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Chapitre 22

Le texte explicatif ou informatif

Lecture : 26 minQuiz de 12 questions

# Le texte explicatif ou informatif ## Introduction Dans le cadre de l'étude de la langue et de l'analyse des discours, le texte explicatif occupe une place centrale. Il s'agit d'un type de texte que nous rencontrons quotidiennement, que ce soit dans les manuels scolaires, les articles de vulgarisation scientifique, les notices d'utilisation, les dictionnaires ou encore les exposés présentés en classe. Sa finalité première est de faire comprendre un phénomène, un concept ou un fonctionnement à un destinataire qui, au départ, ne le maîtrise pas. Contrairement au texte narratif qui raconte une histoire, ou au texte argumentatif qui cherche à convaincre, le texte explicatif vise à transmettre un savoir de manière objective et structurée. Il répond à la question fondamentale : « Comment cela fonctionne-t-il ? » ou « Pourquoi cela se produit-il ? ». Ce chapitre se propose d'étudier systématiquement les caractéristiques du texte explicatif : sa définition, ses formes, sa structure, son énonciation et ses fonctions. Cette étude permettra à l'apprenant de mieux identifier ce type de texte, de le comprendre en profondeur et de le produire efficacement dans ses travaux scolaires comme dans sa vie quotidienne. ## I. Définition du texte explicatif ou informatif Le texte explicatif, également appelé texte informatif, est un type de discours dont l'objectif principal est d'apporter des informations et des explications objectives sur un thème donné. Ce thème est généralement inconnu ou mal connu du destinataire. L'émetteur — celui qui produit le texte — se présente comme un spécialiste ou une personne avertie qui possède un savoir que le récepteur — celui qui reçoit le texte — ne possède pas encore. La relation qui s'établit entre l'émetteur et le récepteur est donc une relation de transmission de connaissances. > **À RETENIR** : Le texte explicatif est un texte qui apporte des informations et des explications objectives sur un thème inconnu du destinataire. Il répond aux questions « comment ? » et « pourquoi ? » et vise à faire comprendre un phénomène, un mécanisme ou une notion. L'adjectif « objectif » est essentiel dans cette définition. Il signifie que l'émetteur ne doit pas exprimer ses opinions personnelles, ses sentiments ou ses jugements de valeur. Il ne cherche ni à plaire, ni à émouvoir, ni à convaincre — du moins pas directement. Il cherche à faire savoir et à faire comprendre. Par exemple, lorsqu'un professeur de sciences explique le cycle de l'eau à ses élèves, il ne dit pas « je pense que l'eau s'évapore » ni « l'évaporation est une chose merveilleuse », mais il énonce des faits vérifiables : « Sous l'effet de la chaleur du soleil, l'eau des océans, des lacs et des rivières s'évapore et se transforme en vapeur d'eau. » Le texte explicatif se distingue ainsi du texte argumentatif, qui défend une thèse et cherche à persuader le destinataire. Dans le texte explicatif, il n'y a pas de débat : le savoir est présenté comme établi, certain, indiscutable. Il se distingue également du texte narratif, qui raconte des événements dans une progression temporelle, et du texte descriptif, qui peint un être ou un lieu. Le texte explicatif, lui, organise son contenu selon une logique de compréhension : il part d'un constat, d'une question implicite, et développe les causes, les mécanismes, les conséquences ou les étapes du phénomène étudié. Prenons un exemple concret : un article de journal qui explique le fonctionnement de la vaccination. L'auteur ne raconte pas l'histoire de la vaccination, il ne cherche pas non plus à convaincre le lecteur de se faire vacciner. Il explique comment le vaccin agit sur l'organisme : il présente le principe de l'immunité, le rôle des anticorps, la mémoire immunitaire, etc. Le lecteur, qui n'était pas spécialiste, comprend alors le mécanisme. C'est bien là la fonction première du texte explicatif : rendre accessible un savoir spécialisé à un public non spécialiste. > **À RETENIR** : Le texte explicatif se caractérise par son objectivité : l'émetteur s'efface derrière son discours, les informations sont présentées comme des vérités générales, et le but est l'accroissement des connaissances du destinataire. ## II. Les formes