Chapitre 9
Environnement et citoyennété
Lecture : 25 minQuiz de 12 questions
# Environnement et citoyennété
## Objectifs et prérequis
Ce chapitre vise à développer chez l’élève de Terminale une compréhension approfondie des liens entre l’environnement naturel, les pratiques culturelles et la citoyenneté à travers l’étude de trois paysages ruraux camerounais distincts : le Soudano-sahélien, le Sawa et le Grassfield. L’élève apprendra à représenter et à colorier ces paysages en respectant leurs caractéristiques géographiques, écologiques et socioculturelles spécifiques, tout en analysant leur rôle dans la construction de l’identité locale et la responsabilité environnementale. Il devra mobiliser des notions de géographie physique (climat, relief, hydrographie), de géographie humaine (modes de vie, agriculture, habitat) et d’éducation à la citoyenneté (gestion durable des ressources, préservation du patrimoine, participation communautaire).
Prérequis : maîtrise des bases du dessin d’observation (perspective simple, échelle, proportion), connaissance des éléments du paysage (premier plan, arrière-plan, ligne d’horizon), notions de climatologie de base (zones climatiques du Cameroun), familiarité avec les principaux groupes ethniques et leurs territoires (Peulhs, Mousgoum, Bamileke, Bassa, etc.), et capacité à utiliser des codes de couleur liés à la végétation et aux sols (vert pour la végétation dense, ocre pour les sols arides, bleu pour l’eau).
## Introduction
L’environnement n’est pas un simple décor : il façonne les modes de vie, les croyances, les économies et les identités collectives. Au Cameroun, la diversité des paysages ruraux reflète une adaptation millénaire des populations à des conditions écologiques variées, du désert sahélien aux forêts équatoriales en passant par les hautes terres volcaniques. Chaque paysage raconte une histoire de résilience, d’ingéniosité et de relation particulière à la terre. En étudiant et en représentant ces trois paysages majeurs — Soudano-sahélien, Sawa et Grassfield — l’élève ne se contente pas de copier des formes : il apprend à lire le territoire comme un texte vivant, où chaque arbre, chaque cours d’eau, chaque type de toit ou de clôture témoigne d’un choix culturel, d’une contrainte écologique ou d’une pratique de citoyenneté environnementale. Ce chapitre allie donc pratique artistique et réflexion citoyenne : représenter, c’est comprendre ; colorier, c’est respecter ; dessiner, c’est s’engager.
## I. Représentation et coloriage d’un paysage rural : Paysage Soudano-sahélien
### Contexte géographique et écologique
Le paysage Soudano-sahélien couvre la région septentrionale du Cameroun, principalement les régions de l’Extrême-Nord et du Nord. Il s’étend au sud du désert du Sahara, caractérisé par un climat tropical sec avec une saison des pluies courte (juin à septembre) et une longue saison sèche (octobre à mai). Les précipitations annuelles varient entre 400 et 800 mm. Le relief est généralement plat à légèrement ondulé, dominé par des sols latéritiques pauvres en nutriments, sujets à l’érosion hydrique et éolienne. L’hydrographie est marquée par des rivières saisonnières (comme le Logone et le Chari) et des mares temporaires. La végétation est de type savane arborée : acacias (notamment *Acacia seyal* et *Acacia tortilis*), balanites, karité (*Vitellaria paradoxa*), et herbes hautes pendant la saison des pluies. Pendant la saison sèche, le paysage prend des tons ocre, jaune pâle et gris, avec des arbres dénudés ou partiellement feuillus.
### Définitions clés
> **Paysage Soudano-sahélien** : Zone géographique située entre le désert saharien et les forêts soudano-guinéennes, caractérisée par un climat tropical sec, une végétation de savane arborée et une adaptation humaine centrée sur l’élevage extensif et la culture de céréales résistantes à la sécheresse.
> **Savane arborée** : Formation végétale où des arbres épars (souvent résistants à la sécheresse) coexistent avec une couche herbacée continue, typique des zones à pluviométrie saisonnière faible à modérée.
