Chapitre 2
The Ahidjo era (1960-1982)
Lecture : 24 minQuiz de 12 questions
# The Ahidjo era (1960-1982)
## Objectifs et prérequis
Comprendre l'ère Ahidjo (1960-1982) dans son contexte historique, politique, économique et social, en lien avec les leçons officielles du programme de Cameroon History pour l'Upper Sixth. Maîtriser les étapes clés de l'accession au pouvoir d'Ahidjo, la réunification, l'évolution du fédéralisme vers l'État unitaire, les politiques intérieures et étrangères, ainsi que les événements menant à sa démission et à la transition vers Biya. Prérequis : connaissances de base sur la colonisation allemande et française, les mouvements nationalistes (UPC), les conférences constitutionnelles pré-indépendance, et la structure du Cameroun fédéral de 1961.
## Introduction
L'ère Ahidjo (1960-1982) marque une période fondamentale dans l'histoire du Cameroun post-indépendance, caractérisée par la consolidation de l'État, la gestion de la réunification, la transition d'un système fédéral à un État unitaire, et l'établissement d'un régime autoritaire sous couvert de stabilité. Cette période suit les premières expériences politiques post-Seconde Guerre mondiale, incluant l'administration de Mbida (1957-1958), la crise de l'Est en 1953, et les manœuvres menant à l'indépendance du Cameroun français en 1960. Ahmadou Ahidjo, premier président du Cameroun indépendant, a joué un rôle central dans la navigation des défis de la construction nationale, notamment à travers les conférences de Mamfe, Bamenda, Foumban et Yaoundé, avant de progressivement centraliser le pouvoir. Son règne, divisé en deux phases (1960-1972 : fédéralisme ; 1972-1982 : État unitaire), a laissé un héritage complexe mêlant réalisations en infrastructure et stabilité apparente, à une répression politique croissante et une dépendance économique persistante. Ce cours couvre explicitement toutes les leçons du programme officiel dans l'ordre prescrit, en intégrant contexte, faits vérifiés, analyses de causes et conséquences, et préparations à l'examen.
## I. TU9: Lesson 9: The Administration of Mbida 1957-1958, Reasons for his rise, his administration and why it was short-lived
### Contexte
Après les réformes du statut associé (1956) et les élections de 1957, le Cameroun français obtient un gouvernement autonome. André-Marie Mbida, issu de l'élite bassa et membre du Parti Démocratique du Cameroun (PDC), devient le premier Premier ministre camerounais en mai 1957.
### Définitions et faits clés
> André-Marie Mbida fut le premier Premier ministre du Cameroun autonome (mai 1957-février 1958), issu du Parti Démocratique du Cameroun (PDC), favorable à une indépendance graduelle liée à la France.
Son administration (mai 1957-février 1958) visait à moderniser l'administration, améliorer l'éducation, et maintenir des liens étroits avec la France tout en préparant l'indépendance. Il nomma des technocrates et chercha à réduire l'influence des chefs traditionnels dans la gouvernance moderne.
### Raisons de sa montée au pouvoir
Mbida gagna les élections de 1957 grâce au soutien du PDC dans les régions du Sud et du Centre, notamment parmi les élites éduquées et les planteurs. Son discours modéré et pro-français rassurait les autorités coloniales et les intérêts économiques français.
### Pourquoi son administration fut-elle de courte durée ?
Son gouvernement tomba en février 1958 après un vote de défiance à l'Assemblée territoriale. Les principales causes furent :
- Son refus de soutenir l'indépendance immédiate, contrairement aux exigences croissantes des nationalistes (notamment l'UPC).
- Son conflit avec l'Assemblée sur le budget et le contrôle des dépenses.
- La perte de soutien de certains députés du PDC, jugés trop conciliants envers la France.
- La pression de l'UPC, qui gagnait en popularité dans les zones rurales en prônant l'indépendance immédiate et l'unification avec le Cameroun britannique.
### Conséquences
La chute de Mbida ouvrit la voie à Ahmadou Ahidjo, qui forma un gouvernement plus conciliant envers les aspirations nationalistes modérées. Cela marqua un tournant vers une approche plus pragmatique de l'indépendance, évitant la confrontation directe avec la France tout en répondant aux pressions populaires.
