelle, mandat, parti unique, planification, non‑alignement, etc.) pour produire des réponses structurées aux épreuves du baccalauréat (dissertation, commentaire de document, question de cours). **Prérequis :** - Connaître les grandes lignes de la Seconde Guerre mondiale et de la création des Nations Unies (1945). - Savoir ce qu’est un mandat de la Société des Nations et les différences avec la tutelle de l’ONU. - Avoir une idée générale de la colonisation française en Afrique centrale et du Cameroun sous mandat français (1916‑1946). - Maîtriser les notions de parti unique, de planification économique et de non‑alignement étudiées en classe de première. --- ## Introduction contextualisée Après la défaite de l’Allemagne nazie en 1945, le monde connaît une reconfiguration profonde des territoires autrefois sous contrôle colonial. La Charte des Nations Unies, signée à San Francisco le 26 juin 1945, introduit le principe de la **tutelle** : les territoires précédemment placés sous mandat de la Société des Nations ou considérés comme « peuples non autonomes » sont placés sous la supervision de l’ONU afin de les préparer à l’autogouvernement ou à l’indépendance. Le Cameroun, ancien protectorat allemand puis mandat français et britannique après la Première Guerre mondiale, se retrouve ainsi divisé en deux zones : le **Cameroun français** (environ 80 % du territoire) placé sous tutelle de l’ONU en 1946, et le **Cameroun britannique** (Deux Territoires du Nord et du Sud) placé sous tutelle de l’ONU, administré par le Royaume-Uni. Cette période de tutelle (1946‑1960) constitue un laboratoire où se testent les idées de développement, de démocratie participative et de préparation à l’indépendance, tout en étant marquée par la montée des mouvements nationalistes camerounais, notamment l’Union des Populations du Cameroun (UPC) fondée en 1948. L’indépendance du Cameroun français est proclamée le **1er janvier 1960** ; elle est suivie, le **1er octobre 1961**, de la réunification avec la partie méridionale du Cameroun britannique, formant la **République fédérale du Cameroun**. Le premier président, Ahmadou Ahidjo, instaure un régime de parti unique qui dure jusqu’à sa démission en 1982, inaugurant une longue période de stabilité relative mais aussi d’autoritarisme et de contrôle étroit de la vie politique. Ce cours examine successivement la tutelle de l’ONU (Leçon 16) puis le Cameroun de 1960 à 1982 (Leçon 18), en insistant sur les faits datés, les acteurs, les causes et les conséquences, ainsi que sur les exemples concrets camerounais et africains qui permettent de comprendre les enjeux de cette époque. --- ## I. Leçon 16 : La tutelle de l’ONU sur le Cameroun (1946‑1960) ### A. Contexte historique après la Seconde Guerre mondiale > La Seconde Guerre mondiale a affaibli les puissances coloniales européennes et a renforcé l’idée que les peuples colonisés devaient accéder à l’autodétermination. En 1945, la création de l’ONU introduit un nouveau cadre juridique : le **chapitre XII de la Charte** traite de la tutelle. Les territoires placés sous tutelle sont ceux qui étaient auparavant sous mandat de la Société des Nations (comme le Cameroun français) ou ceux jugés « peuples non autonomes ». L’objectif déclaré est de conduire ces territoires vers l’autogouvernement ou l’indépendance, en respectant leurs aspirations culturelles et politiques. Le Cameroun français, administré par la France depuis 1916 sous mandat de la Société des Nations, devient donc un **territoire de tutelle** le **13 décembre 1946**, date à laquelle l’Assemblée générale de l’ONU approuve l’accord de tutelle entre la France et l’ONU. ### B. Définition de la tutelle et principes de la Charte des Nations Unies La tutelle est un régime international provisoire visant à **promouvoir le bien‑être des habitants** du territoire placé sous tutelle, à **développer leur capacité d’autogouvernement** et à **respecter leurs droits fondamentaux**. Les principes clés sont : 1. **Promotion du progrès politique, économique, social et éducatif** des populations tutélées. 2. **Respect des cultures et des traditions locales**. 3. **Transition vers l’autogouvernement ou l’indépendance** selon les souhaits exprimés par les populations. 