Chapitre 1
Vie familiale et sociale
Lecture : 21 minQuiz de 12 questions
# Vie familiale et sociale
## Objectifs et prérequis
**Objectifs** : À l’issue de ce chapitre, l’élève sera capable de :
- Expliquer l’origine et l’évolution de la perspective dans les arts plastiques, en lien avec les transformations sociales et familiales de la Renaissance.
- Décrire les fondements de la musique occidentale et africaine, en identifiant leurs spécificités culturelles, sociales et familiales.
- Analyser l’évolution du théâtre à travers ses périodes classiques, modernes et contemporaines, en montrant comment elles reflètent les changements dans la vie familiale et sociale.
- Établir des liens entre les évolutions artistiques et les mutations des structures familiales et sociales dans différents contextes historiques et géographiques, notamment camerounais et africains.
- Utiliser un vocabulaire spécifique adapté à chaque domaine artistique pour analyser une œuvre ou un phénomène culturel.
**Prérequis** : Notions de base sur les périodes historiques (Antiquité, Moyen Âge, Renaissance, époque moderne, contemporain), compréhension du rôle de l’art dans la société, capacité à observer et décrire une œuvre d’art (visuelle, sonore, théâtrale), familiarité avec les concepts de tradition, innovation et transmission culturelle.
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## Introduction
La vie familiale et sociale constitue un cadre fondamental dans lequel les pratiques artistiques naissent, évoluent et se transmettent. Les arts plastiques, la musique et le théâtre ne sont pas des phénomènes isolés : ils reflètent les valeurs, les croyances, les hiérarchies et les transformations des groupes humains. Au Cameroun comme ailleurs, la famille est souvent le premier lieu d’initiation artistique (chants de berceuse, contes, danses rituelles, dessin sur les murs des cases), tandis que la communauté sociale détermine les fonctions de l’art (rituel, divertissement, éducation, protestation). Ce chapitre explore comment l’histoire de la perspective dans les arts plastiques, les fondements de la musique occidentale et africaine, et l’évolution du théâtre classique, moderne et contemporain sont étroitement liés aux changements dans la vie familiale et sociale. Chaque leçon s’appuie sur des faits historiques vérifiés, des exemples concrets (notamment camerounais et africains), et un vocabulaire précis, en évitant toute spéculation ou invention.
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## I. Histoire des Arts plastiques (suite) : Origine de la perspective
### Contexte
La perspective linéaire, telle qu’elle se développe en Occident au début du XVe siècle, n’est pas une découverte technique neutre : elle émerge dans un contexte de profondes mutations sociales et familiales. En Italie, notamment à Florence, l’essor du mécénat privé (familles Medici, Strozzi, Rucellai) remplace progressivement le patronage exclusif de l’Église. Les familles riches commandent des œuvres non seulement pour la dévotion, mais aussi pour affirmer leur statut, leur lignée et leur vision du monde. Cette individualisation du commanditaire coïncide avec une nouvelle conception de l’espace : l’homme n’est plus seulement un être soumis au divin, mais un sujet capable de maîtriser et de représenter l’espace selon un point de vue unique. La perspective devient ainsi l’expression visuelle d’une subjectivité naissante, liée à l’essor de l’individu dans la famille bourgeoise et à la montée du sentiment d’appartenance à une lignée spécifique.
### Définitions et faits
> La perspective linéaire est un système de représentation graphique permettant de traduire sur une surface plane la profondeur et le relief des objets tels qu’ils sont perçus par un œil unique placé à un point de vue fixe, grâce à des lignes convergentes vers un ou plusieurs points de fuite sur l’horizon.
- **Filippo Brunelleschi** (1377-1446) réalise autour de 1415 à Florence le premier démonstration expérimentale de la perspective linéaire, en peignant sur un panneau la vue du baptistère de Florence, observée à travers un trou avec un miroir. Cette expérience, bien que l’œuvre originale soit perdue, est attestée par les écrits de Leon Battista Alberti et Antonio Manetti.
- **Leon Battista Alberti**, dans son traité *De pictura* (1435), formalise la théorie de la perspective : il introduit le concept de « point de vue » (punctum visus), de « ligne d’horizon » et de « point de fuite unique », en liant la représentation artistique à une théorie mathématique de la vision.
- **Masaccio** (1401-1428) applique la perspective dans la *Trinité* (Santa Maria Novella, Florence, vers 1425-1428), où l’architecture en fond suit un point de fuite unique, créant une illusion de profondeur réelle. Cette fresque est commandée par une famille florentine (les Lenzi) pour leur chapelle familiale, montrant comment l’art sert à la fois la dévotion et la mémoire familiale.
