Chapitre 2
Gestion des stocks de maintenance (partie 3/3)
Lecture : 13 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :
- expliquer le modèle de quantité économique de commande (EOQ) et ses hypothèses de base ;
- déterminer algébriquement la quantité optimale de commande à l’aide de la formule de Wilson ;
- représenter graphiquement les coûts de possession et de commande pour identifier la quantité économique de commande ;
- interpréter les résultats et analyser la sensibilité du modèle aux variations de la demande, du coût de commande et du coût de possession ;
- appliquer ces méthodes à des situations professionnelles de maintenance (atelier, chantier, bureau) rencontrées au Cameroun.
**Prérequis** :
- notions de coûts fixes et variables, de stock de sécurité et de niveau de réapprovisionnement ;
- maîtrise des opérations de base (racine carrée, produit, division) et de la lecture de graphiques simples ;
- connaissance du vocabulaire de la gestion de la maintenance (bon de commande, délai de livraison, taux de rotation des stocks).
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## Introduction contextualisée
Dans les entreprises de maintenance au Cameroun, qu’il s’agisse d’un atelier de réparation d’engins de chantier à Douala, d’un service de maintenance industrielle à Yaoundé ou d’un bureau de gestion de parc automobile, la maîtrise des stocks de pièces détachées est cruciale. Un stock trop élevé immobilise des capitaux et augmente les coûts de stockage (location d’entrepôt, assurance, obsolescence). Un stock trop faible provoque des ruptures, des arrêts de machine et des pertes de production. La quantité économique de commande (QEC ou EOQ – *Economic Order Quantity*) permet de trouver le compromis optimal entre le coût de passer une commande et le coût de garder des articles en stock. Ce chapitre présente deux approches complémentaires : une résolution algébrique précise et une résolution graphique intuitive, toutes deux issues du programme officiel de la série MAV (Première) et conformes à l’approche par compétences du MINESEC/IGE.
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## I. Recherche algébrique de la quantité économique de commande
### 1. Définition et hypothèses du modèle EOQ
> **Définition** : La quantité économique de commande (Q*) est le lot à commander qui minimise le coût total annuel lié à la gestion des stocks, somme des coûts de possession et des coûts de commande.
> **Hypothèses du modèle de Wilson** :
1. La demande annuelle (D) est connue, constante et déterministe.
2. Le délai de livraison est constant et connu.
3. Le coût de commande (S) est fixe par commande, indépendamment de la quantité.
4. Le coût de possession unitaire annuel (H) est constant.
5. Aucun rupture de stock n’est autorisée (stock de sécurité = 0 dans le modèle de base).
6. Le prix d’achat unitaire est constant (pas de remise liée à la quantité).
Ces hypothèses sont souvent approchées dans la pratique camerounaise (ex. : demande régulière de filtres pour groupes électrogènes, coût de commande incluant frais de transport et de traitement administratif).
### 2. Formule de Wilson (EOQ)
Le coût total annuel (CT) s’exprime comme suit :
\[
CT(Q) = \underbrace{\frac{D}{Q}\,S}_{\text{coût de commande}} \;+\; \underbrace{\frac{Q}{2}\,H}_{\text{coût de possession}}
\]
- Premier terme : nombre de commandes par an (D/Q) multiplié par le coût unitaire d’une commande (S).
- Deuxième terme : stock moyen (Q/2) multiplié par le coût de possession unitaire annuel (H).
Pour minimiser CT(Q), on dérivée par rapport à Q et on égale à zéro :
\[
\frac{dCT}{dQ}= -\frac{D S}{Q^{2}} + \frac{H}{2}=0
\]
En isolant Q :
\[
\frac{D S}{Q^{2}} = \frac{H}{2}
\;\Longrightarrow\;
Q^{2}= \frac{2 D S}{H}
\;\Longrightarrow\;
\boxed{Q^{*}= \sqrt{\frac{2 D S}{H}}}
\]
> **Formule fondamentale** : \( Q^{*}= \sqrt{\dfrac{2DS}{H}} \)
> - D : demande annuelle (unités/an)
> - S : coût de passer une commande (F CFA/commande)
> - H : coût de possession unitaire annuel (F CFA/unité/an)
### 3. Dérivation algébrique pas à pas (exemple de procédure)
1. **Recueillir les données** : déterminer D (ex. : consommation annuelle de courroies de transmission), S (frais de traitement bon de commande, transport, frais bancaires) et H (coût de stockage : loyer de l’entrepôt, assurance, coût d’opportunité du capital).