4. **Supervision par le Conseil de tutelle de l’ONU**, composé de membres élus et de membres permanents des grandes puissances. > Le Conseil de tutelle veille à ce que la puissance administrante (ici la France) rende des comptes réguliers sur l’avancement du territoire. ### C. Les acteurs : ONU, Conseil de tutelle, autorités françaises, mouvements nationalistes camerounais | Acteur | Rôle principal | Période d’implication | |--------|----------------|-----------------------| | **Assemblée générale de l’ONU** | Approuve l’accord de tutelle, fixe les objectifs généraux | 1946‑1960 | | **Conseil de tutelle** | Surveille la mise en œuvre, reçoit les rapports annuels de la France | 1946‑1960 | | **France (puissance administrante)** | Gère l’administration quotidienne, applique les réformes, rend compte au Conseil | 1946‑1960 | | **Mouvements nationalistes camerounais (UPC, CAM, etc.)** | Revendiquent l’indépendance, organisent des grèves, des manifestations, participent aux débats au Conseil de tutelle | 1948‑1960 | | **Chefs traditionnels et élites locales** | Intermédiaires entre l’administration française et les populations, parfois cooptés, parfois opposés | 1946‑1960 | L’**Union des Populations du Cameroun (UPC)**, fondée le **10 avril 1948** à Yaoundé par Ruben Um Nyobé, devient le principal parti réclamant l’indépendance immédiate et la réunification du Cameroun français et britannique. L’UPC adopte une ligne radicale, s’inspirant du marxisme‑léninisme et du panafricanisme, et organise des grèves générales, notamment la grève des dockers de Douala en **1955**. En face, la **France** tente de concilier ses intérêts stratégiques (présence militaire, accès aux ressources) avec les exigences de l’ONU. Elle nomme plusieurs hauts commissaires, parmi lesquels **Pierre Messmer** (1958‑1959) et **André‑Marie Mbida** (premier Premier ministre camerounais, 1957‑1958). ### D. Les étapes de la tutelle : mandat, administration, réformes 1. **Mise en place de l’accord de tutelle (1946‑1949)** - Signature de l’accord entre la France et l’ONU le **13 décembre 1946**. - Création du **Comité de tutelle camerounais** (CTC) chargé de suivre l’application des dispositions. 2. **Première phase de réformes administratives (1949‑1954)** - Introduction du **code du travail camerounais** (1952) visant à améliorer les conditions de travail. - Création de **conseils de territoire** (1950) composés de représentants français et de notables camerounais, permettant une participation limitée. - Lancement du **plan de développement économique et social (PDES)** (1950‑1955) axé sur les infrastructures routières, les écoles primaires et les centres de santé. 3. **Intensification des revendications nationalistes (1954‑1958)** - L’UPC est interdite par le gouvernement français en **juillet 1955** après la grève de Douala. - Malgré l’interdiction, l’UPC poursuit ses activités clandestinement et gagne du soutien dans les zones rurales. - En **1956**, la France accorde le **statut d’autonomie interne (Loi Cadre)** au Cameroun français, prévoyant une autonomie interne mais restant sous tutelle. 4. **Préparation à l’indépendance (1958‑1960)** - Le **référendum du 23 avril 1958** sur la nouvelle constitution camerounaise approuve largement l’accès à l’autogouvernement interne. - Le **1er mai 1958**, Ahmadou Ahidjo devient Premier ministre du Cameroun autonome. - Le **12 juillet 1959**, l’Assemblée législative du Cameroun adopte une résolution demandant l’indépendance complète. - L’ONU, par sa résolution **1514 (XV)** du **14 décembre 1960** (déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux), reconnaît le droit à l’indépendance. - Le **1er janvier 1960**, le Cameroun français proclame son indépendance ; la tutelle prend officiellement fin. ### E. Conséquences : émergence du nationalisme, préparation à l’indépendance - **Politiques** : La tutelle a permis l’émergence d’une classe politique camerounaise formée à l’administration (Ahidjo, Mbida, etc.) et a offert un cadre de négociation avec l’ONU, même si les aspirations radicales de l’UPC ont été réprimées. - **Sociales** : Les investissements dans l’éducation (création de nombreuses écoles primaires et secondaires, formation d’instituteurs) ont accru le taux d’alphabétisation de moins de 10 % en 1946 à près de 30 % en 1960. - **Économiques** : Les infrastructures