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Chapitre 3

Bactériologie systématique (partie 1/3)

Lecture : 16 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de : - Définir et distinguer les bactéries cocciques selon leur réaction de Gram (positif, négatif) ou leur caractère atypique (non colorables). - Citer les genres représentatifs de chaque groupe et leurs principales caractéristiques morphologiques, métaboliques et pathogènes. - Appliquer les techniques de coloration de Gram, d’isolement et d’identification en laboratoire de microbiologie médicale ou industrielle. - Interpréter les résultats d’un antibiogramme et proposer une conduite thérapeutique adaptée au contexte camerounais (ex. infections cutanées, urinaires, respiratoires). - Respecter les règles de biosécurité et d’hygiène liées à la manipulation des cocci pathogènes. **Prérequis** : - Connaissances de base en cytologie bactérienne (forme, taille, arrangement). - Maîtrise de la coloration de Gram et du principe de la différenciation par la paroi cellulaire. - Notions de stérilisation, d’asepsie et de manipulation sécurisée des échantillons biologiques (niveau BSL‑2). - Notions élémentaires d’épidémiologie des infections nosocomiales et communautaires au Cameroun. --- ## Introduction contextualisée Au Cameroun, les infections à cocci représentent une part importante de la morbidité hospitalière et communautaire : streptocoques pyogènes responsables d’angines et d’infections cutanées, staphylocoques aureus impliqués dans les infections nosocomiales et les intoxications alimentaires, méningocoques et pneumocoques causant méningites et pneumonies, ainsi que des cocci atypiques comme *Gardnerella vaginalis* dans les vaginoses bactériennes. La maîtrise de leur identification permet au technicien de laboratoire de guider le clinicien vers un traitement antibiotique approprié, de limiter l’apparition de résistances et d’assurer la sécurité du personnel et des patients. Ce chapitre présente donc, de façon systématique, les cocci à Gram positif, à Gram négatif et ceux qui échappent à la classification de Gram, en insistant sur les aspects pratiques rencontrés en milieu de travail (laboratoire de biologie médicale, industrie agroalimentaire, contrôle qualité de l’eau). --- ## I. Leçon 9 – Les coques à Gram positif ### 1. Définition et critères de Gram positif > Les cocci à Gram positif possèdent une paroi peptidoglycanique épaisse (20‑80 nm) qui retient le cristal violet lors de la coloration de Gram, apparaissant bleu‑violet au microscope. ### 2. Principaux genres rencontrés au Cameroun | Genre | Espèces représentatives | Arrangement typique | Habitat / Niché écologique | Pathogénicité principale | |-------|------------------------|---------------------|----------------------------|--------------------------| | *Staphylococcus* | *S. aureus*, *S. epidermidis* | Grappes irrégulières | Peau, muqueuses nasales | Infections cutanées, sepsis, intoxications alimentaires | | *Streptococcus* | *S. pyogenes* (Groupe A), *S. agalactiae* (Groupe B), *S. pneumoniae* | Chaînes ou paires | Pharynx, voies respiratoires, génito‑urinaire | Angine, impétigo, méningite néonatale, pneumonie | | *Enterococcus* | *E. faecalis*, *E. faecium* | Paires ou chaînes courtes | Tractus gastro‑intestinal | Infections urinaires, endocardites | | *Lactobacillus* | *L. acidophilus*, *L. plantarum* | Chaînes courtes | Muqueuses buccales, vaginales, fermentations | Probiotiques, rarement pathogènes | ### 3. Caractéristiques métaboliques clés - **Catalase** : *Staphylococcus* positif, *Streptococcus* négatif. - **Coagulase** : *S. aureus* positif (test de coagulase plasmatique). - **Hémolyse sur agar sang** : α (vert) pour *S. pneumoniae*, β (clair) pour *S. pyogenes* et *S. agalactiae*, γ (non hémolytique) pour beaucoup d’entérocoques. - **Fermentation du mannose** : différencie *S. aureus* (positif) des coagulase‑négatives. - **Sensibilité à la bacitracine** : utilisée pour identifier *S. pyogenes* (inhibition de la croissance). ### 4. Méthodes d’isolement et d’identification (pas à pas) 1. **Prélèvement** : écouvillon nasopharyngé, écouvillon cutané, urine, sang (hemoculture). 