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Chapitre 23

Le nationalisme camerounais après la Deuxième Guerre mondiale

Lecture : 36 minQuiz de 8 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À l’issue de ce cours, l’élève sera capable de : 1. Situer la Deuxième Guerre mondiale dans son contexte mondial et expliquer ses déroulements majeurs. 2. Analyser les conséquences politiques, territoriales, économiques et institutionnelles du conflit, notamment la création de l’ONU. 3. Décrire la participation de l’Afrique et du Cameroun à la guerre, en mettant en évidence les enjeux coloniaux et les répercussions sur les sociétés locales. 4. Expliquer la bipolarisation du monde après 1945, l’influence des deux supergrands (États‑Unis et URSS) sur l’Europe, puis l’extension du bloc de l’Est. 5. Présenter les grandes étapes de l’histoire de la Chine de la Révolution culturelle à l’émergence économique. 6. Citer quelques grandes découvertes scientifiques et innovations techniques du XXᵉ siècle et en expliquer l’impact sur les sociétés. 7. Comprendre l’émergence du nationalisme camerounais après la Deuxième Guerre mondiale, identifier ses acteurs principaux, ses revendications et les réponses de l’administration coloniale. 8. Mobiliser ces connaissances pour analyser un document historique, produire une dissertation ou un commentaire de texte conforme aux attentes du baccalauréat. **Prérequis** : L’élève doit déjà maîtriser : - Les grandes lignes de l’histoire du XXᵉ siècle (Première Guerre mondiale, traités de Versailles, montée des totalitarismes). - Les notions de colonie, mandat, protectorat et décolonisation. - Les concepts de souveraineté, d’État-nation et de mouvement de libération nationale. - La capacité à lire une carte géographique et à situer des événements sur une chronologie. --- ## Introduction contextualisée La Deuxième Guerre mondiale (1939‑1945) constitue le tournant décisif du XXᵉ siècle : elle redessine les frontières, accélère le déclin des empires coloniaux et inaugure un nouvel ordre mondial basé sur la bipolarisation Est‑Ouest. En Afrique, et plus particulièrement au Cameroun – territoire placé sous mandat français et britannique après la Première Guerre mondiale – la guerre joue un rôle de catalyseur : la participation des tirailleurs camerounais aux côtés des forces alliées, l’exposition à des idées de liberté et de droits, ainsi que les difficultés économiques rencontrées pendant le conflit, nourrissent un désir d’émancipation qui se manifeste dès la fin des hostilités. Ce cours propose d’abord de revisiter les événements majeurs de la guerre mondiale, puis d’en examiner les conséquences immédiates (création de l’ONU, début de la Guerre froide). Nous nous intéresserons ensuite spécifiquement à l’implication de l’Afrique et du Cameroun, avant d’aborder la reconfiguration de l’Europe sous l’influence des deux supergrands et du « vent de l’Est ». Un détour par l’histoire récente de la Chine nous permettra de comprendre comment un autre grand acteur mondial a connu une transformation radicale après une période de bouleversement idéologique. Enfin, nous étudierons les grandes découvertes scientifiques et les innovations techniques qui ont façonné le quotidien des populations, avant de conclure par une analyse approfondie du nationalisme camerounais d’après‑guerre, de ses origines à son aboutissement vers l’indépendance en 1960. --- ## I. La Deuxième Guerre mondiale (Leçon 1) ### A. Contexte général La Deuxième Guerre mondiale éclate le 1er septembre 1939 lorsque l’Allemagne nazie envahit la Pologne. Ce conflit oppose principalement deux blocs : les **Puissances de l’Axe** (Allemagne nazie, Italie fasciste, Empire du Japon) et les **Puissances alliées** (Royaume‑Uni, France, Union soviétique après juin 1941, États‑Unis après décembre 1941, ainsi que de nombreux pays du Commonwealth et des colonies). > **Définition** : *Puissances de l’Axe* désigne l’alliance militaire formée par l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Japon impérial, basée sur une idéologie expansionniste et totalitaire. ### B. Déroulement majeur | Étape | Date | Événement principal | Lieu | |-------|------|---------------------|------| | Invasion de la Pologne | 1‑9‑1939 | Blitzkrieg allemand | Pologne | | Guerre de Phoney | 1939‑1940 | Période d’inactivité relative sur le front ouest | France | | Campagne de France | 10‑5‑1940 | Victoire rapide allemande | France, Belgique, Pays‑Bas | | Bataille d’Angleterre | juillet‑octobre 1940 | Défense aérienne britannique | Royaume‑Uni | | Opération Barbarossa | 22‑6‑1941 | Invasion allemande de l’URSS | Front de l’Est | | Attaque de Pearl Harbor | 7‑12‑1941 | Entrée des USA dans la guerre | Pacifique | | Débarquement en Normandie | 6‑6‑1944 | Ouverture du front ouest | France | | Bataille de Stalingrad | août 1942‑février 1943 | Turning point soviétique | URSS | | Capitulation de l’Allemagne | 8‑5‑1945 | Fin de la guerre en Europe | Europe | | Capitulation du Japon | 2‑9‑1945 | Fin de la guerre mondiale | Pacifique | ### C. Enjeux et acteurs - **Enjeux territoriaux** : conquête de l’espace vital (*Lebensraum*) pour l’Allemagne, contrôle des ressources pétrolières du Moyen‑Orient et du Caucase, domination japonaise en Asie‑Pacifique. - **Enjeux idéologiques** : lutte entre démocratie libérale, communisme soviétique et fascisme/nazisme. - **Acteurs clés** : Adolf Hitler (Allemagne), Benito Mussolini (Italie), Hirohito (Japon), Winston Churchill (Royaume‑Uni), Franklin D. Roosevelt (États‑Unis), Joseph Staline (URSS), Charles de Gaulle (France libre). ### D. Tableau récapitulatif (chronologie simplifiée) > **À retenir** : La Seconde Guerre mondiale dure six ans, implique plus de trente pays et cause environ 70‑80 millions de morts, dont une majorité de civils. | Période | Phase principale | Conséquence immédiate | |---------|------------------|-----------------------| | 1939‑1941 | Expansion de l’Axe | Occupation de l’Europe occidentale et du Nord‑Afrique | | 1941‑1943 | Retour de l’offensive alliée | Stalingrad, Midway, débarquement en Afrique du Nord | | 1944‑1945 | Libération et défaite de l’Axe | Débarquement en Normandie, libération de Paris, chute de Berlin | --- ## II. Les conséquences de la Deuxième Guerre mondiale et la naissance de l’ONU (Leçon 2) ### A. Conséquences politiques, territoriales, économiques 1. **Redéfinition des frontières** : l’Allemagne est divisée en quatre zones d’occupation (USA, URSS, Royaume‑Uni, France) ; la Pologne gagne des territoires à l’est au détriment de l’Allemagne ; l’URSS annexe les pays baltes et une partie de la Pologne orientale. 