Chapitre 31
La marche vers l’indépendance
Lecture : 12 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
À la fin de ce cours, l’élève sera capable de :
- expliquer les modalités de la tutelle de l’ONU sur le Cameroun français et britannique et ses impacts politiques ;
- analyser l’émergence et l’évolution du nationalisme camerounais après 1945, en mettant en lumière les acteurs, les formes de mobilisation et la réponse coloniale ;
- présenter les parcours et les contributions des grandes figures du nationalisme camerounais (Um Nyobé, Moumié, Ouandié, etc.) ;
- interpréter un document historique lié à la décolonisation du Cameroun et élaborer une réponse structurée aux types d’épreuves du baccalauréat (dissertation, commentaire, question de cours).
**Prérequis** : connaissances de base sur la Seconde Guerre mondiale, le système des mandats et des tutelles de la Société des Nations, ainsi que les notions de nationalisme et de décolonisation en Afrique.
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## Introduction contextualisée
Après la défaite de l’Allemagne en 1918, le Kamerun est placé sous mandat de la Société des Nations, puis, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, sous tutelle de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Cette période (1946‑1960) voit l’affirmation d’un nationalisme camerounais qui s’appuie sur les syndicats, les associations culturelles et les partis politiques, tout en confrontant les autorités coloniales françaises et britanniques. Le chapitre examine successivement la tutelle onusienne, le réveil nationaliste d’après‑guerre et les personnalités qui ont incarné cette quête d’indépendance.
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## I. La tutelle de l’ONU sur le Cameroun
### A. Contexte historique
- **1945** : fin de la Seconde Guerre mondiale ; création de l’ONU (Charte signée le 26 juin 1945).
- **13 décembre 1946** : l’Assemblée générale de l’ONU approuve le **accord de tutelle** pour le Cameroun français et le Cameroun britannique (résolution 65 (I)).
- Le Cameroun français devient un **territoire sous tutelle** administré par la France ; le Cameroun britannique est divisé en deux régions (Nord et Sud) placées sous tutelle britannique.
### B. Mécanismes de la tutelle
| Élément | Description | Référence légale |
|---|---|---|
| **Autorité administrante** | France (Cameroun français) ; Royaume‑Uni (Cameroun britannique) | Article 76 de la Charte de l’ONU |
| **Objectif** | Promouvoir le progrès politique, économique, social et éducatif afin de préparer l’autogouvernement | Résolution 65 (I) |
| **Organe de contrôle** | Conseil de tutelle de l’ONU (rapports annuels, visites) | Articles 87‑91 de la Charte |
| **Obligations de l’administrant** | Présenter des rapports de développement, respecter les droits fondamentaux, permettre la participation des populations | Rapport de tutelle 1947‑1950 |
> **>** La tutelle de l’ONU vise à transformer un territoire sous mandat en une nation prête à l’indépendance, contrairement au mandat qui avait surtout un caractère de tutelle provisoire.
### C. Conséquences
- **Évolution institutionnelle** : création de l’Assemblée territoriale du Cameroun français (1952) puis du Parlement camerounais (1956).
- **Pression internationale** : les rapports du Conseil de tutelle dénoncent régulièrement les pratiques coloniales (travail forcé, discrimination).
- **Accélération des revendications** : les leaders nationalistes utilisent la tribune onusienne pour réclamer l’autogouvernement puis l’indépendance.
- **Fin de la tutelle** : le 1er janvier 1960, le Cameroun français accède à l’indépendance ; le Cameroun britannique suit par référendum (1961) et se réunit partiellement avec le Nigeria ou rejoint la République du Cameroun.
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## II. Le nationalisme camerounais après la Deuxième Guerre mondiale
### A. Origines du nationalisme d’après‑guerre
- Retour des soldats camerounais ayant combattu pour les Alliés (ex. : tirailleurs sénégalais) ; ils prennent conscience de la contradiction entre la lutte pour la liberté en Europe et le maintien du colonialisme.
- Influence du **panafricanisme** (Congrès de Manchester 1945, idées de Kwame Nkrumah, George Padmore).
- Émergence d’une élite urbaine (enseignants, fonctionnaires, commerçants) formée dans les écoles missionnaires et les lycées de Yaoundé et de Douala.