2. **Ensemencement** : sur agar sang (5 % sang defibriné) et agar Mannitol Salt (pour *Staphylococcus*). Incubation 24‑48 h à 37 °C, atmosphère aérienne (ou 5 % CO₂ pour *Streptococcus*). 3. **Observation macroscopique** : couleur des colonies, hémolyse, production de pigment (ex. *S. aureus* doré). 4. **Tests biochimiques rapides** : catalase (bulle d’H₂O₂), coagulase (plasma rabbit), optochin (sensibilité de *S. pneumoniae*), bacitracine (disque). 5. **Confirmation** : API Staph, API Strep, ou MALDI‑TOF si disponible. > En milieu de laboratoire camerounais, le test de coagulase plasmique reste le gold‑standard pour différencier *S. aureus* des coagulase‑négatives, en raison de son faible coût et de sa disponibilité. ### 5. Normes de sécurité et d’hygiène - Manipulation sous hotte de sécurité biologique (Niveau BSL‑2). - Port de gants nitrile, blouse, lunettes de protection. - Décontamination des surfaces avec solution d’hypochlorite à 0,5 % pendant 10 min. - Élimination des déchets infectieux dans des conteneurs jaune‑noir conformément à l’arrêté ministériel n° 2015/045 du MINSANTE. ### 6. Exemple chiffré : calcul du UFC/mL à partir d’un comptage sur plaque Un technicien ensemence 0,1 mL d’une dilution 10⁻⁴ d’un écouvillon cutané sur agar Mannitol Salt. Après incubation, il compte 45 colonies. \[ \text{UFC/mL}= \frac{\text{Nombre de colonies}}{\text{Volume ensemencé (mL)} \times \text{Facteur de dilution}} = \frac{45}{0,1 \times 10^{-4}} = 4,5 \times 10^{6}\ \text{UFC/mL} \] > Le résultat indique une charge bactérienne élevée (>10⁵ UFC/mL), suggestive d’une contamination cutanée significative nécessitant un avis clinique. --- ## II. Leçon 10 – Les coques à Gram négatif ### 1. Définition et critères de Gram négatif > Les cocci à Gram négatif possèdent une paroi peptidoglycanique fine (2‑7 nm) entourée d’une membrane externe riche en lipopolysaccharides (LPS), ce qui entraîne une décoloration lors de l’étape d’alcool‑acétone de la coloration de Gram, apparaissant rose‑rouge au microscope. ### 2. Principaux genres rencontrés au Cameroun | Genre | Espèces représentatives | Arrangement typique | Niché écologique | Pathogénicité principale | |-------|------------------------|---------------------|------------------|--------------------------| | *Neisseria* | *N. meningitidis*, *N. gonorrhoeae* | Diplocoques | Muqueuses nasopharyngées, génitales | Méningite, septicémie, urétrite | | *Moraxella* | *M. catarrhalis* | Diplocoques | Voies respiratoires supérieures | Otite moyenne, sinusite, exacerbation de BPCO | | *Haemophilus* (coccoïde sous stress) | *H. influenzae* (type b) | Petit coccoïde | Nasopharynx | Pneumonie, méningite, épiglottite | ### 3. Caractéristiques métaboliques clés - **Oxydase** : *Neisseria* et *Moraxella* positifs ; *Haemophilus* négatif. - **Catalase** : généralement positif pour tous. - **Utilisation du glucose** : fermentation oxydative (produit de l’acide) pour *Neisseria* ; fermentation mixte pour *Haemophilus*. - **Croissance sur agar chocolat** : nécessaire pour *Haemophilus* (facteurs X et V). - **Sensibilité à la pénicilline** : *N. meningitidis* souvent sensible ; *N. gonorrhoeae* présente des résistances croissantes. ### 4. Méthodes d’isolement et d’identification (pas à pas) 1. **Prélèvement** : écouvillon nasopharyngé, écouvillon urétral, liquide céphalorachidien (LCR), sang. 2. **Ensemencement** : - Agar chocolat + bacitracine (pour *N. meningitidis*). - Agar Thayer‑Martin (avec vancomycine, nystatine, colistine) pour *N. gonorrhoeae*. - Agar chocolat + facteurs X et V (hémine et NAD) pour *Haemophilus*. 