Chapitre 9
THEME 7 : ETUDE DES GLACES ET SORBETS
Lecture : 19 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :**
- Définir les différences essentielles entre une glace artisanale et une glace industrielle en termes de formulation, de procédé et de qualité.
- Élaborer une recette artisanale de glace ou de sorbet en respectant les étapes de pesée, de mélange, de pasteurisation, de maturation, de turbination et de refroidissement, tout en appliquant les règles d’hygiène et de sécurité alimentaire (HACCP, BPF).
- Lire et interpréter une fiche technique industrielle, calculer l’overrun, le rendement matière et le coût de revient d’un lot de production.
- Réaliser un suivi de production (tableau de bord) incluant les paramètres critiques (température, temps, débit) et proposer des actions correctives en cas d’écart.
- Identifier les principales erreurs fréquentes en fabrication de glaces et appliquer les mesures de prévention correspondantes.
**Prérequis :**
- Notions de base en microbiologie alimentaire (micro-organismes pathogènes, seuils de croissance).
- Connaissances en chimie des matières grasses, des sucres et des protéines (fonctionnalité, pouvoir anticongélant).
- Maîtrise des unités de mesure (g, kg, °C, min, L, kW) et des calculs de pourcentage et de règle de trois.
- Lecture d’un schéma de procédé simple (batch vs continu).
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## Introduction contextualisée
Au Cameroun, la consommation de glaces et de sorbets connaît une croissance soutenue, portée par l’urbanisation, l’augmentation du pouvoir d’achat et la diversification des offres dans les points de vente (glaciers, supermarchés, restaurants). Selon une enquête du MINCOMMERCE réalisée en 2022, près de 68 % des ménages urbains déclarent acheter au moins une fois par mois un produit glacé, avec une préférence marquée pour les parfums locaux (fruit de la passion, gingembre, bissap, mangue). Cette dynamique offre aux techniciens en pâtisserie de réelles opportunités d’insertion professionnelle, que ce soit en atelier artisanal ou en unité industrielle.
Le présent chapitre vise à fournir les repères théoriques et pratiques nécessaires pour concevoir, produire et contrôler des glaces et des sorbets conformes aux normes camerounaises (arrêté n° 001/MINESEC du 12 janvier 2021 relatif à l’hygiène des denrées alimentaires) et aux référentiels internationaux (ISO 22000, HACCP).
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## I. Leçon14 : Recettes artisanales
### A. Définition et caractéristiques
Une glace artisanale est produite en petite quantité (généralement < 200 kg par lot) dans un atelier où les opérations sont réalisées en mode batch. Elle se distingue par :
- Une liste d’ingrédients courte, souvent limitée aux produits de base (lait, crème, sucre, stabilisant naturel, arômes).
- Un contrôle manuel ou semi‑automatisé de chaque étape (pesée, mélange, pasteurisation, maturation, turbination).
- Un overrun généralement compris entre 20 % et 40 %, reflétant une incorporation d’air modérée.
- Une durée de conservation limitée (2 à 4 semaines à –18 °C) en raison de l’absence de conservateurs chimiques.
> **>** Une glace artisanale doit présenter une texture onctueuse, une bonne tenue à la fonte et un goût fidèle aux arômes utilisés, sans cristaux de glace perceptibles (> 50 µm).
### B. Ingrédients de base
| Ingrédient | Rôle fonctionnel | Dosage typique (pour 1 kg de mélange) |
|------------|------------------|--------------------------------------|
| Lait entier (3,5 % MG) | Apport en protéines et en matière grasse | 600 g |
| Crème fraîche (30 % MG) | Augmente la richesse en MG et améliore l’onctuosité | 200 g |
| Sucre saccharose | Sucre de structure, pouvoir anticongélant | 120 g |
| Sirop de glucose (DE = 40) | Réduit la cristallisation, améliore la texture | 30 g |
| Stabilisant (farine de graines de caroube ou gomme de guar) | Empêche la séparation des phases, augmente la viscosité | 2 g |
| Émulsifiant (lécithine de soja) | Favorise la dispersion des MG dans l’aqueux | 1 g |
| Arôme (extrait naturel ou purée de fruit) | Donne le parfum | 20‑30 g |
| Eau (si nécessaire) | Ajuste le taux de matière sèche totale | q.s. pour atteindre 38‑42 % MS |
### C. Équipement de base
- Balance de précision (± 1 g).