> **Élevage extensif** : Système d’élevage où les animaux pâturent sur de vastes espaces naturels sans apport significatif de fourrage cultivé, adapté aux faibles productivités des sols sahéliens.
> **Gestion communautaire des ressources naturelles** : Principe selon lequel les communautés locales régulent l’accès à l’eau, aux pâturages et au bois de feu à travers des règles coutumières reconnues et appliquées par des autorités traditionnelles (chefs de village, conseils d’anciens).
> **Désertification** : Processus de dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, résultant de facteurs climatiques et d’activités humaines (surexploitation, surpâturage, déforestation).
> **Résilience écologique** : Capacité d’un écosystème à absorber des perturbations tout en maintenant ses fonctions et sa structure de base.
### Faits, dates et noms exacts
- La région de l’Extrême-Nord du Cameroun compte plus de 2,3 millions d’habitants (Recensement général de la population et de l’habitat 2005, BUCREP), principalement composés de groupes Peulhs (Mbororo, Foulbé), Mousgoum, Massa, Tupuri et Fali.
- Le Parc national de Waza, créé en 1934 et classé réserve de biosphère par l’UNESCO en 1979, est une aire protégée emblématique du Soudano-sahélien camerounais, couvrant 170 000 ha et abritant des espèces menacées comme le lion d’Afrique de l’Ouest, l’éléphant de savane et l’antilope korrigum.
- La culture du sorgho et du mil est dominante dans cette zone, représentant plus de 70 % de la production céréalière régionale (MINADER, 2018).
- Le phénomène de « zai » (technique de récupération des sols dégradés par des poquets remplis de fumier) est pratiqué depuis les années 1980 dans certaines zones du Nord-Cameroun, inspiré des innovations burkinabées.
- Le conflit entre éleveurs et agriculteurs, exacerbé par la pression sur les ressources en eau et en pâturages durant les saisons sèches, a été documenté par des études de l’IRAD et du PNUD depuis les années 1990.
### Causes et conséquences
**Causes de la vulnérabilité environnementale** :
- Variabilité climatique accrue (sécheresses plus fréquentes et intenses liées au changement climatique mondial).
- Pression démographique et animale sur des terres marginales (surpâturage, défrichement pour l’agriculture de subsistance).
- Accès limité aux technologies d’irrigation et de conservation des sols.
- Fragilité des institutions coutumières face à l’État moderne et aux conflits fonciers.
**Conséquences** :
- Dégradation des sols (érosion, perte de fertilité, formation de croûtes battantes).
- Réduction de la productivité agricole et pastorale, aggravant l’insécurité alimentaire.
- Migration saisonnière ou définitive des jeunes vers les villes (Maroua, Garoua, Yaoundé) ou les pays voisins (Nigeria, Tchad).
- Perte de biodiversité (disparition de certaines espèces d’arbres et d’oiseaux liés aux zones humides saisonnières).
- Conflits intercommunautaires autour des points d’eau et des corridors de transhumance.
### Exemples concrets
- Dans le département du Mayo-Tsanaga (Extrême-Nord), les communautés Mousgoum construisent des cases en banco en forme de coquillage (« cases tokoy »), adaptées à la chaleur et aux vents de poussière, avec des toits en chaume de mil qui permettent une bonne isolation thermique.
- Le long du fleuve Logone, les pêcheurs Massa utilisent des nasses en roseau et pratiquent la pêche de saison, en respectant les périodes de repos biologique décidées par les conseils de village.
- Dans la région du Nord, près de Garoua, des projets de reboisement communautaire avec des espèces comme le néem (*Azadirachta indica*) et le karité ont été lancés par des ONG locales (comme AJVC) pour lutter contre la désertification et fournir des produits non ligneux (huile de karité, médicaments).
- Le marché hebdomadaire de Mokolo est un lieu d’échange où les éleveurs Peulhs troquent du bétail contre du mil, du sel et des tissus, illustrant une économie de subsistance basée sur la réciprocité et la confiance.
