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Chapitre 2

Formuler le plâtre (gypse)

Lecture : 8 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de cette unité, l’élève sera capable de : - identifier les matières premières utilisées pour la fabrication du plâtre (gypse naturel, additifs) ; - décrire les étapes du procédé de fabrication (extraction, broyage, calcination, refroidissement, mouture, conditionnement) ; - appliquer les normes de qualité et les règles de sécurité propres à l’atelier de plâtrage au Cameroun ; - réaliser un dosage simple de plâtre pour un ouvrage donné (mur, plafond) et interpréter les résultats de contrôle. **Prérequis** : notions de chimie générale (oxydes, réactions de déshydratation), connaissances de base sur les roches sédimentaires, lecture de schémas de procédé, utilisation d’équipements de mesure (balance, thermomètre, granulomètre). ## Introduction contextualisée Le plâtre, matériau de construction largement utilisé au Cameroun pour les enduits, les faux plafonds et les cloisons, provient du gypse (sulfate de calcium dihydraté, CaSO₄·2H₂O). Sa transformation en plâtre de construction repose sur une calcination contrôlée qui déshydrate partiellement le gypse, produisant le sulfate de calcium hémydraté (CaSO₄·½H₂O), connu sous le nom de plâtre de Paris. La maîtrise du procédé permet d’obtenir un produit présentant une prise rapide, une bonne maniabilité et une résistance mécanique adaptée aux exigences du BTP local. Ce chapitre s’inscrit dans la compétence « Formuler et mettre en œuvre des liants minéraux » du programme de Terminale F6, en mettant l’accent sur les matières premières, les étapes de fabrication et le contrôle qualité. ## I. Matières premières du plâtre ### A. Le gypse naturel > Le gypse naturel est une roche sédimentaire composée principalement de sulfate de calcium dihydraté (CaSO₄·2H₂O). Il se présente sous forme de cristaux tabulaires ou massifs, souvent associé à des argiles ou des sels. Au Cameroun, les principaux gisements se situent dans les régions de l’Adamaoua et du Nord, où le gypse est exploité à ciel ouvert ou en galerie souterraine. **Caractéristiques essentielles** : - Teneur en CaSO₄·2H₂O ≥ 85 % (pour un plâtre de qualité) ; - Humidité intrinsèque ≤ 2 % ; - Granulométrie brute : 0–50 mm après concassage primaire. ### B. Additifs et modificateurs Selon l’usage prévu, on peut incorporer : - **Retardateurs** (ex. : citrate de sodium, borax) pour allonger le temps de prise ; - **Accélérateurs** (ex. : sulfate d’aluminium) pour réduire le délai de prise en milieu humide ; - **Charges** (farine de marbre, silice fine) afin d’améliorer la résistance à la compression ou de réduire le coût ; - **Fibres** (polypropylène, cellulose) pour limiter la fissuration. > Tout additif doit être dosé avec précision (généralement 0,1–2 % du poids du gypse) afin de ne pas altérer la chimie de la prise. ## II. Fabrication du plâtre ### A. Extraction et broyage 1. **Extraction** : le gypse est débarrassé des stériles, puis chargé sur des tombereaux vers l’usine. 2. **Concassage primaire** : réduction à < 25 mm à l’aide d’un concasseur à mâchoires. 3. **Broyage fin** : passage dans un broyeur à boulets ou à marteaux pour obtenir une poudre dont 80 % passe à 90 µm (granulométrie adaptée à la calcination). ### B. Calcination La réaction clé est la déshydratation partielle : \[ \text{CaSO}_4\cdot 2\text{H}_2\text{O} \;\xrightarrow{\Delta,\,120-180^\circ\text{C}}\; \text{CaSO}_4\cdot \tfrac12\text{H}_2\text{O} \;+\; \tfrac32\text{H}_2\text{O}\uparrow \] > La température de calcination doit être maintenue entre 120 °C et 180 °C ; au‑delà de 200 °C, on obtient l’anhydrite (CaSO₄) qui ne reprend pas d’eau et ne donne pas de plâtre utilisable. **Types de fours** utilisés au Cameroun : - Four à flamme directe (gaz naturel ou fuel) – chauffage rapide, nécessite un contrôle strict de l’atmosphère pour éviter la sur‑calcination ; - Four à chaleur indirecte (four rotatif avec gaz de combustion séparé) – meilleure homogénéité thermique, privilégié