### Vocabulaire à retenir
- Gouvernement autonome
- Parti Démocratique du Cameroun (PDC)
- Vote de défiance
- Indépendantiste modéré
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Expliquer les raisons de la brièveté de l'administration de Mbida (1957-1958).
**Plan** :
I. Contexte : autonomie interne et élections de 1957
II. Politique de Mbida : modération et liens avec la France
III. Causes de la chute : désaccord sur l'indépendance, conflit budgétaire, perte de soutien
IV. Conséquences : émergence d'Ahidjo comme alternative nationale modérée
## II. TU10: Lesson 10: The rise of Ahidjo to power, reasons for his ascension, his role towards independence of French Cameroon
### Contexte
Après la chute de Mbida, Ahmadou Ahidjo, musulman du Nord issu de l'élite traditionnelle et membre de l'Union Camerounaise (UC), devient Vice-Premier ministre puis Premier ministre en février 1958.
### Définitions et faits clés
> Ahmadou Ahidjo devint Premier ministre du Cameroun autonome en février 1958, puis premier président du Cameroun indépendant le 5 mai 1960, après avoir mené des négociations pour l'indépendance tout en maintenant des liens étroits avec la France.
### Raisons de son ascension
Ahidjo gagna en influence grâce à :
- Son origine nordiste, lui permettant d'équilibrer la représentation régionale après la domination sudiste sous Mbida.
- Son appartenance à l'Union Camerounaise (UC), parti modéré favorable à l'indépendance dans le cadre de la coopération avec la France.
- Son soutien par les autorités françaises, qui le voyaient comme un garant de la stabilité et des intérêts français.
- Son habileté à naviguer entre les exigences des nationalistes et les attentes coloniales.
### Son rôle vers l'indépendance
Ahidjo joua un rôle central dans les négociations menant à l'indépendance :
- Il soutint l'idée d'une indépendance liée à des accords de coopération avec la France (accords préliminaires signés en juillet 1959).
- Il travailla à isoler l'UPC, jugé trop radical, en gagnant le soutien des chefs traditionnels et des élites modérées.
- Il présida la transition vers l'indépendance, proclamée le 1er janvier 1960, et devint président le 5 mai 1960 après les premières élections présidentielles.
### Conséquences
Son accession marqua le début d'une ère de leadership nordiste et d'une stratégie d'indépendance négociée, évitant la guerre civile tout en assurant une transition ordonnée. Cependant, elle excluait les voix plus radicales et posait les bases d'un pouvoir de plus en plus centralisé.
### Vocabulaire à retenir
- Union Camerounaise (UC)
- Accords de coopération
- Indépendance négociée
- Leadership nordiste
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Analyser les raisons de l'ascension d'Ahmadou Ahidjo au pouvoir entre 1957 et 1960.
**Plan** :
I. Contexte post-Mbida : besoin d'équilibre régional
II. Facteurs personnels et politiques d'Ahidjo : origine, parti, soutien français
III. Son rôle dans les négociations d'indépendance
IV. Conséquences : indépendance ordonnée mais exclusion des voix radicales
## III. TU11: Further study 1: The Eastern regional crisis of 1953-reasons for crisis and consequences on the political evolution of southern Cameroons
### Contexte
En 1953, le Cameroun français était divisé en régions. La région de l'Est, majoritairement peuplée de groupes Gbaya et Banda, connut une crise politique et sociale liée à la fiscalité et à la représentation.
### Définitions et faits clés
> La crise de l'Est de 1953 fut déclenchée par l'imposition de nouvelles taxes par l'administration coloniale française sans consultation des chefs locaux, entraînant des révoltes fiscales et une perte de légitimité des autorités.
### Raisons de la crise
- Introduction soudaine de la taxe sur le bétail et les récoltes par l'administration coloniale.
- Perception d'injustice fiscale : les populations de l'Est estimaient porter un fardeau disproportionné.
- Manque de représentation : les chefs traditionnels n'étaient pas consultés dans les décisions financières.
- Tensions ethniques : sentiment de marginalisation des groupes du Nord-Est par l'administration dominée par les Sudistes.
### Conséquences sur l'évolution politique du Sud-Cameroun
Bien que située dans l'Est du Cameroun français, la crise eut des répercussions indirectes sur le Sud-Cameroun britannique :
- Elle révéla les faiblesses de l'administration coloniale et renforça l'idée que le changement devait venir des populations elles-mêmes.