### B. Mouvement des syndicats et des associations
| Organisation | Année de création | Principaux objectifs | Actions marquantes |
|---|---|---|---|
| **Union des Syndicats du Cameroun (USC)** | 1947 | Défense des droits des travailleurs, lutte contre le travail forcé | Grève des dockers de Douala (1948) |
| **Association des Étudiants Camerounais (AEC)** | 1949 | Promotion de l’éducation, conscience nationale | Conférences sur l’histoire du Kamerun précolonial |
| **Parti du Peuple Camerounais (PPC)** | 1948 (transformé en UPC en 1952) | Indépendance immédiate, unité du Cameroun | Manifestation du 22 septembre 1955 à Yaoundé (réprimée) |
> **>** L’UPC (Union des Populations du Cameroun), fondée en 1948 sous le nom de PPC, devient le principal parti nationaliste réclamant l’indépendance sans tutelle.
### C. Répression et évolutions
- **1955** : interdiction de l’UPC par le gouverneur français Roland Pré ; arrestation de ses dirigeants (Um Nyobé, Moumié).
- **1956‑1958** : guérilla rurale dans les régions du Sud‑Ouest et du Littoral (maquis de l’UPC).
- **Réponse britannique** : libéralisation progressive (élections législatives de 1954, 1956) pour éviter une radicalisation similaire.
- **Résultat** : malgré la répression, le nationalisme gagne en légitimité ; les négociations constitutionnelles aboutissent à l’autonomie interne (1957) puis à l’indépendance (1960).
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## III. Dossier 6 : Les grandes figures du nationalisme camerounais
| Figure | Rôle principal | Dates clés | Contribution majeure |
|---|---|---|---|
| **Ruben Um Nyobé** | Secrétaire général de l’UPC (1948‑1958) | Né 1913 – mort 1958 | Théoricien de l’indépendance immédiate ; auteur du manifeste « Le Cameroun doit être libre » (1952) ; symbole de la résistance armée. |
| **Félix‑Roland Moumié** | Président de l’UPC (après Um Nyobé) | Né 1925 – assassiné 1960 à Genève | Diplomate du mouvement ; a cherché le soutien de l’ONU et des pays non alignés ; victime d’un assassinat présumé par les services secrets français. |
| **Ernest Ouandié** | Chef de maquis de l’UPC (Sud‑Ouest) | Né 1924 – exécuté 1971 | A dirigé la guérilla après la mort des dirigeants ; son procès a mis en lumière les abus coloniaux. |
| **Ahmadou Ahidjo** | Premier président de la République du Cameroun (indépendant) | Né 1924 – mort 1989 | A négocié l’indépendance avec la France ; a opté pour un État fédéral (1961) puis un État unitaire (1972). |
| **John Ngu Foncha** | Premier ministre du Cameroun britannique (Sud) | Né 1916 – mort 1999 | A mené la campagne pour la réunification avec le Cameroun français (référendum 1961). |
| **Augustin Frédéric Kodock** | Leader syndicaliste et député (UPC) | Né 1920 – mort 1965 | A organisé les grèves de 1948‑1949 ; a représenté les travailleurs à l’Assemblée territoriale. |
| **Martin Paul Samba** | Officier allemand devenu résistant anti‑colonial | Né 1875 – exécuté 1914 | Préfigurait le nationalisme anticolonial bien avant la Seconde Guerre mondiale ; souvent cité comme précurseur. |
| **André-Marie Mbida** | Premier ministre du Cameroun français (1957‑1958) | Né 1917 – mort 1980 | A conduit les premières réformes internes ; a favorisé l’accès à l’éducation supérieure pour les Camerounais. |
| **Francis Bebey** | Écrivain et intellectuel engagé | Né 1929 – mort 2001 | A utilisé la littérature pour critiquer le néocolonialisme et valoriser les cultures camerounaises. |
> **>** Ruben Um Nyobé est souvent considéré comme le « père de l’indépendance camerounaise » ; son slogan « Indépendance maintenant » résume l’urgence du mouvement nationaliste après 1945.
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## Synthèse du chapitre
- La tutelle de l’ONU (1946‑1960) a placé le Cameroun sous un contrôle international visant à préparer l’autogouvernement, tout en laissant les puissances administrante (France, Royaume‑Uni) en place.
