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Chapitre 1

LA GESTION PREVISIONNELLE DES EMPLOIS ET DES COMPETENCES (partie 1/2)

Lecture : 13 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :** - Définir la GPEG (Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences) et en expliciter les concepts clés. - Décrire les étapes du processus GPEG : analyse des besoins, prévision des effectifs, élaboration du plan d’action, suivi et ajustement. - Identifier l’intérêt, les objectifs et les limites de la GPEG pour une entreprise camerounaise. - Présenter les principaux outils de la GPEG (tableau de bord des compétences, matrice des postes, plan de formation, plan de mobilité interne, bilan social). - Réaliser un calcul simple de prévision d’effectifs à partir d’un taux de turnover et d’un objectif de croissance. - Appliquer la démarche GPEG à une situation professionnelle réelle (atelier, bureau ou chantier). **Prérequis :** - Notions de base en organisation du travail et en gestion des ressources humaines (fonctions RH, contrat de travail, rémunération). - Maîtrise du vocabulaire professionnel lié aux postes, aux qualifications et aux formations. - Capacité à lire et interpréter un tableau simple de données (effectifs, âges, ancienneté). --- ## Introduction contextualisée Dans un contexte économique camerounais marqué par la concurrence accrue, la diversification des secteurs (agro‑industrie, BTP, services, télécommunications) et les exigences de la loi n° 2019/012 du 24 juillet 2019 portant code du travail, les entreprises doivent anticiper leurs besoins en main‑d’œuvre qualifiée. La GPEG répond à cette exigence en permettant de aligner la stratégie de l’entreprise avec ses ressources humaines. Elle s’inscrit dans la logique de l’approche par compétences du programme officiel MINESEC/IGE, visant à préparer les apprenants à exercer des fonctions de technicien supérieur en gestion des ressources humaines dans des structures publiques ou privées. --- ## I. La GPEG : les concepts clés et les étapes ### 1. Définition et concepts clés > **GPEG** : processus systématique qui consiste à prévoir, à moyen et long terme, les besoins en emplois et en compétences de l’organisation afin d’élaborer des actions permettant de les satisfaire. - **Emploi** : poste de travail défini par un ensemble de tâches, responsabilités et conditions d’exercice. - **Compétence** : savoir‑faire (technique) et savoir‑être (relationnel) mobilisables pour accomplir un emploi. - **Prévision** : estimation fondée sur des données historiques, des hypothèses de croissance et des scénarios environnementaux. - **Plan d’action** : ensemble de mesures (recrutement, formation, mobilité, gestion des carrières) visant à combler les écarts entre l’offre et la demande de compétences. ### 2. Étapes du processus GPEG | Étape | Description | Livrable principal | |-------|-------------|--------------------| | **1. Analyse de la situation actuelle** | Recensement des effectifs, des postes, des qualifications, des âges et de l’ancienneté. | Bilan des ressources humaines (tableau de effectifs par catégorie). | | **2. Prévision des besoins futurs** | Estimation des effectifs nécessaires en fonction des objectifs stratégiques, du turnover prévisible et des évolutions technologiques. | Tableau de besoins en effectifs (par poste et par compétence). | | **3. Identification des écarts** | Comparaison entre l’offre actuelle et la demande prévisionnelle. | Matrice des écarts (sur‑effectif / sous‑effectif, lacunes de compétences). | | **4. Élaboration du plan d’action** | Définition des actions de recrutement, formation interne/externes, mobilité, gestion des départs à la retraite. | Plan GPEG (planning annuel avec responsables et indicateurs). | | **5. Mise en œuvre, suivi et ajustement** | Exécution des actions, collecte des indicateurs (taux de remplissage, satisfaction, coût), révision périodique. | Tableau de bord GPEG et rapport d’étape. | > **Règle fondamentale** : chaque étape doit être documentée et validée par la direction générale avant de passer à la suivante. ### 3. Exemple chiffré (atelier de menuiserie au Cameroun) Une PME de menuiserie emploie actuellement 20 ouvriers qualifiés (niveau CAP). Elle prévoit une augmentation de production de 25 % d’ici deux ans et connaît un turnover annuel moyen de 10 %. - Effectif actuel : **E₀ = 20** - Turnover annuel : **t = 0,10** → pertes prévues sur 2 ans ≈ E₀ × t × 2 = 20 × 0,10 × 2 = **4** ouvriers à remplacer. - Besoin lié à la croissance : **E₀ × g = 20 × 0,25 = 5** ouvriers supplémentaires. - **Besoin total en 2 ans** = pertes + croissance = 4 + 5 = **9** ouvriers. > **Formule de prévision d’effectif** : > \[ > B = E_0 \times (1 + g) + E_0 \times t \times n - E_0 > \] > où *B* = besoin net, *g* = taux de croissance, *t* = taux de turnover, *n* = nombre d’années de prévision. Dans cet exemple, B = 20 × 1,25 + 20 × 0,10 × 2 – 20 = 25 + 4 – 20 = **9**. --- ## II. Intérêt, objectif et limite de la GPEG ### 1. Intérêt stratégique - **Alignement** : la GPEG relie la stratégie d’entreprise (croissance, diversification, innovation) aux besoins en compétences. - **Réactivité** : permet d’anticiper les variations de la demande (saisonnalité, nouveaux marchés) et d’éviter les pénuries ou les sur‑effectifs coûteux. - **Optimisation des coûts** : réduit les dépenses de recrutement d’urgence et de formation non ciblée. - **Valorisation du capital humain** : favorise la mobilité interne, la gestion des carrières et la fidélisation des talents. ### 2. Objectifs opérationnels > **Objectif principal** : disposer, à chaque horizon de planification (1 an, 3 ans, 5 ans), du bon nombre de salariés possédant les compétences requises pour atteindre les objectifs de performance de l’entreprise. Objectifs secondaires : - Réduire le délai de couverture des postes vacants. - Augmenter le taux de promotion interne. - Diminuer le taux d’absentéisme lié à un mauvais ajustement poste‑compétence. - Assurer la conformité avec les obligations légales (formation professionnelle, égalité des chances). ### 3. Limites et précautions - **Dependence aux hypothèses** : la qualité de la prévision dépend de la fiabilité des données historiques et des scénarios envisagés. - **Résistance au changement** : les managers peuvent percevoir la GPEG comme une contrainte supplémentaire. - **Coût de mise en œuvre** : nécessite des outils (logiciels SIRH, formations) et du temps dédié. - **Risque de rigidité** : un plan trop détaillé peut limiter l’adaptabilité face à des imprévus (crise sanitaire, variation des cours des matières premières). > **Précaution** : réviser les hypothèses au moins chaque semestre et intégrer un scénario de crise (ex. baisse de 15 % de l’activité) dans le plan d’action. --- ## III. Les outils de la GPEG ### 1. Tableau de bord des compétences Outil de suivi qui recense, pour chaque poste, les compétences requises, le niveau de maîtrise actuel des titulaires et l’écart à combler. | Poste | Compétence requise | Niveau attendu (1‑5) | Niveau moyen actuel | Écart | Action prévue | |-------|--------------------|----------------------|---------------------|-------|----------------| | Technicien de maintenance | Lecture de plans électriques | 4 | 2,5 | -1,5 | Formation interne (30 h) | | Chef de chantier | Gestion d’équipe | 4 | 3,8 | -0,2 | Coaching mensuel | | Assistant RH | Droit du travail | 3 | 2,0 | -1,0 | Module e‑learning (15 h) | > **Règle** : tout écart absolu supérieur à 1 point déclenche une action de formation ou de mobilité dans le trimestre suivant. ### 2. Matrice des postes (ou cartographie des emplois) Représente les postes selon deux axes : **niveau de qualification** (vertical) et **famille de métiers** (horizontal). Permet de visualiser les possibilités de mobilité verticale (promotion) et horizontale (polyvalence). ### 3. Plan de formation (PF) Document annuel qui précise : - Les besoins en formation identifiés par la matrice des écarts. - Les objectifs pédagogiques (ex. « maîtriser la norme ISO 9001 version 2015 »). - Les modalités (présentiel, e‑learning, alternance). - Le budget prévisionnel (coût horaire × nombre d’heures × nombre de participants). - Les indicateurs de suivi (taux de réussite, application en poste). ### 4. Plan de mobilité interne (PMI) Recense les postes vacants ou à créer, les profils recherchés et les salariés éligibles (ancienneté, compétences, souhaits de mobilité). Facilite la réduction du recours au recrutement externe. ### 5. Bilan social Rapport annuel obligatoire (code du travail camerounais) qui regroupe : - Effectifs par catégorie, âge, sexe, ancienneté. - Turnover, absenteïsme, accidents du travail. - Actions de formation réalisées et