- Elle contribua à un climat de méfiance envers toute autorité centrale, influençant les débats au Sud-Cameroun sur la pertinence de l'union avec le Cameroun français.
- Elle renforça les appels à l'autonomie locale, résonnant avec les craintes des leaders du Sud-Cameroun britannique face à une éventuelle domination du Sud du Cameroun français.
- Elle démontra que les réformes fiscales sans consultation provoquaient des révoltes, une leçon retenue lors des négociations constitutionnelles ultérieures.
### Vocabulaire à retenir
- Taxe sur le bétail
- Représentation traditionnelle
- Marginalisation régionale
- Conséquences indirectes
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Expliquer comment la crise de l'Est de 1953 a influencé l'évolution politique du Sud-Cameroun britannique.
**Plan** :
I. Contexte : crise fiscale dans l'Est du Cameroun français
II. Causes : taxes coloniales sans consultation, sentiment d'injustice
III. Conséquences indirectes : perte de confiance dans l'administration centrale, renforcement de l'autonomisme au Sud-Cameroun
IV. Lien avec les débats sur l'union : crainte de domination du Sud français
## IV. TU12: Lesson 11: The rise of political leaders in Southern Cameroons- JN Foncha, Augustin Ngom Jua
### Contexte
Dans le Cameroun britannique (Sud-Cameroun), l'après-Seconde Guerre mondiale vit l'émergence de leaders politiques issus de l'élite éduquée, souvent formés au Nigeria ou au Royaume-Uni, cherchant à représenter les intérêts locaux face à l'administration coloniale britannique et aux pressions en faveur de l'union avec le Cameroun français.
### Définitions et faits clés
> John Ngu Foncha, issu du peuple Bamileke et membre du Kamerun National Democratic Party (KNDP), devint Premier ministre du Sud-Cameroun en 1959 et défendit l'idée d'une fédération avec le Cameroun français. Augustin Ngom Jua, issu du peuple Kom et membre du Kamerun People's Party (KPP), fut son principal opposant, prônant soit l'intégration au Nigeria, soit une indépendance séparée.
### John Ngu Foncha
- Fondateur du KNDP en 1955, parti modéré favorable à une association volontaire avec le Cameroun français.
- Devint Premier ministre du Sud-Cameroun en 1959 après les élections.
- Joua un rôle clé dans les conférences de Mamfe (1959) et Bamenda (1959), défendant l'idée d'un État fédéral où le Sud-Cameroun conserverait une autonomie significative.
- Représentait la vision d'une "union digne" basée sur l'égalité et le respect des particularités.
### Augustin Ngom Jua
- Leader du KPP, fondé en 1955, plus radical dans sa défense de l'identité sud-camerounaise.
- Craignait que l'union avec le Cameroun français ne mène à la domination du groupe majoritaire francophone et à l'assimilation culturelle.
- Prônait initialement l'intégration au Nigeria (où de nombreux Sud-Camerounais avaient des liens ethniques et économiques), puis, face à l'opposition britannique, une indépendance séparée du Sud-Cameroun.
- Joua un rôle clé dans les débats menant au plébiscite de 1961, en campagnant pour le "Non" à l'union avec le Cameroun français.
### Conséquences
La rivalité entre Foncha et Ngom Jua refléta les profondes divisions au Sud-Cameroun sur son avenir politique. Bien que Foncha ait gagné le soutien des élites modérées et des autorités britanniques, Ngom Jua représenta une voix importante de résistance, influençant le déroulement du plébiscite et les négociations constitutionnelles ultérieures.
### Vocabulaire à retenir
- Kamerun National Democratic Party (KNDP)
- Kamerun People's Party (KPP)
- Association volontaire
- Intégration au Nigeria
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Comparer les visions politiques de John Ngu Foncha et Augustin Ngom Jua pour l'avenir du Sud-Cameroun.