- Cuve en acier inoxydable avec agitateur à vitesse variable (0‑500 tr/min).
- Pasteurisateur à plaques (température 85 °C, temps 15 s) ou bain‑marie chauffé.
- Cuve de maturation (réfrigérée à 4 °C, agitation lente).
- Turbine à glace (batch) avec dashers à vitesse réglable (0‑300 tr/min).
- Congélateur à –30 °C pour le durcissement rapide.
- Thermomètre à sonde (± 0,2 °C).
- Kit d’analyse hygiénique (bandes de test ATP, prélèvements de surface).
### D. Procédé pas à pas (exemple : glace à la vanille)
1. **Pesée** : Mesurer tous les ingrédients selon le tableau ci‑dessus.
2. **Mélange à froid** : Dans la cuve, disperser le sucre, le sirop de glucose, le stabilisant et l’émulsifiant dans une petite quantité de lait froid (≈ 100 g) afin d’éviter les grumeaux. Ajouter le reste du lait, la crème et l’eau. Agiter 5 min à 100 tr/min jusqu’à homogénéisation.
3. **Pasteurisation** : Chauffer le mélange à 85 °C pendant 15 s (méthode HTST) puis refroidir rapidement à 4 °C (échangeur à plaques ou bain‑marie glacée).
4. **Maturation** : Maintenir le mélange à 4 °C pendant 4 h minimum (idéalement 12 h) sous agitation lente (30 tr/min). Cette étape permet l’hydratation complète des stabilisants et la cristallisation partielle des MG.
5. **Ajout de l’arôme** : Incorporer l’extrait de vanille (ou la purée de fruit) et mixer 2 min.
6. **Turbination** : Verser le mélange pré‑refroidi dans la turbine, régler le dashers à 150 tr/min et turbiner jusqu’à atteindre une consistance de « soft‑serve » (température –6 °C à –8 °C, overrun ≈ 30 %).
7. **Durcissement** : Transférer la glace dans des bacs pré‑refroidis (‑20 °C) et placer en chambre de congélation à –30 °C pendant 1 h pour obtenir une dureté de coupe (‑12 °C à –15 °C).
8. **Conditionnement** : Peser, étiqueter (date de fabrication, DLC, liste d’ingrédients, allergènes) et stocker à –18 °C.
### E. Contrôle qualité, normes d’hygiène et de sécurité
- **Contrôle physico‑chimique** : taux de matière sèche totale (MS) cible 38‑42 %, pH 6,4‑6,8, acidité lactique < 0,15 % (exprimé en équivalent lactique).
- **Contrôle microbiologique** : après pasteurisation, rechercher absence de *Salmonella* spp., *Listeria monocytogenes* (< 10 UFC/g) et compter les flore aérobie mésophile (< 10³ UFC/g).
- **Contrôle sensoriel** : évaluer onctuosité, absence de grains de glace, intensité aromatique.
- **Hygiène** : porter des gants nitrile, charlotte, masque; désinfecter les surfaces avec solution d’hypochlorite à 200 ppm; suivre le plan de nettoyage‑désinfection (CIP) après chaque lot.
- **Sécurité** : verrouiller les accès aux zones chaudes (pasteurisateur), utiliser des gants résistants à la chaleur lors du transfert du mélange chaud, respecter les consignes de verrouillage‑étiquetage (LOTO) sur les équipements électriques.