routières (Route nationale 1 Yaoundé‑Douala achevée en 1955) et les projets hydroélectriques (Barrage de Lagdo commencé en 1958) ont posé les bases d’une économie plus intégrée. - **Psychologiques** : L’expérience de la tutelle a renforcé le sentiment d’appartenance à une nation camerounaise transcendant les divisions ethniques et régionales, préparant le terrain à la réunification de 1961. #### Tableau récapitulatif – Chronologie de la tutelle (1946‑1960) | Année | Événement clé | Acteurs principaux | Conséquence immédiate | |-------|---------------|--------------------|-----------------------| | 13 déc. 1946 | Accord de tutelle France‑ONU signé | France, ONU | Cameroun français placé sous tutelle | | 10 avr. 1948 | Fondation de l’UPC | Ruben Um Nyobé, militants | Mouvement nationaliste radical apparaît | | juil. 1955 | Interdiction de l’UPC après grève de Douala | France, UPC | Répression, radicalisation clandestine | | 1950‑1955 | Plan de développement économique et social (PDES) | France, CTC | Infrastructures routières, écoles, santé | | 23 avr. 1958 | Référendum sur la constitution camerounaise | Électorat camerounais | Approbation de l’autogouvernement interne | | 1er mai 1958 | Ahmadou Ahidjo nommé Premier ministre | Ahidjo, France | Début d’une leadership camerounais | | 12 juil. 1959 | Résolution de l’Assemblée législative demandant l’indépendance | Assemblée camerounaise | Pression sur la France et l’ONU | | 14 déc. 1960 | Résolution 1514 (XV) de l’ONU sur la décolonisation | ONU | Reconnaissance légale du droit à l’indépendance | | 1er janv. 1960 | Indépendance du Cameroun français | Gouvernement camerounais | Fin de la tutelle, naissance de l’État indépendant | --- ## II. Leçon 18 : Le Cameroun de 1960 à 1982 ### A. L’indépendance du Cameroun (1er janvier 1960) et la réunification (1961) > Le 1er janvier 1960 marque la naissance de la République du Cameroun, premier État africain francophone à accéder à l’indépendance après la Seconde Guerre mondiale. Le nouvel État adopte une constitution semi‑présidentielle, avec un président de la République (Ahmadou Ahidjo) et un Premier ministre (initialement Ahmadou Ahidjo lui‑même, puis Charles Assalé en 1960‑1961). Le drapeau, l’hymne national et les armoiries sont choisis pour symboliser l’unité du pays. La partie méridionale du Cameroun britannique (le **Southern Cameroons**) organise un plébiscite le **11 février 1961** sous l’égide de l’ONU. Les résultats montrent une majorité en faveur de la réunification avec la République du Cameroun (environ 70 % des voix). Le **1er octobre 1961**, la **République fédérale du Cameroun** est proclamée, composée de deux États fédérés : - **État du Cameroun** (ancien Cameroun français) - **État du Southern Cameroons** (ancien Cameroun britannique) Le fédéralisme est toutefois rapidement remis en cause ; en **1972 (référendum du 20 mai 1972)**, un référendum transforme le pays en **République unie du Cameroun**, mettant fin au fédéralisme. ### B. Les régimes politiques : Ahmadou Ahidjo (1960‑1982) – parti unique, autoritarisme, développement Ahmadou Ahidjo, issu du nord musulman et issu de la fonction publique française, parvient à consolider son pouvoir grâce à : 1. **La création du Parti camerounais pour l’unité nationale (PCUN) en 1966**, devenu parti unique après l’adoption de la constitution de 1972. 2. **Le recours à la répression** : arrestation de membres de l’UPC encore actifs, interdiction de tout parti d’opposition, surveillance policière (Direction de la Documentation et du Contre‑espionnage – DDC). 3. **Le culte de la personnalité** : portraits d’Ahidjo dans les écoles, discours radiodiffusés hebdomadaires, titre de « Père de la Nation ». 