Chapitre 8
DEGATS CAUSES PAR LES PRINCIPAUX ORDRES D’INSECTES
Lecture : 17 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :
- Identifier les principaux ordres d’insectes responsables de dégâts agricoles, de stockage et de santé publique au Cameroun.
- Décrire les différents types de dégâts (alimentation, ponte, galles, transmission de pathogènes) et leurs manifestations spécifiques.
- Proposer des mesures de prévention, de surveillance et de lutte intégrée adaptées aux contextes de champ, de chantier et de bureau.
- Appliquer les règles d’hygiène et de sécurité liées à l’utilisation des produits phytosanitaires et des fumigants.
**Prérequis** :
- Notions de classification entomologique (règne, embranchement, classe, ordre, famille, genre, espèce).
- Morphologie générale des insectes (tête, thorax, abdomen, pièces buccales).
- Bases de la biologie des végétaux (phénologie, besoins nutritifs).
- Notions de santé publique (vecteurs de maladies, hygiène des milieux).
## Introduction contextualisée
Au Cameroun, les pertes liées aux insectes représentent une part significative des rendements agricoles (jusqu’à 30 % pour certaines céréales) et provoquent des risques sanitaires majeurs (paludisme, dengue, trypanosomiase). Les dégâts affectent non seulement les cultures en champ (maïs, cacao, légumes, mangue) mais aussi les denrées stockées (riz, mil, niébé) et les structures en bois des habitations. Une bonne connaissance des ordres d’insectes nuisibles permet aux techniciens agricoles, aux agents de santé et aux responsables de stockage d’adopter des interventions ciblées, respectueuses de l’environnement et conformes aux normes nationales (MINADER, MINEPDED, ONACEB).
## I. Leçon 14 : différents dégâts (partie 1)
### A. Définition des dégâts d’insectes
> Un dégât d’insecte est toute altération observable d’un végétal, d’un produit stocké ou d’une structure résultant de l’activité alimentaire, de la ponte, de la gallogenèse ou de la transmission d’agents pathogènes par un insecte.
### B. Classification selon le mode d’action
1. **Dégâts d’alimentation** – consommation de tissus végétaux ou de matières organiques.
2. **Dégâts de ponte** – insertion d’œufs dans les tissus, provoquant des nécroses ou des déformations.
3. **Galles** – prolifération anormale de tissus végétaux induite par des sécrétions larvaires.
4. **Transmission de pathogènes** – rôle de vecteur (virus, bactéries, protozoaires).
### C. Ordres principaux et dégâts typiques
| Ordre | Exemples camerounais | Type de dégât principal | Observations professionnelles |
|-------|----------------------|--------------------------|------------------------------|
| Coleoptera | *Sitophilus oryzae* (charançon du riz), *Oryctes* spp. (scarabées du palmier) | Consommation de grains, perforation du bois | Résistance aux insecticides fréquente ; suivi par pièges à phéromones |
| Lepidoptera | *Spodoptera frugiperda* (légionnaire d’automne), *Helicoverpa armigera* | Défoliation, mines foliaires, dégâts aux épis | Seuil d’intervention : 5 larves/m² sur maïs |
| Hemiptera | *Aphis craccivora* (puceron du pois chiche), *Bemisia tabaci* (mouche blanche) | Succion de sève, transmission de virus | Nécessité de contrôle biologique (coccinelles, parasitoïdes) |
| Diptera | *Bactrocera dorsalis* (mouche des fruits), *Anopheles gambiae* (moustique) | Ponte dans fruits, larves mangeuses, transmission de paludisme | Utilisation de pièges à attractifs alimentaires et de moustiquaires imprégnées |
| Orthoptera | *Schistocerca gregaria* (criquet pèlerin), *Locusta migratoria* | Dévoration de feuilles, pertes de fourrage | Surveillance aérienne et traitement précoce essentiels |
| Hymenoptera | *Solenopsis invicta* (fourmi de feu), *Apis mellifera* (abeille) | Dégâts indirects (agression, perturbation des pollinisateurs) | Gestion des nids près des habitations ; respect des règles apicoles |
> Les seuils d’intervention varient selon l’ordre, le stade de développement du végétal et la valeur économique de la culture.