> **>** La température de sortie du pasteurisateur doit être atteinte et maintenue pendant au moins 15 s pour garantir une réduction de 5 log des pathogènes (norme NF V 01‑005).
### F. Exemple chiffré : calcul du rendement matière et du coût de revient
**Données** :
- Lait entier : 0,600 kg × 0,40 €/kg = 0,24 €
- Crème fraîche : 0,200 kg × 1,20 €/kg = 0,24 €
- Sucre : 0,120 kg × 0,80 €/kg = 0,096 €
- Sirop de glucose : 0,030 kg × 0,90 €/kg = 0,027 €
- Stabilisant : 0,002 kg × 15,00 €/kg = 0,03 €
- Émulsifiant : 0,001 kg × 20,00 €/kg = 0,02 €
- Arôme vanille : 0,025 kg × 30,00 €/kg = 0,75 €
- Eau : 0,025 kg (gratuit)
**Coût matière première** = 0,24+0,24+0,096+0,027+0,03+0,02+0,75 = **1,403 €** pour 1 kg de mélange.
**Rendement matière** : après turbination, on obtient 1,30 kg de glace (overrun 30 %).
Coût de revient au kg de glace fini = 1,403 €/1,30 kg = **1,08 €/kg**.
Si le prix de vente cible est 2,50 €/kg, la marge brute est (2,50‑1,08)/2,50 ≈ 56 %.
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## II. Leçon15 : Recettes industrielles
### A. Différences fondamentales avec l’artisanale
| Critère | Artisanale | Industrielle |
|---------|------------|--------------|
| Taille du lot | < 200 kg (batch) | > 1 000 kg (continu ou semi‑continu) |
| Ingrédients | Produits de base, peu d’additifs | Stabilisants (carraghénane, gomme de xanthane), émulsifiants (mono‑ et diglycérides), sirops de glucose‑fructose, arômes naturels ou identiques, colorants, conservateurs (sorbate de potassium) éventuels |
| Pasteurisation | HTST 85 °C/15 s | UHT 138 °C/2 s ou HTST poussé (90 °C/20 s) |
| Maturation | 4‑12 h, agitation lente | 2‑4 h, échangeur à chaleur récupérative, agitation contrôlée |
| Turbinage | Batch, dashers 150‑250 tr/min | Continu, vis sans fin ou turbine à axe vertical, débit 200‑500 kg/h |
| Overrun | 20‑40 % | 40‑100 % (selon produit) |
| Congélation | Chambre statique –30 °C | Tunnel de congélation à –35 °C avec air pulsé |
| Conditionnement | Pots ou bac manuel | Ligne de remplissage automatisée (godets, bâtonnets, barquettes) avec pesage et étiquetage en ligne |
| Contrôle qualité | Contrôles ponctuels | SPC (contrôle statistique du procédé), suivi en temps réel de température, débit, overrun |
### B. Ingrédients spécifiques et leurs fonctions
- **Stabilisants** : carraghénane (κ‑type) 0,02‑0,05 % – forme un réseau gel qui retient l’eau et réduit la migration de cristaux de glace.
- **Émulsifiants** : mono‑ et diglycérides d’acides gras (MDG) 0,1‑0,3 % – augmentent la capacité d’emulsion des MG, améliorent la stabilité du foam lors du turbinnage.
- **Sirops de glucose‑fructose** (HFCS 42) : apportent du pouvoir anticongélant supérieur au saccharose seul, réduisent la température de eutectie, permettent un overrun plus élevé sans sacrifier la texture.
- **Arômes identiques au naturel** : moins coûteux, stabilité à la chaleur supérieure aux extraits naturels.
- **Colorants** : caroténoïdes (β‑carotène) pour les glaces à l’abricot, anthocyanes pour les parfums de fruits rouges.
- **Conservateurs** (optionnels) : sorbate de potassium 0,02‑0,03 % – inhibe les levures et moisissures en post‑congélation, surtout pour les produits contenant des morceaux de fruits.