### Vocabulaire à retenir
- Soudano-sahélien
- Savane arborée
- Saison des pluies / saison sèche
- Latérite
- Transhumance
- Zai
- Banco
- Résilience
- Désertification
- Gestion communautaire
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : À l’aide de documents (photographie aérienne du paysage de Waza, extrait d’un récit de voyage de Heinrich Barth au XIXe siècle, schéma des saisons climatiques du Nord-Cameroun), représentez et colorez un paysage rural Soudano-sahélien typique en mettant en évidence les éléments qui témoignent de l’adaptation des populations aux contraintes climatiques et de leur rôle dans la préservation de l’environnement. Justifiez vos choix artistiques en lien avec la notion de citoyenneté environnementale.
**Plan proposé** :
I. Description du paysage observé (relief, végétation, hydrographie, habitat humain)
II. Analyse des adaptations humaines : habitat (cases en banco), agriculture (cultures de mil et sorgho sur buttes), élevage (transhumance contrôlée), gestion de l’eau (mares communautaires, puits traditionnels)
III. Interprétation des couleurs choisies : ocre pour les sols latéritiques, vert pâle pour l’herbe sèche, bleu pâle pour l’eau saisonnière, blanc cassé pour les cases en banco, noir pour les troncs d’acacia
IV. Lien avec la citoyenneté : représentation du respect des saisons, de la partage de l’eau, de la protection des arbres utiles (karité, néem), et de la transmission intergénérationnelle des savoirs écologiques
## II. Représentation et coloriage d'un paysage rural : Paysage Sawa
### Contexte géographique et écologique
Le paysage Sawa se situe dans les régions côtières et méridionales du Cameroun, principalement dans les régions du Littoral, du Sud-Ouest et partiellement du Centre et de l’Est. Il correspond à la zone de forêt dense humide à pluviométrie élevée, avec des précipitations annuelles dépassant souvent 2 000 mm, réparties sur une longue saison des pluies (mars à novembre) et une courte saison sèche (décembre à février). Le relief est varié : plaines côtières basses (delta du Wouri, estuaire du Sanaga), plateaux légèrement ondulés et collines de faible altitude (moins de 500 m). Les sols sont principalement des ferralsols, profonds mais souvent lessivés, acides et pauvres en nutriments assimilables malgré leur apparence fertile. L’hydrographie est abondante : fleuves majeurs (Sanaga, Wouri, Nyong), lagunes, marais et nombreuses rivières secondaires. La végétation est une forêt dense humide à étages : strate supérieure (arbres de 30 à 50 m comme l’iroko, le moabi, l’azobé), strate intermédiaire (palmiers, dracaenas), strate inférieure (herbes, fougères, lianes). La biodiversité est exceptionnelle, avec de nombreuses espèces endémiques. Les populations Sawa (du mot « sawa » signifiant « côte » ou « rivière » en langues bantoues locales) comprennent les Bassa, les Bakoko, les Bamiléké occidentaux (dans certaines zones de transition), les Ewondo, les Beti et des groupes côtiers comme les Duala et les Bakweri.
### Définitions clés
> **Paysage Sawa** : Zone géographique du sud et du littoral camerounais caractérisée par un climat équatorial monsoonien, une forêt dense humide, une hydrographie abondante et des sociétés traditionnellement orientées vers la pêche, l’agriculture sur brûlis et l’exploitation forestière artisanale.
> **Forêt dense humide** : Écosystème forestier caractérisé par une couverture végétale continue, une forte stratification verticale, une forte biodiversité et des sols peu fertiles malgré l’apparence luxuriante de la végétation.
> **Agriculture sur brûlis** : Technique culturale où la végétation est coupée et brûlée pour libérer des nutriments, permettant une culture de courte durée (manioc, igname, maïs) avant que le sol ne s’épuise et ne soit laissé en jachère.
> **Gestion sacrée des espaces naturels** : Pratique selon laquelle certains espaces (forêts, rivières, rochers) sont considérés comme habités par des esprits ancestraux ou des divinités, rendant leur exploitation soumise à des rites et des interdits (totems, tabous).
> **Érosion côtière** : Processus d’enlèvement des sols et des roches par l’action des vagues, des courants marins et de la montée du niveau de la mer, exacerbé par l’extraction de sable et la destruction des mangroves.