### D. Exemples concrets au Cameroun
- **Charançon du riz** (*Sitophilus oryzae*) dans les entrepôts de Garoua : pertes de 15‑20 % du stock après 3 mois sans traitement.
- **Légionnaire d’automne** (*Spodoptera frugiperda*) sur le maïs de l’Ouest : défoliation pouvant atteindre 40 % de la surface foliaire en période de pointe.
- **Puceron du pois chiche** (*Aphis craccivora*) dans la région du Centre : transmission du virus de la mosaïque du pois chiche, réduisant le rendement de grain de 25 %.
- **Mouche des fruits** (*Bactrocera dorsalis*) sur la mangue du Littoral : ponte entraînant la chute prématurée des fruits, pertes estimées à 10‑12 % de la récolte.
- **Criquet pèlerin** (*Schistocerca gregaria*) dans le Nord‑Ouest : essaims pouvant consommer jusqu’à 200 t de végétation par jour, nécessitant des interventions aériennes rapides.
### E. Méthodes d’observation et de recensement
- **Pièges à phéromones** : spécifiques pour les lépidoptères et certains coléoptères ; relevé hebdomadaire.
- **Filets de battage** : échantillonnage des insectes volants dans les cultures basses.
- **Examen visuel** : comptage des larves ou adultes sur un échantillon de 1 m² ou sur 10 plantes.
- **Seuils d’intervention** : définis par le MINADER (ex. : 5 % de feuilles endommagées pour le maïs).
### F. Normes d’hygiène et de sécurité
- Port d’EPI (gants nitrile, lunettes de protection, masque à cartouche lors de la manipulation de produits phytosanitaires).
- Respect des délais d’attente avant récolte (DAR) indiqués sur les étiquettes.
- Gestion des déchets : collecte des emballages vides, stockage dans des conteneurs étiquetés, évacuation vers les centres de collecte agréés.
- Formation annuelle du personnel sur les bonnes pratiques d’application et les procédures d’urgence.
### G. Tableau récapitulatif des dégâts par ordre (extrait)
| Ordre | Dégât typique | Exemple de perte | Méthode de contrôle principale |
|-------|----------------|------------------|--------------------------------|
| Coleoptera | Perforation de grains | 15 % de perte de riz stocké | Phosphine, hygiène des silos |
| Lepidoptera | Défoliation | 30 % de perte de rendement maïs | Bacillus thuringiensis, pièges à phéromones |
| Hemiptera | Succion + virus | 20 % de perte de pois chiche | Coccinelles, huiles minérales |
| Diptera | Ponte dans fruits | 10‑12 % de perte de mangue | Pièges à attractifs, traitement précoce |
| Orthoptera | Dévoration de feuilles | >50 % de perte de fourrage en essaim | Traitement aérien, barrières physiques |
| Hymenoptera | Perturbation pollinisation | Baisse de 5‑10 % du rendement fruité | Gestion des nids, ruches protégées |
### H. Exemple chiffré : perte de rendement due à la légionnaire d’automne
Un champ de maïs de 2 ha présente une densité moyenne de 5 larves / m². Chaque larve consomme 0,2 g de feuille / jour. Sur une période de 10 jours :
- Surface totale : 2 ha = 20 000 m².
- Nombre total de larves = 5 larves/m² × 20 000 m² = 100 000 larves.
- Consommation journalière = 100 000 × 0,2 g = 20 000 g = 20 kg de feuille.
- Consommation sur 10 jours = 20 kg × 10 = 200 kg de feuille.
En supposant que le poids moyen de feuille par plante est de 5 g et que la densité de plantes est de 50 000 plantes/ha (soit 100 000 plantes sur 2 ha), le poids total de feuille disponible est :
- 100 000 plantes × 5 g = 500 000 g = 500 kg.