> **>** Dans une formulation industrielle, la somme des stabilisants + émulsifiants ne doit pas dépasser 0,5 % du poids total afin d’éviter un goût de « gomme » ou une texture trop ferme.
### C. Schéma de procédé industriel (continu)
1. **Réception et stockage des matières premières** (lait, crème, sirops, poudre de lait, additifs) – silos réfrigérés (< 4 °C).
2. **Pesée automatique** – doseurs gravimétriques ou volumétriques, précision ± 0,2 %.
3. **Mélange à chaud** – mélangeur en ligne à 50 °C pour dissoudre les poudres (lait écrémé en poudre, stabilisants, émulsifiants).
4. **Pasteurisation UHT** – échangeur à plaques, 138 °C pendant 2 s, puis refroidissement rapide à 5 °C.
5. **Homogénéisation** – pression 150‑200 bar, réduction de la taille des globules de gras à < 2 µm, améliore l’émulsion et la blancheur.
6. **Maturation** – réservoir isotherme à 4 °C, agitation lente (20 tr/min) pendant 2‑3 h.
7. **Ajout des arômes, colorants, éventuels morceaux de fruits** – injecteur en ligne, mélange statique.
8. **Turbinnage continu** – vis sans fin à vitesse réglable (0‑350 tr/min) dans un barrel réfrigéré à –8 °C, air injecté (compresseur à 0,8 bar) pour contrôler l’overrun.
9. **Congélation rapide** – tunnel à air pulsé –35 °C, temps de résidence 90‑120 s, formation de petits cristaux de glace (10‑30 µm).
10. **Formage** – extrusion ou remplissage selon le produit (bâtonnets, coupes, pots).
11. **Durcissement** – chambre de stockage –25 °C pendant 30 min pour stabiliser la structure.
12. **Étiquetage et encartonnage** – imprimante thermique, date de fabrication, DLC, code-barres.
13. **Stockage** – chambre froide –18 °C, gestion FIFO.
### D. Contrôle de procédé et normes
- **Contrôle de température** : capteurs PT100 à chaque étape, enregistrement continu, seuils d’alerte (± 0,5 °C).
- **Mesure de l’overrun** : densimètre en ligne ou pesée du produit avant et après turbinnage, overrun = (Poids air / Poids mélange) × 100.
- **Contrôle microbiologique** : échantillons toutes les 2 h après pasteurisation, recherche de *Salmonella*, *Listeria*, comptage aérobie < 10² UFC/g.
- **Contrôle physico‑chimique** : MS cible 36‑40 %, pH 6,2‑6,6, acidité < 0,12 %.
- **Normes** : ISO 22000 (système de management de la sécurité des aliments), HACCP (analyse des dangers, points critiques de contrôle), BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication), règlement camerounais arrêté n° 001/MINESEC.
> **>** Le point critique de contrôle (PCC) le plus sensible est la pasteurisation : toute déviation de température < 80 °C ou de temps < 10 s entraîne un risque de survie de pathogènes et doit déclencher un arrêt de ligne et un retrait du lot.
### E. Exemple chiffré : calcul de l’overrun et du coût de revient industriel
**Données de lot** : 1 200 kg de mélange entrant dans la turbinnage.
- Masse du mélange avant turbinnage = 1 200 kg.
- Masse de la glace après turbinnage (mesurée par pesée du produit sortant) = 1 560 kg.