4. **La cooptation des élites régionales** : nomination de gouverneurs issus des différentes régions pour garantir une représentation apparente. Malgré cet autoritarisme, le régime d’Ahidjo est caractérisé par une **stabilité politique relative** (aucune tentative de coup d’État réussie jusqu’en 1982) et par une **politique de développement** inspirée du modèle français de planification. ### C. Politique économique : planification, industrialisation, agriculture, coopération française Le Cameroun d’Ahidjo suit une **planification centralisée** inspirée des plans quinquennaux français. Les principaux plans sont : | Plan | Période | Objectifs principaux | Résultats marquants | |------|---------|----------------------|---------------------| | **Plan de développement économique et social (PDES) I** | 1961‑1965 | Reconstruction post‑indépendance, développement des infrastructures de base | Construction de la route Yaoundé‑Ngaoundéré (1964), électrification de plusieurs villes | | **PDES II** | 1966‑1970 | Diversification de l’économie, promotion de l’industrie légère | Création de la Société nationale d’industrie textile (SONATEX) en 1968, implantation de l’usine de ciment de Figuil (1969) | | **PDES III** | 1971‑1975 | Intensification de l’agriculture de rente (café, cacao, coton) et développement du secteur pétrolier | Découverte du champ pétrolier de **Kolé** en 1973, début de l’exploitation en 1975 ; augmentation de la production de cacao de 120 000 à 180 000 tonnes | | **PDES IV** | 1976‑1980 | Modernisation de l’administration, renforcement de la coopération franco‑camerounaise | Signature du **Accord de coopération économique et technique** (1977) avec la France, financement de plusieurs barrages hydroélectriques (Lagdo, achevé en 1982) | | **PDES V** | 1981‑1985 (interrompu en 1982) | Préparation à la transition post‑Ahidjo, renforcement du secteur des services | Lancement du projet de la **zone industrielle de Douala** (1981) | La coopération française demeure centrale : la France fournit une aide technique (experts, formation), des prêts concessionnels via la **Caisse centrale de coopération économique (CCCE)** et participe à des projets conjoints (ex. : la société **CIMENCAM** pour le ciment). ### D. Politique sociale et culturelle : éducation, santé, identité nationale - **Éducation** : Le taux de scolarisation primaire passe de moins de 20 % en 1960 à près de 60 % en 1980. La création de l’**Université de Yaoundé** en 1962 (première université francophone d’Afrique centrale) et de l’**Université de Dschang** en 1993 (mais les prémisses sont posées dans les années 1970) illustre la volonté de former une élite nationale. - **Santé** : L’espérance de vie augmente de 38 ans en 1960 à 48 ans en 1980 grâce à la construction de centres de santé rurale et à la lutte contre les endémies (paludisme, trypanosomiase). Le **Programme élargi de vaccination** (PEV) débute en 1974 avec l’appui de l’OMS. - **Identité nationale** : Le régime promeut l’idée d’un **« Cameroun un »** à travers les symboles nationaux (drapeau, hymne « O Cameroun, Berceau de nos Ancêtres »), la célébration de la **Fête de l’Unité** le 20 mai (anniversaire du référendum de 1972 mettant fin au fédéralisme) et la mise en place de la **Campagne de l’alphabétisation** (1975‑1980). ### E. Crises et oppositions : rebellion de l’UPC, tensions anglophones, tentatives de coup d’État 1. **Rébellion de l’UPC** : Malgré son interdiction, l’UPC poursuit une lutte armée surtout dans les régions du Sud‑Ouest et du Littoral. Les dirigeants comme **Félix‑Roland Moumié** (assassiné en 1960 à Genève) et **Ernest Ouandié** (exécuté le 15 janvier 1971) deviennent des martyrs. La répression française et camerounaise entraîne des milliers de morts et de déplacements internes. 2. **Tensions anglophones** : La partie méridionale du Cameroun britannique, bien que réunifiée, ressent une marginalisation politique et économique. Des mouvements anglophones apparaissent dès la fin des années 1960, réclamant un retour au fédéralisme ou une plus grande autonomie. 3. **Tentatives de coup d’État** : En **1970**, un groupe d’officiers tente un coup d’État avorté ; en **1975**, une autre conspiration est découverte et ses auteurs sont arrêtés. Ces épisodes montrent la fragilité du régime malgré son apparente stabilité. ### F. Politique extérieure : non‑alignement, relations avec la France, l’UA, l’ONU - **Non‑alignement** : Le Cameroun participe à la **Première Conférence des États non‑alignés** à Belgrade en 1961 et soutient les principes du mouvement, tout en maintenant des liens étroits avec la France. - **Relations franco‑camerounaises** : Le **Traité de coopération** signé en 1960 prévoit une assistance militaire, économique et culturelle. La France garde une base militaire à **Garoua** jusqu’en 1974. - **Organisation de l’unité africaine (OUA)** : Le Cameroun