du texte explicatif Le texte explicatif se manifeste sous différentes formes selon le contexte de communication et le support utilisé. Ces formes sont nombreuses et variées, mais elles partagent toutes la même finalité : expliquer, informer, faire comprendre. On distingue principalement les formes suivantes. ### 1. Le fonctionnement d'un appareil Cette forme de texte explicatif décrit comment fonctionne un objet technique ou un appareil. Elle détaille les différentes pièces, leurs rôles respectifs et les interactions entre elles. Par exemple, un texte expliquant le fonctionnement d'un téléphone portable décrira la batterie, le processeur, l'écran tactile, la carte SIM, et montrera comment ces éléments travaillent ensemble pour permettre la communication. Un autre exemple pourrait être l'explication du fonctionnement d'un moteur de voiture : le carburant est injecté dans les cylindres, le piston comprime le mélange, la bougie produit une étincelle qui provoque l'explosion, etc. ### 2. Le mode d'emploi Le mode d'emploi est une forme particulière de texte explicatif qui accompagne un produit (appareil électroménager, médicament, jeu, etc.). Il indique comment utiliser le produit, quelles précautions prendre, quelles étapes suivre. Par exemple, la notice d'un fer à repasser expliquera comment remplir le réservoir d'eau, régler la température selon le type de tissu, utiliser la fonction vapeur, et nettoyer l'appareil après usage. Le mode d'emploi se caractérise par l'utilisation de l'impératif ou de l'infinitif (« Branchez l'appareil », « Vérifier que la tension est adaptée »), de la numérotation des étapes et parfois de schémas. ### 3. La définition d'un mot Le dictionnaire est un recueil de textes explicatifs : chaque entrée donne la définition d'un mot, c'est-à-dire une explication de son sens. Mais la définition d'un mot peut aussi se trouver dans un texte plus long, comme un article de vulgarisation qui commence par définir un terme technique avant de l'expliquer plus en détail. Par exemple, pour expliquer ce qu'est la photosynthèse, on commencera par la définir : « La photosynthèse est le processus par lequel les plantes vertes utilisent l'énergie lumineuse pour transformer le dioxyde de carbone et l'eau en glucose et en oxygène. » Cette définition est une forme de texte explicatif. ### 4. Le résumé d'œuvre Le résumé d'une œuvre littéraire, d'un film ou d'un documentaire est également une forme de texte explicatif. Il s'agit de présenter de manière condensée et objective le contenu de l'œuvre : l'intrigue, les personnages principaux, les événements clés. Par exemple, un résumé du roman *Une vie de boy* de Ferdinand Oyono expliquera le parcours de Toundi Ondoua, jeune Camerounais qui devient boy chez un colon blanc, et les événements qui jalonnent sa vie jusqu'à sa mort tragique. Le résumé ne donne pas d'opinion sur l'œuvre ; il la présente de manière factuelle. ### 5. L'exposé L'exposé est une forme orale ou écrite de texte explicatif très utilisée dans le cadre scolaire. L'élève ou l'étudiant choisit un thème, effectue des recherches, puis présente ses connaissances à un auditoire. Par exemple, un exposé sur le climat du Cameroun expliquera les différentes zones climatiques du pays (le climat équatorial au Sud, le climat tropical au Nord), les facteurs qui déterminent ces climats (la latitude, l'altitude, les courants marins) et leurs conséquences sur la végétation et les activités humaines. L'exposé suit généralement un plan structuré : introduction, développement en plusieurs parties, conclusion. ### 6. L'expérience scientifique Le compte rendu d'expérience scientifique est une forme de texte explicatif qui décrit une expérience : son objectif, le matériel utilisé, le protocole suivi, les observations faites et les résultats obtenus. Par exemple, pour expliquer la germination d'une graine de haricot, on décrira l'expérience menée : on place la graine sur du coton humide, on observe pendant plusieurs jours, on note les étapes de la germination (apparition de la radicule, puis de la tigelle, puis des premières feuilles). Ce type de texte explique un phénomène en s'appuyant sur des observations concrètes et vérifiables. > **À RETENIR** : Les formes du texte explicatif sont variées : fonctionnement d'un appareil, mode d'emploi, définition d'un mot, résumé