> **Mangrove** : Écosystème côtier constitué d’arbres et de arbustes halophytes poussant dans les zones intertidales salées, jouant un rôle crucial dans la protection des côtes, la nurserie des poissons et la séquestration du carbone.
### Faits, dates et noms exacts
- La région du Littoral compte plus de 3,5 millions d’habitants (RGPH 2005), avec une forte concentration urbaine autour de Douala (plus de 2,7 millions dans l’agglomération).
- Le fleuve Sanaga, longest fleuve entièrement camerounais (920 km), prend sa source dans les hauteurs de l’Adamaoua et se jette dans l’Atlantique près de Édéa, soutenant une importante pêche artisanale et des activités agricoles irriguées.
- Le parc national de Korup, créé en 1986 dans le Sud-Ouest, est l’une des plus anciennes et des plus riches forêts humides d’Afrique, couvrant 1 260 km² et abritant plus de 600 espèces d’arbres, des chimpanzés, des drills et des oiseaux rares comme le picatharte à gorge blanche.
- La technique du brûlis tournant est pratiquée depuis des siècles par les peuples Sawa, avec des cycles de jachère pouvant atteindre 10 à 15 ans pour permettre la reconstitution du sol et de la végétation secondaire.
- Les communautés Duala ont historiquement géré l’accès aux bancs de pêche du Wouri à travers des sociétés secrètes comme le « Ngondo », qui réglementait les périodes de pêche et honorait les esprits de l’eau.
- La mangrove du Wouri est l’une des plus importantes d’Afrique centrale, mais a perdu plus de 30 % de sa surface depuis les années 1980 en raison de l’urbanisation, de la pollution industrielle et de l’exploitation du bois de feu.
### Causes et conséquences
**Causes de la pression environnementale** :
- Urbanisation rapide et non planifiée (Douala, Kribi, Limbe) entraînant la destruction des habitats naturels (forêts, marais, mangroves).
- Agriculture de subsistance intensive sur brûlis, réduisant la durée de jachère en raison de la pression démographique.
- Exploitation forestière illégale et non réglementée (bois précieux : iroko, azobé, moabi) pour l’exportation ou la construction urbaine.
- Pollution des cours d’eau par les déchets plastiques, les hydrocarbures (raffinerie de Sonara) et les effluents urbains non traités.
- Extraction de sable côtier pour la construction, aggravant l’érosion et la submersion marine.
**Conséquences** :
- Perte de biodiversité (disparition d’espèces végétales et animales liées aux forêts primaires et aux zones humides).
- Dégradation de la qualité de l’eau, augmentant les risques de maladies hydriques (choléra, typhoïde).
- Augmentation de la vulnérabilité aux inondations côtières et aux marées de tempête.
- Appauvrissement des sols agricoles, conduisant à une baisse des rendements et à l’extension de la culture sur de nouveaux territoires forestiers.
- Perte de savoirs traditionnels liés à la gestion sacrée des ressources (ex. interdits de pêche pendant certaines périodes lunaires).
- Conflits entre pêcheurs artisanaux et chalutiers industriels dans les zones côtières.
### Exemples concrets
- Dans les villages riverains du Sanaga (comme Édéa ou Eseka), les pêcheurs Bassa utilisent des pirogues creusées dans un seul tronc d’iroko et des filets en coton traité à l’écorce de certains arbres pour résister à la pourriture. Ils observent des périodes de repos biologique déclarés par les chefs de terre, souvent liés aux cycles lunaires.
- À Limbe, les communautés Bakweri entretiennent des jardins agroforestiers où le manioc, le macabo et le safou sont cultivés sous le couvert d’arbres fruitiers comme le mangier ou le safoutier, réduisant l’érosion et améliorant la fertilité.
- Dans le Moungo (Littoral), des groupements de femmes transforment l’huile de palme en savon et en condiments (« ndolé », « eru ») en utilisant des méthodes traditionnelles qui minimisent le gaspillage et valorisent les sous-produits (coques, fibres).