3. **Incubation** : 24‑48 h à 35‑37 °C, atmosphère enrichie en CO₂ (5 %) pour *Neisseria* et *Haemophilus*. 4. **Observation macroscopique** : couleur des colonies (grisâtre pour *Neisseria*, petites colonies grisâtres pour *Haemophilus*). 5. **Tests biochimiques rapides** : oxydase (papier réactif), utilisation du maltose, du lactose, du sucrose, production d’acide sur agar triple sucre fer (TSI). 6. **Confirmation** : API NH, API Staph, ou MALDI‑TOF si disponible. > Au laboratoire de référence du Centre Hospitalier Universitaire de Yaoundé, le test d’oxydase combiné à la croissance sur agar chocolat avec bacitracine permet d’identifier *N. meningitidis* en moins de 24 h avec une spécificité >95 %. ### 5. Normes de sécurité et d’hygiène - Manipulation des isolats de *Neisseria* et *Haemophilus* sous hotte de sécurité biologique (BSL‑2). - Utilisation de lunettes de protection face aux aérosols lors du prélèvement de LCR. - Décontamination des milieux de culture avec 70 % d’éthanol suivi d’un passage à l’autoclave (121 °C, 15 min). - Élimination des déchets contenant des LPS dans des conteneurs spécifiques pour déchets chimiques dangereux (arrêté n° 2018/012 du MINSUP). ### 6. Exemple chiffré : détermination de la concentration minimale inhibitrice (CMI) par méthode de dilution en broth Un technicien teste la sensibilité de *N. meningitidis* à la pénicilline G. Il prépare une série de doublés de concentrations allant de 0,015 µg/mL à 8 µg/mL dans du broth Mueller‑Hinton enrichi de lysed horse blood. Après inoculation d’environ 5 × 10⁵ UFC/mL et incubation 20 h à 35 °C, il observe la première colonne sans turbidité à 0,5 µg/mL. \[ \text{CMI} = 0,5\ \mu g/mL \] > Selon les critères du CA‑SFM (2023), une CMI ≤ 0,06 µg/mL indique une sensibilité élevée ; ici, la souche présente une résistance intermédiaire, justifiant un éventuel changement d’antibiothérapie. --- ## III. Leçon 11 – Les coques ni à Gram positif, ni à Gram négatif ### 1. Définition et particularités > Certains cocci ne se colorent pas de façon fiable par la méthode de Gram en raison de l’absence ou de la modification de leur paroi peptidoglycanique (ex. absence de peptidoglycane, présence d’une couche de S‑protein, ou paroi riche en lipides). Ils sont donc dits « atypiques » ou « non‑classables » au Gram. ### 2. Principaux groupes rencontrés au Cameroun | Groupe | Espèces représentatives | Particularités de la paroi | Niché écologique | Pathogénicité principale | |--------|------------------------|----------------------------|------------------|--------------------------| | *Mycoplasma* | *M. pneumoniae*, *M. genitalium* | Absence de paroi peptidoglycanique ; membrane riche en cholestérol | Voies respiratoires, génito‑urinaire | Pneumonie atypique, urétrite non gonococcique | | *Ureaplasma* | *U. urealyticum* | Pas de paroi peptidoglycanique ; uréase puissante | Génito‑urinaire | Urétrite, chorioamnionite | | *Chlamydia* (forme coccoïde) | *C. trachomatis*, *C. pneumoniae* | Paroi rigide contenant des peptides spécifiques, pas de peptidoglycane classique | Épithélium cellulaire obligatoire | Conjonctivite, urétrite, pneumonie | | *Gardnerella vaginalis* | *G. vaginalis* | Paroi à Gram variable (peut apparaître Gram‑négatif ou Gram‑positif) ; production de vaginolysine | Vagin | Vaginose bactérienne | ### 3. Caractéristiques métaboliques clés - **Mycoplasma** : pas de catalase, besoin de cholestérol et de sérum pour la croissance ; colonie en « fried‑egg » sur agar SP4. - **Ureaplasma** : uréase positive (détection rapide par changement de pH du milieu contenant de l’urée et du phénol rouge). - **Chlamydia** : croissance uniquement intracellulaire ; détection par PCR ou immunofluorescence sur cellules McCoy. - **Gardnerella** : production d’ammoniaque à partir de l’urée (test de la whiff positive avec KOH). ### 4. Méthodes d’isolement et d’identification (pas à pas) 1. **Prélèvement** : écouvillon nasopharyngé (*M. pneumoniae*), écouvillon urétral ou vaginal (*M. genitalium*, *U. urealyticum*, *G. vaginalis*), prélèvement cervical (*C. trachomatis*). 