**Overrun** = ((1 560 – 1 200) / 1 200) × 100 = **48 %**.
**Coût matière première** (valeurs moyennes camerounaises 2024) :
- Lait écrémé en poudre : 200 kg × 1,30 €/kg = 260 €
- Crème fraîche 30 % MG : 150 kg × 1,20 €/kg = 180 €
- Sucre : 180 kg × 0,80 €/kg = 144 €
- Sirop de glucose‑fructose (HFCS 42) : 80 kg × 0,90 €/kg = 72 €
- Stabilisant (carraghénane) : 3 kg × 15,00 €/kg = 45 €
- Émulsifiant (MDG) : 2 kg × 20,00 €/kg = 40 €
- Arôme vanille identique : 10 kg × 25,00 €/kg = 250 €
- Eau : 417 kg (gratuit)
**Total matière première** = 260+180+144+72+45+40+250 = **991 €**.
**Coûts de transformation** (énergie, main‑d’œuvre, amortissement) estimés à 0,25 €/kg de produit fini.
Produit fini = 1 560 kg → coût transformation = 1 560 × 0,25 = 390 €.
**Coût de revient total** = 991 € + 390 € = **1 381 €**.
**Coût de revient au kg** = 1 381 € / 1 560 kg ≈ **0,89 €/kg**.
Si le prix de vente industriel est fixé à 1,70 €/kg, la marge brute est (1,70‑0,89)/1,70 ≈ 48 %.
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## III. ACTIVITES D’INTEGRATION
### A. Mise en situation professionnelle
*Contexte* : Vous êtes technicien supérieur dans une unité de production de glaces située à Douala. Votre responsable vous demande d’élaborer une gamme de trois parfums adaptés au marché local (fruit de la passion, gingembre‑bissap, mangue‑piment) pour être commercialisée en pots de 500 g dans les réseaux de grande distribution. Vous devez :
1. Choisir entre procédé artisanal (pilote) ou industriel (ligne existante) selon le volume prévisionnel (15 000 kg/mois).
2. Élaborer les fiches techniques (formule, étapes, contrôles).
3. Réaliser un prévisionnel de coûts matière première et de revient.
4. Proposer un plan de contrôle qualité (fréquence des analyses, limites acceptables).
### B. Étude de cas : comparaison coût artisanal vs industriel
| Paramètre | Artisanal (pilote 200 kg/lot) | Industriel (continu 1 200 kg/h) |
|-----------|------------------------------|---------------------------------|
| Investissement initial (matériel) | 12 000 € (cuve, pasteurisateur, turbine, congélateur) | 250 000 € (ligne complète) |
| Coût matière première /kg | 1,10 € | 0,89 € |
| Coût transformation /kg | 0,35 € | 0,25 € |
| Coût de revient /kg | 1,45 € | 1,14 € |
| Capacité de production journalière | 800 kg (4 lots) | 12 000 kg (10 h) |
| Flexibilité (changement de parfum) | élevée (nettoyage entre lots) | moyenne (nettoyage CIP 30 min) |
| Délai de mise en marché | 2 semaines (mise au point) | 1 mois (validation ligne) |
| Risque microbiologique | maîtrisé par lot | maîtrisé par PCC, mais impact d’un arrêt plus conséquent |
*Conclusion* : Pour un volume de 15 000 kg/mois, l’option industrielle reste plus économique malgré l’investissement supérieur, grâce à un coût de revient inférieur de 21 % et une capacité largement suffisante. L’option artisanale peut être retenue pour des éditions limitées ou des tests de marché.
### C. Travail dirigé : élaboration d’un tableau de suivi de production
Les élèves remplissent un tableau type (exemple ci‑dessous) pour un lot de 1 000 kg de glace à la mangue‑piment :
| Étape | Paramètre contrôlé | Valeur cible | Valeur mesurée | Écart | Action corrective |
|-------|--------------------|--------------|----------------|-------|-------------------|
| Pesée lait | Masse lait | 500 kg | 502 kg | +2 kg | Ajuster doseuse |
| Pasteurisation | Temp. sortie | 85 °C | 84,6 °C | –0,4 °C | Vérifier débit vapeur |
| Maturation | Temp. cuve | 4 °C | 4,2 °C | +0,2 °C | Augmenter débit frigorigène |
| Turbinnage | Overrun | 45 % | 48 % | +3 % | Réduire débit d’air |
| Congélation | Temp. produit sortie | –12 °C | –11,5 °C | +0,5 °C | Augmenter temps de tunnel |
| Contrôle microbiologique | *Listeria* | < 10 UFC/g | 0 UFC/g | Conforme | RAS |
| Contrôle sensoriel | Onctuosité | 4/5 | 4/5 | Conforme | RAS |
Les élèves doivent interpréter les écarts, proposer des réglages et valider la conformité du lot avant expédition.