**Plan** :
I. Contexte : émergence des leaders politiques dans le Sud-Cameroun britannique
II. Foncha : KNDP, fédération avec le Cameroun français, autonomie
III. Ngom Jua : KPP, crainte de domination, préférence pour le Nigeria ou indépendance
IV. Impact : division du Sud-Cameroun, influence sur le plébiscite de 1961
## V. TU12: Lesson 11 continues: 1961 plebiscite-Reasons
### Contexte
Suite aux conférences constitutionnelles et à l'indépendance du Cameroun français en 1960, les Nations Unies organisèrent un plébiscite en février 1961 dans le Cameroun britannique pour déterminer son avenir : rejoindre le Cameroun français, intégrer le Nigeria, ou devenir indépendant.
### Définitions et faits clés
> Le plébiscite du Sud-Cameroun de 1961, organisé par les Nations Unies les 11 et 12 février, demanda aux électeurs de choisir entre rejoindre le Cameroun français (indépendance par unification) ou intégrer le Nigeria.
### Raisons du plébiscite
- Résolution 1350 (XIV) de l'Assemblée générale des Nations Unies (1959) : stipulait que l'avenir du Cameroun britannique devait être déterminé par un acte libre et éclairé des populations.
- Fin du mandat britannique : l'administration britannique préparait son retrait et ne voulait pas imposer une décision.
- Pressions internationales : décolonisation en cours, principe de l'autodétermination.
- Désaccords locaux : division entre ceux favorables à l'union avec le Cameroun français (Foncha, KNDP) et ceux préférant le Nigeria ou l'indépendance (Ngom Jua, KPP, certains chefs traditionnels).
### Déroulement et résultats
- Dans le Nord-Cameroun britannique (majoritairement musulman et lié au Nord du Nigeria) : vote pour l'intégration au Nigeria.
- Dans le Sud-Cameroun britannique (majoritairement animiste et chrétien, lié aux hautes terres de l'Ouest) : majorité pour rejoindre le Cameroun français.
- Résultats globaux : environ 60 % pour l'union avec le Cameroun français, 40 % pour le Nigeria (variations selon les régions).
### Conséquences
Le plébiscite conduisit à la réunification : le Nord-Cameroun britannique rejoignit le Nigeria le 1er juin 1961, tandis que le Sud-Cameroun britannique devint partie intégrante du Cameroun fédéral le 1er octobre 1961. Cela créa un État fédéral composé de l'Est Cameroun (ancien Cameroun français) et de l'Ouest Cameroun (ancien Sud-Cameroun britannique).
### Vocabulaire à retenir
- Plébiscite des Nations Unies
- Autodétermination
- Réunification
- Fédéralisme
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Expliquer les raisons de l'organisation du plébiscite de 1961 dans le Cameroun britannique.
**Plan** :
I. Contexte : indépendance du Cameroun français (1960) et fin du mandat britannique
II. Cadre légal : résolution 1350 des Nations Unies sur l'autodétermination
III. Raisons pratiques : retrait britannique, principe de choix libre
IV. Conséquences : réunification partielle et création du Cameroun fédéral
## VI. TU13: Lesson 12: the reunification conferences: The Mamfe Plebiscite Conference 1959, the Bamenda All party conference, personalities involved, aims and decisions
### Contexte
Avant le plébiscite de 1961, une série de conférences furent organisées pour préparer les populations du Sud-Cameroun britannique à faire un choix éclairé et pour négocier les termes de l'éventuelle union avec le Cameroun français.
### Définitions et faits clés
> La conférence de Mamfe (juillet 1959) et la conférence de Bamenda (septembre 1959) furent des réunions préparatoires au plébiscite de 1961, visant à informer les populations du Sud-Cameroun britannique sur les options politiques et à négocier les conditions d'une éventuelle union avec le Cameroun français.
### Conférence de Mamfe (juillet 1959)
- **Personnalités** : John Ngu Foncha (KNDP), représentants du gouvernement du Cameroun français (dont Ahidjo), observateurs britanniques et de l'ONU.
- **Objectifs** : expliquer les implications de l'union avec le Cameroun français, répondre aux craintes du Sud-Cameroun.
- **Décisions** : accord de principe sur la nécessité d'un plébiscite sous supervision de l'ONU ; affirmation que l'union respecterait l'autonomie du Sud-Cameroun dans un État fédéral.
### Conférence de Bamenda (septembre 1959)
- **Personnalités** : Augustin Ngom Jua (KPP), chefs traditionnels du Sud-Cameroun, représentants du KNDP, observateurs britanniques.
- **Objectifs** : permettre une large consultation des partis politiques et des chefs traditionnels.