2. **Déclin des empires coloniaux** : la guerre affaiblit considérablement les puissances européennes (Royaume‑Uni, France, Belgique, Pays‑Bas) ; les mouvements d’indépendance gagnent en légitimité. 3. **Création d’institutions internationales** : afin d’éviter un nouveau conflit mondial, les Alliés établissent l’Organisation des Nations Unies (ONU) en 1945, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale en 1944 (conférence de Bretton Woods). 4. **Conséquences économiques** : l’Europe subit des destructions massives ; le plan Marshall (1948‑1952) injecte plus de 13 milliards de dollars américains pour la reconstruction de l’Europe occidentale. > **À retenir** : Le plan Marshall vise à rétablir les économies européennes, à empêcher l’expansion du communisme et à consolider l’alliance transatlantique. ### B. Naissance de l’ONU - **Date** : 24 octobre 1945, entrée en vigueur de la Charte des Nations Unies. - **Lieu** : San Francisco (Conférence des Nations Unies sur l’organisation internationale, avril‑juin 1945). - **Objectifs principaux** : maintenir la paix et la sécurité internationales, développer les relations amicales entre nations, réaliser la coopération internationale dans la résolution des problèmes économiques, sociaux, culturels et humanitaires. - **Structure** : Assemblée générale (représentation égale), Conseil de sécurité (5 membres permanents avec droit de veto : USA, URSS, Royaume‑Uni, France, Chine), Secrétariat, Cour internationale de Justice. ### C. Tableau récapitulatif | Institution | Année de création | Fonction principale | Siège | |-------------|-------------------|---------------------|-------| | ONU | 1945 | Paix et sécurité internationales | New York | | FMI | 1944 | Stabilité financière mondiale | Washington | | Banque mondiale | 1944 | Financement du développement | Washington | | OTAN | 1949 | Défense collective occidentale | Bruxelles | | Pacte de Varsovie | 1955 | Alliance militaire de l’Est | Moscou | --- ## III. TD 1 : L’Afrique dans la Deuxième Guerre mondiale ### A. Participation des colonies africaines - **Tirailleurs africains** : plus d’un million de soldats africains sont recrutés par les puissances coloniales (France, Royaume‑Uni, Belgique). Ils combattent en Europe (Campagne d’Italie, libération de la France), en Afrique du Nord (bataille de Tobrouk) et en Asie (Birmanie). - **Ressources économiques** : les colonies fournissent minerais (cuivre du Katanga, diamants du Congo), produits agricoles (cacao, café, huile de palme) et main‑d’œuvre pour l’industrie de guerre. - **Front africain** : les campagnes du désert occidental (Égypte‑Libye) voient s’affronter les forces de l’Axe et les Alliés, avec une participation notable des unités sud‑africaines, néo‑zélandaises et indiennes, ainsi que des troupes françaises libres provenant d’Afrique équatoriale française. ### B. Impact sur les sociétés africaines 1. **Éveil politique** : l’expérience du front, le contact avec des soldats d’autres continents et l’exposition aux idées de liberté et de droits humains stimulent le nationalisme africain. 2. **Transformation économique** : la demande de matières premières accélère l’exploitation coloniale, mais crée aussi une classe ouvrière urbaine et un début d’industrialisation limitée. 3. **Répressions et réformes** : après la guerre, les puissances coloniales tentent de réprimer les mouvements naissants (ex. massacres de Sétif et Guelma en Algérie, 1945) tout en lançant des réformes tardives (loi Lamine Guèye de 1946 accordant la citoyenneté française aux sujets des colonies). > **À retenir** : La participation africaine à la Seconde Guerre mondiale constitue un facteur majeur de la prise de conscience anti‑coloniale qui éclatera dans les années 1950‑1960. ### C. Tableau récapitulatif | Pays colonisé | Troupes fournies (approx.) | Théâtres d’opérations principaux | Conséquence sociopolitique notable | |---------------|----------------------------|----------------------------------|------------------------------------| | Sénégal (France) | 60 000 | Italie, France | Renforcement du sentiment de citoyenneté | | Nigeria (R‑U) | 90 000 | Afrique du Nord, Birmanie | Émergence de syndicats ouvriers | | Congo belge | 40 000 | Afrique orientale, Moyen‑Orient | Augmentation des revendications salariales | | Afrique du Sud (R‑U) | 130 000 | Afrique du Nord, Italie | Consolidation du pouvoir du parti nationaliste afrikaner (après‑guerre) | --- ## IV. Dossier 1 : Le rôle du Cameroun dans la Deuxième Guerre mondiale ### A. Situation du Cameroun (mandats français et britannique) Après la Première Guerre mondiale, le Kamerun allemand est placé sous mandat de la Société des Nations : - **Cameroun français** (environ 80 % du territoire) administré depuis Yaoundé. - **Cameroun britannique** (Deux régions : Nord‑Ouest et Sud‑Ouest) administré depuis Lagos (Nigeria) puis depuis Buea. ### B. Contribution militaire - **Tirailleurs camerounais** : environ 15 000 hommes sont enrôlés dans les troupes coloniales françaises ; ils participent à la Campagne de Tunisie (1942‑1943), à la libération de la Corse et de la Provence (1944). - **Forces françaises libres** : certains volontaires camerounais rejoignent les FFL à Brazzaville et prennent part à la campagne du Gabon et de la Côte d’Ivoire. - **Cameroun britannique** : le régiment du *West African Frontier Force* (WAAF) comprend des compagnies camerounaises qui combattent en Éthiopie et en Somalie britannique contre les forces italiennes. ### C. Conséquences internes 1. **Éveil politique** : le retour des soldats apporte des récits de fraternité d’armes et des revendications d’égalité ; des associations d’anciens combattants voient le jour (ex. *Association des Anciens Combattants du Cameroun*). 