d'œuvre, exposé, expérience scientifique. Toutes ces formes partagent la même finalité : transmettre un savoir de manière objective et structurée. Ajoutons que dans la vie courante, on trouve également des textes explicatifs dans les articles de presse scientifique, les documentaires (dont le commentaire est un texte explicatif), les fiches techniques, les rapports de stage, les encyclopédies, etc. Au Cameroun, par exemple, les articles du journal *Cameroun Tribune* qui expliquent les enjeux de la CAN (Coupe d'Afrique des Nations) ou les mécanismes de la décentralisation sont des textes informatifs. De même, les affiches de sensibilisation sur le paludisme ou le VIH/SIDA, placardées dans les hôpitaux et les écoles, sont des textes explicatifs qui informent la population sur les modes de transmission et les moyens de prévention de ces maladies. ## III. La structure du texte explicatif Le texte explicatif possède une structure particulière qui le distingue des autres types de textes. Cette structure est au service de la clarté et de la compréhension : il s'agit de guider le lecteur pas à pas dans la découverte du savoir. On peut analyser cette structure à plusieurs niveaux : les repères chronologiques, les connecteurs logiques explicatifs, le lexique spécialisé, les comparaisons et schémas, la progression thématique et les définitions par présentatifs. ### 1. Les repères chronologiques Le texte explicatif utilise souvent des repères chronologiques pour organiser son contenu, notamment lorsqu'il explique un processus, une évolution ou une succession d'étapes. Ces repères peuvent être des indicateurs de temps : « d'abord », « ensuite », « puis », « enfin », « premièrement », « deuxièmement », « en premier lieu », « en second lieu », « avant de », « après avoir », « au début », « à la fin », etc. Par exemple, dans un texte expliquant le processus de fabrication du chocolat, on trouvera : « D'abord, les cabosses de cacao sont récoltées. Ensuite, les fèves sont extraites et fermentées pendant plusieurs jours. Puis, elles sont séchées au soleil. Après cette étape, elles sont torréfiées et broyées. Enfin, on ajoute du sucre et du beurre de cacao pour obtenir le chocolat. » Les repères chronologiques peuvent également être exprimés par des dates ou des indications temporelles précises. Par exemple, dans un texte expliquant l'histoire de la colonisation du Cameroun : « En 1884, le Cameroun devient un protectorat allemand. Après la Première Guerre mondiale, en 1919, le territoire est partagé entre la France et la Grande-Bretagne. En 1960, le Cameroun français accède à l'indépendance. » > **À RETENIR** : Les repères chronologiques (d'abord, ensuite, puis, enfin, en 1884, etc.) organisent le texte explicatif dans le temps et permettent de suivre la succession des étapes d'un processus ou d'une évolution. ### 2. Les connecteurs logiques explicatifs Les connecteurs logiques sont des mots ou des expressions qui établissent des relations logiques entre les idées. Dans le texte explicatif, on trouve principalement des connecteurs exprimant la cause, la conséquence et l'explication. Les plus fréquents sont : « en effet », « parce que », « puisque », « car », « c'est pourquoi », « ainsi », « donc », « par conséquent », « en conséquence », « de ce fait », « grâce à », « à cause de », « étant donné que », « du fait que », etc. Le connecteur « en effet » est particulièrement caractéristique du texte explicatif : il introduit une explication, une justification, une précision qui éclaire ce qui vient d'être affirmé. Par exemple : « Le palmier à huile est une plante essentielle pour l'économie camerounaise. En effet, il fournit l'huile de palme utilisée dans l'alimentation et dans l'industrie, et il constitue une source de revenus pour de nombreux agriculteurs. » Le connecteur « parce que » introduit une cause : « Les régions du Nord-Cameroun sont plus sèches que celles du Sud parce qu'elles sont situées dans la zone sahélienne, où les précipitations sont rares. » Le connecteur « c'est pourquoi » introduit une conséquence : « Le sol des régions volcaniques de l'Ouest-Cameroun est très fertile ; c'est pourquoi on y cultive le café et le cacao. » Ces connecteurs logiques explicatifs jouent un rôle crucial : ils rendent explicites les relations de cause à effet, de condition, de conséquence qui structurent