- **Décisions** : reconnaissance du droit au choix libre ; demande que les termes de l'union soient clairement définis avant le plébiscite ; appel à des garanties constitutionnelles pour l'Ouest-Cameroun.
### Conséquences
Ces conférences préparèrent le terrain pour le plébiscite en clarifiant les enjeux et en montrant que les leaders sud-camerounais étaient engagés dans un processus démocratique. Elles soulignèrent toutefois les divisions persistantes, notamment entre ceux qui faisaient confiance aux promesses d'autonomie (Foncha) et ceux qui exigeaient des garanties écrites (Ngom Jua et ses alliés).
### Vocabulaire à retenir
- Conférence préparatoire
- Supervision de l'ONU
- Autonomie régionale
- Garanties constitutionnelles
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Décrire les objectifs et les décisions de la conférence de Mamfe (1959) dans le cadre de la réunification.
**Plan** :
I. Contexte : pré-plébiscite et besoin d'information
II. Personnalités impliquées : Foncha, représentants français, observateurs
III. Objectifs : expliquer l'union, répondre aux craintes
IV. Décisions : plébiscite sous supervision de l'ONU, affirmation de l'autonomie dans un État fédéral
## VII. TU13: Lesson 12 continues: The Foumban constitutional conference and Yaounde Tripartite conference- Personalities, aims and decisions; how decisions in Foumban respected the aspirations of the conveners, impact of reunification
### Contexte
Après le résultat favorable du plébiscite dans le Sud-Cameroun britannique pour rejoindre le Cameroun français, il fallut négocier la constitution du nouvel État fédéral. Deux conférences clés eurent lieu : Foumban (juillet 1961) et Yaoundé (septembre 1961).
### Définitions et faits clés
> La conférence constitutionnelle de Foumban (15-21 juillet 1961) réunit les représentants du Cameroun français et du Sud-Cameroun britannique pour élaborer la constitution du Cameroun fédéral. La conférence tripartite de Yaoundé (1-5 septembre 1961) réunit les mêmes parties plus les représentants britanniques pour finaliser les accords avant l'indépendance du Sud-Cameroun britannique.
### Conférence de Foumban (juillet 1961)
- **Personnalités** : Ahmadou Ahidjo (Cameroun français), John Ngu Foncha (Sud-Cameroun britannique), représentants des deux gouvernements, observateurs de l'ONU.
- **Objectifs** : rédiger une constitution fédérale équilibrant l'unité nationale et l'autonomie régionale.
- **Décisions** :
- Création d'un État fédéral composé de deux États fédérés : l'Est-Cameroun (ancien Cameroun français) et l'Ouest-Cameroun (ancien Sud-Cameroun britannique).
- Présidence tournante : le président de la République fédérale serait élu pour 5 ans, pouvant être issu de l'un ou l'autre État.
- Vice-présidence : réservée à l'autre État fédéré (ex. si le président vient de l'Est, le vice-président vient de l'Ouest).
- Assemblée fédérale : composée de représentants des deux États, avec égalité de représentation malgré la différence de population (pour protéger l'Ouest-Cameroun).
- Chaque État fédéré conserverait son propre gouvernement, législature, judiciaire, et système éducatif (anglais vs français).
- Drapeau, hymne et symbole nationaux unifiés, mais préservation des langues officielles (anglais et français).
### Conférence de Yaoundé (septembre 1961)
- **Personnalités** : mêmes que Foumban, plus représentants du gouvernement britannique.
- **Objectifs** : finaliser les accords administratifs et juridiques avant l'indépendance du Sud-Cameroun britannique (prévue pour le 1er octobre 1961).
- **Décisions** :
- Date fixée pour l'indépendance et la réunification : 1er octobre 1961.
- Accords sur la citoyenneté, la continuité des services publics, et le transfert des responsabilités administratives.
- Confirmation que le Sud-Cameroun britannique deviendrait l'État fédéré de l'Ouest-Cameroun à partir de cette date.
### Respect des aspirations
Les décisions de Foumban reflétèrent un compromis :
- Pour le Sud-Cameroun britannique : préservation de l'autonomie (système éducatif anglais, judiciaire common law, représentation égale malgré la minorité démographique).
- Pour le Cameroun français : maintien de l'unité sous une présidence centrale, avec Ahidjo en position forte.