2. **Crises économiques** : la guerre perturbe les échanges commerciaux ; la pénurie de produits importés (tissus, sel) entraîne des hausses de prix et des mouvements de protestation (émeutes de 1943 à Douala). 3. **Répression coloniale** : les autorités françaises surveillent étroitement les activités politiques ; toute allusion à l’indépendance est passible d’arrestation (ex. arrestation de leaders syndicaux en 1944). > **À retenir** : Le Cameroun, bien que lointain des théâtres européens, contribue significativement à l’effort de guerre allié et en retire une prise de conscience qui alimente les premiers mouvements nationalistes d’après‑guerre. ### D. Tableau récapitulatif | Élément | Donnée clé | Impact | |---------|------------|--------| | Effectif tirailleurs camerounais (FFL) | ~15 000 | Participation à la libération du sud de la France | | Régiments camerounais du WAAF | 2 bataillons | Combat en Afrique de l’Est contre l’Italie | | Pertes camerounaises (approx.) | 1 200 morts | Souffrance humaine, renforcement du sentiment de sacrifice | | Événement intérieur marquant | Émeutes de Douala, 1943 | Première manifestation populaire de mécontentement économique | | Création d’associations d’anciens combattants | 1944‑1945 | Base organisationnelle pour les futurs partis politiques | --- ## V. Leçon 3 : L’Europe sous l’influence des deux supergrands ### A. Bipolarisation US‑URSS À la fin de la guerre, deux puissances émergent comme les seules capables de projeter leur puissance à l’échelle globale : les **États‑Unis** (économie industrielle intacte, monopole de l’arme nucléaire jusqu’en 1949) et l’**Union soviétique** (armée rouge victorieuse, contrôle de l’Europe de l’Est). > **Définition** : *Supergrand* désigne un État possédant une capacité militaire, économique et politique suffisante pour influencer les affaires mondiales de façon autonome. ### B. Guerre froide en Europe - **Bloc de l’Ouest** : formation de l’OTAN (1949) regroupant USA, Canada et les démocraties européennes occidentales sous la garantie de défense mutuelle. - **Bloc de l’Est** : création du **Kominform** (1947) puis du **Pacte de Varsovie** (1955) unissant l’URSS et ses démocraties populaires (Allemagne de l’Est, Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie). - **Événements marquants** : blocus de Berlin (1948‑1949), révolte de Berlin-Est (1953), crise des missiles de Cuba (1962) – bien que située hors d’Europe, elle illustre la tension globale. - **Doctrine de containment** (George Kennan, 1947) : politique américaine visant à empêcher l’expansion du communisme par des alliances militaires, de l’aide économique et des interventions couvertes. ### C. Tableau récapitulatif | Élément | Bloc de l’Ouest | Bloc de l’Est | |---------|----------------|--------------| | Alliance militaire | OTAN (1949) | Pacte de Varsovie (1955) | | Ideologie dominante | Démocratie libérale, économie de marché | Communisme marxiste‑léniniste, économie planifiée | | Puissance nucléaire | USA (1945), puis UK (1952), France (1960) | URSS (1949) | | Exemple de crise | Blocus de Berlin (1948‑49) | Révolte de Hongrie (1956) | | Organisation économique | Plan Marshall (1948‑52) | Comecon (1949‑1991) | --- ## VI. Leçon 4 : L’Europe sous l’influence du vent de l’Est ### A. Expansion du communisme en Europe de l’Est Après la Seconde Guerre mondiale, l’URSS installe des gouvernements communistes dans les pays libérés par l’Armée rouge : - **Pologne** (gouvernement pro‑soviétique installé 1947) - **Allemagne de l’Est** (République démocratique allemande fondée 1949) - **Tchécoslovaquie** (coup de Prague 1948) - **Hongrie** (République populaire hongroise 1949) - **Roumanie** (République populaire roumaine 1947) - **Bulgarie** (République populaire de Bulgarie 1946) Ces États adoptent des constitutions inspirées du modèle soviétique, nationalisent les moyens de production, instaurent un parti unique et mettent en place la police politique (Stasi en RDA, Securitate en Roumanie, etc.). > **À retenir** : L’expression « vent de l’Est » désigne la diffusion de l’influence soviétique et du modèle communiste à travers l’Europe orientale après 1945. ### B. Conséquences politiques et sociales - **Répression des oppositions** : arrestations, camps de travail (goulags), procès spectacles (ex. procès de László Rajk en Hongrie, 1949). - **Migrations** : fuite de centaines de milliers d’individus vers l’Ouest (ex. exode allemand de 1961 entraînant la construction du mur de Berlin). - **Échanges culturels limités** : la propagande pro‑soviétique domine les médias ; les contacts avec l’Ouest sont surveillés et souvent interdits. - **Crises ponctuelles** : révolte de Poznań (1956), printemps de Prague (1968) écrasé par l’intervention du Pacte de Varsovie. ### C. Tableau récapitulatif | Pays | Année d’installation du régime communiste | Parti au pouvoir | Principale forme de répression | |------|-------------------------------------------|------------------|--------------------------------| | Pologne | 1947 | Parti ouvrier unifié polonais (PZPR) | UB (police secrète) | | Allemagne de l’Est | 1949 | Parti socialiste unifié d’Allemagne (SED) | Stasi | | Tchécoslovaquie | 1948 | Parti communiste de Tchécoslovaquie (KSČ) | StB | | Hongrie | 1949 | Parti travailliste hongrois (MDP) | ÁVH | | Roumanie | 1947 | Parti communiste roumain (PCR) | Securitate | | Bulgarie | 1946 | Parti communiste bulgare (BKP) | DS | --- ## VII. Leçon 5 : La Chine de la révolution culturelle à l’émergence économique ### A. Révolution culturelle (1966‑1976) Lancée par Mao Zedong en mai 1966, la Révolution culturelle vise à éliminer les « éléments bourgeois » du Parti communiste chinois (PCC) et à renouveler l’idéologie maoïste à travers : - **Mobilisation de la jeunesse** : création des Gardes rouges, groupes d’étudiants qui attaquent les intellectuels, détruisent les temples, brûlent les livres considérés comme « féodaux ». - **Campagne contre les « quatre vieilleries »** : anciennes idées, anciennes cultures, anciennes coutumes, anciennes habitudes. - **Purges au sein du Parti** : nombreux hauts cadres (ex. Liu Shaoqi, Deng Xiaoping) sont écartés, arrêtés ou soumis à des travaux forcés. - **Conséquences** : chaos social, baisse de la production industrielle et agricole, famine dans certaines régions, perte de près de deux millions de vies