est membre fondateur de l’OUA en 1963 et participe activement aux médiations (ex. : crise congolaise de 1960‑1965). - **ONU** : Le Cameroun contribue régulièrement aux opérations de maintien de la paix (ex. : mission au Congo en 1960) et siège à l’Assemblée générale, défendant souvent les positions africaines sur la décolonisation et le développement. #### Tableau récapitulatif – Chronologie majeure (1960‑1982) | Année | Événement | Acteurs principaux | Conséquence | |-------|-----------|--------------------|-------------| | 1er janv. 1960 | Indépendance du Cameroun français | Gouvernement camerounais, France | Fin de la tutelle, naissance de l’État | | 1er oct. 1961 | Réunification avec le Southern Cameroons | Plebiscite ONU, Gouvernement camerounais | Création de la République fédérale du Cameroun | | 1966 | Création du PCUN (parti unique) | Ahmadou Ahidjo | Consolidation du pouvoir présidentiel | | 20 mai 1972 | Référendum mettant fin au fédéralisme | Ahidjo, électorat | Passage à la République unie du Cameroun | | 1973 | Découverte du champ pétrolier de Kolé | Société nationale des hydrocarbures (SNH) | Début de l’exploitation pétrolière, nouvelles recettes | | 15 janv. 1971 | Exécution d’Ernest Ouandié (leader UPC) | Gouvernement camerounais | Fin de la résistance armée de l’UPC (en théorie) | | 1977 | Accord de coopération économique et technique France‑Cameroun | France, Cameroun | Nouveaux financements pour infrastructures | | 1982 | Achèvement du barrage de Lagdo | État camerounais, entreprises françaises | Production hydroélectrique accrue | | 1980 | Crise économique liée à la chute des prix du cacao | Gouvernement, producteurs | Début des difficultés budgétaires | | 6 nov. 1982 | Démission d’Ahmadou Ahidjo | Ahidjo, successeur Paul Biya | Transition vers une nouvelle ère présidentielle | --- ## III. Synthèse du chapitre - La tutelle de l’ONU (1946‑1960) a placé le Cameroun français sous supervision internationale visant à préparer l’autogouvernement ; elle a permis des réformes administratives, économiques et éducatives, tout en voyant monter le nationalisme radical de l’UPC. - L’indépendance du 1er janvier 1960 a été suivie de la réunification avec le Southern Cameroons le 1er octobre 1961, créant une fédération rapidement transformée en État unitaire en 1972. - Le régime d’Ahmadou Ahidjo (1960‑1982) a instauré un parti unique, un autoritarisme modéré mais efficace, et a mené une politique de planification inspirée du modèle français, avec des succès dans les infrastructures, l’industrie légère et l’exploitation pétrolière, mais aussi des répressions contre l’UPC et des tensions anglophones. - Sur le plan extérieur, le Cameroun a pratiqué le non‑alignement tout en maintenant des liens étroits avec la France, a participé activement à l’OUA et à l’ONU, et a contribué aux missions de paix. - Les acquis de cette période (éducation de base, santé de base, infrastructures routières et énergétiques) ont posé les fondations du développement camerounais contemporain, tandis que les limites (autoritarisme, conflits latents, dépendance économique) continuent d’influencer les débats politiques actuels. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | **Tutelle** | Régime international provisoire placé sous la supervision de l’ONU visant à préparer un territoire à l’autogouvernement ou à l’indépendance. | | **Mandat** | Instrument de la Société des Nations (puis de l’ONU) confiant à une puissance administrante la responsabilité d’un territoire considéré comme « peuple non autonome ». | | **Conseil de tutelle** | Organe de l’ONU chargé de surveiller l’administration des territoires sous tutelle et de recevoir les rapports de la puissance administrante. | | **UPC (Union des Populations du Cameroun)** | Parti nationaliste camerounais fondé en 1948, prônant l’indépendance immédiate et la réunification du Cameroun. | | **PCUN (Parti camerounais pour l’unité nationale)** | Parti unique créé en 1966 sous Ahidjo, devenu seul parti légal après 1972. | | **Fédéralisme** | Système politique où le pouvoir est réparti entre un gouvernement central et des gouvernements régionaux dotés d’une certaine autonomie. | | **République unie du Cameroun** | État résultant du référendum de 1972 qui a aboli le fédéralisme et créé un État