- L'égalité de représentation à l'Assemblée fédérale répondait à la crainte du Sud-Cameroun d'être submergé par la majorité francophone.
### Impact de la réunification
- Création du Cameroun fédéral le 1er octobre 1961.
- Renforcement de la légitimité internationale du nouvel État.
- Début d'une expérience fédérale unique en Afrique subsaharienne.
- Cependant, des tensions persistèrent concernant l'équilibre réel du pouvoir, avec une tendance à la domination de l'Est-Cameroun sur le plan économique et administratif.
### Vocabulaire à retenir
- État fédéral
- Présidence tournante
- Égalité de représentation
- Système éducatif bilingue
- Conférence constitutionnelle
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Expliquer comment les décisions de la conférence de Foumban (1961) ont respecté les aspirations des dirigeants du Sud-Cameroun britannique.
**Plan** :
I. Contexte : plébiscite favorable et besoin de négociation constitutionnelle
II. Personnalités et objectifs : Ahidjo, Foncha, rédaction d'une constitution fédérale
III. Décisions clés : présidence tournante, égalité à l'Assemblée fédérale, préservation des systèmes éducatif et judiciaire
IV. Analyse : comment ces décisions répondaient aux craintes de domination et préservaient l'autonomie
## VIII. TU14: Lesson 13: the state of East Cameroon 1961-1972; political economic and social development
### Contexte
L'Est-Cameroun (ancien Cameroun français) constituait l'État fédéré le plus peuplé et économiquement développé du Cameroun fédéral. De 1961 à 1972, il connut des évolutions politiques, économiques et sociales sous l'influence du gouvernement fédéral dirigé par Ahidjo.
### Définitions et faits clés
> L'Est-Cameroun, correspondant approximativement aux régions actuelles du Centre, du Sud, de l'Est, de l'Adamaoua et du Nord, bénéficiait d'une administration héritée du Cameroun français indépendant, avec un gouverneur nommé par le président fédéral et une assemblée législative locale.
### Développement politique
- Le parti majoritaire était l'Union Camerounaise (UC), devenue plus tard l'Union Nationale Camerounaise (UNC), parti d'Ahidjo.
- Malgré l'existence théorique d'un multipartisme, l'UNC dominait grâce au contrôle des ressources étatiques et au découpage électoral favorable.
- L'opposition (notamment des résidus de l'UPC) était marginalisée, souvent par des arrestations ou des interdictions de réunion.
- Les chefs traditionnels étaient intégrés dans des conseils consultatifs, mais leur pouvoir réel était limité par l'administration moderne.
### Développement économique
- Croissance soutenue du PIB réel (moyenne de ~4-5% par an dans les années 1960), portée par :
- Exportations de café, cacao, coton et bois.
- Investissements publics dans les infrastructures (routes, barrages comme celui de Lagdo sur la Bénoué, commencé en 1970).
- Politique d'industrialisation légère (usines de transformation agroalimentaire à Douala et Yaoundé).
- Aide française continue dans le cadre des accords de coopération.
- Cependant, l'économie restait fortement dépendante des exportations de matières premières et vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux.
- Les inégalités persistaient : développement concentré autour de Yaoundé, Douala et les zones de plantation, laissant les régions rurales en arrière.
### Développement social
- Expansion de l'éducation : taux de scolarisation primaire passé de ~40% en 1960 à ~60% en 1970 (encore faible par rapport aux objectifs).
- Santé : construction d'hôpitaux régionaux, lutte contre la endémie (paludisme, trypanosomiase), mais accès limité en zone rurale.
- Urbanisation : croissance de Yaoundé et Douala, apparition de bidonvilles autour des centres industriels.
- Politique d'africanisation : remplacement progressif des fonctionnaires français par des Camerounais, accéléré dans les années 1960.
### Conséquences
L'Est-Cameroun devint le moteur économique du Cameroun fédéral, mais son développement bénéficia davantage aux élites urbaines et aux régions productrices. Les disparités régionales et sociales persistèrent, posant des défis pour l'équité nationale.
### Vocabulaire à retenir
- Industrialisation légère
- Africanisation de la fonction publique
- Dépendance aux matières premières
- Taux de scolarisation
- Bidonvilles urbains
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Évaluer le développement économique de l'Est-Cameroun entre 1961 et 1972.