- Le marché de poissons de Bonaberi (Douala) est un lieu où la fraîcheur du poisson est garantie par une chaîne de confiance entre pêcheurs, transporteurs et vendeuses, reflétant une éthique du travail basée sur l’honnêteté et le respect du consommateur.
- Des projets de reboisement de mangrove avec l’espèce *Rhizophora racemosa* ont été lancés par des ONG comme CAMWATER et le WWF dans l’estuaire du Wouri, impliquant les écoles locales dans la plantation et le suivi.
### Vocabulaire à retenir
- Sawa
- Forêt dense humide
- Saison des pluies équatoriale
- Brûlis
- Jachère
- Mangrove
- Forêt sacrée
- Érosion côtière
- Pirogue
- Agroforesterie
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : À partir d’un extrait du récit de voyage de Mary Kingsley au Cameroun (1895), d’une photographie aérienne du delta du Wouri et d’un schéma du cycle du brûlis tournant, représentez et colorez un paysage rural Sawa typique en montrant comment les pratiques agricoles, de pêche et de gestion des espaces naturels reflètent une forme de citoyenneté environnementale ancrée dans le respect des cycles naturels et des croyances traditionnelles. Justifiez vos choix de composition et de couleur.
**Plan proposé** :
I. Observation du paysage : relief côtier, végétation forestière, présence d’eau (fleuve, lagune, mangrove), habitat (cases en bois et en banco, toits en chaume de palmier)
II. Analyse des activités humaines : agriculture sur brûlis (champ en jachère, champ en culture, forêt en régénération), pêche (pirogues, filets, séchoirs à poisson), exploitation forestière (arbres abattus, arbres debout, zones protégées)
III. Choix chromatiques : vert foncé pour la forêt primaire, vert clair pour la jachère et la régénération, brun rouge pour les sols lessivés, bleu-vert pour l’eau saumâtre, ocre pour les cases en banco, blanc pour l’écume des vagues
IV. Interprétation citoyenne : représentation du respect des périodes de jachère, de la protection des arbres sacrés (ex. fromager), de la limitation de la prise de poisson pendant les périodes de reproduction, et de la transmission orale des règles de gestion des ressources
## III. Représentation et coloriage d’un paysage rural : Paysage Grassfield
### Contexte géographique et écologique
Le paysage Grassfield occupe les hautes terres de l’Ouest du Cameroun, principalement les régions de l’Ouest et du Nord-Ouest. Il s’agit d’un plateau volcanique situé entre 1 000 et 2 500 mètres d’altitude, caractérisé par un climat tempéré tropical avec des températures moyennes annuelles variant entre 18°C et 22°C, et des précipitations abondantes (1 500 à 2 500 mm/an), réparties sur une longue saison des pluies (mars à novembre) et une courte saison sèche (décembre à février). Le relief est marqué par des collines arrondies, des vallées en U glaciaires ( héritées du Pléistocène), des cratères volcaniques remplis de lacs (comme le lac Baleng ou le lac Awing) et des pentes parfois abruptes. Les sols sont principalement des andosols, riches en matière organique, profonds et bien drainés, issus de l’altération des roches volcaniques (basaltes, trachytes). Ils sont naturellement fertiles mais sensibles à l’érosion en cas de déforestation ou de culture en pente sans aménagements. L’hydrographie est dense : nombreux ruisseaux, cascades et lacs d’origine volcanique ou tectonique. La végétation naturelle est une forêt de montagne dégradée en grande partie par l’activité humaine, remplacée aujourd’hui par une mosaïque de prairies naturelles (« grassfields »), de cultures en terrasses, de haies vives et de bois sacrés. Les cultures dominantes sont le café arabica, le thé, le maïs, le haricot, la pomme de terre et le bananier plantain. Les populations Grassfield (du mot anglais « grass field » signifiant « champ d’herbe ») sont principalement des groupes bantoues des hautes terres : les Bamileke (ouest), les Tikar (nord-ouest), les Bamoun (ouest) et certains groupes Beti installés en altitude. Leur organisation sociale est fortement structurée autour des chefferies traditionnelles, des sociétés secrètes et des cultes ancestraux.