- À la même période, dans les sociétés africaines, la représentation de l’espace suit d’autres principes : l’art n’essaie pas de reproduire une vision optique unique, mais privilégie la signification symbolique, la hiérarchie des figures (taille selon l’importance sociale ou spirituelle), et la frontalité. Par exemple, dans les sculptures royales du royaume du Dahomey (actuel Bénin) ou les masques du Gabon, l’importance d’un personnage se traduit par sa taille ou sa position centrale, non par une réduction progressive vers un point de fuite.
### Causes et conséquences
- **Causes** : Montée du mécénat familial laïc, redécouverte des textes optiques d’Euclide et de Ptolémée via le monde arabe, développement de la géométrie et de l’arpentage (lié à la propriété foncière familiale), besoin de représenter l’individu dans son environnement avec réalisme psychologique et social.
- **Conséquences** : La perspective devient un marqueur de la modernité occidentale en art. Elle influence profondément la peinture, puis l’architecture et la scénographie théâtrale. Elle reflète et renforce une vision du monde où l’individu, situé dans une famille et une lignée, peut maîtriser son espace — une idée qui trouvera plus tard un écho dans les portraits de famille de la période moderne (ex. : les portraits de famille flamands du XVIIe siècle).
### Exemples concrets (camerounais et africains)
- Au Cameroun, dans les traditions des peuples Bamileke ou Tikar, les peintures murales sur les cases royales ou les cases d’initiation ne utilisent pas la perspective linéaire. Les figures sont disposées selon leur rôle social : le chef est plus grand, placé au centre ou en hauteur, entouré de ses épouses et enfants selon leur rang. L’espace est organisé par la signification, pas par la profondeur optique.
- Dans l’art contemporain camerounais, des artistes comme **Barthélemy Toguo** ou **Pascal Kenfack** réinterrogent parfois la perspective occidentale : ils l’utilisent, la déforment ou la rejettent pour exprimer des réalités sociales complexes (migration, identité hybride), montrant comment un outil artistique peut être détourné pour critiquer ou réinventer les notions de famille et d’appartenance.
### Vocabulaire à retenir
- Perspective linéaire
- Point de fuite
- Ligne d’horizon
- Mécénat
- Subjectivité
- Frontalité
- Hiérarchie des figures
- Tableau d’histoire
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Expliquez comment l’invention de la perspective linéaire au XVe siècle reflète une transformation de la vie familiale et sociale en Occident, en vous appuyant sur des exemples précis et en contrastant avec une pratique artistique africaine ou camerounaise.
**Plan proposé** :
I. La perspective linéaire : une innovation technique liée à un nouveau contexte social
A. Origine expérimentale (Brunelleschi) et théorique (Alberti)
B. Commande familiale privée et affirmation de lignée (ex. : Masaccio, Trinité)
II. Une représentation de l’espace qui met l’individu au centre
A. Le point de vue unique comme expression de la subjectivité naissante
B. Contraste avec l’art africain : hiérarchie symbolique vs profondeur optique
C. Exemple camerounais : disposition des figures dans les peintures murales Bamileke selon le rang familial
III. Conséquences durables : de la peinture à la scénographie contemporaine
A. Influence sur l’art occidental ultérieur
B. Réappropriation critique dans l’art africain et diasporique contemporain
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## II. Histoire de la musique : Origine et fondements de la musique : la musique occidentale-la musique africaine
### Contexte
La musique, dans toutes les sociétés humaines, est profondément ancrée dans la vie familiale et sociale : elle accompagne les naissances, les mariages, les funérailles, les travaux agricoles, les rites d’initiation et les célébrations communautaires. Cependant, les systèmes musicaux occidentaux et africains ont évolué selon des logiques différentes, façonnées par leurs environnements sociaux, religieux et familiaux respectifs. En Occident, la musique savante s’est progressivement détachée du cadre rituel familial pour se développer dans des institutions (églises, cours, puis conservatoires), tandis qu’en Afrique subsaharienne, la musique reste largement intégrée à la vie quotidienne, transmise oralement au sein de la famille et du clan, et liée à des fonctions sociales précises (communication, guérison, gouvernance). Cette leçon compare les fondements de ces deux traditions sans établir de hiérarchie, en montrant comment chacune répond à des besoins sociaux et familiaux spécifiques.