**Plan** :
I. Contexte : État fédéré le plus peuplé et développé
II. Facteurs de croissance : exportations agricoles, infrastructures, aide française
III. Limites : dépendance aux matières premières, inégalités régionales
IV. Développement social : éducation, santé, urbanisation
V. Conclusion : croissance réelle mais structurelle fragile et inéquitable
## IX. TU15: Lesson 14: The state of West Cameroon 1961-1972-Political, socio-economic development
### Contexte
L'Ouest-Cameroun (ancien Sud-Cameroun britannique) constituait l'État fédéré moins peuplé mais culturellement distinct du Cameroun fédéral. De 1961 à 1972, il conserva son identité anglo-saxonne tout en étant intégré à un État dominé par l'Est-Cameroun francophone.
### Définitions et faits clés
> L'Ouest-Cameroun, correspondant aux régions actuelles du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, bénéficiait d'un gouvernement local avec un Premier ministre (issu de la majorité de l'Assemblée législative de l'Ouest-Cameroun), une assemblée élue, un système judiciaire basé sur le common law, et un système éducatif en anglais, conformément à l'accord de Foumban.
### Développement politique
- Le Kamerun National Democratic Party (KNDP) de John Ngu Foncha dominait initialement l'Assemblée de l'Ouest-Cameroun.
- Foncha devint Vice-Président de la République fédérale (1961-1965, puis 1968-1970), symbolisant le partage du pouvoir exécutif.
- Cependant, l'influence réelle du gouvernement de l'Ouest-Cameroun était limitée : les décisions clés (défense, monnaie, affaires étrangères) étaient prises au niveau fédéral à Yaoundé.
- Tensions croissantes : perception au sein de l'Ouest-Cameroun d'une marginalisation progressive malgré les garanties constitutionnelles.
- En 1965, Foncha fut remplacé comme Premier ministre de l'Ouest-Cameroun par Augustine Ngom Jua (après une élection controversée), reflétant les luttes internes au KNDP et la montée de voix critiques envers l'union.
### Développement socio-économique
- Économie : basée sur l'agriculture de subsistance (igname, maïs, manioc), le café de montagne (dans les régions de Bamenda et Kumba), et l'élevage.
- Moins d'industrialisation que l'Est-Cameroun : peu d'usines, dépendance aux importations de biens manufacturés.
- Infrastructures : amélioration modeste des routes rurales (ex. route Bamenda-Mamfe), mais retard par rapport à l'Est-Cameroun.
- Éducation : taux de scolarisation relativement élevé par rapport à la moyenne nationale (système éducatif anglais bien établi), mais accès limité au secondaire et supérieur.
- Santé : hôpitaux de district présents, mais pénurie de personnel médical qualifié.
- Migration : exode rural vers les villes du Sud-Ouest (Victoria, Kumba) et vers l'Est-Cameroun (Yaoundé, Douala) à la recherche d'emplois.
### Conséquences
Malgré les garanties de Foumban, l'Ouest-Cameroun éprouva un sentiment croissant de négligence. Son économie resta moins dynamique que celle de l'Est-Cameroun, et son influence politique fédérale diminua au fil du temps, préparant le terrain pour les critiques contre le fédéralisme dans les années 1970.
### Vocabulaire à retenir
- Premier ministre de l'Ouest-Cameroun
- Système judiciaire basé sur le common law
- Café de montagne
- Marginalisation perçue
- Exode rural
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Analyser le développement socio-économique de l'Ouest-Cameroun entre 1961 et 1972.
**Plan** :
I. Contexte : État fédéré avec identité anglo-saxonne et garanties de Foumban
II. Politique : domination initiale du KNDP, rôle de Foncha comme Vice-Président, tensions croissantes
III. Économique : agriculture de subsistance, café de montagne, faible industrialisation
IV. Social : éducation relativement bonne, santé limitée, migration vers les centres urbains
V. Conclusion : développement inégal par rapport à l'Est-Cameroun, sentiment de négligence
## X. TU16: Lesson 15: Political development in the federal republic of Cameroon-political parties, adoption of a one party state (reasons, stages, effects and reasons for success)
### Contexte
De 1961 à 1966, le Cameroun fédéral fonctionna théoriquement comme un État multipartite. Cependant, progressivement, le parti d'Ahidjo, l'Union Nationale Camerounaise (UNC), établit un monopole de fait, puis de droit, sur la vie politique nationale.