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## Synthèse du chapitre
- **Glace artisanale** : procédé batch, faible overrun (20‑40 %), peu d’additifs, courte durée de conservation, adapté aux petits volumes et aux produits différenciés.
- **Glace industrielle** : procédé continu ou semi‑continu, overrun élevé (40‑100 %), utilisation de stabilisants, émulsifiants, sirops de glucose‑fructose, homogénéisation, contrôle poussé (HACCP, ISO 22000), longue conservation, adapté à la grande distribution.
- **Étapes communes** : réception des matières premières, pesée, mélange, pasteurisation, maturation, aromatisation, turbinnage, congélation, conditionnement.
- **Contrôles clés** : température de pasteurisation (PCC), overrun, taux de matière sèche, pH, acidité, analyses microbiologiques (Salmonella, Listeria, aérobie mésophile), critères sensoriels.
- **Sécurité** : port d’EPI, verrouillage‑étiquetage des équipements chauds, nettoyage‑désinfection CIP, gestion des déchets, suivi des températures de stockage (–18 °C max).
- **Économies d’échelle** : le coût de revient industriel est généralement inférieur de 15‑25 % grâce à la réduction des pertes de matière, à l’optimisation énergétique et à la main‑d’œuvre spécialisée.
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## Glossaire (10 termes)
> **>** **Overrun** : pourcentage d’air incorporé dans la glace lors du turbinnage, calculé comme (Volume final – Volume initial) / Volume initial × 100.
> **>** **Pasteurisation HTST** : procédé à haute température courte (souvent 85 °C pendant 15 s) visant à détruire les pathogènes tout en préservant les qualités sensorielles.
> **>** **Maturation** : étape de repos à basse température (4 °C) permettant l’hydratation des stabilisants et la cristallisation partielle des matières grasses.
> **>** **Stabilisant** : substance (ex. carraghénane, gomme de guar) qui augmente la viscosité du mélange aqueux et inhibe la migration de l’eau durant la congélation.
> **>** **Émulsifiant** : composé amphiphile (ex. mono‑ et diglycérides) qui favorise la dispersion des matières grasses dans la phase aqueuse, améliorant la stabilité du foam.
> **>** **HACCP** : système d’analyse des dangers et de maîtrise des points critiques pour assurer la sécurité des aliments.
> **>** **BPF** : Bonnes Pratiques de Fabrication, ensemble de règles d’hygiène, de maintenance et de formation garantissant la conformité des produits.
> **>** **CIP** : nettoyage en place, procédé automatisé de nettoyage‑désinfection des circuits sans démontage.
> **>** **DLC** : Date Limite de Consommation, date après laquelle le produit ne doit plus être consommé pour des raisons de sécurité.
> **>** **Turbinnage** : opération mécanique qui incorpore de l’air et cristallise partiellement l’eau tout en refroidissant le mélange à –6 °C à –12 °C.
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## Exercices d’application corrigés
### Exercice 1 – Calcul de l’overrun et du coût de revient (artisanale)
**Données** : Un lot de 250 kg de mélange de base (lait, crème, sucre, sirop de glucose, stabilisant, émulsifiant, arôme vanille) est turbinné. Après turbinnage, la masse de glace obtenue est 340 kg. Le coût matière première s’élève à 260 € et le coût de transformation (énergie, main‑d’œuvre) est estimé à 0,30 €/kg de produit fini.