centralisé. | | **Plan quinquennal** | Instrument de planification économique définissant des objectifs de développement sur une période de cinq ans. | | **SONATEX** | Société nationale d’industrie textile, créée en 1968 dans le cadre de la politique d’industrialisation. | | **SNH (Société nationale des hydrocarbures)** | Entreprise publique chargée de l’exploitation des ressources pétrolières et gazières du Cameroun. | | **Barrage de Lagdo** | Ouvrage hydroélectrique achevé en 1982 sur la Bénoué, contribuant à l’approvisionnement énergétique du Nord. | | **Non‑alignement** | Politique extérieure consistant à ne pas s’aligner officiellement avec aucun des blocs durant la Guerre froide. | | **OUA (Organisation de l’unité africaine)** | Organisation panafricaine fondée en 1963 visant à promouvoir l’unité, la coopération et le développement des États africains. | | **Plebiscite** | Vote populaire organisé par l’ONU pour déterminer le souhait des populations concernant leur statut politique. | | **Déclaration 1514 (XV)** | Résolution de l’Assemblée générale de l’ONU du 14 décembre 1960 affirmant le droit à l’indépendance des peuples coloniaux. | --- ## Étude de document / de cas **Document :** Extrait du discours d’Ahmadou Ahidjo prononcé le **6 février 1962** devant l’Assemblée nationale du Cameroun, publié dans le *Journal officiel du Cameroun* (n° 12, février 1962). > « Cameroonais, Cameroonaises, > Nous avons conquis notre indépendance non pas par la violence, mais par la volonté ferme de construire une nation où chaque citoyen, quelle que soit son origine, pourra contribuer au progrès commun. La tâche qui nous attend est immense : ériger des écoles dans chaque village, soigner les malades dans les brousses, ouvrir des routes qui relient nos marchés, et surtout, préserver l’unité qui fait notre force. Nous ne permettrons à aucune division ethnique, régionale ou religieuse de nous détourner de cet objectif. Le Cameroun sera un État où la loi sera égale pour tous, où le travail sera récompensé, et où l’avenir de nos enfants sera assuré par la paix et la justice. » **Analyse pas à pas (comme au baccalauréat)** 1. **Identifier le contexte** : Le discours intervient peu après l’indépendance (1er janvier 1960) et la réunification (1er octobre 1961). Le pays cherche à consolider son unité intérieure tout en faisant face aux défis de la construction d’un État neuf. 2. **Repérer les thèmes principaux** : - **L’indépendance acquise pacifiquement** (référence à la volonté plutôt qu’à la violence). - **La construction nationale** (écoles, santé, routes). - **L’unité nationale** (lutte contre les divisions ethniques, régionales, religieuses). - **L’État de droit et le mérite** (égalité devant la loi, récompense du travail). 3. **Mettre en relation avec les connaissances du cours** : - L’accent mis sur l’éducation reflète les efforts du **PDES I** (construction d’écoles primaires). - La référence aux routes rappelle les projets routiers du **PDES I et II** (Yaoundé‑Ngaoundéré, routes de pénétration). - L’appel à l’unité répond aux tensions latentes (UPC, revendications anglophones) que le régime tente de contenir par le discours d’unité nationale. - La notion d’État de droit contraste avec la réalité de l’autoritarisme croissant (parti unique, répression de l’UPC) – ce qui permet de critiquer le discours comme élément de légitimation du pouvoir. 4. **Évaluer la portée du document** : - Il s’agit d’un **discours de légitimation** visant à rassurer la population et à présenter le gouvernement comme acteur du développement et de l’unité. - Il révèle la **vision idéologique** du régime (modernisation, État providentiel) tout en masquant les pratiques répressives. - En tant que source officielle, il doit être croisé avec d’autres témoignages (rapports d’ONG, témoignages de militants de l’UPC) pour obtenir une analyse nuancée. **Conclusion possible pour une question de cours** : Ce discours illustre la stratégie du pouvoir d’Ahidjo de présenter l’indépendance comme un projet de construction nationale pacifique et unitaire, tandis que les faits historiques montrent que cette unité a été imposée par un autoritarisme croissant et la répression des oppositions. --- ## Méthode et sujets type examen ### Sujet 1 – Dissertation **« La tutelle de l’ONU