l'explication. Sans eux, le texte serait une simple juxtaposition de phrases sans lien logique apparent. > **À RETENIR** : Les connecteurs logiques explicatifs (en effet, parce que, puisque, car, c'est pourquoi, donc, ainsi, par conséquent) expriment les relations de cause, de conséquence et d'explication qui structurent le raisonnement du texte explicatif. ### 3. Le lexique spécialisé Le texte explicatif utilise un lexique spécialisé, c'est-à-dire un vocabulaire technique ou scientifique propre au domaine dont il traite. Ce lexique peut être composé de termes précis que le lecteur non spécialiste ne connaît pas nécessairement. Par exemple, un texte expliquant le paludisme utilisera des termes comme « plasmodium », « anophèle », « hématozoaire », « parasitémie », « antipaludéen ». Un texte expliquant l'économie camerounaise utilisera des termes comme « PIB », « inflation », « balance commerciale », « investissement », « secteur primaire ». L'utilisation du lexique spécialisé donne au texte explicatif sa crédibilité et sa précision. Cependant, l'émetteur doit veiller à définir les termes techniques qu'il emploie, afin que le destinataire puisse le suivre. C'est pourquoi le texte explicatif combine souvent lexique spécialisé et définitions. Par exemple : « La photosynthèse, c'est-à-dire le processus par lequel les plantes fabriquent leur nourriture à partir de la lumière, se déroule dans les chloroplastes, les organites verts présents dans les cellules végétales. » > **À RETENIR** : Le lexique spécialisé est l'ensemble des termes techniques propres à un domaine. Le texte explicatif l'utilise pour être précis, mais doit le définir pour rester accessible au destinataire. ### 4. Les comparaisons et les schémas Pour rendre accessible un savoir parfois complexe, le texte explicatif recourt fréquemment à des comparaisons et à des schémas. La comparaison consiste à rapprocher le phénomène expliqué d'un phénomène plus familier au destinataire. Elle permet de visualiser ou de conceptualiser ce qui est abstrait. Par exemple, pour expliquer le fonctionnement du cœur, on peut le comparer à une pompe : « Le cœur fonctionne comme une pompe : il se contracte pour propulser le sang dans les artères, puis se relâche pour se remplir à nouveau. » Pour expliquer le rôle des globules blancs, on peut les comparer à une armée : « Les globules blancs sont les soldats de l'organisme : ils attaquent et détruisent les microbes qui pénètrent dans le corps. » La comparaison peut être introduite par des outils comme « comme », « tel que », « semblable à », « de la même manière que », « ainsi que », « on peut comparer... à... ». Le schéma est un support visuel qui accompagne le texte explicatif. Il représente de manière simplifiée le phénomène expliqué : les différentes parties d'un appareil, les étapes d'un processus, les relations entre les éléments. Par exemple, un texte expliquant le cycle de l'eau sera accompagné d'un schéma montrant l'évaporation, la condensation, les précipitations et le ruissellement. Un texte expliquant la structure d'une fleur sera accompagné d'un schéma légendé indiquant le pistil, les étamines, les pétales, les sépales. Au Cameroun, dans les manuels de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) utilisés en classe de Seconde, on trouve par exemple des schémas expliquant le cycle de reproduction du moustique, avec les différentes étapes : œufs, larves, nymphes, adulte. Ces schémas complètent le texte explicatif et facilitent la compréhension. > **À RETENIR** : Les comparaisons et les schémas sont des outils d'explication qui rendent le savoir plus concret et plus accessible. La comparaison rapproche l'inconnu du connu ; le schéma visualise ce qui est difficile à imaginer. ### 5. La progression thématique La progression thématique est un concept de linguistique textuelle qui décrit la manière dont l'information circule dans un texte. Dans toute phrase, on distingue le thème — ce dont on parle, l'information déjà connue ou donnée — et le rhème — ce qu'on dit du thème, l'information nouvelle. La progression thématique est la façon dont les thèmes et les rhèmes s'enchaînent d'une phrase à l'autre pour assurer la cohérence du texte. On distingue trois types principaux de progression thématique. #### a. La progression à thème constant Dans la progression à thème constant, le même