2. **Vérifier l’uniformité des unités** : D en unités/an, S en F CFA, H en F CFA/unité/an.
3. **Calculer le produit 2DS** : multiplier 2 × D × S.
4. **Diviser par H** : obtenir le quotient (2DS)/H.
5. **Extraire la racine carrée** : résultat = Q*.
6. **Arrondir** à l’entier supérieur si la pièce ne peut être fractionnée (ex. : on ne commande pas 3,2 courroies).
### 4. Exemple chiffré – Atelier de maintenance de groupes électrogènes à Bamenda
- Demande annuelle de filtres à huile : D = 1 200 unités/an
- Coût de passer une commande (frais administratifs + transport) : S = 15 000 F CFA/commande
- Coût de possession unitaire annuel (entrepôt 2 000 F CFA/m², assurance 5 % de la valeur, coût d’opportunité 10 % de la valeur) : H = 300 F CFA/unité/an
Calcul :
\[
2DS = 2 \times 1\,200 \times 15\,000 = 36\,000\,000
\]
\[
\frac{2DS}{H}= \frac{36\,000\,000}{300}=120\,000
\]
\[
Q^{*}= \sqrt{120\,000}\approx 346,41 \;\text{unités}
\]
On arrondit à **347 filtres** par commande.
**Vérification du coût total** :
- Nombre de commandes/an = D/Q* = 1 200 / 347 ≈ 3,46 → 4 commandes (on arrondit au supérieur pour éviter rupture).
- Coût de commande = 4 × 15 000 = 60 000 F CFA.
- Stock moyen = Q*/2 = 347/2 ≈ 173,5 unités.
- Coût de possession = 173,5 × 300 = 52 050 F CFA.
- CT ≈ 112 050 F CFA/an.
Si l’on commandait 200 unités à chaque fois :
- Nombre de commandes = 6 → coût de commande = 90 000 F CFA.
- Stock moyen = 100 → coût de possession = 30 000 F CFA.
- CT = 120 000 F CFA (plus élevé).
Ainsi, la Q* minimise bien le coût total.
### 5. Sensibilité aux paramètres
> **Règle de sensibilité** : Une variation de 10 % de la demande D entraîne une variation d’environ 5 % de Q* (car Q* ∝ √D).
> Une variation de 10 % du coût de commande S entraîne également ≈5 % de variation de Q*.
> Une variation de 10 % du coût de possession H entraîne ≈‑5 % de variation de Q* (relation inverse).
Cette propriété permet d’anticiper l’impact d’une hausse du loyer de l’entrepôt ou d’une augmentation du tarif de transport sur la taille optimale du lot.
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## II. Recherche graphique de la quantité économique de commande
### 1. Représentation des coûts totaux
Le coût total annuel CT(Q) est la somme de deux fonctions en Q : une hyperbole décroissante et une droite passant par l’origine :
- **Coût de commande** : \( C_{c}(Q)=\dfrac{D}{Q}S \) – hyperbole décroissante.
- **Coût de possession** : \( C_{p}(Q)=\dfrac{Q}{2}H \) – droite passant par l’origine, pente H/2.
Le graphique de CT(Q) présente un U caractéristique ; le minimum correspond à Q*.
> **Point clé** : L’intersection des deux courbes \( C_{c}(Q) \) et \( C_{p}(Q) \) donne la quantité où les deux coûts sont égaux, et donc où le total est minimal.
### 2. Construction du graphique – procédure pas à pas
1. **Choisir un intervalle de Q** : de 0 à, par exemple, 2 × Q* théorique (on peut estimer Q* avec une valeur approximative).
2. **Calculer quelques points** pour chaque fonction :
- Pour Cc : prendre Q = 100, 200, 400, 800 … et calculer D·S/Q.
- Pour Cp : prendre les mêmes Q et calculer (Q/2)·H.
3. **Tracer les points** sur un système d’axes : axe des abscisses = quantité commandée (unités), axe des ordonnées = coût annuel (F CFA).
4. **Relier les points** : Cc donne une courbe décroissante, Cp une droite ascendante.
5. **Lire l’abscisse de l’intersection** : c’est Q* graphique.