2. **Ensemencement** : - *Mycoplasma*/*Ureaplasma* : agar SP4 (supplementé de sérum cheval, pénicilline pour inhiber les contaminants) incubé 3‑5 jours à 35 °C, atmosphère humide. - *Chlamydia* : culture cellulaire sur cellules McCoy ou HeLa, centrifugation à 200 × g pendant 1 h, incubation 48‑72 h. - *Gardnerella* : agar Gardnerella (avec sang de mouton et antibiotiques sélectifs) incubé 48 h à 35 °C, anaérobie partiel. 3. **Tests rapides** : - Mycoplasma : test de l’absorption du glucose (changement de couleur du milieu contenant du phénol rouge). - Ureaplasma : test de l’uréase (milieu à l’urée + phénol rouge → rose si positif). - Gardnerella : test de la whiff (KOH sur écouvillon vaginal → odeur d’ammoniaque). 4. **Confirmation moléculaire** : PCR en temps réel ciblant *mtp* (*M. pneumoniae*), *ureC* (*U. urealyticum*), *ompA* (*C. trachomatis*). > Dans les laboratoires de biologie médicale du Cameroun, la détection de *M. pneumoniae* par PCR sur écouvillon nasopharyngé est devenue la méthode de référence en raison de sa sensibilité (>95 %) et de son délai de résultat (<6 h). ### 5. Normes de sécurité et d’hygiène - Manipulation de *Mycoplasma* et *Ureaplasma* sous hotte de sécurité (BSL‑2) ; éviter les aérosols lors du pipetage. - Pour *Chlamydia* : travail obligatoire dans une armoire de sécurité de classe II, type B2, avec port de lunettes et de masque facial. - Décontamination des milieux contenant du sérum cheval avec 10 % d’eau de Javel pendant 20 min avant autoclave. - Élimination des déchets contenant des organismes intracellulaires obligatoires dans des conteneurs jaunes destinés aux déchets biologiques dangereux (arrêté n° 2020/007 du MINSUP). ### 6. Exemple chiffré : calcul du taux de positivité d’un test de dépistage de *Chlamydia trachomatis* Lors d’une campagne de dépistage dans un centre de santé de Douala, 250 femmes âgées de 15‑24 ans ont été testées par PCR. 18 résultats étaient positifs. \[ \text{Taux de positivité} = \frac{18}{250} \times 100 = 7,2\ \% \] > Un taux supérieur à 5 % justifie, selon les recommandations du Programme National de Lutte contre les IST (PNLIST), la mise en place d’un dépistage systématique annuel dans cette tranche d’âge. --- ## Synthèse du chapitre - **Cocci à Gram positif** : paroi épaisse, couleur bleu‑violet ; genres majeurs *Staphylococcus*, *Streptococcus*, *Enterococcus*, *Lactobacillus*. Tests clés : catalase, coagulase, hémolyse, sensibilité à la bacitracine. - **Cocci à Gram négatif** : paroi fine + membrane externe, couleur rose‑rouge ; genres majeurs *Neisseria*, *Moraxella*, *Haemophilus*. Tests clés : oxydase, utilisation du sucre, croissance sur agar chocolat, facteurs X/V. - **Cocci atypiques (ni Gram +, ni Gram –)** : absence ou modification de peptidoglycane ; groupes *Mycoplasma*, *Ureaplasma*, *Chlamydia*, *Gardnerella vaginalis*. Détection par milieux sélectifs, tests biochimiques spécifiques (uréase, whiff) ou PCR. - **Sécurité** : manipulation BSL‑2, hotte, EPI, décontamination hypochlorite/éthanol, élimination déchets selon arrêtés MINSUP/MINSANTE. - **Applications pratiques** : calcul d’UFC/mL, détermination de CMI, taux de positivité PCR, utilisation de résultats pour guider l’antibiothérapie au Cameroun. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | **Gram positif** | Bactérie qui retient le cristal violet lors de la coloration de Gram grâce à une paroi peptidoglycanique épaisse. | | **Gram négatif** | Bactérie qui perd le cristal violet et prend la couleur du safranin en raison d’une paroi fine et d’une membrane externe riche en LPS. | | **Catalase** | Enzyme qui décompose le peroxyde d’hydrogène en eau et oxygène ; test utilisé pour différencier *Staphylococcus* (+) des *Streptococcus* (–). | | **Coagulase** | Facteur de virulence de *S. aureus* qui transforme le fibrinogène en fibrine, détecté par coagulation du plasma. | | **Oxydase** | Enzyme de la chaîne respiratoire qui oxyde le cytochrome c ; test positif pour *Neisseria* et *Moraxella*. | | **Uréase** | Enzyme qui hydrolyse l’urée en ammoniaque et dioxyde de carbone ; test clé pour *Ureaplasma* et certains *Proteus*. | | **Whiff test** | Détection d’une odeur d’ammoniaque après ajout de KOH sur un écouvillon vaginal, indicative de *Gardnerella vaginalis*. | | **CAMP test** | Test de synergie entre *Listeria monocytogenes* et *Staphylococcus aureus* produisant une zone d’hémolyse en forme de flèche sur agar sang. | | **UFC/mL** | Unités formant des colonies par millilitre, mesure de la concentration bactérienne viable. | | **CMI** | Concentration minimale inhibitrice, plus faible concentration d’un antibiotique qui inhibe la croissance visible d’une souche après incubation standard. | | **BSL‑2** | Niveau de confinement biologique adapté aux agents pathogènes de risque modéré (ex. *Staphylococcus aureus*, *Neisseria meningitidis*). | | **PCR** | Réaction en chaîne par polymérase, technique d’amplification d’ADN permettant la détection spécifique d’agents pathogènes. | --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Identification d’un staphylocoque coagulase‑négatif **Situation** : Un prélèvement cutané prélevé sur un patient présentant une pustule au niveau du bras est ensemencé sur agar Mannitol Salt. Après 24 h à 37 °C, on observe des colonies blanches, non fermentant le mannitol. Le test de catalase est positif, le test de coagulase sur plasma rabbit est négatif. **Question** : Quelle est l’espèce la plus probable ? Justifiez votre réponse à l’aide des tests réalisés. **Corrigé** : - Colonies blanches sur MSSA → absence de fermentation du mannitol → caractéristique des coagulase‑négatives. - Catalase + → exclut les streptocoques. - Coagulase – → élimine *S. aureus*. - Les coagulase‑négatives les plus fréquemment isolées de la peau sont *Staphylococcus epidermidis* et *Staphylococcus saprophyticus*. Chez un adulte présentant une lésion cutanée non urinaire, *S. epidermidis* (flore cutanée habituelle) est l’espèce la plus probable. --- ### Exercice 2 – Détermination de la CMI de la pénicilline G sur *Neisseria meningitidis* **Situation** : Une souche de *N. meningitidis* isolée du LCR d’un enfant de 2 ans est testée par dilution en broth Mueller‑Hinton enrichi de lysed horse blood. Les concentrations testées sont : 0,015, 0,03, 0,06, 0,12, 0,25, 0,5, 1, 2, 4, 8 µg/mL. Après incubation 20 h à 35 °C, la première colonne sans turbidité est observée à 0,12 µg/mL. **Question** : Quelle est la CMI ? Selon les critères du CA‑SFM 2023, la souche est‑elle sensible, intermédiaire ou résistante à la pénicilline G ? **Corrigé** : - CMI = 0,12 µg/mL. - Selon le CA‑SFM 2023, les seuils pour la pénicilline G chez *N. meningitidis* sont : - Sensible ≤ 0,06 µg/mL - Intermédiaire 0,12–0,5 µg/mL - Résistant > 0,5 µg/mL - La CMI de 0,12 µg/mL place la souche dans la catégorie **intermédiaire**. Une réévaluation du traitement ou l’utilisation d’un antibiotique de secours (ex. ceftriaxone) est recommandée. --- ### Exercice 3 – Détection de *Mycoplasma pneumoniae* par PCR **Situation** : Lors d’une épidémie de toux persistante dans un lycée de Yaoundé, 30 écouvillons nasopharyngés sont prélevés. La PCR ciblant le gène *mtp* révèle 9 résultats positifs. **Question** : Calculer le taux de positivité et interpréter ce résultat au regard du seuil d’alerte fixé par le Programme Élargi de Vaccination (PEV) qui considère un taux > 10 % comme indicateur d’une circulation communautaire significative. **Corrigé** : - Taux de positivité = (9 / 30) × 100 = 30 %. - Ce taux dépasse largement