selon les estimations les plus modérées. > **À retenir** : La Révolution culturelle constitue une décennie de turmoil idéologique qui affaiblit temporairement la capacité de gouvernance de la Chine. ### B. Réformes de Deng Xiaoping et émergence économique (à partir de 1978) Après la mort de Mao (1976) et la chute de la bande des Quatre, Deng Xiaoping prend le pouvoir et lance la politique de « réforme et ouverture » : - **Responsabilité familiale dans l’agriculture** : le système des *contrats de production* permet aux paysans de conserver l’excédent de leur production après avoir rempli un quota fixé par l’État. - **Création de zones économiques spéciales** : Shenzhen, Zhuhai, Shantou et Xiamen (1980) attirent l’investissement étranger grâce à des avantages fiscaux et une réglementation assouplie. - **Réforme des entreprises d’État** : introduction de la responsabilité des gestionnaires, autorisation de la concurrence limitée et ouverture au capital étranger. - **Ouverture au commerce extérieur** : adhésion à l’OMC en 2001, mais déjà dès les années 1990 la Chine devient l’usine du monde. Les résultats sont spectaculaires : le PIB réel croît en moyenne de 9‑10 % par an durant les années 1980‑2000, le taux de pauvreté rurale chute de plus de 80 %, et la Chine devient la deuxième économie mondiale en termes de PIB nominal vers 2010. > **À retenir** : Les réformes de Deng Xiaoping transforment la Chine d’une économie planifiée en crise en une puissance manufacturière et commerciale globale. ### C. Tableau récapitulatif | Période | Politique principale | Indicateur clé | Résultat majeur | |---------|----------------------|----------------|-----------------| | 1966‑1976 | Révolution culturelle | Indice de production industrielle (‑30 % en moyenne) | Crise sociale, pertes humaines | | 1978‑1984 | Responsabilité familiale agricole | Rendement du riz (+40 %) | Sécurité alimentaire améliorée | | 1980‑1990 | Zones économiques spéciales | IDE (investissement direct étranger) ×10 | Essor de Shenzhen | | 1992‑2001 | Ouverture au marché mondial | PIB annuel moyen +9,5 % | Intégration à l’OMC (2001) | | 2001‑présent | Économie socialiste de marché | PIB nominal 2ᵉ rang mondial (2023) | Leadership dans hautes technologies (5G, IA) | --- ## VIII. Leçon 14 : Les grandes découvertes scientifiques Nous sélectionnons quelques découvertes qui ont profondément modifié la compréhension du monde et la vie quotidienne. | Découverte | Année | Scientifique(s) | Domaine | Application concrète | |------------|-------|-----------------|---------|----------------------| | Structure de l’ADN (double hélice) | 1953 | James Watson, Francis Crick (avec les données de Rosalind Franklin) | Biologie moléculaire | Génétique, biotechnologie, médecine personnalisée | | Pénicilline (antibiotique) | 1928 (développement clinique 1940‑1945) | Alexander Fleming, Howard Florey, Ernst Chain | Microbiologie | Traitement des infections bactériennes, sauvé des millions de vies pendant et après la guerre | | Théorie du Big Bang | 1927 (formalisation 1948) | Georges Lemaître, puis George Gamow, Ralph Alpher | Cosmologie | Compréhension de l’origine et de l’évolution de l’univers | | Découverte du rayonnement cosmologique de fond | 1965 | Arno Penzias, Robert Wilson | Astrophysique | Confirmation de la théorie du Big Bang | | Transistor à effet de champ | 1947 | John Bardeen, Walter Brattain, William Shockley (Bell Labs) | Physique du solide | Base de l’électronique moderne (ordinateurs, téléphones) | | Découverte du VIH (virus du SIDA) | 1983 | Luc Montagnier, Françoise Barré‑Sinoussi | Virologie | Développement de tests de dépistage et de thérapies antirétrovirales | > **À retenir** : La découverte de la structure de l’ADN a ouvert la voie au génie génétique, permettant aujourd’hui des thérapies géniques et des cultures agricoles résistantes. ### Tableau récapitulatif (simplifié) | Découverte | Impact immédiat | Impact à long terme | |------------|----------------|---------------------| | ADN | Compréhension du mécanisme de l’hérédité | Thérapie génique, CRISPR, médecine personnalisée | | Pénicilline | Réduction drastique de la mortalité infectieuse pendant la Seconde Guerre mondiale | Ère des antibiotiques, lutte contre les résistances | | Big Bang | Nouvelle vision cosmologique | Recherche sur l’énergie noire, expansion de l’univers | | Transistor | Remplacement des tubes électroniques | Miniaturisation, révolution informatique | --- ## IX. Leçon 15 : Les grandes innovations techniques | Innovation | Année | Inventeur(s)/Entreprise | Secteur | Transformation sociétale | |------------|-------|--------------------------|---------|--------------------------| | Ordinateur électronique (ENIAC) | 1946 | John Mauchly, J. Presper Eckert (Université de Pennsylvanie) | Informatique | Premiers calculs balistiques, puis applications civiles (comptabilité, conception assistée) | | Circuit intégré | 1958 | Jack Kilby (Texas Instruments) & Robert Noyce (Fairchild) | Électronique | Miniaturisation massive, naissance des microprocesseurs | | Premier vol humain dans l’espace (Youri Gagarine) | 1961 | Programme soviétique Vostok | Aérospatiale | Course à l’espace, développement des télécommunications satellitaires | | Internet (ARPANET → TCP/IP) | 1969 (ARPANET), 1983 (TCP/IP) | Département de la Défense USA, Vint Cerf, Bob Kahn | Télécommunications | Réseau mondial d’information, commerce électronique, travail à distance | | Téléphone portable (premier appel) | 1973 | Martin Cooper (Motorola) | Télécommunications | Mobilité des communications, émergence de la société de l’information | | Imprimante 3D (stéréolithographie) | 1984 | Chuck Hull (3D Systems) | Fabrication additive | Prototypage rapide, production décentralisée, médecine personnalisée (implants) | > **À retenir** : Le passage du tube à vide au transistor puis au circuit intégré a permis la réduction de taille et l’augmentation exponentielle de la puissance de calcul, fondement de la société numérique actuelle. ### Tableau récapitulatif | Innovation | Facteur déclencheur | Conséquence principale | |------------|--------------------|------------------------| | ENIAC | Besoin de calculs balistiques pendant la guerre | Premiers ordinateurs à usage