La perte relative = (200 kg / 500 kg) × 100 ≈ 40 %.
> Ainsi, une infestation de 5 larves/m² pendant 10 jours peut entraîner une perte de rendement d’environ 40 % si aucune mesure de contrôle n’est appliquée.
## II. Leçon 15 : différents dégâts (partie 2)
### A. Dégâts indirects
> Un dégât indirect résulte de l’affaiblissement de la plante ou du produit, rendant ce dernier plus vulnérable aux stress abiotiques ou aux maladies secondaires.
- Réduction de la vigueur photosynthétique → moindre accumulation de réserves.
- Altération de la qualité des grains (taux d’humidité, teneur en protéines) → refus à la commercialisation.
- Augmentation de la susceptibility aux champignons pathogènes (ex. : aflatoxines sur maïs endommagé par des charançons).
### B. Dégâts aux denrées stockées (Insectes des Produits Entreposés – IPE)
Principaux groupes au Cameroun :
- **Coleoptera** : *Sitophilus* spp. (riz, maïs), *Tribolium castaneum* (farine), *Cryptolestes* spp. (graines oléagineuses), *Lasioderma serricorne* (tabac).
- **Lepidoptera** : *Ephestia kuehniella* (farine), *Plodia interpunctella* (fruits secs).
- **Diptères** : aucun groupe majeur signalé parmi les IPE au Cameroun.
Mécanismes de dégradation :
1. Consommation directe du nutriment (amidon, protéines, lipides).
2. Production de chaleur et d’humidité favorisant le développement de moisissures.
3. Contamination par des fragments d’exosquelette et des excréments → altération du goût et risque sanitaire.
### C. Dégâts aux structures : termites (Isoptera)
> Les termites souterraines (*Macrotermes* spp., *Odontotermes* spp.) dégradent la cellulose du bois, provoquant des affaissements de planchers, des poutres et des poteaux.
- Normes camerounaises : DTU 31.2 (protection du bois contre les termites), arrêté ministériel n° 2015/012/MINHDU relatif au traitement préventif des bois de construction.
- Méthodes de prévention : traitement du bois par impregnation à base de pyréthrinoïdes, création de barrières physiques (graviers, feuilles de polyéthylène), contrôle de l’humidité du sol (< 15 %).
### D. Dégâts aux animaux et humains (vecteurs)
| Vecteur | Maladie transmise | Zone d’endémie au Cameroun | Mesure de prévention principale |
|---------|-------------------|----------------------------|---------------------------------|
| *Anopheles* spp. | Paludisme | Tout le territoire, surtout Sud‑Est | Moustiquaires imprégnées, pulvérisation intra‑domiciliaire |
| *Aedes aegypti* | Dengue, Chikungunya, Zika | Urbain (Douala, Yaoundé) | Élimination des gîtes larvaires, fumigation ciblée |
| *Glossina* spp. (tsé-tsé) | Trypanosomiase humaine africaine | Nord, Nord‑Ouest | Pièges à attractifs, traitement du bétail |
| *Culex* spp. | Filariose lymphatique | Zones humides côtières | Lutte anti‑larvaire, drainage des eaux stagnantes |
| *Pediculus humanus* (poux) | Pédiculose | Écoles, milieux surpeuplés | Shampoings pédiculicides, lavage des vêtements à 60 °C |
### E. Méthodes de lutte intégrée (LLI)
1. **Surveillance** : pièges à phéromones, pièges lumineux, comptages visuels, seuils économiques.
2. **Méthodes culturales** : rotation des cultures, variétés résistantes, dates de semis décalées, gestion des résidus de culture.
3. **Contrôle biologique** : lâchers de trichogrammes (contre les lépidoptères), utilisation de prédateurs naturels (coccinelles, chrysopes), entomopathogènes (*Bacillus thuringiensis*, *Beauveria bassiana*).