leurs coûts. - Égalité professionnelle et actions en faveur des personnes handicapées. > **Obligation** : le bilan social doit être présenté au comité d’entreprise ou, à défaut, aux délégués du personnel. ### 6. Exemple d’outil : calcul du coût de formation prévisionnel Une entreprise prévoit de former 12 agents de sécurité au maniement d’extincteurs (formation de 8 h). Le coût horaire du formateur est de 15 000 FCFA, la location de la salle est de 50 000 FCFA/jour, et le support pédagogique coûte 2 000 FCFA par participant. - Coût formateur : 12 pers × 8 h × 15 000 = **1 440 000** FCFA - Location salle : 1 jour × 50 000 = **50 000** FCFA - Supports : 12 × 2 000 = **24 000** FCFA - **Total prévisionnel** = 1 440 000 + 50 000 + 24 000 = **1 514 000** FCFA > **Formule générale** : > \[ > C_{PF}= (N \times h \times C_f) + (J \times C_s) + (N \times C_p) > \] > où *N* = nombre de participants, *h* = heures de formation, *C_f* = coût horaire formateur, *J* = nombre de jours de salle, *C_s* = coût journalier salle, *C_p* = coût support par participant. --- ## Synthèse du chapitre - **Définition** : la GPEG prévoit les besoins en emplois et compétences pour aligner RH et stratégie. - **Étapes** : analyse actuelle → prévision besoins → identification écarts → plan d’action → suivi/ajustement. - **Intérêt** : anticipation, optimisation coûts, valorisation du capital humain, conformité légale. - **Objectif** : disposer du bon nombre de compétences au bon moment. - **Limites** : dépendance aux hypothèses, résistance au changement, coût de mise en œuvre, risque de rigidité. - **Outils principaux** : tableau de bord des compétences, matrice des postes, plan de formation, plan de mobilité interne, bilan social. - **Exemple chiffré** : prévision d’effectifs (turnover + croissance) et coût de formation. > **À retenir** : la GPEG est un processus continu, pas un projet ponctuel ; chaque étape doit être validée et documentée. --- ## Glossaire - **GPEG** : Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences. - **Turnover** : taux de renouvellement du personnel (sorties / effectif moyen). - **Matrice des écarts** : outil comparant l’offre actuelle de compétences avec la demande prévisionnelle. - **Plan de formation (PF)** : document annuel détaillant les actions de formation nécessaires. - **Plan de mobilité interne (PMI)** : dispositif favorisant les déplacements de salariés au sein de l’entreprise. - **Bilan social** : rapport annuel obligatoire sur la situation du personnel. - **Compétence** : savoir‑faire et savoir‑être mobilisables pour tenir un poste. - **Effectif net** : nombre de salariés après prise en compte des entrées et des sorties. - **Scénario de crise** : hypothèse pessimiste utilisée pour tester la robustesse du plan GPEG. - **Indicateur de suivi** : mesure quantitative permettant d’évaluer l’avancement d’une action GPEG (ex. taux de remplissage des postes). --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Prévision d’effectifs Une usine de transformation du cacao emploie actuellement 150 ouvriers. Elle prévoit une hausse de production de 18 % d’ici trois ans et connaît un turnover annuel de 8 %. **Calculer le besoin net d’ouvriers à l’horizon de 3 ans.** **Corrigé** - Effectif actuel : E₀ = 150 - Croissance : g = 0,18 → effectif théorique après croissance = E₀ × (1+g) = 150 × 1,18 = 177 - Pertes dues au turnover sur 3 ans : pertes = E₀ × t × n = 150 × 0,08 × 3 = 36 - Besoin net : B = (E₀ × (1+g)) + pertes – E₀ = 177 + 36 – 150 = **63** ouvriers supplémentaires à recruter. ### Exercice 2 – Élaboration d’un tableau de bord des compétences Dans un service comptable de 6 personnes, les compétences requises sont : maîtrise du logiciel Sage (niveau 4), connaissance du OHADA (niveau 3) et capacité à élaborer un tableau de flux de trésorerie (niveau 3). Les niveaux moyens actuels sont respectivement 2,5, 2,0 et 2,8. **Construire le tableau de bord et proposer une action pour chaque écart supérieur à 1 point.