général | | Circuit intégré | Demande de miniaturisation pour l’aérospatiale | Microprocesseurs, ordinateurs personnels | | Vol spatial humain | Rivalité Est‑Ouest durant la Guerre froide | Télécommunications satellitaires, observation de la Terre | | Internet | Recherche d’un réseau résistant à la destruction nucléaire | Mondialisation de l’information, économie numérique | | Téléphone portable | Miniaturisation des composants électroniques | Communication ubiquitaire, réseaux sociaux | | Imprimante 3D | Besoin de prototypage rapide dans l’industrie | Fabrication à la demande, réduction des déchets | --- ## X. Leçon 17 : Le nationalisme camerounais après la Deuxième Guerre mondiale ### A. Contexte post‑guerre (1945‑1950) 1. **Affaiblissement de la légitimité coloniale** : la France, victorieuse mais épuisée, peine à maintenir le contrôle étroit de ses territoires d’outre‑mer. 2. **Retour des tirailleurs** : environ 12 000 camerounais démobilisés rentrent au pays avec une expérience de fraternité d’armes et une conscience accrue de leurs droits. 3. **Émergence de syndicats et d’associations** : la *Confédération des travailleurs camerounais* (CTC) voit le jour en 1946, suivie par l’*Union des populations du Cameroun* (UPC) fondée en 1948 sous l’impulsion de Ruben Um Nyobé. 4. **Climat international favorable à la décolonisation** : la Charte des Nations Unies (article 73) reconnaît le principe de l’autodétermination des peuples ; la Guerre froide pousse les deux blocs à gagner des alliés dans le Tiers‑monde. > **À retenir** : La période 1945‑1950 constitue un « moment critique » où les aspirations nationales camerounaises trouvent à la fois un écho local et un soutien international relatif. ### B. Les acteurs et les courants du nationalisme camerounais | Courant / Organisation | Fondateur(s) / Leader(s) | Idéologie principale | Moyens d’action | |------------------------|--------------------------|----------------------|-----------------| | **UPC** (Union des populations du Cameroun) | Ruben Um Nyobé (1913‑1958), Félix‑Roland Moumié (1925‑1960), Osende Afana (1930‑1966) | Indépendance immédiate, unification du Cameroun français et britannique, socialiste africain | Mobilisation de masse, grève, propagande via le journal *La Voix du Cameroun* | | **Parti du progrès camerounais (PPC)** | Ahmadou Ahidjo (1924‑1989) (plus tard) | Autonomie graduelle, coopération avec la France, modéré | Participation aux institutions coloniales, négociation | | **Mouvement de libération du Kamerun (MLK)** | Leaders issus de l’ex‑Bamileke (ex. Ernest Ouandié) | Indépendance par la lutte armée, fédéralisme | Guérilla rurale, soutien populaire dans l’Ouest | | **Association des anciens combattants camerounais (AACC)** | Anciens tirailleurs | Défense des droits des vétérans, revendication de reconnaissance | Pétitions, manifestations pacifiques | ### C. Étapes clés du processus d’indépendance | Année | Événement | Description | |-------|-----------|-------------| | 1948 | Fondation de l’UPC à Yaoundé | Premier parti politique ouvertement indépendantiste | | 1952 | Première grève générale à Douala | Revendication de meilleures conditions de travail et de reconnaissance politique | | 1955 | Révolte du Bassa (Bassa uprising) | Soulèvement armé réprimé sévèrement par les forces françaises (plus de 100 morts) | | 1956 | Loi cadre Defferre (France) | Octroi d’une certaine autonomie interne aux territoires d’outre‑mer ; création de l’Assemblée territoriale du Cameroun | | 1958 | Assassinat de Ruben Um Nyobé (13 septembre) | Leader de l’UPC tué par l’armée française ; déclenche une vague de répression | | 1960 | Indépendance du Cameroun français (1 janvier) | Ahmadou Ahidjo devient premier président | | 1960 | Rattachement du Sud‑Ouest britannique au Cameroun (1 octobre) | Suite au plébiscite de février 1961, le Sud‑Ouest choisit de rejoindre le Cameroun français | | 1961 | Intégration du Nord‑Ouest britannique au Nigeria (1 juin) | Suite au même plébiscite, le Nord‑Ouest choisit de rejoindre le Nigeria | | 1961‑1972 | République fédérale du Cameroun | Fédération du Cameroun français (Est) et du Sud‑Ouest britannique (Ouest) | | 1972 | Réunification sous un État unitaire | Referendum du 20 mai 1972 transforme la fédération en République unie du Cameroun sous Ahidjo | > **À retenir** : L’indépendance du Cameroun résulte d’une combinaison de pression interne (grèves, révoltes, mouvements politiques) et de concessions externes (loi cadre, contexte de décolonisation africaine). ### D. Conséquences et héritages - **Instabilité politique initiale** : les premières années sont marquées par des tentatives de coup d’État, des insurgées (notamment la rébellion de l’UPC dans les régions de l’Ouest et du Sud) et des répressions sévères (camps de détention, exécutions sommaires). - **Construction de l’État** : Ahidjo met en place un État centralisé, un parti unique (l’UNION camerounaise, puis l’UNION du peuple camerounais – UPC devient clandestine) et une politique de « camerounisation » de l’administration. - **Héritage du nationalisme** : les figures de Um Nyobé, Moumié et Ouandié deviennent des symboles de résistance ; leurs noms sont donnés à des rues, des écoles et des monuments nationaux. - **Leçons pour la décolonisation** : le cas camerounais montre que la voie pacifique (négociations, réformes) peut coexister avec la lutte armée, et que l’unification des territoires sous différents mandats reste un défi majeur. ### E. Tableau récapitulatif | Phase | Dates clés | Acteurs principaux | Résultat | |-------|------------|--------------------|----------| | Éveil syndicaliste | 1945‑1950 | CTC, AACC, premiers journaux revendicatifs | Prise de conscience ouvrière | | Formation de l’UPC | 1948‑1955 | Um Nyobé, Moumié, Afana | Parti de masse indépendantiste | | Révoltes et répression | 1955‑1958 | Populations rurales, forces françaises | Répression sévère, perte de leaders | | Indépendance du Cameroun français | 1959‑1960 | Ahidjo, représentants français, ONU | Indépendance du Cameroun français (1 janv. 1960) | | Plebiscite britannique et intégration | 1960‑1961 | Plébiscite ONU, Ahidjo, représentants britanniques | Sud‑Ouest rejoint le Cameroun (1 oct. 1960) ; Nord‑Ouest rejoint le