4. **Contrôle chimique raisonné** : application ciblée selon les seuils, rotation des familles chimiques pour éviter la résistance, respect des doses homologuées.
5. **Méthodes physiques** : filets d’exclusion, pièges à lumière UV, traitement thermique des grains (chauffage à 55 °C pendant 20 min).
### F. Exemple de procédure de traitement d’un stock de maïs infesté par le charançon du riz
> Étape 1 : Nettoyage du silo – retrait des résidus, balayage, aspiration des poussières.
> Étape 2 : Aération – débit d’air de 0,5 m³/min/m³ pendant 24 h pour homogénéiser la température et l’humidité.
> Étape 3 : Application de phosphine – comprimés de phosphure d’aluminium (0,3 g / m³) disposés sur des plateaux en hauteur.
> Étape 4 : Temps d’exposition – 4 jours à une température ≥ 20 °C (la phosphine est moins efficace en dessous de 15 °C).
> Étape 5 : Dégaçage – ventilation forcée pendant 24 h afin de réduire la concentration résiduelle en phosphine à < 0,01 ppm (seuil de sécurité).
> Étape 6 : Contrôle – prélèvement d’échantillons de grain, analyse de la présence d’insectes vivants ou morts, vérification de l’absence de résidus phosphinés (méthode colorimétrique).
> Étape 7 : Réensilage – remise en stockage après certification de conformité.
### G. Normes de sécurité liées à la phosphine
- Port d’un appareil de protection respiratoire à filtre spécifique (cartouche pour phosphine).
- Surveillance de la concentration ambiante avec un détecteur de phosphine (alarme à 0,3 ppm).
- Interdiction d’accès au silo pendant la période d’exposition et le dégazage.
- Formation du personnel sur les procédures d’évacuation et les premiers secours en cas d’exposition (ventilation, oxygénothérapie).
### H. Tableau récapitulatif des mesures de prévention par type de dégât
| Type de dégât | Mesure préventive principale | Exemple d’application au Cameroun |
|---------------|------------------------------|-----------------------------------|
| Défoliation (Lepidoptera) | Surveillance des seuils + lâchers de trichogrammes | Champ de maïs de l’Ouest, lâcher hebdomadaire |
| Consommation de grains (Coleoptera) | Hygiène des silos + traitement à la phosphine | Entrepôt de Ngaoundéré, traitement trimestriel |
| Transmission de virus (Hemiptera) | Utilisation de variétés résistantes + contrôle des vecteurs | Région du Centre, pois chiche résistant au virus |
| Ponte dans fruits (Diptère) | Pièges à attractifs + récolte précoce | Plantation de mangue du Littoral, pièges à méthyl eugénol |
| Dégradation du bois (Isoptera) | Traitement du bois + barrière physique | Construction de maisons à Bamenda, bois traité au borate |
| Vecteurs de maladies (Diptera) | Moustiquaires imprégnées + élimination des gîtes | Quartiers de Yaoundé, distribution de MILD |
### I. Exemple chiffré : dose de phosphine nécessaire pour un silo de 100 m³
- Concentration recommandée : 0,3 g / m³.
- Volume : 100 m³.
- Masse totale de phosphine = 0,3 g × 100 = 30 g de phosphure d’aluminium (chaque comprimé libère environ 1 g de phosphine, donc 30 comprimés).
- Temps d’exposition : 4 jours à ≥ 20 °C.
- Après traitement, dégazage : débit d’air de 1 m³/min → temps nécessaire pour réduire la concentration à < 0,01 ppm ≈ (Volume × ln(Ci/Cf))/Débit ≈ (100 × ln(0,3/0,00001))/1 ≈ 100 × 10,3 ≈ 1030 min ≈ 17 h.
> Ainsi, pour un silo de 100 m³, 30 g de phosphure d’aluminium assurent une concentration efficace pendant 4 jours, suivis d’un dégazage d’environ 17 h avec une ventilation de 1 m³/min.