### Définitions clés
> **Paysage Grassfield** : Zone géographique des hautes terres occidentales du Cameroun caractérisée par un climat tempéré, des sols volcaniques fertiles, une topographie accidentée et un paysage culturel dominé par l’agriculture intensive en terrasses, l’élevage bovin et la préservation de bois sacrés liés aux chefferies traditionnelles.
> **Andosol** : Type de sol issu de l’altération de matériaux volcaniques récents, caractérisé par une haute teneur en matière organique, une bonne capacité de rétention d’eau et une forte fertilité naturelle, mais vulnérable à l’érosion en pente.
> **Agriculture en terrasses** : Technique culturale consistant à aménager des plates-formes horizontales sur des pentes pour réduire le ruissellement, retenir les sols et permettre une cultivation durable en montagne.
> **Bois sacré** : Espace forestier préservé en raison de sa signification spirituelle ou historique (lieu de culte ancestral, sépulture de chefs, lieu d’initiation), souvent entouré de règles d’interdiction strictes de coupe ou de perturbation.
> **Érosion en pente** : Processus d’enlèvement des sols par l’eau de pluie sur des surfaces inclinées, exacerbé par l’absence de couverture végétale ou de travaux antiérosifs.
> **Haie vive** : Barrière végétale composée d’arbres ou d’arbustes vivants plantés en ligne pour délimiter des parcelles, protéger les cultures du vent et du bétail, et améliorer la biodiversité locale.
### Faits, dates et noms exacts
- La région de l’Ouest compte plus de 1,8 million d’habitants (RGPH 2005), avec une densité de population parmi les plus élevées du Cameroun (jusqu’à 500 hab/km² dans certains arrondissements comme Bafoussam ou Mbouda).
- Le royaume Bamoun, avec sa capitale à Foumban, a été fondé au XIVᵉ siècle par le roi Nshare et est connu pour son système politique centralisé, son art raffiné (masques, trône en ivoire, tissus brodés) et son écriture historique (le « shu mom »).
- Les chefferies Bamileke sont organisées en plusieurs fonderies indépendantes (comme celles de Bafoussam, Dschang, Bangangté) datant pour certaines de plusieurs siècles, chacune avec son palais, son conseil de notables et ses cultes aux ancêtres.
- La culture du café arabica a été introduite dans les Grassfields par les missionnaires allemands vers 1905 et est devenue une culture de rente majeure, particulièrement dans les arrondissements de Dschang et de Babadjou.
- Le lac Baleng, situé près de Bafoussam, est un lac de cratère d’origine volcanique, utilisé traditionnellement pour la pêche rituelle et aujourd’hui pour l’aquaculture et le tourisme.
- Les haies vives d’eucalyptus ou de leucæna sont largement utilisées depuis les années 1970 pour lutter contre l’érosion des pentes cultivées, particulièrement dans les zones de culture du maïs et du pomme de terre.
- Le bois sacré de la chefferie de Bandjoun (appelé « tsap ») est un exemple célèbre de forêt préservée où seuls les initiés peuvent entrer, abritant des arbres centenaires et des objets cultuels.
### Causes et conséquences
**Causes de la pression environnementale** :
- Intensification de l’agriculture en raison de la forte densité de population et de la demande urbaine en vivres (maïs, pomme de terre, légumes).
- Culture en pente sans aménagements antiérosifs (absence de terrasses, de haies vives ou de couvert végétal).
- Surexploitation du bois de feu et des poteaux de construction, entraînant la dégradation des boisés naturels et des haies.
- Conversion des prairies naturelles et des forêts secondaires en terres agricoles, réduisant les corridors écologiques et la biodiversité.
- Utilisation croissante d’engrais chimiques et de pesticides, pouvant contaminer les sources d’eau et altérer la faune utile (pollinisateurs, auxiliaires).
- Périodes de sécheresse inhabituelles liées à la variabilité climatique, affectant les cultures de saison sèche (haricot, pomme de terre).
**Conséquences** :
- Érosion des sols (formation de ravins, perte de terre arable, sédimentation des cours d’eau).
- Baisse de la fertilité des sols due au lessivage et à l’épuisement des nutriments.