thème est repris d'une phrase à l'autre, mais le rhème change à chaque fois. C'est-à-dire qu'on parle toujours du même sujet, mais on en dit des choses différentes. Par exemple : « Le cacao est une plante tropicale. Il est cultivé principalement dans les régions du Sud et du Centre du Cameroun. Il nécessite un climat chaud et humide. Il est utilisé pour fabriquer le chocolat. » Le thème « le cacao » (repris par « il ») est constant ; les rhèmes sont : « une plante tropicale », « cultivé principalement dans les régions du Sud et du Centre du Cameroun », « nécessite un climat chaud et humide », « utilisé pour fabriquer le chocolat ». Cette progression est très fréquente dans le texte explicatif car elle permet de développer méthodiquement les caractéristiques d'un même objet ou phénomène. #### b. La progression à thème linéaire Dans la progression à thème linéaire, le rhème d'une phrase devient le thème de la phrase suivante. C'est-à-dire que l'information nouvelle apportée dans une phrase sert de point de départ à la phrase suivante. Par exemple : « Le mont Cameroun est un volcan actif. Ce volcan culmine à 4 095 mètres d'altitude. Cette altitude en fait le point le plus élevé d'Afrique de l'Ouest. Cette région est connue pour ses paysages spectaculaires. » Le rhème de la première phrase (« un volcan actif ») devient le thème de la deuxième (« ce volcan ») ; le rhème de la deuxième (« 4 095 mètres d'altitude ») devient le thème de la troisième (« cette altitude »), etc. Cette progression donne au texte un effet de chaîne : chaque information nouvelle sert de tremplin à la suivante. #### c. La progression à thème éclaté Dans la progression à thème éclaté, un thème général est annoncé, puis chaque phrase ou groupe de phrases développe un sous-thème issu de ce thème général. C'est-à-dire qu'on part d'un ensemble pour en examiner les différentes parties. Par exemple : « Le Cameroun présente une grande diversité géographique. Le littoral est caractérisé par des plages et des mangroves. Les hauts plateaux de l'Ouest offrent un climat frais et des paysages volcaniques. La forêt dense couvre le Sud et le Sud-Est. La savane s'étend dans le Nord. » Le thème général (« le Cameroun ») est éclaté en plusieurs sous-thèmes : le littoral, les hauts plateaux de l'Ouest, la forêt du Sud, la savane du Nord. Chaque sous-thème est développé à son tour. > **À RETENIR** : La progression thématique est la manière dont l'information circule dans un texte. On distingue la progression à thème constant (le même thème est repris), la progression à thème linéaire (le rhème devient thème) et la progression à thème éclaté (un thème général est divisé en sous-thèmes). Ces trois progressions assurent la cohérence et la clarté du texte explicatif. ### 6. Les définitions par présentatifs Les présentatifs sont des mots ou expressions qui servent à introduire, à présenter un élément dans la phrase. Les principaux présentatifs sont : « c'est », « ce sont », « voici », « voilà », « il y a », « c'est... qui », « c'est... que ». Dans le texte explicatif, les définitions par présentatifs sont très fréquentes : elles permettent de donner une définition claire et immédiatement identifiable d'un terme. Par exemple : - « La chlorophylle, c'est le pigment vert des plantes. » - « Voici comment se déroule la digestion : d'abord, les aliments sont mâchés, puis ils descendent dans l'estomac... » - « Le SIDA est une maladie qui affaiblit le système immunitaire. » - « C'est le pétrole qui constitue la principale ressource de certains pays africains. » La structure « c'est + nom + qui/que » est particulièrement utile pour mettre en valeur un élément et le définir. Par exemple : « C'est le soleil qui est à l'origine de l'évaporation de l'eau. » Cette phrase met l'accent sur le soleil comme cause de l'évaporation. Les présentatifs « voici » et « voilà » introduisent ce qui va suivre ou ce qui précède : « Voici les différentes étapes de la fabrication du vin de palme : d'abord, on récolte la sève du palmier ; ensuite, on la laisse fermenter ; enfin, on obtient une boisson alcoolisée. » > **À RETENIR** : Les présentatifs (c'est, ce sont, voici, voilà, il y a) sont des outils linguistiques qui servent à introduire et à définir les éléments du texte explicatif. La définition par présentatif est une structure typique du discours