## III. Synthèse du chapitre
- Les dégâts d’insectes se classent selon le mode d’action : alimentation, ponte, galles, transmission de pathogènes.
- Les ordres les plus nuisibles au Cameroun sont Coleoptera, Lepidoptera, Hemiptera, Diptera, Orthoptera et Hymenoptera (incluant les termites comme Isoptera).
- Chaque ordre présente des symptômes spécifiques (perforation de grains, défoliation, succion de sève, ponte dans fruits, dévoration de feuilles, dégradation du bois).
- La surveillance (pièges à phéromones, filets de battage, seuils d’intervention) est la première étape de la lutte intégrée.
- Les méthodes de lutte comprennent le contrôle culturel, biologique, chimique raisonné et physique, avec une préférence pour les approches qui limitent l’impact environnemental.
- Les normes d’hygiène et de sécurité (EPI, délais d’attente, formation, gestion des déchets) sont obligatoires lors de l’utilisation de produits phytosanitaires ou de fumigants comme la phosphine.
- Des exemples concrets (charançon du riz, légionnaire d’automne, puceron du pois chiche, mouche des fruits, criquet pèlerin, termites, vecteurs de paludisme/dengue) illustrent l’application des connaissances dans des situations professionnelles camerounaises.
## IV. Glossaire
- **Charançon** : insecte coléoptère du genre *Sitophilus* qui perce les grains céréaliers.
- **Légionnaire d’automne** (*Spodoptera frugiperda*) : lépidoptère ravageur du maïs et d’autres cultures, caractérisé par des larves voraces.
- **Puceron** : insecte hémiptère qui suce la sève des plantes et peut transmettre des virus.
- **Mouche des fruits** (*Bactrocera dorsalis*) : diptère dont les larves se développent dans la chair des fruits mûrs, provoquant leur chute.
- **Criquet pèlerin** (*Schistocerca gregaria*) : orthoptère migrant pouvant former des essaims dévastateurs pour la végétation.
- **Termite** : insecte isoptère qui se nourrit de cellulose du bois, provoquant des dommages structuraux.
- **Phosphine** : gaz toxique (PH₃) utilisé comme fumigant pour lutter contre les insectes des produits entreposés.
- **Seuil d’intervention** : niveau de densité d’insectes ou de dégâts au-delà duquel une mesure de contrôle est économiquement justifiée.
- **Lutte intégrée (LLI)** : approche combinant surveillance, méthodes culturales, biologiques, chimiques et physiques pour gérer les populations de ravageurs de façon durable.
- **Délai d’attente avant récolte (DAR)** : période minimale à respecter entre l’application d’un produit phytosanitaire et la récolte, afin d’assurer la sécurité des consommateurs.
- **Piège à phéromones** : dispositif qui attire les insectes mâles grâce à une substance chimique imitant leurs hormones sexuelles.
- **Barrière physique** : dispositif (graviers, feuilles de polyéthylène) empêchant l’accès des termites ou d’autres ravageurs aux structures.
- **Entomopathogène** : microorganisme (bactérie, champignon, virus) pouvant infecter et tuer des insectes, utilisé en lutte biologique.
- **Gîte larvaire** : lieu où les larves d’un insecte (ex. : moustique) se développent (eau stagnante, récipients).
## V. Exercices d'application corrigés
### Exercice 1 – Surveillance d’un champ de maïs
**Situation** : Un technicien agricole observe un champ de maïs de 1,5 ha situé dans la région de l’Ouest. Après un comptage sur 10 m², il relève 8 larves de *Spodoptera frugiperda*. Le seuil d’intervention recommandé pour ce ravageur est de 5 larves/m².