** **Corrigé** | Compétence requise | Niveau attendu | Niveau moyen actuel | Écart | Action proposée | |--------------------|----------------|---------------------|-------|-----------------| | Sage (logiciel) | 4 | 2,5 | -1,5 | Formation Sage niveau intermédiaire (20 h) + tutorat | | OHADA | 3 | 2,0 | -1,0 | Atelier OHADA (12 h) + étude de cas | | Flux de trésorerie | 3 | 2,8 | -0,2 | Aucun besoin immédiat (auto‑formation via e‑learning) | > **Règle appliquée** : seuls les écarts absolus ≥ 1 déclenchent une action ; ici, Sage et OHADA nécessitent une formation. ### Exercice 3 – Calcul du coût d’un plan de formation Une entreprise veut former 8 techniciens en soudure TIG (formation de 16 h). Le coût horaire du formateur est 18 000 FCFA, la location de l’atelier est 80 000 FCFA/jour, et le consommable ( électrodes, gaz ) coûte 3 000 FCFA par heure et par participant. **Déterminer le coût total prévisionnel.** **Corrigé** - Coût formateur : 8 × 16 h × 18 000 = 2 304 000 FCFA - Location atelier : la formation se déroule sur 2 jours (16 h / 8 h/jour) → 2 × 80 000 = 160 000 FCFA - Consommables : 8 × 16 h × 3 000 = 384 000 FCFA - **Total** = 2 304 000 + 160 000 + 384 000 = **2 848 000** FCFA --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité (ou de bonne pratique) | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de bonne pratique / prévention | |------------------|-------------|--------------------------------------| | **Se baser uniquement sur l’historique sans ajuster les hypothèses de croissance** | Sous‑ ou sur‑estimation des besoins, leading to surcoûts ou pénuries. | Toujours confronter les prévisions à au moins deux scénarios (optimiste, pessimiste) et les réviser chaque semestre. | | **Ne pas impliquer les managers de proximité dans l’identification des compétences** | Écarts non détectés, formations inadaptées. | Organiser des ateliers de recueil des besoins avec les chefs d’équipe avant d’élaborer le tableau de bord des compétences. | | **Oublier de mettre à jour le bilan social après chaque action de formation** | Non‑conformité légale, difficultés lors du contrôle du travail. | Intégrer la mise à jour du bilan social comme tâche obligatoire dans le plan d’action GPEG (responsable RH). | | **Ne pas prévoir de budget de réserve pour les imprévus (ex. départ soudain d’un cadre clé)** | Urgence de recrutement coûteuse, perte de productivité. | Allouer une réserve de 5 à 10 % du budget GPEG pour faire face aux imprévus. | | **Confondre turnover et absenteïsme** | Analyse erronée des pertes d’effectifs. | Utiliser des définitions claires : turnover = sorties définitives ; absenteïsme = absences non planifiées (maladie, congés). | | **Ne pas former les responsables à l’utilisation des outils SIRH** | Sous‑exploitation du tableau de bord, saisie manuelle source d’erreurs. | Prévoir une formation initiale et un recyclage annuel pour tous les utilisateurs des outils GPEG. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition exacte de la Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) ?
  2. 2. Selon la leçon 1, quelles sont les étapes essentielles du processus GPEC ?
  3. 3. Quel est l'objectif principal de la GPEC selon la leçon 2 ?
  4. 4. Une entreprise prévoit un besoin de 120 techniciens dans deux ans. Actuellement elle en compte 80 et le turnover annuel prévu est de 5 %. En supposant que le turnover s'applique chaque année sur l'effectif en début d'année, quel est le nombre net de recrutements nécessaires sur les deux périodes pour atteindre le besoin ?
  5. 5. Dans le cadre de la préparation aux départs à la retraite de 30 % des cadres d'ici cinq ans, quelle étape de la GPEC doit être réalisée en priorité ?
  6. 6. Un manager veut connaître l'écart entre le profil de compétences requis pour un poste et les compétences réellement détenues par un salarié. Quel outil de la GPEC utilise‑t‑il principalement pour définir le profil attendu ?
  7. 7. Une entreprise a identifié 150 besoins en formation pour l'année et a prévu 90 actions de formation. Quel est le taux de couverture des besoins en formation ?
  8. 8. Pour réduire les risques de pénurie de compétences critiques, quelle démarche est la plus adaptée dans une démarche GPEC ?
  9. 9. Une entreprise prévoit la suppression de 20 postes administratifs et la création de 15 postes numériques dans trois ans. Elle dispose actuellement de 180 employés administratifs et de 30 employés numériques. Le turnover annuel est de 4 % pour les administratifs et de 6 % pour les numériques. En supposant aucun recrutement ni formation de reconversion, quel sera l'effectif administratif attendu à la fin de la période ?
  10. 10. Laquelle des affirmations suivantes ne constitue pas une limite de la GPEC ?