Nigeria (1 juin 1961) | | République fédérale | 1961‑1972 | Ahidjo, représentants du Sud‑Ouest | Fédération du Cameroun français et du Sud‑Ouest britannique | | État unitaire | 1972‑présent | Ahidjo, référendum de 1972 | République unie du Cameroun | --- ## Synthèse du chapitre - **La Deuxième Guerre mondiale** (1939‑1945) oppose l’Axe aux Alliés ; elle entraîne la défaite des puissances européennes, la montée des deux supergrands (USA, URSS) et la création de l’ONU (1945). - **L’Afrique** participe massivement (tirailleurs, ressources) ; l’expérience de guerre accélère la prise de conscience anti‑coloniale, notamment au Cameroun où les troupes françaises et britanniques sont engagées. - **Le Cameroun** fournit environ 15 000 tirailleurs ; le retour des soldats alimente les premiers syndicats et mouvements politiques (UPC, CTC). - **Après‑guerre**, l’Europe se divise en blocs d’Ouest (OTAN) et d’Est (Pacte de Varsovie) ; le « vent de l’Est » désigne l’expansion du communisme en Europe de l’Est. - **La Chine** connaît la Révolution culturelle (1966‑1976) puis les réformes de Deng Xiaoping (à partir de 1978) qui la transforment en puissance économique mondiale. - **Les grandes découvertes scientifiques** (ADN, pénicilline, Big Bang, transistor) et **les grandes innovations techniques** (ordinateur, circuit intégré, espace, Internet, téléphone portable, imprimante 3D) redéfinissent la vie quotidienne et les économies. - **Le nationalisme camerounais d’après‑guerre** s’appuie sur le retour des combattants, la création de l’UPC (1948), les grèves et révoltes (1952‑1955), la répression française, les réformes de la loi cadre Defferre (1956) et aboutit à l’indépendance du Cameroun français le 1 janvier 1960, suivie de la réunification avec le Sud‑Ouest britannique en octobre 1960 et du Nord‑Ouest au Nigeria en juin 1961, puis de la fédération (1961‑1972) et de l’État unitaire depuis 1972. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | **Puissances de l’Axe** | Alliance militaire formée par l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Japon impérial durant la Seconde Guerre mondiale. | | **Puissances alliées** | Coalition regroupant le Royaume‑Uni, la France, l’Union soviétique (après 1941), les États‑Unis (après 1941) et leurs alliés, opposée à l’Axe. | | **Bloc de l’Ouest** | Ensemble des démocraties occidentales liées aux États‑Unis par l’OTAN, caractérisé par des régimes parlementaires et des économies de marché. | | **Bloc de l’Est** | Groupe des États socialistes d’Europe centrale et orientale liés à l’URSS par le Pacte de Varsovie, avec des économies planifiées et un parti unique. | | **UPC (Union des populations du Cameroun)** | Parti politique camerounais fondé en 1948, prônant l’indépendance immédiate et l’unification du territoire camerounais. | | **Tirailleurs** | Soldats africains recrutés dans les colonies françaises pour servir dans l’armée métropolitaine, notamment durant les deux guerres mondiales. | | **Plan Marshall** | Programme d’aide économique américaine (1948‑1952) destiné à la reconstruction de l’Europe occidentale après la Seconde Guerre mondiale. | | **Révolution culturelle** | Mouvement idéologique lancé par Mao Zedong en 1966 en Chine visant à éliminer les « éléments bourgeois » et à renouveler l’idéologie maoïste à travers la mobilisation de la jeunesse et la destruction des « quatre vieilleries ». | | **Zones économiques spéciales (ZES)** | Régions chinoises (ex. Shenzhen) créées à partir de 1980 offrant des avantages fiscaux et réglementaires pour attirer l’investissement étranger. | | **Transistor** | Dispositif à semi‑conducteur inventé en 1947 permettant l’amplification et la commutation de signaux électriques, base de l’électronique moderne. | | **Internet** | Réseau mondial de réseaux informatiques né de l’ARPANET (1969) et standardisé par le protocole TCP/IP (1983), permettant la communication et le partage de données à l’échelle planétaire. | | **Imprimante 3D** | Technologie de fabrication additive qui crée des objets solides en déposant successivement des couches de matière, utilisée pour le prototypage et la production personnalisée. | | **Décolonisation** | Processus par lequel les territoires acquis par les puissances européennes acquièrent leur souveraineté et deviennent des États indépendants, majoritairement entre 1945 et 1975. | | **Charte des Nations Unies** | Texte fondateur de l’ONU signé le 26 juin 1945 à San Francisco, définissant les objectifs, principes et structure de l’organisation internationale. | | **Pacte de Varsovie** | Alliance militaire créée en 1955 entre l’URSS et ses États satellites d’Europe de l’Est en réponse à l’OTAN. | --- ## Étude de document / de cas **Document** : Extrait d’un discours de Ruben Um Nyobé prononcé à Yaoundé le 10 mai 1955, publié dans le journal *La Voix du Cameroun* (n° 12, 15 mai 1955). > « Camerounais, frères et sœurs, nous avons combattu côte à côte avec les alliés pour la liberté du monde. Aujourd’hui, la liberté nous est refusée sur notre propre sol. Nous ne demanderons pas la charité ; nous exigerons le droit de disposer de nous‑mêmes, de choisir notre gouvernement et de vivre selon nos traditions. L’indépendance n’est pas un cadeau, c’est un droit que nous devons conquérir par l’union, le travail et, si nécessaire, par le sacrifice. » ### Analyse pas à pas (type bac) 1. **Identification du document** - Nature : discours politique, publié dans un journal militant. - Auteur : Ruben Um Nyobé, fondateur et secrétaire général de l’UPC. - Date : 10 mai 1955, période de montée des revendications indépendantistes au Cameroun français. - Lieu : Yaoundé, capitale du Cameroun français. 2. **Contexte historique** - Après la Seconde Guerre mondiale, les tirailleurs camerounais reviennent avec une expérience de fraternité d’armes et une conscience accrue de leurs droits. - En 1952, une première grève générale à Douala montre le mécontentement ouvrier. - La loi cadre Defferre de 1956 n’est pas encore appliquée ; les autorités françaises maintiennent un contrôle étroit. - L’UPC, fondée en 1948, cherche à mobiliser les masses rurales et urbaines autour de l’objectif d’indépendance immédiate. 