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Chapitre 4

Formulation du plâtre (gypse)

Lecture : 10 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : à la fin de cette unité, l’élève sera capable de : - décrire la transformation chimique du gypse en plâtre de Paris ; - expliquer chaque étape du procédé industriel de fabrication du plâtre (concassage, broyage, calcination, refroidissement, mouture) ; - réaliser un calcul de dosage matière première/produit fini ; - interpréter les résultats des essais de prise et de résistance à la compression ; - appliquer les règles de sécurité et d’hygiène propres à un atelier de plâtrage au Cameroun. **Prérequis** : connaissances de base en chimie générale (formules moléculaires, masse molaire, réactions d’hydratation/déshydratation), lecture de schémas de procédés, notions de prévention des risques professionnels (port d’EPI, ventilation). --- ### Introduction contextualisée Le plâtre, principalement sous forme de plâtre de Paris (sulfate de calcium hém hydraté, CaSO₄·½H₂O), est un matériau incontournable du secteur de la construction au Cameroun : enduits, faux plafonds, staff, moulures et réparations. Les carrières de gypse les plus exploitées se trouvent dans les régions de l’Adamaoua et du Nord, où le minerai est extrait, puis acheminé vers les unités de transformation situées près des grands centres urbains (Yaoundé, Douala, Garoua). Maîtriser la technique de fabrication permet non seulement d’assurer la qualité du produit fini, mais aussi d’optimiser la consommation énergétique et de respecter les normes environnementales en vigueur. --- ## I. Matières premières et principe de la calcination ### A. Matière première – le gypse Le gypse naturel est le sulfate de calcium dihydraté : **CaSO₄·2H₂O**. Sa pureté influe directement sur la qualité du plâtre ; une pureté en CaSO₄·2H₂O supérieure à 92 % est généralement exigée. Au Cameroun, on utilise aussi du gypse synthétique issu des fumées de désulfuration des centrales thermiques, après lavage et séchage. > **>** Le gypse doit être exempt de matières organiques et de chlorures, sous peine de retarder la prise ou de provoquer des efflorescences. ### B. Principe de la réaction de calcination En chauffant le gypse à une température comprise entre **150 °C et 180 °C** en atmosphère d’air, on obtient une déshydratation partielle : \[ \text{CaSO₄·2H₂O} \;\xrightarrow{150-180 °C}\; \text{CaSO₄·½H₂O} \;+\; 1,5\,\text{H₂O (vapeur)} \] Le produit obtenu est le **plâtre de Paris** (sulfate de calcium hém hydraté). Si la température dépasse 200 °C, on risque la formation d’anhydrite (CaSO₄), moins réactive à l’eau. > **>** La température de calcination doit être contrôlée avec un pyromètre ; un dépassement de 20 °C au-delà de 180 °C entraîne une perte de prise supérieure à 30 %. ### C. Influence de l’atmosphère Un excès d’oxygène favorise l’oxydation des éventuelles impuretés sulfureuses, tandis qu’une atmosphère neutre (azote) limite la formation de sous‑oxydes. En pratique, l’air ambiant suffit, à condition que le débit soit réglé pour éviter l’enrichissement en vapeur d’eau qui ralentirait la réaction. --- ## II. Étapes du procédé de fabrication | Étape | Description | Équipement typique | Paramètre clé | |-------|-------------|--------------------|---------------| | 1. Concassage | Réduction du minerai en fragments < 25 mm | Concasseur à mâchoires | Ouverture 20 mm | | 2. Broyage | Mouture fine (< 0,5 mm) pour homogénéité | Broyeur à boulets ou à barres | D₅₀ < 0,5 mm | | 3. Sélection granulométrique | Élimination des trop gros ou trop fins | Crible vibrant | Résidu < 5 % > 1 mm | | 4. Calcination | Chauffage à 150‑180 °C | Four rotatif ou lit fluidisé | Temps de résidence 20‑30 min | | 5. Refroidissement | Refroidissement à < 50 °C pour éviter la réhydratation prématurée | Convoyeur à air refroidi | Température sortie < 50 °C | | 6. Mouture finale (optionnelle) | Obtention d’une finesse adaptée à l’enduit | Broyeur à jet d’air | Blaine 250‑350 cm²/g | | 7. Ensachage | Conditionnement en sacs de 25 kg | Ensacheuse automatique | Étanchéité vérifiée | > **>** Le refroidissement doit être effectué rapidement afin d’éviter la réabsorption d’humidité ambiante, qui provoquerait des grumeaux lors du stockage. ### Exemple chiffré – dosage matière première On souhaite produire **100 kg de plâtre de Paris** (CaSO₄·½H₂O). - Masse molaire du gypse (CaSO₄·2H₂O) : 172,17 g mol⁻¹ - Masse molaire du plâtre de Paris (CaSO₄·½H₂O) : 