**Questions** :
1. Calculer la densité moyenne de larves (larves/m²) sur l’ensemble du champ.
2. Déterminer si un traitement est nécessaire selon le seuil.
3. Proposer une mesure de lutte biologique adaptée et justifier son choix.
**Corrigé** :
1. Surface observée = 10 m². Nombre total de larves observées = 8. Densité = 8 larves / 10 m² = 0,8 larve/m².
2. Puisque 0,8 larve/m² < 5 larves/m² (seuil), aucun traitement chimique n’est justifié à ce stade.
3. Mesure de lutte biologique : lâcher de *Trichogramma* spp. (guêpes parasitoïdes) à raison de 50 000 individus/ha chaque semaine pendant la ponte des papillons. Ces guêpes parasitent les œufs de la légionnaire, réduisant ainsi la population de larves sans impact sur les auxiliaires. Cette approche respecte les principes de la lutte intégrée et limite les résidus chimiques.
### Exercice 2 – Traitement d’un stock de riz infesté par le charançon
**Situation** : Un entrepôt de stockage de riz à Garoua contient 80 m³ de grain. Une inspection révèle la présence de *Sitophilus oryzae* à un stade larvaire. Le responsable décide d’appliquer un traitement à la phosphine.
**Questions** :
1. Calculer la quantité de phosphure d’aluminium (en grammes) nécessaire pour atteindre une concentration de 0,3 g/m³.
2. Indiquer le temps d’exposition minimal recommandé si la température moyenne du silo est de 22 °C.
3. Décrire deux précautions de sécurité à respecter lors de la manipulation de la phosphine.
**Corrigé** :
1. Masse de phosphine = 0,3 g/m³ × 80 m³ = 24 g. Comme chaque comprimé de phosphure d’aluminium libère environ 1 g de phosphine, il faut 24 comprimés, soit 24 g de phosphure d’aluminium.
2. À une température ≥ 20 °C, le temps d’exposition minimal est de 4 jours (96 h).
3. Précautions de sécurité :
- Porter un appareil de protection respiratoire équipé d’une cartouche spécifique pour la phosphine et vérifier son bon fonctionnement avant l’entrée dans le silo.
- Interdire l’accès au silo pendant toute la période d’exposition et le dégazage ; surveiller la concentration ambiante avec un détecteur de phosphine et ne permettre la réentrée que lorsque la lecture est inférieure à 0,01 ppm.
## VI. Erreurs fréquentes et règles de sécurité
| Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique |
|------------------|-------------|--------------------------------------|
| **Sous‑estimation des seuils d’intervention** (ex. : attendre que les dégâts soient visibles avant d’agir) | Perte de rendement importante, nécessité de traitements plus lourds et plus coûteux | Réaliser des comptages réguliers (au moins hebdomadaires) et intervenir dès que le seuil est atteint, même si les symptômes sont encore faibles. |
| **Mauvaise identification de l’insecte** (confondre un ravageur avec un auxiliaire) | Application inutile d’insecticide, élimination des ennemis naturels, risque de résistance | Utiliser des clés de détermination ou des applications mobiles d’identification ; confirmer l’espèce avant tout traitement. |
| **Non‑respect du délai d’attente avant récolte (DAR)** | Résidus chimiques dans les produits, rejet à la commercialisation, risque pour la santé des consommateurs | Consigner la date d’application sur le registre de traitement et vérifier le DAR indiqué sur l’étiquette avant toute récolte. |
| **Manipulation de fumigants sans protection respiratoire adéquate** | Exposition à la phosphine → maux de tête, nausées, voire intoxication grave | Porter systématiquement un appareil de filtration adapté (cartouche pour phosphine) et réaliser un test d’étanchéité avant chaque utilisation. |
| **Stockage des produits phytosanitaires près des denrées alimentaires** | Contamination croisée, risque d’ingestion accidentelle | Conserver les produits dans un local dédié, verrouillé, éloigné des zones de stockage alimentaire et des espaces de vie. |
| **Négligence de l’aération après traitement à la phosphine** | Concentration résiduelle dangereuse pour les travailleurs lors du déchargement | Après le temps d’exposition, effectuer un dégazage avec ventilation forcée pendant au moins 24 h ou jusqu’à ce que la mesure de phosphine soit < 0,01 ppm, puis vérifier avant toute entrée. |
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