3. **Contenu et arguments** - **Appel à la légitimité** : Um Nyobé rappelle la participation camerounaise à la guerre alliée pour établir un droit moral à la liberté. - **Rejet de la charité** : il refuse l’idée d’une indépendance accordée par la métropole, insistant sur le droit intrinsèque à l’autodétermination. - **Exigence de souveraineté** : le droit de « disposer de nous‑mêmes », de choisir son gouvernement et de vivre selon ses traditions reprend les principes de l’article 1 de la Charte des Nations Unies (respect du droit des peuples à disposer d’eux‑mêmes). - **Moyens d’action** : il évoque l’union, le travail et le sacrifice, sous‑entendant la possibilité d’une lutte armée si les voies pacifiques échouent. 4. **Valeur historique du document** - Il illustre le discours nationaliste camerounais de la mi‑1950, mêlant références à l’expérience de guerre, recours au droit international et appel à la mobilisation populaire. - Le ton ferme et le rejet de la charité annoncent la radicalisation qui conduira à la répression française (arrestation d’Um Nyobé en 1955, assassinat en 1958). - Le document sert de preuve de l’existence d’une pensée politique structurée bien avant l’indépendance effective de 1960. 5. **Limites** - Le discours provient d’un journal partisan ; il peut exagérer le degré d’unité derrière l’UPC. - Il ne donne pas de précisions sur les modalités concrètes de l’indépendance (fédéralisme, monarchie, etc.). 6. **Synthèse** - Ce discours montre que, dès 1955, le nationalisme camerounais s’appuie sur trois piliers : la légitimité tirée de la participation à la guerre, le recours au droit à l’autodétermination inscrit dans la Charte de l’ONU, et la volonté de recourir à tous les moyens (y compris le sacrifice) pour atteindre la souveraineté. --- ## Méthode et sujets type examen ### Sujet 1 – Dissertation **Intitulé** : *En quoi la Deuxième Guerre mondiale a‑t‑elle constitué un tournant décisif pour l’émergence du nationalisme camerounais ?* **Plan détaillé** I. **La guerre comme expérience de mobilisation et de prise de conscience** A. Participation des tirailleurs camerounais aux côtés des Alliés (front européen, Afrique du Nord, libération de la France). B. Contact avec les idées de liberté, de démocratie et de droits humains véhiculées par les soldats alliés et la presse de libération. C. Retour des soldats avec un sentiment accru de dignité et de revendication (ex. témoignages d’anciens combattants dans les journaux de 1945‑1947). II. **Les conséquences économiques et sociales de la guerre au Cameroun** A. Perturbation des échanges commerciaux, pénurie de produits importés, hausse des prix → mécontentement populaire (émeutes de Douala, 1943). B. Renforcement du rôle des syndicats (CTC, AACC) qui revendiquent de meilleures conditions de travail et une reconnaissance politique. C. Apparition d’une classe urbaine instruite (enseignants, fonctionnaires, commerçants) prête à s’engager en politique. III. **Réponse du colonialisme français et émergence des mouvements politiques** A. Répression initiale (surveillance, arrestations de leaders syndicaux, interdiction de réunions politiques). B. Création de l’UPC en 1948 : structuration d’un parti de masse indépendantiste, programme basé sur l’unification et le socialisme africain. C. Influence du contexte international : Charte de l’ONU (autodétermination), début de la Guerre froide (les deux blocs cherchent des alliés dans le Tiers‑monde). D. Passage de la revendication réformiste (loi cadre Defferre, 1956) à la revendication révolutionnaire (grèves, révoltes de 1955, répression sévère). **Conclusion** : La Deuxième Guerre mondiale a fourni aux Camerounais les moyens matériels (expérience militaire, retour des troupes), idéaux (liberté, droits) et organisationnels (syndicats, partis) qui ont transformé le mécontentement en un mouvement nationaliste structuré, aboutissant à l’indépendance en 1960. --- ### Sujet 2 – Commentaire de document **Document** : Extrait du discours de Ahmadou Ahidjo prononcé le 5 janvier 1960 à Yaoundé, veille de l’indépendance du Cameroun français. > « Aujourd’hui, nous accédons à la souveraineté après de longues années de lutte et de sacrifices. Notre tâche consiste désormais à bâtir une nation unie, où chaque citoyen, quel que soit son origine ou sa région, pourra contribuer au développement de notre pays. Nous appelons à l’union de tous les fils du Cameroun, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, pour que la paix et le progrès règnent sur notre terre. » **Plan de commentaire** 1. **Situation du document** - Nature : discours officiel du futur premier président du Cameroun indépendant. - Auteur : Ahmadou Ahidjo, leader du Parti du progrès camerounais (PPC), devenu président de la République du Cameroun le 5 janvier 1960. - Date : veille de l’indépendance (1 janvier 1960). - Lieu : Yaoundé, capitale du Cameroun français. 2. **Analyse du contenu** - **Reconnaissance du passé** : allusion à « longues années de lutte et de sacrifices » → référence aux mouvements indépendantistes (UPC, grèves, révoltes) et à la répression française. - **Appel à l’unité nationale** : insistance sur l’union de toutes les régions et origines, réponse aux craintes de sécession (notamment la tension entre le Sud‑Ouest britannique et le Nord). - **Vision du développement** : mise en avant du rôle de chaque citoyen dans la construction économique et sociale, reflet de la volonté de modernisation (plan de développement, industrialisation légère). - **Ton conciliant** : contraste avec le discours plus radical de l’UPC ; Ahidjo cherche à légitimer son pouvoir en présentant l’indépendance comme le fruit d’un consensus national. 3. **Valeur historique** - Le discours montre la stratégie du nouveau pouvoir : reconnaître les luttes passées tout en cherchant à dépasser les divisions idéologiques pour établir un État stable. - Il préfigure la politique d’Ahidjo de « camerounisation » de l’administration et de recherche d’un équilibre entre les héritages français et britannique. - Le texte sert également de preuve de la reconnaissance internationale de l’indépendance (présence de représentants de l’ONU et de puissances étrangères lors de la cérémonie). 