145,15 g mol⁻¹ Rapport masse produit / matière première : \[ \frac{145,15}{172,17}=0,843 \] Ainsi, la quantité de gypse nécessaire : \[ \frac{100\ \text{kg}}{0,843}=118,6\ \text{kg} \] On prévoit donc **≈ 119 kg de gypse brut** pour obtenir 100 kg de plâtre, en tenant compte d’une perte de 1,5 mol d’eau par mol de gypse. --- ## III. Contrôle de qualité, normes et sécurité ### A. Essais de prise - **Temps de début de prise** : mesuré avec l’aiguille de Vicat, doit être compris entre **4 et 12 min** selon la NF P 15‑201. - **Temps de fin de prise** : entre **20 et 40 min**. Un retard indique une sous‑calcination ou une humidité résiduelle trop élevée ; un accéléré révèle une surcalcination (formation d’anhydrite). ### B. Résistance à la compression Après 2 h de cure à 20 °C et 65 % HR, on éprouve des éprouvettes de 4 × 4 × 16 cm. La résistance minimale admise pour le plâtre de bâtiment est **2,5 MPa**. ### C. Pureté et granulométrie - Taux de CaSO₄·2H₂O ≥ 92 % (méthode titrimétrique). - Résidu au tamis 0,09 mm ≤ 5 % (laser diffraction). ### D. Normes applicables au Cameroun - **Arrêté n° 001/MINESEC du 12 mars 2022** relatif aux matériaux de construction – spécifications du plâtre. - **NF P 15‑201** (plâtre de Paris) utilisée comme référence technique. - **Décret n° 2018/345 du MINTP** sur la prévention des risques liés aux poussières siliceuses et sulfates. ### E. Sécurité et hygiène en atelier | Risque | Mesure de prévention | |--------|----------------------| | Inhalation de poussières de gypse | Port de masque filtrant (FFP2), aspiration localisée, ventilation générale ≥ 6 vol/h | | Contact oculaire | Lunettes de protection anti‑projette | | Brûlures par contact avec le four chaud | Gants résistants à la chaleur, écran thermique, formation à l’arrêt d’urgence | | Risques d’incendie (poussière combustible) | Nettoyage quotidien des gaines, interdiction de flammes nues près des silos | | Manutention de sacs lourds (≥ 25 kg) | Utilisation de chariots élévateurs, formation aux gestes de manutention sécurisée | > **>** Toute intervention sur le four doit être précédée d’un **verrouillage‑étiquetage (LOTO)** pour éviter la mise en marche accidentelle. --- ## Synthèse du chapitre - Le gypse (CaSO₄·2H₂O) se transforme en plâtre de Paris (CaSO₄·½H₂O) par chauffage à 150‑180 °C, avec perte de 1,5 mol d’H₂O. - Le procédé comprend concassage, broyage, sélection, calcination, refroidissement, éventuelle mouture finale et ensachage. - Les paramètres critiques sont la température de calcination, le temps de résidence et l’humidité du produit fini. - Le contrôle de qualité repose sur les essais de prise (Vicat), la résistance à la compression (≥ 2,5 MPa), la pureté en CaSO₄·2H₂O (≥ 92 %) et la granulométrie. - Au Cameroun, la fabrication doit respecter l’arrêté MINESEC du 12/03/2022 et la NF P 15‑201, tout en appliquant les mesures de prévention des poussières, des brûlures et des risques d’incendie. - Exemple de dosage : 118,6 kg de gypse donnent 100 kg de plâtre de Paris (perte d’eau théorique). --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Gypse | Sulfate de calcium dihydraté, CaSO₄·2H₂O, matière première du plâtre. | | Plâtre de Paris | Sulfate de calcium hém hydraté, CaSO₄·½H₂O, obtenu après calcination partielle du gypse. | | Calcination | Chauffage à température contrôlée provoquant une déshydratation partielle du gypse. | | Temps de prise (début) | Moment où le mélange eau‑plâtre commence à perdre sa fluidité, mesuré par l’aiguille de Vicat. | | Temps de prise (fin) | Moment où le mélange atteint une consistance ferme, toujours mesuré par Vicat. | | Résistance à la compression | Charge maximale qu’un éprouvette de plâtre peut supporter avant rupture, exprimée en MPa. | | SO₃ | Anhydride sulfurique, indicateur de la pureté du gypse/plâtre. | | Blaine | Mesure de la finesse d’un poudre (surface spécifique en cm²/g). | | LOTO | Verrouillage‑étiquetage, procédure de sécurité pour empêcher la mise en marche accidentelle d’un équipement. | | Vicat | Appareil permettant de déterminer les temps de prise des pâtes hydrauliques. | | Filtre FFP2 | Masque de protection filtrant au moins 94 % des particules aériennes. | | Lit fluidisé | Réacteur où les solides sont suspendus par un flux de gaz montant, assurant un chauffage uniforme. | --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Dosage matière première **Énoncé** : Une unité de production souhaite fabriquer 250 kg de plâtre de Paris. Quelle