explicatif. ## IV. L'énonciation dans le texte explicatif L'énonciation est l'ensemble des marques linguistiques qui révèlent la présence de l'émetteur et du récepteur dans le texte. Dans le texte explicatif, ces marques sont faibles : l'émetteur s'efface derrière son discours pour donner l'impression que les informations sont objectives, neutres, universelles. Cette caractéristique est essentielle : elle distingue le texte explicatif du texte argumentatif (où l'émetteur exprime clairement sa position) et du texte narratif (où le narrateur raconte à la première personne). ### 1. L'effacement de l'émetteur Dans le texte explicatif, l'émetteur n'utilise généralement pas la première personne du singulier « je ». Il ne dit pas « je pense que », « je crois que », « à mon avis ». Il utilise plutôt des formulations impersonnelles ou générales : « on », « il est évident que », « il faut savoir que », « il est important de noter que ». Par exemple, au lieu d'écrire « je vais vous expliquer comment fonctionne le moteur », l'émetteur écrira « le moteur fonctionne de la manière suivante » ou « on peut expliquer le fonctionnement du moteur de la manière suivante ». L'utilisation de la troisième personne et des tournures impersonnelles donne au texte une apparence d'objectivité : les informations semblent se présenter d'elles-mêmes, sans intervention d'un sujet qui les énonce. C'est ce qu'on appelle l'effacement énonciatif. ### 2. La faible présence du récepteur De même, le récepteur est rarement interpellé directement dans le texte explicatif. L'émetteur n'utilise pas la deuxième personne « tu » ou « vous » pour s'adresser à son destinataire, sauf dans certains cas particuliers comme le mode d'emploi (« Vous devez brancher l'appareil avant de l'utiliser ») ou le texte didactique destiné à un jeune public. En général, le récepteur est désigné de manière vague : « le lecteur », « le public », « l'auditeur », ou simplement il n'est pas mentionné du tout. Cependant, le texte explicatif est toujours construit en fonction du destinataire : l'émetteur adapte son niveau de langue, ses définitions, ses exemples au public visé. Un texte expliquant le paludisme à des élèves de sixième ne sera pas rédigé de la même manière qu'un article expliquant le paludisme à des étudiants en médecine. Mais cette adaptation reste implicite : elle ne se traduit pas par des marques énonciatives explicites. ### 3. Les marques de modalisation La modalisation est l'ensemble des moyens linguistiques par lesquels l'émetteur exprime son degré d'adhésion à ce qu'il dit. Dans le texte explicatif, la modalisation est généralement faible : l'émetteur présente les faits comme certains, véridiques, indiscutables. Il utilise le présent de vérité générale (« L'eau bout à 100 degrés Celsius »), des adverbes de certitude (« évidemment », « certainement », « incontestablement »), des tournures impersonnelles (« il est certain que », « il est établi que »). Cependant, lorsque l'émetteur n'est pas totalement sûr de son information, il peut utiliser des marques de modalisation atténuée : « il semble que », « on peut penser que », « probablement », « peut-être », « selon certaines hypothèses ». Par exemple : « Selon certaines hypothèses, le peuplement du Cameroun se serait fait par vagues successives de migrations. » Cette prudence est caractéristique du discours scientifique, qui distingue ce qui est prouvé de ce qui est hypothétique. ### 4. Les indices de l'énonciation Malgré l'effacement énonciatif, on peut repérer dans le texte explicatif des indices qui révèlent la situation d'énonciation : les décitiques (ou embrayeurs) comme « ici », « maintenant », « aujourd'hui », les adverbes de temps et de lieu, les références à la situation de communication. Par exemple, dans un exposé oral, l'émetteur dira : « Aujourd'hui, je vais vous présenter le phénomène de la mousson. » Mais dans un texte écrit, ces indices sont plus rares. > **À RETENIR** : Dans le texte explicatif, les marques d'émetteur et de récepteur sont faibles. L'émetteur s'efface (pas de « je »), le récepteur n'est pas interpellé (pas de « tu »/« vous »), et les informations sont présentées comme objectives et certaines. Cette neutralité énonciative donne au texte explicatif son caractère scientifique et impersonnel. ## V. Les fonctions du texte explicatif Le texte explicatif