### 3. Exemple graphique – même atelier de Bamenda
Nous utilisons les mêmes données : D = 1 200, S = 15 000, H = 300.
| Q (unités) | Cc = D·S/Q (F CFA) | Cp = (Q/2)·H (F CFA) | CT = Cc + Cp (F CFA) |
|------------|-------------------|----------------------|----------------------|
| 100 | 180 000 | 15 000 | 195 000 |
| 200 | 90 000 | 30 000 | 120 000 |
| 300 | 60 000 | 45 000 | 105 000 |
| 400 | 45 000 | 60 000 | 105 000 |
| 500 | 36 000 | 75 000 | 111 000 |
| 600 | 30 000 | 90 000 | 120 000 |
| 800 | 22 500 | 120 000 | 142 500 |
On trace ces points. L’intersection des deux courbes se situe entre Q = 300 et Q = 400, plus précisément autour de **Q ≈ 346**, confirmant le résultat algébrique.
> **Résultat graphique** : Q* ≈ 345‑350 unités (coût total minimal ≈ 105 000 F CFA).
### 4. Interprétation et limites du modèle graphique
- **Avantage** : visualisation immédiate de l’effet des paramètres ; utile en formation ou en réunion de service pour expliquer la logique du compromis.
- **Limite** : lecture approximative dépend de l’échelle du graphique ; ne fournit pas de valeur exacte sans calcul.
- **Adaptation camerounaise** : en cas de demande saisonnière (ex. : hausse de la demande de climatiseurs pendant la saison chaude), on peut tracer plusieurs courbes Cc pour différentes valeurs de D et observer le déplacement de Q*.
### 5. Passage du graphique à la décision opérationnelle
Une fois Q* déterminé, l’opérateur de maintenance définit :
- **Fréquence de commande** : N = D / Q* (nombre de commandes par an).
- **Point de commande** (si délai de livraison L > 0) : \( re = d \times L \) où d = demande journalière = D/365.
- **Stock de sécurité** : éventuellement ajouté pour couvrir la variabilité du délai ou de la demande (hors modèle de base).
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## Synthèse du chapitre
- Le modèle EOQ (Wilson) minimise le coût total annuel = coût de commande + coût de possession.
- Formule algébrique : \( Q^{*}= \sqrt{\dfrac{2DS}{H}} \).
- Dérivation : égaler la dérivée de CT(Q) à zéro → obtenir Q*.
- Exemple numérique (atelier Bamenda) : D=1 200, S=15 000, H=300 → Q*≈347 unités.
- Sensibilité : Q* varie proportionnellement à la racine carrée de D et S, et inversement à la racine carrée de H.
- Approche graphique : tracer Cc(Q)=DS/Q (hyperbole) et Cp(Q)=QH/2 (droite) ; l’intersection donne Q*.
- Tableau de valeurs et tracé confirment le résultat algébrique.
- En pratique, déterminer la fréquence de commande, le point de commande et éventuellement un stock de sécurité.
- Les hypothèses (demande constante, délai connu, coût fixe) sont des approximations ; les écarts sont gérés par des ajustements opérationnels.
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## Glossaire
| Terme | Définition |
|-------|------------|
| Quantité économique de commande (QEO ou EOQ) | Lot à commander qui minimise le coût total annuel de gestion des stocks. |
| Demande annuelle (D) | Nombre d’unités consommées ou vendues sur une année, supposée constante dans le modèle de base. |
| Coût de commande (S) | Frais fixes engagés chaque fois qu’une commande est passée (traitement administratif, transport, frais bancaires). |
| Coût de possession unitaire annuel (H) | Coût annuel lié au stockage d’une unité (loyer d’entrepôt, assurance, obsolescence, coût d’opportunité du capital). |
| Stock moyen | Quantité moyenne détenue en stock, égale à Q/2 dans le modèle EOQ sans stock de sécurité. |
| Point de commande (re) | Niveau de stock auquel il faut déclencher une nouvelle commande, calculé comme re = d·L (demande journalière × délai de livraison). |
| Stock de sécurité | Quantité supplémentaire maintenue pour faire face à la variabilité de la demande ou du délai de livraison. |
| Coût total annuel (CT) | Somme du coût de commande et du coût de possession sur une année. |
| Hyperbole de coût de commande | Courbe Cc(Q)=DS/Q, décroissante lorsque Q augmente. |
| Droite de coût de possession | Ligne Cp(Q)=QH/2, passant par l’origine avec pente H/2. |
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## Exercices d'application corrigés
### Exercice 1 – Atelier de réparation de véhicules à Garoua
Un atelier consomme 2 400 bougies d’allumage par an. Chaque commande entraîne des frais de 12 000 F CFA (papeterie, transport). Le coût de stockage d’une bougie est estimé à 250 F CFA/an (loyer, assurance, coût d’opportunité).