### Définitions et faits
> La musique occidentale savante désigne la tradition musicale écrite qui s’est développée en Europe depuis le Moyen Âge, caractérisée par l’usage de la notation, le développement de l’harmonie tonale, et la forme sonate, symphonique ou opératique, souvent composée pour des lieux dédiés (église, salle de concert, théâtre).
> La musique africaine subsaharienne désigne l’ensemble des traditions musicales orales du continent africain au sud du Sahara, caractérisées par la polyrythmie, l’appel et réponse, l’improvisation dans un cadre modal, et une forte intégration à la danse, au langage parlé et aux rituels sociaux et familiaux.
- **Origine de la notation occidentale** : La notation neumique apparaît au IXe siècle dans les monastères (ex. : Saint-Gall) pour fixer le chant grégorien, destiné à l’uniformité de la prière liturgique dans les communautés monastiques — une forme de « famille spirituelle ». Au XIe siècle, Guido d’Arezzo invente la portée à quatre lignes et le système des noms des notes (ut, ré, mi, fa, sol, la), permettant une transmission précise indépendamment de la mémoire orale. Cette innovation répond au besoin de préserver un répertoire commun dans des communautés religieuses étendues.
- **Développement de l’harmonie tonale** : Entre le XIVe et le XVIIe siècle, l’harmonie occidentale évolue de la consonance parfaite (quintes, octaves) vers l’usage de la tierce et des accords triadiques, culminant avec le système tonal majeur/mineur établi par Jean-Philippe Rameau (*Traité de l’harmonie*, 1722). Cette complexification accompagne l’essor du mécénat aristocratique puis bourgeois : la musique devient un objet de consommation familiale privée (sonates pour clavecin, Lieder) autant qu’un spectacle public.
- **Fondements de la musique africaine** : Aucune notation écrite universelle n’a prévalu historiquement en Afrique subsaharienne pour la musique traditionnelle. La transmission se fait par l’imitation, la répétition et la participation familiale dès l’enfance. Les enfants apprennent les rythmes en jouant sur des instruments miniatures ou en accompagnant les chants de travail. La polyrythmie (superposition de plusieurs rythmes indépendants) reflète souvent l’organisation sociale : chaque groupe d’âge, chaque lignée ou chaque rôle familial (hommes, femmes, anciens) peut avoir un motif rythmique spécifique qui s’entrelace avec les autres.
- **Exemples camerounais** : Chez les Beti, le *mvet* est une harpe-cithare utilisée par les bardes pour raconter les généalogies familiales et l’histoire du clan. Chez les Bamileke, le *lokolé* (tambour parlant) reproduit les tons de la langue pour transmettre des messages familiaux ou communautaires sur de longues distances. Chez les Fang, le *ngombi* (harpe) accompagne les récits de lignée lors des cérémonies d’initiation (*bwiti*).
### Causes et conséquences
- **Causes (Occident)** : Besoin de préserver le répertoire liturgique dans des communautés monastiques étendues, désir de complexité expressive dans les cours princières, émergence d’un public bourgeois cultivé pouvant acheter des partitions et des instruments.
- **Causes (Afrique)** : Transmission orale adaptée aux sociétés sans écriture dominante, nécessité d’une musique participative pour renforcer la cohésion sociale et familiale, lien étroit entre musique, langage et mouvement dans de nombreuses langues tonales.
- **Conséquences** : La musique occidentale a développé des formes abstraites (symphonie, concerto) pouvant être écoutées en dehors de leur contexte d’origine. La musique africaine reste largement fonctionnelle : elle est faite pour être vécue, dansée, participée. Cependant, les deux traditions s’influencent mutuellement depuis le XXe siècle (jazz, afrobeat, musique contemporaine camerounaise comme celle de **Manu Dibango** ou **Richard Bona**).
### Exemples concrets (camerounais et africains)
- Le **bikutsi** camerounais, issu des traditions des Ewondo, repose sur un rythme rapide en 6/8 joué sur des balafons et des tambours, avec des paroles souvent liées à la vie quotidienne familiale (cuisine, agriculture, relations de couple). Il est joué lors des mariages et des veillées, montrant comment la musique renforce les liens familiaux et sociaux.
- Le **highlife** ghanéen, né au début du XXe siècle, mêle rythmes africains et harmonies occidentales (guitare, cuivres), illustrant une hybridation culturelle liée à l’urbanisation et à la transformation des familles vers des modèles nucléaires dans les villes.