4. **Limites** - Le discours est une déclaration de politique générale ; il ne précise pas les mesures concrètes (budget, réformes foncières, éducation). - Il omet délibérément les tensions persistantes avec les restes de l’UPC clandestine et les risques de révolte rurale. 5. **Conclusion** - Le discours d’Ahidjo du 5 janvier 1960 incarne la transition d’un mouvement de libération souvent conflictuel vers la construction d’un État nation, en mettant l’accent sur l’unité et le développement comme piliers de la souveraineté nouvellement acquise. --- ### Sujet 3 – Question de cours **Intitulé** : Expliquez comment les conséquences de la Deuxième Guerre mondiale ont favorisé l’émergence du mouvement nationaliste camerounais après 1945. **Points à développer** (plan type) 1. **Participation militaire et expérience de guerre** - Enrôlement d’environ 15 000 tirailleurs camerounais dans l’armée française et les forces britanniques. - Combat en Europe (Libération de la France, Campagne d’Italie) et en Afrique du Nord → contact avec les idéaux de liberté et de démocratie. - Retour des soldats avec un sentiment de méritocratie et de droit à la reconnaissance. 2. **Effets économiques et sociaux de la guerre** - Perturbation des échanges, pénurie de biens importés → hausse du coût de la vie, mécontentement populaire (ex. émeutes de Douala, 1943). - Renforcement du rôle des syndicats (CTC, AACC) qui deviennent des lieux de politisation. - Apparition d’une classe urbaine instruite (enseignants, fonctionnaires, commerçants) prête à s’engager en politique. 3. **Contexte international post‑guerre** - Création de l’ONU et affirmation du principe d’autodétermination (article 1 de la Charte). - Début de la Guerre froide : les États‑Unis et l’URSS cherchent à gagner des alliés dans le Tiers‑monde, ce qui rend les puissances coloniales plus sensibles aux pressions pour accorder des réformes. - Exemple de la loi cadre Defferre (1956) qui accorde une certaine autonomie interne aux territoires d’outre‑mer, réponse partiellement aux revendications africaines. 4. **Émergence et structuration des mouvements politiques au Cameroun** - Fondation de l’UPC en 1948 (Ruben Um Nyobé) : parti de masse revendiquant l’indépendance immédiate et l’unification du territoire. - Création d’autres formations (PPC, MLK) représentant différents courants (modéré, fédéraliste, révolutionnaire). - Utilisation de journaux (*La Voix du Cameroun*), de réunions publiques et de grèves pour diffuser le message indépendantiste. 5. **Répression coloniale et radicalisation** - Répression française : arrestations, interdiction de réunions, exécutions sommaires (ex. assassinat de Um Nyobé en 1958). - Réaction de certains secteurs de la population vers la lutte armée (révoltes du Bassa, 1955 ; guérilla du MLK dans l’Ouest). - Malgré la répression, le mouvement garde une base populaire grâce à son ancrage syndical et rural. **Conclusion** : La Deuxième Guerre mondiale a donc agi comme un catalyseur : elle a offert aux Camerounais l’expérience, les idées et les moyens organisationnels nécessaires pour transformer le mécontentement en un mouvement nationaliste structuré, qui, malgré la répression coloniale, a finalement conduit à l’indépendance en 1960. --- ## Erreurs fréquentes | Erreur fréquente | Pourquoi elle est fausse | Correction | |------------------|--------------------------|------------| | Confondre la **Révolution culturelle chinoise** avec la **Révolution culturelle camerounaise** (qui n’existe pas). | La Révolution culturelle est un phénomène spécifique à la Chine (1966‑1976) lié à Mao Zedong ; le Cameroun n’a jamais connu un mouvement de ce nom. | Rappeler que la Révolution culturelle concerne exclusivement la Chine et qu’au Cameroun on parle de mouvements nationalistes et syndicaux. | | Penser que l’**ONU** a été créée immédiatement après la **Première** Guerre mondiale. | L’ONU a été fondée en 1945, après la Deuxième Guerre mondiale ; la Société des Nations (SDN) était l’organisation issue de 1919. | Préciser la date de création (24 octobre 1945) et distinguer ONU et SDN. | | Assimiler le **Pacte de Varsovie** à l’**OTAN** comme étant une alliance identique. | Le Pacte de Varsovie (1955) regroupe les États socialistes d’Europe de l’Est sous direction soviétique ; l’OTAN (1949) regroupe les démocraties occidentales sous direction américaine. | Souligner la différence d’idéologie (communisme vs démocratie de marché) et de date de création. | | Croire que l’indépendance du Cameroun a été obtenue **sans aucune lutte armée**. | Bien que l’indépendance ait été proclamée par négociation, des révoltes armées (Bassa 1955, guérilla du MLK) ont eu lieu et ont été sévèrement réprimées. | Mentionner l’existence de mouvements armés et de la répression française comme facteur ayant accéléré la prise de conscience métropolitaine. | | Penser que la **loi cadre Defferre** de 1956 a immédiatement donné l’indépendance aux territoires africains. | La loi cadre a seulement accordé une certaine autonomie interne (assemblée territoriale, exécutif local) ; l’indépendance effective est venue plus tard (1960 pour le Cameroun français). | Expliquer que la loi cadre était une étape de décolonisation progressive, pas une indépendance immédiate. | | Confondre les **tirailleurs sénégalais** avec les **tirailleurs camerounais** comme étant une même unité. | Les tirailleurs étaient recrutés dans chaque colonie française ; les unités sénégalaises et camerounaises étaient distinctes, bien que toutes fassent partie de l’armée coloniale française. | Préciser que les tirailleurs camerounais formaient des régiments spécifiques rattachés au Cameroun français. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

8 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quel syndicat Um Nyobè fonde-t-il en 1944 ?
  2. 2. Quand l'UPC est-elle créée ?
  3. 3. Le système du double collège désigne :
  4. 4. Quel parti est fondé en 1955 par John Ngu Foncha dans le Cameroun britannique ?
  5. 5. Quel parti prône le rattachement du Cameroun britannique au Nigeria ?
  6. 6. Quand l'UPC est-elle interdite par les autorités françaises ?
  7. 7. Dans quelle grande entreprise se développe le syndicalisme au Cameroun britannique ?
  8. 8. Quel type de mouvement Um Nyobè organise-t-il après l'interdiction de l'UPC en 1955 ?