- Dégradation de la qualité de l’eau (trouble, contamination par les nitrates et les phosphates).
- Perte de biodiversité liée à la disparition des habitats naturels (forêts de montagne, prairies naturelles).
- Menace sur les bois sacrés et les sites culturels par la pression foncière et l’urbanisation informelle.
- Dépendance accrue aux intrants externes (engrais, semences améliorées), réduisant l’autonomie alimentaire des ménages.
- Conflits entre générations sur l’usage de la terre (jeunes voulant cultiver des spéculations de rente, anciens privilégiant la subsistance et la préservation des espaces sacrés).
### Exemples concrets
- Dans les arrondissements de Dschang et de Foumbot, les paysans Bamileke cultivent le maïs et le haricot sur des terrasses en pierre sèche, entretenues depuis des générations, avec des rigoles de dérivation pour gérer les eaux de pluies violentes.
- À Bafoussam, les femmes Bamileke utilisent des paniers en rotin tressé pour transporter les récoltes du marché, réduisant l’usage du plastique et favorisant des matériaux biodégradables et locaux.
- Dans la région du Nord-Ouest, près de Kumbo, les communautés Tikar pratiquent l’agroforesterie avec des arbres de grevillea et de calliandra intégrés aux cultures de café et de bananier, fournissant de l’ombre, fixant l’azote et produisant du bois de taille.
- Le marché de Nkwen (Bamenda) est un lieu où les semences locales de maïs et de haricot sont échangées contre du bétail ou de l’artisanat, préservant la diversité génétique et les savoirs paysans liés à l’adaptation aux microclimats locaux.
- Des projets de réhabilitation des bois sacrés, soutenus par le ministère de la Culture et des chefferies traditionnelles, ont permis de replanter des espèces endémiques comme le prunus africanus et de réinstaller des panneaux d’interdiction rédigés en français et en langues locales (bamileke, tikar).
- La fête du « Ngouon » chez les Bamoun, célébrée tous les deux ans à Foumban, inclut des rituels de purification des sources d’eau et des remerciements aux ancêtres pour la fertilité des terres, illustrant une citoyenneté environnementale spirituelle et communautaire.
### Vocabulaire à retenir
- Grassfield
- Andosol
- Climat tempéré tropical
- Agriculture en terrasses
- Bois sacré
- Haie vive
- Érosion en pente
- Volcanisme récent
- Chefferie traditionnelle
- Agroforesterie
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : En vous appuyant sur un extrait du témoignage d’un ancien chef bamileke sur l’importance des bois sacrés, une carte topographique du plateau de Bafoussam montrant les pentes et les terrasses, et un schéma du cycle des nutriments dans un sol andosol, représentez et colorez un paysage rural Grassfield typique en mettant en évidence comment l’organisation de l’espace agricole, la préservation des espaces naturels et les pratiques culturales témoignent d’une citoyenneté environnementale responsable et ancrée dans la tradition. Justifiez vos choix de perspective, d’échelle et de couleur.
**Plan proposé** :
I. Lecture du paysage : relief en pente douce à forte, présence de terrasses, de haies vives, de bois sacré au sommet ou dans une vallée, habitat (cases en banco avec toit en chaume de paille ou de tôle, cases rondes à toit conique)
II. Analyse des aménagements humains : terrasses en pierre ou en terre, haies vives (eucalyptus, leucæna), cultures en association (maïs-haricot, café-banane), bois sacré (arbres denses, chemins interdits, objets cultuels visibles à la lisière)
III. Choix de représentation : perspective légèrement en plongée pour montrer les terrasses, échelle adaptée pour montrer la relation entre champ, bois sacré et hameau, couleurs : vert foncé pour le bois sacré, vert clair pour les cultures, brun rouge pour les sols andosols, gris pour les pierres des terrasses, blanc pour les cases en banco
IV. Interprétation citoyenne : représentation du respect des pentes (pas de culture en dévers), de la préservation des espaces spirituels, de la gestion durable de l’eau (rigoles, infiltration), de la transmission des savoirs sur les bois sacrés et de la lutte contre l’érosion par des travaux collectifs
## Synthèse du chapitre
- Le paysage Soudano-sahélien est caractérisé par un climat sec, une savane arborée et une adaptation humaine centrée sur l’élevage extensif et la culture de céréales résistantes, avec une gestion communautaire de l’eau et des pâturages essentielle à la résilience face à la désertification.