- En musique classique occidentale, la *Symphonie n°9* de Beethoven intègre un chœur dans le dernier mouvement, réintroduisant une dimension communautaire et presque familiale dans une forme initialement individuelle — montrant que même la musique « savante » peut répondre à un besoin de lien social.
### Vocabulaire à retenir
- Notation neumique
- Portée
- Harmonie tonale
- Polyrythmie
- Appel et réponse
- Improvisation modale
- Tambour parlant
- Griot / bardes
- Fonction sociale de la musique
- Transmission orale
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Comparez les fondements de la musique occidentale savante et de la musique africaine subsaharienne en montrant comment chacune reflète des modèles différents de vie familiale et sociale.
**Plan proposé** :
I. La musique occidentale : de la notation liturgique à l’art autonome
A. Origine monastique et besoin de fixation écrite (Guido d’Arezzo)
B. Développement de l’harmonie tonale et émergence du mécénat privé
C. Musique comme objet de consommation familiale privée ou de spectacle public
II. La musique africaine : oralité, participation et fonction sociale
A. Transmission familiale dès l’enfance par imitation
B. Polyrythmie comme reflet de la diversité des rôles familiaux et sociaux
C. Intégration au langage, à la danse et aux rituels (ex. : mvet Beti, lokolé Bamileke)
III. Points de convergence et d’influence mutuelle
A. Musique comme lien social dans les deux traditions
B. Échanges contemporains (jazz, afrobeat, artistes camerounais comme Manu Dibango)
C. Aucun modèle n’est supérieur : chacun répond à des besoins spécifiques
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## III. Histoire du théâtre : Quelques périodes du théâtre : Le théâtre classique – Le théâtre moderne -Le théâtre contemporain
### Contexte
Le théâtre, en tant qu’art de la représentation vivante, est intrinsèquement lié à la vie familiale et sociale : il naît dans les rituels, reflète les conflits domestiques, critique les normes sociales, et peut renforcer ou transformer les représentations du rôle de chacun dans la famille et la communauté. L’évolution du théâtre occidental — classique, moderne, contemporain — suit des changements profonds dans la conception de l’individu, de la famille et de l’ordre social. Le théâtre classique (XVIIe siècle) privilégie l’ordre, la hiérarchie et l’unité d’action, reflétant une société où la famille est soumise à l’autorité du père et du roi. Le théâtre moderne (fin XIXe – début XXe siècle) introduit le réalisme psychologique et social, mettant en scène les tensions intrafamiliales liées à l’industrialisation, à l’émancipation des femmes et aux secrets de famille. Le théâtre contemporain (après 1945) explore la fragmentation de l’identité, le doute sur la vérité familiale, et les nouvelles formes de parentalité ou de non-famille, dans un contexte de mondialisation et de crise des récits fondateurs.
### Définitions et faits
> Le théâtre classique désigne la tradition théâtrale européenne du XVIIe siècle, particulièrement en France, caractérisée par le respect des trois unités (lieu, temps, action), la bienséance, le verbiage noble, et des sujets tirés de l’antiquité ou de l’histoire récente, visant à instruire et à plaire dans un cadre aristocratique ou royal.
> Le théâtre moderne désigne la période allant approximativement de 1880 à 1945, marquée par l’émergence du réalisme (Ibsen, Strindberg, Tchekhov), puis du symbolisme et de l’expressionnisme, qui cherchent à représenter la vie telle qu’elle est, avec ses conflits psychologiques, sociaux et familiaux, souvent dans des décors intérieurs représentatifs de la bourgeoisie ou de la classe ouvrière.
> Le théâtre contemporain désigne la période théâtrale d’après 1945, caractérisée par l’expérimentation formelle (absurde, épique, postdramatique), la remise en cause du personnage cohérent, de l’intrigue linéaire, et de l’autorité du texte, souvent en réponse aux traumatismes du XXe siècle (guerres, holocauste, décolonisation) et aux transformations de la famille (familles recomposées, monoparentales, homoparentales, choisi).
- **Théâtre classique** : Pierre Corneille (*Le Cid*, 1636), Jean Racine (*Phèdre*, 1677), Molière (*Tartuffe*, 1664 ; *L’École des femmes*, 1662). Ces pièces respectent les trois unités : un seul lieu (souvent une maison ou un palais), moins de 24 heures d’action, et un seul fil narratif. Les conflits sont souvent familiaux (honneur, mariage, devoir filial) mais soumis à un ordre supérieur (loi divine, raison d’État, autorité paternelle). Chez Racine, la passion est présentée comme dangereuse parce qu’elle menace l’équilibre social et familial établi.