### Définitions et faits clés
> L'adoption du parti unique au Cameroun fut un processus graduel entre 1962 et 1966, aboutissant à la déclaration officielle de l'État à parti unique en 1966, avec l'Union Nationale Camerounaise (UNC) comme seul parti légal, justifiée par la nécessité de l'unité nationale et du développement économique.
### Raisons de l'adoption du parti unique
- Crainte de la division ethnique et régionale : les dirigeants craignaient que le multipartisme mène à des partis basés sur l'ethnicité (ex. UPC comme parti bassa, KNDP comme parti Bamileke).
- Volonté de stabilité : après les troubles liés à l'UPC dans les années 1950, Ahidjo associait le multipartisme à l'instabilité et à la révolte.
- Efficacité du développement : belief qu'un État fort et unifié pouvait mieux planifier et exécuter des projets nationaux (ex. barrages, routes).
- Influence des modèles africains : inspiration par les États à parti unique comme la Guinée de Touré ou la Tanzanie de Nyerere, présentés comme des voies vers l'africanisation et l'autonomie.
- Affaiblissement de l'opposition : l'UPC était largement réprimé, le KNDP était divisé, et d'autres partis manquaient de ressources nationales.
### Étapes du processus
1. **1962** : Après les élections fédérales, l'UNC remporte une majorité écrasante grâce à des avantages incumbents (contrôle de l'administration, ressources d'État).
2. **1963-1964** : Lois restrictives sur les rassemblements publics et les associations politiques rendent difficile l'activité des partis d'opposition.
3. **1965** : L'UNC absorbe ou marginalise les petits partis régionaux (ex. certains éléments du KNDP favorables à l'union sont cooptés).
4. **1966** : Le 1er septembre, Ahmadou Ahidjo déclare officiellement l'adoption du parti unique lors d'un discours à Bamenda. L'UNC devient le seul parti légal. Tous les autres partis sont soit interdits, soit contraints de se dissoudre ou de rejoindre l'UNC.
### Effets
- Politique : fin du débat ouvert, centralisation du pouvoir autour d'Ahidjo et de l'UNC, suppression de la dissidence politique légale.
- Social : climat de prudence, autocensure, montée du clientélisme comme voie d'accès aux ressources.
- Économique : capacité accrue à mener des projets de longue haleine (ex. Plan quinquennal 1961-1965, puis 1966-1970), mais risque de corruption et de détournement de fonds sans contre-pouvoirs efficaces.
- International : certaines critiques (notamment de l'ONU et des pays occidentaux), mais aussi reconnaissance de la stabilité relative du Cameroun par rapport à ses voisins.
### Raisons du succès (apparente)
- Contrôle des ressources étatiques : l'UNC utilisait les fonds publics pour financer ses activités et récompenser ses partisans.
- Légitimité perçue de la stabilité : dans un contexte de guerres civiles et de coups d'État ailleurs en Afrique, le régime d'Ahidjo était vu comme un havre de paix.
- Cooptation des élites : chefs traditionnels, intellectuels, et hommes d'affaires étaient intégrés dans le parti ou récompensés pour leur soutien.
- Faiblesse structurelle de l'opposition : manque de financement, de réseau national, et de liberté d'organisation.
### Vocabulaire à retenir
- Parti unique
- Union Nationale Camerounaise (UNC)
- Cooptation
- Clientélisme
- Multipartisme théorique
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Expliquer les raisons et les étapes de l'adoption du parti unique au Cameroun entre 1961 et 1966.
**Plan** :
I. Contexte : Cameroun fédéral théorique multipartite
II. Raisons : crainte de l'ethnicité, volonté de stabilité, efficacité du développement, modèles africains, affaiblissement de l'opposition
III. Étapes : élections de 1962, lois restrictives (1963-64), marginalisation des petits partis (1965), déclaration officielle (1er septembre 1966)
IV. Effets : centralisation du pouvoir, suppression de la dissidence, capacité de planification économique
V. Raisons du succès : contrôle des ressources, légitimité de la stabilité, cooptation, faiblesse de l'opposition
Quiz du chapitre
12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.