**1.** Calculer la quantité économique de commande Q*.
**2.** Déterminer le nombre de commandes par an et le coût total annuel associé.
**Corrigé** :
1. \( Q^{*}= \sqrt{\dfrac{2 \times 2400 \times 12000}{250}} = \sqrt{\dfrac{57\,600\,000}{250}} = \sqrt{230\,400} \approx 480 \) bougies.
On arrondit à **480 unités**.
2. Nombre de commandes : \( N = D/Q^{*}= 2400/480 = 5 \) commandes/an.
Coût de commande : \( 5 \times 12\,000 = 60\,000 \) F CFA.
Stock moyen : \( Q^{*}/2 = 240 \) bougies.
Coût de possession : \( 240 \times 250 = 60\,000 \) F CFA.
**Coût total annuel** = 60 000 + 60 000 = **120 000 F CFA**.
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### Exercice 2 – Service de maintenance d’équipements médicaux à Yaoundé
Le service utilise 1 500 compresses stériles par mois. Le coût de passer une commande est de 8 000 F CFA. Le coût de possession d’une compresse est de 0,40 F CFA/jour.
**1.** Convertir la demande en unités annuelle et le coût de possession en coût annuel.
**2.** Calculer Q*.
**3.** Si le délai de livraison est de 5 jours, déterminer le point de commande (sans stock de sécurité).
**Corrigé** :
1. Demande annuelle : \( D = 1500 \times 12 = 18\,000 \) compresses/an.
Coût de possession annuel : \( H = 0,40 \times 365 = 146 \) F CFA/compresse/an.
2. \( Q^{*}= \sqrt{\dfrac{2 \times 18\,000 \times 8\,000}{146}} = \sqrt{\dfrac{288\,000\,000}{146}} \approx \sqrt{1\,972\,603} \approx 1\,404 \) compresses.
On arrondit à **1 404 unités**.
3. Demande journalière : \( d = D/365 = 18\,000/365 \approx 49,3 \) compresses/jour.
Point de commande : \( re = d \times L = 49,3 \times 5 \approx 247 \) compresses.
Ainsi, lorsqu’il reste environ **247 compresses** en stock, il faut passer une nouvelle commande.
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## Erreurs fréquentes et règles de sécurité
| N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique |
|----|------------------|-------------|--------------------------------------|
| 1 | Oublier de convertir le coût de possession en coût annuel (ex. : laisser un coût journalier dans la formule) | Sous‑estimation de H → Q* surévalué → stocks excessifs, coûts de stockage inutiles | Toujours vérifier l’unité de H : F CFA/unité/an ; si donné en jour ou mois, le multiplier par 365 ou 12 respectivement. |
| 2 | Utiliser la demande mensuelle au lieu de annuelle dans la formule | Q* trop faible → ruptures fréquentes, coûts de commande excessifs | Convertir toute demande en unités/an avant le calcul. |
| 3 | Arrondir Q* à l’entier inférieur lorsqu’on ne peut pas fractionner l’article | Risque de rupture si le nombre de commandes résultant est non entier | Arrondir à l’entier supérieur (ou ajuster la fréquence de commande) pour garantir couverture de la demande. |
| 4 | Négliger le délai de livraison lors du calcul du point de commande | Déclenchement de commande trop tard → rupture pendant le délai | Calculer le point de commande comme \( re = d \times L \) ; ajouter un stock de sécurité si la variabilité du délai est significative. |
| 5 | Supposer que le coût de commande est nul lorsqu’on utilise un bon de commande interne | Sous‑estimation de S → Q* sous‑évalué → trop de commandes, surcharge administrative | Toujours inclure les coûts réels (temps du personnel, frais de traitement, éventuels frais bancaires) dans S. |
| 6 | Ignorer les variations saisonnières de la demande (ex. : hausse de la demande de climatiseurs en mars‑avril) | Utilisation d’un Q* constant entraîne surstock en basse saison et rupture en haute saison | Réviser D périodiquement (trimestriellement) et recalculer Q* ; prévoir des stocks de sécurité adaptés aux périodes critiques. |
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*Fin du cours.*
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