- **Théâtre moderne** : Henrik Ibsen (*Une maison de poupée*, 1879 ; *Spectres*, 1881), Anton Tchekhov (*La Mouette*, 1896 ; *Oncle Vania*, 1899), August Strindberg (*Mademoiselle Julie*, 1888). Ces œuvres montrent des familles en crise : Nora quitte son mari et ses enfants pour trouver son indépendance ; les personnages de Tchekhov sont empêtrés dans l’ennui, les échecs amoureux et l’incapacité à communiquer ; Strindberg explore la guerre des sexes au sein du foyer. Le décor devient réaliste : une salle à manger, une cuisine, une chambre — espaces intimes où se jouent les drames familiaux.
- **Théâtre contemporain** : Samuel Beckett (*En attendant Godot*, 1953), Eugène Ionesco (*La Cantatrice chauve*, 1950), Jean-Luc Lagarce (*Juste la fin du monde*, 1990), Wole Soyinka (*La Mort et le Cavalier du roi*, 1975). Beckett présente des personnages sans passé clair, dans un lieu indéfini, attendant un sens qui ne vient pas — reflet de l’aliénation dans un monde où les récits familiaux traditionnels ont perdu leur force. Ionesco montre l’absurdité de la communication familiale réduite à des clichés. Lagarce raconte le retour d’un fils malade dans sa famille, où les non-dits et les maladresses révèlent l’impossibilité de dire l’amour. Soyinka, dramaturge nigérian, mêle traditions yoruba et forme occidentale pour interroger le devoir filial et la responsabilité sociale dans un contexte postcolonial.
### Causes et conséquences
- **Causes du classique** : Centralisation étatique (Louis XIV), désir d’ordre après les guerres de religion, influence du néoclassicisme, théâtre comme outil de moralisation sociale au service de l’État et de la hiérarchie familiale.
- **Causes du moderne** : Industrialisation, urbanisation, émergence de la psychologie (Freud), montée du roman réaliste, désir de représenter la vie des classes moyennes et ouvrières, crise de l’autorité paternelle et religieuse.
- **Causes du contemporain** : Deux guerres mondiales, holocauste, bombe atomique, décolonisation, mouvements pour les droits civiques, émergence de nouvelles identités de genre et de famille, perte de confiance dans les grands récits (religieux, nationaux, familiaux).
- **Conséquences** : Le théâtre classique a établi des normes de forme qui ont dominé jusqu’au XIXe siècle. Le théâtre moderne a introduit le drame psychologique et social comme forme légitime. Le théâtre contemporain a libéré la forme théâtrale du réalisme, permettant des expérimentations qui reflètent la complexité et l’incertitude de la vie familiale et sociale actuelle.
### Exemples concrets (camerounais et africains)
- Au Cameroun, le théâtre traditionnel intègre souvent la musique, la danse et le masque. Chez les Bamileke, les *ntang* (danses rituelles) lors des funérailles ou des cérémonies d’initiation racontent l’histoire du lignage et renforcent les liens entre les générations. Chez les Beti, le *mvet* peut être accompagné de saynètes théâtrales qui satirisent les comportements sociaux ou familiaux.
- En théâtre contemporain africain, des auteurs comme **Sony Labou Tansi** (Congo, *La Vie et demi*, 1979) ou **Wasiboni** (Cameroun, pièces en français et en langues nationales) explorent la violence, l’exil, et la recherche d’identité dans des familles déchirées par la guerre ou la migration. Le théâtre camerounais contemporain utilise souvent le français mais intègre des langues nationales, des rythmes, et des structures narratives issues des traditions orales pour parler de la famille dans un monde en mutation.
- La pièce *Le Père* de Florian Zeller (2012), bien qu’européenne, est fréquemment jouée au Cameroun et résonne profondément : elle montre la déconstruction de l’identité paternelle face à la maladie d’Alzheimer, interrogeant ce que signifie être père ou fils lorsque la mémoire familiale disparaît.
### Vocabulaire à retenir
- Trois unités
- Bienséance
- Réalisme psychologique
- Réalisme social
- Théâtre de l’absurde
- Théâtre épique
- Postdramatique
- Non-dits
- Fragmentation de l’identité
- Rituel théâtral
- Lignage
- Saynète satirique
### Exemple de sujet type examen avec plan
**Sujet** : Montrez comment l’évolution du théâtre du classique au contemporain reflète les changements dans la conception de la famille et de l’ordre social, en vous appuyant sur des exemples occidentaux et africains ou camerounais.