pour les productions de qualité supérieure. ### C. Refroidissement et mouture Le clinker chaud est refroidi sur un tapis roulant à air ambiant (ou avec un refroidisseur à eau) afin d’éviter la réhydratation prématurée. Il est ensuite soumis à une **mouture fine** (broyeur à boulets) pour obtenir une poudre dont la finesse permet une bonne répartition de l’eau lors du gâchage. ### D. Conditionnement Le plâtre fini est ensaché en papier kraft de 25 kg ou stocké en silos hermétiques. L’étiquetage doit mentionner : - le type (plâtre de construction, plâtre de modelage…) ; - la date de fabrication ; - le numéro de lot ; - les précautions d’emploi (éviter l’humidité, porter un masque anti‑poussière). ## III. Contrôle qualité, normes et sécurité ### A. Contrôles physico‑chimiques | Paramètre | Méthode d’essai | Valeur cible (plâtre de construction) | |-------------------------|--------------------------------|----------------------------------------| | Teneur en CaSO₄·½H₂O | Analyse chimique (titration) | ≥ 90 % | | Temps de prise initiale | Vicat (aiguille 1 mm) | 4–8 min | | Temps de prise finale | Vicat (aiguille 5 mm) | 20–30 min | | Résistance à la compression (28 j) | Essai sur éprouvette 4×4×16 cm | ≥ 2,5 MPa | | Granulométrie (résidu à 90 µm) | Tamisage | ≤ 15 % | > Un écart supérieur à 5 % sur la teneur en CaSO₄·½H₂O entraîne une baisse significative de la résistance mécanique. ### B. Normes applicables - **Norme camerounaise NC 001** – spécifications du plâtre de construction (composition, temps de prise, résistance). - **Norme NF EN 13279‑2** – méthodes d’essai des plâtres (prise, résistance). - **Arrêté interministeriel n° 004/MINMIDT du 12 mars 2018** – réglementation du stockage et de la manipulation des poussières de gypse. ### C. Règles d’hygiène et de sécurité - Port obligatoire d’un masque filtrant (FFP2) et de lunettes de protection lors du broyage et du conditionnement. - Ventilation locale d’extraction (VLE) installée au niveau du broyeur et du four pour maintenir la concentration de poussières < 5 mg/m³. - Interdiction de fumer ou de flamme nue à proximité du four de calcination (risque d’explosion de poussières). - Formation annuelle du personnel sur les procédures d’arrêt d’urgence et l’utilisation des extincteurs à poudre. > Toute exposition prolongée à la poussière de gypse peut provoquer une irritation respiratoire ; le suivi médical annuel est recommandé. ## Synthèse du chapitre - Le gypse naturel (CaSO₄·2H₂O) constitue la matière première principale ; sa pureté doit dépasser 85 %. - La fabrication comprend extraction, concassage, broyage, calcination à 120‑180 °C (déshydratation partielle), refroidissement, mouture fine et conditionnement. - La réaction de calcination : CaSO₄·2H₂O → CaSO₄·½H₂O + ³/₂ H₂O↑. - Le plâtre de construction doit présenter ≥ 90 % de CaSO₄·½H₂O, un temps de prise initiale de 4‑8 min, une résistance à la compression ≥ 2,5 MPa et une granulométrie adaptée. - Le contrôle qualité repose sur des essais chimiques, Vicat, de résistance et de granulométrie, conformes aux normes NC 001 et NF EN 13279‑2. - La sécurité impose le port d’EPI, une ventilation efficace, l’interdiction de flammes près du four et une formation régulière du personnel. ## Glossaire - **Gypse** : roche sédimentaire composée de sulfate de calcium dihydraté (CaSO₄·2H₂O). - **Calcination** : traitement thermique qui entraîne la perte partielle d’eau de cristallisation du gypse. - **Plâtre de Paris** : sulfate de calcium hémydraté (CaSO₄·½H₂O) obtenu après calcination du gypse. - **Temps de prise** : intervalle entre le gâchage et le durcissement du plâtre, mesuré par l’essai Vicat. - **Résistance à la compression** : capacité du plâtre durci à supporter une charge axiale, exprimée en MPa. - **Granulométrie** : répartition des tailles de particules d’une poudre, déterminée par tamisage. - **Additif retardateur** : substance qui ralentit la réaction de prise du plâtre (ex. citrate de sodium). - **VLE** : ventilation locale d’extraction, dispositif visant à