le seuil de 10 % ; il indique une forte circulation de *M. pneumoniae* dans la population scolaire, justifiant la mise en place de mesures de prévention (isolement des cas symptomatiques, hygiène des mains, information sur la transmission par gouttelettes). --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |----|------------------|-------------|--------------------------------------| | 1 | Oublier de flamer l’écouvillon avant de le placer sur la lame lors de la préparation d’un frottis de Gram. | Contamination croisée, résultats faux‑positifs. | Toujours flamer l’écouvillon (ou utiliser un écouvillon stérile à usage unique) avant le frottis. | | 2 | Utiliser un milieu non sélectif (agar sang simple) pour isoler *Neisseria gonorrhoeae* sans ajouter de vancomycine, nystatine et colistine. | Prolifération de flore commensale masquant la croissance du gonocoque. | Respecter la formulation du milieu Thayer‑Martin ou équivalent pour la sélection de *Neisseria* spp. | | 3 | Interpréter un test de coagulase négatif comme preuve définitive d’absence de *S. aureus* sans réaliser un test de latex ou de PCR. | Risque de faux‑négatif, sous‑traitance d’une infection à SARM. | En cas de doute, confirmer par test de latex agglutination ou par PCR ciblant *mecA*/*mecC*. | | 4 | Manipuler des isolats de *Mycoplasma* sans porter de masque facial, entraînant l’inhalation d’aérosols contenant des organismes sans paroi. | Risque d’infection respiratoire opportuniste chez le personnel. | Toujours travailler sous hotte de sécurité biologique de classe II, porter un masque FFP2 ou équivalent lorsqu’on manipule des suspensions de *Mycoplasma*. | | 5 | Ne pas respecter le temps d’incubation recommandé pour les milieux sélectifs de *Gardnerella vaginalis* (ex. 24 h au lieu de 48 h). | Faux‑négatif, sous‑détection de la vaginose bactérienne. | Suivre scrupuleusement les protocoles de temps d’incubation spécifiés par le fabricant du milieu (souvent 48 h à 35 °C, atmosphère anaérobie partielle). | | 6 | Jeter les milieux de culture contenant des LPS (ex. après isolement de *Neisseria*) dans l’évier ordinaire. | Contamination de l’eau, risque environnemental et sanitaire. | Décontaminer préalablement avec une solution d’hypochlorite à 0,5 % pendant 15 min, puis éliminer dans les conteneurs de déchets chimiques dangereux conformément à l’arrêté MINSUP n° 2018/012. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la caractéristique principale qui permet aux coques à Gram positif de retenir la coloration violette lors de la coloration de Gram ?
  2. 2. Quel genre de bactéries est représenté par des coques à Gram négatif souvent impliquées dans les méningites et les septicémies ?
  3. 3. Parmi les propositions suivantes, laquelle décrit le mieux les coques qui ne sont ni à Gram positif ni à Gram négatif ?
  4. 4. Un prélèvement pharyngé montre des colonies bêta-hémolytiques sur agar sanguin, catalase négative. Quel est l'agent le plus probable ?
  5. 5. Une culture d'urine rend des cocci à Gram négatif oxydase positive, apparaissant en diplocoques. Quel est le pathogène le plus vraisemblable ?
  6. 6. Un abcès cutané produit des coques à Gram positif en grappes, catalase positive et coagulase positive. Quelle est l'espèce la plus probable ?
  7. 7. Dans un échantillon de 150 isolats bactériens, 45 sont des coques à Gram positif. Quel pourcentage représente cette catégorie ?
  8. 8. Lors de la coloration de Gram, certains cocci apparaissent à la fois roses et violets. Quelle est l'explication la plus plausible ?
  9. 9. Quel énoncé décrit correctement la paroi cellulaire des Mycoplasma, coques qui ne sont ni Gram positif ni Gram négatif ?
  10. 10. Dans une culture mixte, la coloration de Gram révèle des coques à Gram positif en chaînes et des coques à Gram négatif en diplocoques. Quelle paire d'organismes est la plus probablement présente ?