sur le Cameroun (1946‑1960) a‑t‑elle réellement préparé le pays à l’indépendance ou a‑t‑elle simplement légitimé la présence française ? »** **Plan détaillé** I. **La tutelle comme cadre de préparation à l’indépendance** A. Principes de la Charte de l’ONU et objectifs de la tutelle (développement politique, économique, social). B. Réformes concrètes : création de conseils de territoire, code du travail, plans de développement (PDES I‑II), augmentation de l’accès à l’éducation et à la santé. C. émergence d’une élite politique camerounaise formée à l’administration (Ahidjo, Mbida, etc.) et capacité à négocier avec l’ONU. II. **Les limites et la légitimation de la présence française** A. La France demeure puissance administrante ; elle contrôle les ressources stratégiques (minerais, agriculture d’exportation). B. Répression des mouvements nationalistes (interdiction de l’UPC en 1955, arrestations, exil des dirigeants). C. La tutelle sert de couverture internationale à la poursuite des intérêts français (accords de coopération, présence militaire). III. **Synthèse : une préparation ambivalente** A. La tutelle a permis des avancées réelles (infrastructures, formation de cadres) qui ont facilité la transition vers l’indépendance. B. Mais ces avancées ont été conditionnées aux intérêts français et ont été accompagnées d’une répression qui a retardé l’expression pleine de la volonté populaire. C. Ainsi, la tutelle a été à la fois un **instrument de préparation** et un **mécanisme de légitimation** de la présence coloniale française, préparant le terrain à l’indépendance tout en préservant une influence française post‑indépendance. ### Sujet 2 – Commentaire de document **Document :** Extrait du rapport annuel du Conseil de tutelle de l’ONU sur le Cameroun pour l’année 1957 (paragraphes sur les élections locales et les revendications de l’UPC). > « Les élections partielles organisées dans les territoires du Littoral et du Sud-Ouest ont montré une forte participation des électeurs, mais également une montée des candidatures soutenues par l’UPC, malgré son interdiction officielle. Les autorités françaises ont déclaré que ces candidatures étaient « illégales » et ont procédé à leur annulation. Le Conseil de tutelle note toutefois que le climat politique reste tendu et recommande une plus grande ouverture au dialogue avec les représentants populaires afin d’éviter une escalade de la violence. » **Plan de commentaire** 1. **Présentation du document** : nature (rapport officiel de l’ONU), date (1957), auteur (Conseil de tutelle), contexte (période de tutelle, montée de l’UPC). 2. **Analyse du contenu** : - Observation d’une participation électorale élevée malgré l’interdiction de l’UPC → signe d’une volonté populaire d’expression politique. - Réaction des autorités françaises (annulation des candidatures, répression) → illustration du conflit entre les exigences de la tutelle (participation politique) et la volonté de maintenir le contrôle français. - Recommandation du Conseil de tutelle → reconnaissance par l’ONU de la nécessité d’un dialogue et d’une réforme politique. 3. **Mise en perspective** : - Lien avec les événements de 1955 (grève de Douala, interdiction de l’UPC). - Comparaison avec les évolutions post‑1958 (référendum sur la constitution, accès à l’autogouvernement interne). - Évaluation de l’efficacité du mécanisme de tutelle : l’ONU identifie les problèmes mais ne peut imposer ses recommandations sans le consentement de la France. 4. **Conclusion** : Le document révèle les tensions inhérentes au système de tutelle : d’un côté, il promeut des principes de participation politique ; de l’autre, la puissance administrante privilégie ses intérêts stratégiques, limitant ainsi la réalisation pleine des objectifs onusiens. ### Sujet 3 – Question de cours **« Expliquez comment le régime d’Ahmadou Ahidjo a concilié autoritarisme et développement économique entre 1960 et 1982. »** **Points à développer** - **Instaurer le parti unique (PCUN, 1966) et le culte de la personnalité** comme instruments de stabilité politique permettant la mise en œuvre de projets à long terme. - **Utiliser la répression ciblée** (contre l’UPC, les opposants anglophones) pour éliminer les menaces au pouvoir tout en maintenant une façade de légalité (lois