**Demande** :
1. Calculer l’overrun du lot.
2. Déterminer le coût de revient au kilogramme de glace fini.
3. Si le prix de vente visé est 2,20 €/kg, quelle est la marge brute en pourcentage ?
**Corrigé** :
1. Overrun = ((340 – 250) / 250) × 100 = (90 / 250) × 100 = **36 %**.
2. Coût matière première = 260 €.
Coût de transformation = 340 kg × 0,30 €/kg = 102 €.
Coût total = 260 € + 102 € = **362 €**.
Coût de revient au kg = 362 € / 340 kg = **1,06 €/kg** (arrondi à deux décimales).
3. Marge brute = (Prix de vente – Coût de revient) / Prix de vente = (2,20 – 1,06) / 2,20 = 1,14 / 2,20 = **0,518** → **51,8 %**.
### Exercice 2 – Détermination de la quantité de stabilisant nécessaire
**Données** : Une formule industrielle de glace à la fraise prévoit 0,03 % (masse/masse) de carraghénane comme stabilisant. Le lot à produire est de 1 800 kg de mélange avant turbinnage.
**Demande** : Calculer la masse de carraghénane à peser.
**Corrigé** : Masse stabilisant = 0,03 % × 1 800 kg = 0,0003 × 1 800 = **0,54 kg** de carraghénane.
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## Erreurs fréquentes et règles de sécurité
| N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique |
|----|------------------|-------------|--------------------------------------|
| 1 | **Température de pasteurisation insuffisante** (ex. 80 °C au lieu de 85 °C) | Survie de *Salmonella* ou *Listeria* → risque d’intoxication alimentaire | Vérifier en continu la sonde de température ; définir un seuil d’alerte à 84 °C ; arrêter la ligne si la température descend sous 83 °C pendant plus de 5 s. |
| 2 | **Sur‑dosage du stabilisant** (ex. 0,10 % au lieu de 0,03 %) | Texture gommeuse, goût de « colle », réduction de l’acceptabilité sensorielle | Utiliser des doseurs gravimétriques calibrés ; réaliser un contrôle de poids du stabilisant avant chaque lot ; prévoir une fiche de contrôle avec écart maximal ± 0,005 %. |
| 3 | **Air excessif pendant le turbinnage** (overrun > 100 % pour une glace premium) | Produit trop léger, perte de densité, défaut de tenue à la fonte, perception de faible qualité | Régler le débit d’air du compresseur selon un tableau de consignes (ex. 0,6 bar pour overrun 45‑55 %) ; mesurer l’overrun toutes les 10 min avec un densimètre en ligne ; corriger en temps réel. |
| 4 | **Nettoyage CIP incomplet** (résidus de protéines ou de sucres) | Proliferation microbienne post‑traitement, contamination croisée entre parfums | Suivre le protocole CIP : pré‑rinçage à 40 °C, lavage alcalin (NaOH 2 %) à 70 °C pendant 10 min, rinçage intermédiaire, lavage acide (HNO₃ 0,5 %) à 60 °C pendant 5 min, rinçage final à l’eau potable ; contrôler la conductivité de l’eau de rinçage final (< 10 µS/cm). |
| 5 | **Mauvaise gestion des températures de stockage** (ex. –12 °C au lieu de –18 °C) | Recristallisation de la glace, formation de gros grains, réduction de la durée de conservation | Installer des alarmes de température sur toutes les chambres froides ; vérifier quotidiennement les relevés ; effectuer une rotation FIFO stricte ; former le personnel aux consignes de chaîne du froid. |
| 6 | **Utilisation d’eau non potable pour le rinçage des équipements** | Introduction de contaminants chimiques ou microbiens | Utiliser exclusivement de l’eau potable certifiée pour tous les rinçages ; maintenir un registre de contrôle de la qualité de l’eau (analyse mensuelle). |
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*Fin du cours.*
Quiz du chapitre
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