remplit plusieurs fonctions complémentaires. On distingue principalement la fonction éducative, la fonction didactique, la fonction informative et, dans certains cas, une fonction argumentative indirecte. ### 1. La fonction éducative La fonction éducative du texte explicatif consiste à contribuer à la formation intellectuelle et culturelle du destinataire. Le texte explicatif ne se contente pas de transmettre des informations : il développe l'esprit critique, la curiosité intellectuelle, la capacité d'analyse et de synthèse. En expliquant comment fonctionne le monde, il participe à l'éducation du citoyen. Par exemple, un texte expliquant le fonctionnement de la décentralisation au Cameroun éduque le citoyen sur ses droits et ses devoirs, sur le rôle des collectivités territoriales décentralisées (communes, régions), sur les mécanismes de participation à la vie publique. Un texte expliquant les dangers de la consommation d'alcool chez les jeunes éduque sur les risques sanitaires et sociaux. La fonction éducative est particulièrement visible dans les manuels scolaires, les encyclopédies, les documentaires, les musées, etc. Ces supports utilisent le texte explicatif pour transmettre un savoir et former les esprits. ### 2. La fonction didactique La fonction didactique est proche de la fonction éducative, mais elle est plus spécifique : elle concerne l'enseignement et l'apprentissage. Le texte explicatif est le support privilégié de l'enseignement : le professeur explique une leçon, le manuel présente une notion, l'élève rédige un exposé. La fonction didactique vise à faire acquérir des connaissances et des compétences précises. Le texte didactique se caractérise par : - une structure claire et annoncée (plan visible, titres, sous-titres) ; - des définitions explicites des termes techniques ; - des exemples concrets pour illustrer les notions abstraites ; - des exercices d'application pour vérifier la compréhension ; - des résumés pour synthétiser l'essentiel. Par exemple, dans un manuel de français de classe de Seconde, le chapitre sur le texte explicatif lui-même est un texte didactique : il définit la notion, présente ses caractéristiques, donne des exemples, propose des exercices. La fonction didactique est donc une fonction réflexive : le texte explicatif s'explique lui-même. ### 3. La fonction informative La fonction informative est la fonction première du texte explicatif : informer le destinataire, c'est-à-dire lui apporter des connaissances qu'il ne possédait pas. Cette fonction est évidente dans les articles de presse, les documentaires, les notices, les rapports, etc. Par exemple, un article de journal expliquant les causes et les conséquences de la sécheresse dans l'Extrême-Nord du Cameroun remplit une fonction informative : il apprend au lecteur pourquoi la région est touchée par la sécheresse, quels sont les effets sur les populations (exode rural, conflits entre agriculteurs et éleveurs, insécurité alimentaire) et quelles sont les solutions envisagées. La fonction informative se distingue de la fonction éducative et didactique par son caractère ponctuel : elle vise à informer sur un sujet précis, sans nécessairement s'inscrire dans un parcours d'apprentissage structuré. Le lecteur d'un article de presse n'est pas un élève : il cherche simplement à s'informer. ### 4. La fonction argumentative (parfois) Bien que le texte explicatif soit fondamentalement objectif et non argumentatif, il peut parfois avoir une dimension argumentative indirecte. En effet, expliquer un phénomène peut amener le destinataire à adopter un certain point de vue, à changer d'attitude ou de comportement, sans que l'émetteur ait explicitement recours à l'argumentation. Par exemple, un texte expliquant les méfaits du tabac sur la santé (cancers, maladies cardiovasculaires, dépendance) n'argumente pas directement : il ne dit pas « vous ne devez pas fumer ». Mais en fournissant des informations objectives sur les dangers du tabac, il incite implicitement le lecteur à ne pas fumer ou à arrêter de fumer. L'explication sert alors de support à une persuasion indirecte. De même, un texte expliquant les avantages des énergies renouvelables (solaire, éolienne, hydraulique) par rapport aux énergies fossiles peut inciter le lecteur à soutenir les politiques de transition énergétique, sans que l'émetteur