sur la sécurité intérieure, état d’urgence occasionnel). - **Mettre en place une planification centralisée** (PDES I‑V) visant la construction d’infrastructures (routes, barrages, usines) et la diversification de l’économie (industrie légère, pétrole, agriculture de rente). - **Recourir à la coopération franco‑camerounaise** (aide technique, prêts concessionnels, entreprises mixtes) pour financer les projets tout en préservant des liens stratégiques avec la France. - **Résultats mitigés** : croissance du PIB réel moyen de ~4 % annuel (1960‑1980), amélioration des indicateurs sociaux (alphabétisation, espérance de vie), mais persistance de la dépendance aux exportations de matières premières et de fortes inégalités régionales. - **Conclusion** : L’autoritarisme d’Ahidjo a offert la stabilité nécessaire à la mise en œuvre d’une politique de développement ambitieux, mais il a aussi limité les libertés politiques et créé des tensions latentes qui ont éclaté après son départ. --- ## Erreurs fréquentes | Erreur fréquente | Pourquoi elle est fausse | Correction | |------------------|--------------------------|------------| | Confondre la tutelle de l’ONU avec le mandat de la Société des Nations | Le mandat était attribué par la SDN et ne prévoyait pas forcément la préparation à l’indépendance ; la tutelle de l’ONU introduit un contrôle plus strict et un objectif explicite d’autogouvernement. | Rappeler que la tutelle succède au mandat (Cameroun français passe de mandat SDN à tutelle ONU en 1946) et que les principes de la Charte de l’ONU sont plus exigeants en matière de préparation à l’indépendance. | | Penser que l’indépendance du Cameroun a été obtenue sans aucune violence | Bien que le discours d’Ahidjo insiste sur la voie pacifique, la période a connu des violences (grève de Douala 1955, répression de l’UPC, affrontements armés dans les régions du Sud‑Ouest). | Mentionner les épisodes de violence et expliquer que l’indépendance a résulté d’une combinaison de pressions politiques, de négociations et de répressions. | | Croire que le fédéralisme a duré jusqu’en 1982 | Le fédéralisme a été abrogé par référendum en 1972, donnant naissance à la République unie du Cameroun. | Préciser la date du référendum (20 mai 1972) et ses conséquences (suppression des États fédérés). | | Assimiler la politique d’Ahidjo à un simple « copier‑coller » du modèle soviétique | Ahidjo a adopté une planification inspirée du modèle français, pas du modèle soviétique ; il a conservé une économie de marché avec une forte intervention de l’État, pas une collectivisation totale. | Souligner l’influence française (plans quinquennaux à la française, coopération avec la France) et la présence d’un secteur privé encadré. | | Dire que l’UPC a disparu complètement après l’exécution d’Ernest Ouandié en 1975 | L’exécution d’Ernest Ouandié a eu lieu le 15 janvier 1971, pas en 1975 ; même après cette exécution, des sympathisants et des cellules clandestines ont persisté, et l’héritage de l’UPC a alimenté les mouvements d’opposition ultérieurs. | Noter que la répression a affaibli mais pas éradiqué l’idéologie de l’UPC, et que ses idées ont continué à circuler sous différentes formes. | | Penser que le Cameroun n’a jamais participé à des opérations de maintien de la paix de l’ONU | Le Cameroun a envoyé des contingents lors de la crise congolaise (1960‑1964) et a participé à d’autres missions de l’ONU tout au long de la période froide. | Citer l’engagement camerounais dans l’ONUC (Opération des Nations unies au Congo) comme exemple de participation active. |

Quiz du chapitre

8 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quel chapitre de la Charte des Nations Unies organise le régime de tutelle ?
  2. 2. En quelle année les accords de tutelle sur le Cameroun sont-ils approuvés par l'ONU ?
  3. 3. Le Cameroun sous tutelle française a-t-il le statut de Dom-Tom ?
  4. 4. Quelle loi accorde en 1956 une autonomie interne aux territoires français d'outre-mer et de tutelle ?
  5. 5. Comment est administré le Cameroun sous tutelle britannique ?
  6. 6. Quelle assemblée camerounaise française est créée en 1946 ?
  7. 7. Quand le Cameroun français obtient-il l'autonomie interne complète ?
  8. 8. Quel organe de l'ONU supervise l'application des accords de tutelle ?