quantité de gypse brut (CaSO₄·2H₂O) doit-elle prévoir, en supposant une yield théorique de 84,3 % (comme vu précédemment) ? **Corrigé** : Rapport produit/matière première = 0,843. Masse de gypse nécessaire = 250 kg / 0,843 = 296,6 kg. On arrête à **297 kg de gypse** (prévoir une marge de 2 % pour les pertes opérationnelles → 303 kg). ### Exercice 2 – Contrôle de prise **Énoncé** : Lors d’un essai Vicat, on obtient un temps de début de prise de 6 min et un temps de fin de prise de 22 min. Le produit est‑il conforme à la NF P 15‑201 ? Justifiez. **Corrigé** : - Début de prise : 6 min ∈ [4,12] min → conforme. - Fin de prise : 22 min ∈ [20,40] min → conforme. Le plâtre satisfait donc les critères de prise. ### Exercice 3 – Sécurité en atelier **Énoncé** : Un ouvrier remarque une accumulation de poussière de gypse au niveau du convoyeur de refroidissement. Quelles actions immédiates doit‑il entreprendre selon les règles de sécurité ? **Corrigé** : 1. Arrêter le convoyeur suivant la procédure d’arrêt d’urgence. 2. Activer l’aspiration localisée et vérifier le bon fonctionnement du filtre à poussière. 3. Porter un masque FFP2 et des lunettes de protection avant de nettoyer manuellement la zone. 4. Nettoyer la poussière avec un aspirateur industriel équipé d’un filtre HEPA, jamais à balai sec. 5. Remettre en marche le convoyeur après contrôle visuel et validation du responsable d’équipe. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |------------------|-------------|--------------------------------------| | Surchauffe du four au‑delà de 200 °C | Formation d’anhydrite, perte de prise > 30 % | Vérifier en continu la température avec un pyromètre calibré ; couper l’alimentation si T > 190 °C. | | Refroidissement insuffisant (sortie du four > 80 °C) | Réhydratation prématurée, formation de grumeaux lors du stockage | Maintenir le flux d’air de refroidissement à ≥ 6 vol/m³ ; contrôler la température à la sortie du four (< 50 °C). | | Utilisation d’eau non déminéralisée pour le gâchage | Introduction de chlorures qui retardent la prise et provoquent des efflorescences | Utiliser de l’eau potable ou déminéralisée ; tester la conductivité si doute. | | Négliger le port du masque FFP2 lors du nettoyage des filtres | Inhalation de poussières de sulfate pouvant entraîner une irritation respiratoire | Porter systématiquement un masque FFP2 et des lunettes lors de toute opération générant des poussières. | | Stocker les sacs de plâtre près d’une source d’humidité (mur extérieur, fuite) | Prise partielle du produit en sac, perte de qualité | Entreposer les sacs sur des palettes, dans un local sec, à l’abri des infiltrations d’eau. | | Ne pas réaliser de contrôle Vicat avant chaque lot | Risque d’utiliser un plâtre hors spécifications (prise trop rapide ou trop lente) | Effectuer un essai Vicat sur un échantillon représentatif de chaque lot avant libération pour la chantier. | --- *Fin de la fiche de cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la formule chimique du gypse dihydraté utilisé comme matière première pour la fabrication du plâtre ?
  2. 2. Quel est le principal objectif de la calcination du gypse à environ 150 °C ?
  3. 3. Lors de la prise du plâtre, quelle réaction chimique se produit principalement ?
  4. 4. Un chantier nécessite 2,5 kg de plâtre pris. Sachant que le rapport eau/plâtre idéal pour une prise normale est de 0,6 (masse d'eau / masse de plâtre), quelle masse d'eau doit-on ajouter ?
  5. 5. L'ajout d'un retardateur comme le citrate de sodium augmente principalement :
  6. 6. Un moule de volume 0,012 m³ doit être rempli de plâtre pris. La densité apparente du plâtre pris est de 0,8 g/cm³. Quelle masse de plâtre (en kg) est nécessaire ?
  7. 7. Quel effet a une taille de particule plus fine du plâtre sur la maniabilité du mélange ?
  8. 8. Dans un environnement à forte humidité relative (80 %), quel ajustement est recommandé pour éviter une prise trop rapide du plâtre ?
  9. 9. La réaction de déshydratation du gypse dihydraté (CaSO4·2H2O) en hémydrate (CaSO4·0.5H2O) libère de la chaleur. En approximant l'enthalpie de formation du dihydraté à -2022 kJ/mol et celle de l'hémydrate à -1790 kJ/mol, quelle est l'enthalpie de réaction (ΔH) pour la déshydratation d'une mole de gypse ?
  10. 10. Un four continu de calcination a une longueur efficace de 30 m et le matériau se déplace à une vitesse linéaire de 0,02 m/s. Quel est le temps de résidence approximatif du gypse dans la zone de chauffe ?