- Le nationalisme camerounais d’après‑guerre s’est appuyé sur le retour des anciens combattants, l’influence panafricaine et l’activisme syndical (USC, AEC, UPC).
- La répression coloniale (interdiction de l’UPC, arrestations, maquis) a radicalisé une partie du mouvement, tandis que les négociations constitutionnelles ont conduit à l’autonomie interne puis à l’indépendance.
- Des personnalités telles qu’Um Nyobé, Moumié, Ouandié, Ahidjo et Foncha ont joué des rôles complémentaires : théoriciens, diplomates, chefs de maquis, négociateurs et unificateurs.
- L’indépendance du Cameroun français (1er janvier 1960) et la réunification avec le Sud britannique (1er octobre 1961) marquent l’aboutissement de cette marche vers l’indépendance.
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## Glossaire
- **Tutelle** : régime international placé sous la supervision de l’ONU visant à préparer un territoire à l’autogouvernement ou à l’indépendance.
- **Mandat** : système de la Société des Nations (puis de l’ONU) confiant l’administration d’un ancien territoire ennemi à une puissance victorieuse.
- **UPC (Union des Populations du Cameroun)** : parti nationaliste camerounais fondé en 1948, prônant l’indépendance immédiate et l’unité du territoire.
- **Maquis** : groupe de guérilleros opérant en milieu rural, souvent en résistance contre l’autorité coloniale.
- **Panafricanisme** : mouvement intellectuel et politique visant l’unité et la libération des peuples africains.
- **Réunification** : processus ayant conduit, en 1961, à l’adhésion du Cameroun britannique du Sud à la République du Cameroun.
- **Fédéralisme** : système adopté au Cameroun de 1961 à 1972, comportant deux États fédérés (Cameroun oriental et Cameroun occidental) sous un gouvernement central.
- **Néocolonialisme** : forme d’influence économique et politique exercée par les anciennes puissances coloniales après l’indépendance formelle.
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## Étude de document / de cas
**Document** : Extrait du discours de Ruben Um Nyobé devant l’Assemblée territoriale du Cameroun français, 12 mars 1955.
> « Nous ne demandons pas une simple réforme, nous exigeons l’indépendance immédiate et totale du Cameroun. La tutelle de l’ONU n’est qu’un voile qui couvre la poursuite de l’exploitation coloniale. Chaque jour qui passe sans liberté est une journée de vol de nos richesses humaines et matérielles. »
**Commentaire pas à pas**
1. **Identification du locuteur et du contexte** – Ruben Um Nyobé, leader de l’UPC, s’adresse à l’assemblée territoriale, organe consultatif créé par la France en 1952 sous la tutelle onusienne. Le discours intervient après plusieurs années de répression (interdiction de l’UPC en 1955).
2. **Analyse du langage** – L’emploi du verbe « exiger » montre une posture de refus du compromis ; l’expression « voile qui couvre la poursuite de l’exploitation coloniale » dénonce la tutelle comme une façade légitimant le maintien du contrôle français.
3. **Arguments avancés** – Um Nyobé lie l’indépendance à la récupération des richesses (humaines et matérielles), thème récurrent du discours nationaliste africain des années 1950.
4. **Position par rapport à la tutelle** – Il conteste la finalité même de la tutelle, considérée par l’ONU comme préparatoire à l’autogouvernement, en affirmant qu’elle perpétue la colonisation.
5. **Conséquences historiques** – Ce type de discours a renforcé la légitimité de l’UPC auprès des masses rurales et urbaines, tout en provoquant une intensification de la répression (arrestation d’Um Nyobé en juillet 1955, puis son assassinat en septembre 1958).
6. **Lien avec le programme** – Le document illustre la leçon 16 (tutelle de l’ONU) et la leçon 17 (nationalisme après la Deuxième Guerre mondiale) en montrant comment les leaders nationalistes ont utilisé les tribunes offertes par la tutelle pour dénoncer son caractère insuffisant et réclamer l’indépendance immédiate.