capturer les poussières à la source. ## Exercices d'application corrigés **Exercice 1** – Dosage de plâtre pour un mur Un maçon doit réaliser un enduit de 12 mm d’épaisseur sur un mur de surface 45 m². La densité apparente du plâtre sec est 0,8 g/cm³. Calculer la masse de plâtre nécessaire (en kg) en prévoyant un supplément de 5 % pour pertes de gâchage. *Corrigé* : Volume d’enduit = épaisseur × surface = 0,012 m × 45 m² = 0,54 m³. Masse théorique = volume × densité = 0,54 m³ × 800 kg/m³ = 432 kg. Ajout de 5 % : 432 kg × 1,05 = 453,6 kg → **≈ 454 kg** de plâtre à prévoir. **Exercice 2** – Vérification du temps de prise Un échantillon de plâtre donne un temps de prise initiale de 6,2 min (essai Vicat) et un temps de prise finale de 22 min. Le cahier des charges exige un temps de prise initiale compris entre 4 et 8 min et un temps de prise finale entre 18 et 30 min. L’échantillon est‑il conforme ? *Corrigé* : - Temps de prise initiale : 6,2 min ∈ [4,8] → conforme. - Temps de prise finale : 22 min ∈ [18,30] → conforme. Donc l’échantillon satisfait aux exigences. ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité 1. **Sur‑calcination** : chauffer le gypse au‑delà de 200 °C produit de l’anhydrite, qui ne reprend pas d’eau et rend le plâtre inutilisable. *Règle* : surveiller en continu la température du four avec un pyromètre réglé sur 150 °C ±10 °C. 2. **Mauvaise ventilation** : inhalation de poussières de gypse provoque irritation des voies respiratoires. *Règle* : maintenir le débit d’extraction VLE ≥ 0,5 m³/s et contrôler la concentration de poussières hebdomadairement. 3. **Dosage excessif d’accélérateur** : entraîne une prise trop rapide, rendant le gâchage difficile et provoquant des fissures de retrait. *Règle* : limiter l’accélérateur à 0,5 % du poids du gypse et réaliser un essai de prise avant chaque lot. 4. **Stockage en milieu humide** : le plâtre peut se réhydrater prématurément, formant des grumeaux. *Règle* : entreposer les sacs dans un local sec, avec une humidité relative < 60 % et vérifier l’étanchéité des silos. 5. **Oubli des EPI** : exposition directe aux poussières sans protection oculaire ou respiratoire. *Règle* : afficher clairement les consignes de port des EPI à l’entrée de chaque poste de travail et effectuer un contrôle quotidien. 6. **Mauvaise granulométrie** : une poudre trop grossière entraîne un mauvais mélange et une prise non uniforme. *Règle* : vérifier la granulométrie après chaque broyage (résidu à 90 µm ≤ 15 %) et ajuster le temps de broyage si nécessaire. --- *Fin de la fiche de cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la formule chimique du gypse naturel (dihydraté) ?
  2. 2. Quelle réaction chimique se produit lors de la calcination du gypse pour obtenir le plâtre de Paris ?
  3. 3. Quel est le nom du produit obtenu lorsqu'on chauffe le gypse à environ 150 °C ?
  4. 4. Lors de la déshydratation de 100 g de gypse (CaSO4·2H2O) en plâtre de Paris, quelle masse d'eau est théoriquement perdue ?
  5. 5. Pour produire 250 kg de plâtre de Paris (hemihydraté), quelle quantité de gypse naturel doit-on chauffer, sachant que la réaction de déshydratation conserve une mole de produit par mole de gypse ?
  6. 6. Pourquoi ajoute-t-on parfois un retardateur de prise (comme le sulfate de sodium) au plâtre lors de sa fabrication ?
  7. 7. Parmi les facteurs suivants, lequel influence le plus la résistance à la compression du plâtre après 24 h ?
  8. 8. Quel effet a une finesse de broyage de 200 µm sur le temps de prise du plâtre, et pourquoi ?
  9. 9. Un mélange de gypse (dihydraté) et d'anhydrite (CaSO4) est chauffé à 200 °C. Quelle proportion théorique d'anhydrite doit être présente dans le mélange initial pour obtenir, après refroidissement et réhydratation ambiante, un plâtre contenant 10 % de dihydraté résiduel (non déshydraté) ?
  10. 10. Lors de la fabrication du plâtre, on observe l'apparition de microfissures lors du séchage. Proposez deux causes possibles liées aux matières premières ou au procédé et expliquez comment les corriger.