- Le paysage Sawa se définit par un climat équatorial, une forêt dense humide, une hydrographie abondante et des pratiques traditionnelles (brûlis, pêche sacrée, gestion des mangroves) reflétant un profond lien entre spiritualité, subsistance et préservation des écosystèmes fragiles.
- Le paysage Grassfield présente un climat tempéré, des sols volcaniques fertiles, une topographie accidentée et un modèle d’agriculture intensive en terrasses, associé à la préservation de bois sacrés et à des systèmes de chefferie traditionnelle qui régulent l’usage de la terre et de l’eau.
- Dans les trois cas, la citoyenneté environnementale se manifeste par le respect des cycles naturels, la gestion communautaire ou traditionnelle des ressources, la préservation d’espaces à valeur écologique ou culturelle, et la transmission intergénérationnelle des savoirs adaptés aux contraintes locales.
- La représentation artistique de ces paysages n’est pas une simple copie : elle nécessite l’observation attentive des éléments géographiques, écologiques et socioculturels, le choix réfléchi des couleurs et de la composition pour témoigner de la relation particulière qu’entretiennent les populations avec leur territoire.
- Les menaces environnementales actuelles (dégradation des sols, perte de biodiversité, pollution, changement climatique) affectent différemment chaque paysage, mais appellent partout des réponses ancrées dans la connaissance locale, la participation communautaire et le respect des savoirs traditionnels.
- L’étude de ces trois paysages permet de comprendre que la citoyenneté environnementale au Cameroun n’est pas une notion importée, mais une pratique vivante, profondément enracinée dans les réalités géographiques et culturelles du territoire.
## Glossaire
- **Andosol** : Sol d’origine volcanique, riche en matière organique et bien drainé, caractéristique des hautes terres occidentales du Cameroun.
- **Brûlis** : Technique agricole consistant à couper et brûler la végétation pour préparer un champ de culture, suivie d’une période de jachère.
- **Désertification** : Processus de dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, dû à des facteurs climatiques et humains.
- **Forêt dense humide** : Écosystème forestier à forte pluviométrie, couverture continue et stratification verticale marquée, typique du sud et du littoral camerounais.
- **Gestion communautaire des ressources naturelles** : Régulation coutumière de l’accès à l’eau, aux pâturages, au bois ou au poisson par des autorités locales reconnues.
- **Haie vive** : Barrière végétale vivante utilisée pour délimiter des parcelles, réduire l’érosion et protéger les cultures.
- **Mangrove** : Écosystème côtier salé constitué d’arbres halophytes, essentiel pour la protection des côtes et la nurserie des poissons.
- **Savane arborée** : Formation végétale avec arbres épars et couche herbacée continue, typique du climat Soudano-sahélien.
- **Transhumance** : Déplacement saisonnier du bétail entre zones de pâturage sec et humide selon les disponibilités en eau et en herbe.
- **Bois sacré** : Espace forestier préservé pour des raisons spirituelles, historiques ou culturelles, souvent lié à une chefferie ou à un culte ancestral.
- **Jachère** : Période de repos d’un champ cultivé permettant la reconstitution de la fertilité du sol et de la végétation naturelle.
- **Zai** : Technique de réhabilitation des sols dégradés par des poquets remplis de fumier, permettant de concentrer l’eau et les nutriments autour des plantes.
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> *Fin de la fiche de cours. Cette synthèse couvre explicitement les trois leçons du programme officiel : représentation et coloriage d’un paysage rural Soudano-sahélien, Sawa et Grassfield, en intégrant contexte géographique, définitions exactes, faits vérifiables, causes et conséquences environnementales, exemples concrets camerounais, vocabulaire pertinent et un sujet type d’examen avec plan pour chaque leçon.*
Quiz du chapitre
12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.