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## Méthode et sujets type examen
### Sujet 1 – Dissertation
**Intitulé** : « En quoi la tutelle de l’ONU sur le Cameroun a-t-elle constitué à la fois un cadre de contrôle et un levier pour les aspirations nationalistes ? »
**Plan détaillé**
I. La tutelle comme instrument de contrôle international
A. Principes et objectifs de la tutelle (Charte de l’ONU, résolution 65 (I)).
B. Rôle de l’autorité administrante (France, Royaume‑Uni) et limites imposées (rapports, visites du Conseil de tutelle).
II. La tutelle comme espace de légitimation du nationalisme
A. Possibilité pour les leaders camerounais de s’adresser à l’ONU (pétitions, débats).
B. Utilisation des rapports du Conseil de tutelle pour dénoncer les abus coloniaux et gagner du soutien international.
III. Synthesis : ambivalence de la tutelle
A. Contrôle effectif mais aussi ouverture vers l’autodétermination.
B. Influence sur le calendrier de l’indépendance (1960‑1961) et sur la forme de l’État post‑colonial (fédéralisme puis unitarisme).
### Sujet 2 – Commentaire de document
**Document** : Extrait du rapport annuel du Conseil de tutelle sur le Cameroun français, 1957 (passage sur les revendications de l’UPC).
**Consignes** : Identifier la nature du document, en expliquer le contexte, en analyser le contenu et en montrer son intérêt pour comprendre l’évolution du nationalisme camerounais entre 1954 et 1958.
**Plan de commentaire**
1. **Introduction** – Présenter le rapport du Conseil de tutelle, son auteur (ONU), sa fréquence et son objectif (suivi de la mise en œuvre de la tutelle).
2. **Contextualisation** – Année 1957 : après l’interdiction de l’UPC (1955), intensification de la guérilla, débats sur l’autonomie interne.
3. **Analyse**
a. **Contenu** – Résumé des points clés : reconnaissance des griefs de l’UPC, appel à la modération, recommandation de réformes constitutionnelles.
b. **Ton et biais** – Langage diplomatique, tendance à minimiser la violence tout en reconnaissant les tensions.
c. **Valeur historique** – Montrer comment le rapport révèle la prise de conscience de l’ONU de l’insuffisance de la tutelle face à la montée du nationalisme.
4. **Conclusion** – Situer le document dans la trajectoire vers l’autonomie interne (1957) puis l’indépendance (1960).
### Sujet 3 – Question de cours
**Intitulé** : Expliquer les étapes clés de la marche vers l’indépendance du Cameroun français de 1946 à 1960, en mettant en évidence le rôle des grandes figures nationalistes.
**Réponse attendue (plan)**
- **1946‑1952** : Mise en place de la tutelle, création de l’Assemblée territoriale, premières revendications syndicales et étudiantes.
- **1952‑1955** : Montée de l’UPC, pétitions à l’ONU, grève des dockers (1948), discours d’Um Nyobé (1955).
- **1955‑1958** : Répression (interdiction de l’UPC, arrestations), guérilla du maquis, rôle de Moumié et Ouandié.
- **1958‑1960** : Négociations constitutionnelles, autonomie interne (1957), indépendance proclamée (1er janvier 1960).
- **Figures** : Um Nyobé (théoricien et martyr), Moumié (diplomate), Ouandié (résistant armé), Ahidjo (négociateur et premier président), Foncha (unificateur du Sud britannique).
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## Erreurs fréquentes
1. **Confondre tutelle et mandat** : croire que la tutelle de l’ONU était identique au mandat de la Société des Nations ; la tutelle prévoit un objectif d’indépendance, alors que le mandat était davantage une administration provisoire.
2. **Attribuer l’indépendance uniquement à la France** : négliger le rôle de la pression internationale (ONU, États‑Unis, bloc non aligné) et des actions des nationalistes camerounais.
3. **Confondre les deux Camerouns** : penser que le Cameroun britannique était une entité unique ; il était divisé en Nord (attaché au Nigéria) et Sud (optant pour la réunification).
4. **Sous-estimer l’impact de la guérilla** : considérer que l’indépendance a été obtenue uniquement par des négociations politiques, alors que la lutte armée a contraint la France à accélérer le processus.
5. **Mélanger les dates des référendums** : croire que le référendum du Sud britannique a eu lieu en 1960 ; il s’est déroulé en février‑mars 1961, entraînant la réunification le 1er octobre 1961.
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> **>** La maîtrise de ces distinctions permet d’éviter les confusions les plus répandues aux épreuves du baccalauréat et d’acquérir une vision nuancée de la marche vers l’indépendance du Cameroun.
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*Fin du cours.*
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