ait pris explicitement position. Cette fonction argumentative indirecte est particulièrement présente dans les textes de vulgarisation scientifique, les articles de presse, les campagnes de sensibilisation. L'émetteur reste objectif dans sa présentation, mais le choix des informations, leur organisation et leur formulation orientent la compréhension du destinataire. > **À RETENIR** : Le texte explicatif remplit principalement trois fonctions : une fonction informative (apporter des connaissances), une fonction éducative (former l'esprit) et une fonction didactique (enseigner). Il peut également avoir, dans certains cas, une fonction argumentative indirecte : en expliquant objectivement un phénomène, il peut influencer les opinions et les comportements du destinataire. ## Conclusion Le texte explicatif ou informatif est un type de discours essentiel dans notre vie quotidienne et dans notre parcours scolaire. Il se définit par son objectif : apporter des informations et des explications objectives sur un thème que le destinataire ne connaît pas ou mal. Il se manifeste sous des formes variées — fonctionnement d'un appareil, mode d'emploi, définition, résumé, exposé, expérience scientifique — mais toutes ces formes obéissent aux mêmes principes de clarté et de rigueur. Sa structure est au service de la compréhension : les repères chronologiques organisent le déroulement du processus expliqué, les connecteurs logiques explicatifs rendent visibles les relations de cause et de conséquence, le lexique spécialisé apporte la précision nécessaire, les comparaisons et les schémas rendent l'abstrait concret, la progression thématique assure la cohérence du texte, et les définitions par présentatifs introduisent clairement les notions nouvelles. Sur le plan énonciatif, le texte explicatif se caractérise par l'effacement de l'émetteur et la faible présence du récepteur : les informations sont présentées comme des vérités objectives, indépendantes de celui qui les énonce. Cette neutralité énonciative est ce qui donne au texte explicatif sa crédibilité scientifique. Enfin, le texte explicatif remplit des fonctions essentielles : il informe, il éduque, il enseigne, et il peut parfois orienter indirectement les opinions et les comportements. Ces fonctions en font un outil indispensable dans l'école, dans les médias, dans la vie professionnelle et dans la vie citoyenne. Ce chapitre ouvre la voie à l'étude d'autres types de textes : le texte argumentatif, qui cherche à convaincre en prenant position, le texte narratif, qui raconte une histoire, le texte descriptif, qui peint un lieu ou un personnage, et le texte injonctif, qui donne des ordres ou des conseils. La maîtrise du texte explicatif, par sa structure rigoureuse et son objectivité, constitue une base solide pour aborder ces autres formes de discours et pour produire soi-même des textes clairs, structurés et convaincants.

Quiz du chapitre

12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la fonction principale d'un texte explicatif ?
  2. 2. Laquelle de ces situations relève du texte explicatif ?
  3. 3. Dans un texte explicatif, on trouve souvent des connecteurs logiques comme « en effet », « parce que ». Quel est leur rôle ?
  4. 4. Quelle est la structure typique d'un texte explicatif ?
  5. 5. Dans la phrase : « Le moteur fonctionne grâce à la combustion du carburant, ce qui produit de l'énergie. », quel est le connecteur logique ?
  6. 6. Quelle est la progression thématique dans le texte suivant : « Le café est une boisson. Cette boisson est préparée à partir de grains torréfiés. Ces grains proviennent du caféier. » ?
  7. 7. Dans un texte explicatif, les marques de l'énonciation (je, tu, etc.) sont généralement :
  8. 8. Quelle est la fonction principale d'un texte explicatif dans un manuel scolaire ?
  9. 9. Dans la phrase : « Le volcan est une montagne qui émet de la lave, des cendres et des gaz. », quel procédé explicatif est utilisé ?
  10. 10. Quel type de progression thématique est utilisé dans ce texte : « La photosynthèse se déroule dans les feuilles. Les feuilles contiennent de la chlorophylle. La chlorophylle capte la lumière. » ?
  11. 11. Quel est le rôle des comparaisons et des schémas dans un texte explicatif ?
  12. 12. Un texte explicatif peut parfois avoir une fonction argumentative. Cela signifie qu'il :