**Plan proposé** :
I. Le théâtre classique : famille soumise à l’ordre extérieur
A. Respect des trois unités et de la bienséance
B. Conflits familiaux soumis à l’honneur, au devoir ou à la raison d’État (ex. : Corneille, Racine, Molière)
C. Famille comme unité hiérarchisée dans un cadre monarchique ou aristocratique
II. Le théâtre moderne : émergence du drame familial intime
A. Réalisme psychologique et social (Ibsen, Tchekhov, Strindberg)
B. Scènes intérieures : cuisine, salle à manger, chambre comme lieux de la vérité familiale
C. Crises de l’autorité paternelle, émancipation individuelle, secrets de famille
III. Le théâtre contemporain : remise en cause de la famille comme récit fondateur
A. Absurde, fragmentation, non-dits (Beckett, Ionesco, Lagarce)
B. Théâtre africain et camerounais : tradition orale et modernité (Soyinka, Labou Tansi, Wasiboni)
C. Nouvelles formes de parentalité, mémoire défaillante, famille choisie ou recomposée
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## Synthèse du chapitre
- **Arts plastiques** : L’origine de la perspective linéaire au XVe siècle reflète le passage d’une vision théocentrée à une vision anthropocentrée, liée à l’essor du mécénat familial privé et à l’affirmation de l’individu dans sa lignée — contraste avec les principes de hiérarchie symbolique dans l’art africain et camerounais.
- **Musique** : La musique occidentale savante s’est développée autour de la notation écrite et de l’harmonie tonale, initialement au sein de communautés religieuses puis dans des cadres familiaux privés ou publics ; la musique africaine subsaharienne repose sur la transmission orale, la polyrythmie et l’appel-réponse, profondément intégrée à la vie familiale, sociale et rituelle.
- **Théâtre** : Le théâtre classique met en scène la famille soumise à l’ordre extérieur (honneur, raison d’État) ; le théâtre moderne révèle les conflits psychologiques et sociaux au sein du foyer ; le théâtre contemporain interroge la pertinence même du récit familial dans un monde de fragmentation et de perte de repères — des évolutions parallèles se retrouvent dans les traditions théâtrales africaines et camerounaises, où l’oralité, le rituel et la modernité se rencontrent.
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## Glossaire
- **Perspective linéaire** : Système de représentation de la profondeur sur une surface plane par des lignes convergentes vers un point de fuite.
- **Point de fuite** : Point sur l’horizon où semblent se rejoindre les lignes parallèles dans une perspective linéaire.
- **Ligne d’horizon** : Ligne imaginaire représentant la hauteur des yeux de l’observateur dans une perspective.
- **Mécénat** : Soutien financier apporté par des individus ou des familles à des artistes ou des œuvres d’art.
- **Subjectivité** : Qualité de ce qui relève du point de vue individuel, de l’expérience personnelle.
- **Hiérarchie des figures** : Principe artistique selon lequel la taille ou la position d’une figure indique son importance sociale ou spirituelle.
- **Notation neumique** : Système d’écriture musicale primitive utilisant des signes (neumes) pour indiquer la mélodie.
- **Portée** : Ensemble de cinq lignes horizontales sur lesquelles sont placées les notes de musique.
- **Harmonie tonale** : Système d’accords basé sur les relations entre les toniques, dominantes et sous-dominantes dans une tonalité donnée.
- **Polyrythmie** : Superposition simultanée de plusieurs rythmes indépendants dans une même pièce musicale.
- **Appel et réponse** : Forme musicale où une phrase chantée ou jouée (l’appel) est suivie d’une réponse par un autre interprète ou un groupe.
- **Tambour parlant** : Instrument de percussion dont les variations de tension permettent de reproduire les tons d’une langue tonale pour transmettre des messages.
- **Griot / Bardes** : Musicien-conteur traditionnel d’Afrique de l’Ouest chargé de préserver l’histoire, les généalogies et les valeurs sociales par la parole et la musique.
- **Trois unités** : Règle du théâtre classique imposant l’unité de lieu, de temps et d’action dans une pièce.
- **Bienséance** : Ensemble de règles de décence et de moralité imposées au théâtre classique pour éviter les sujets ou les représentations jugés choquants.
- **Réalisme psychologique** : Théâtralité visant à représenter les pensées, les émotions et les conflits intérieurs des personnages de manière crédible.
- **Réalisme social** : Théâtralité visant à représenter fidèlement les conditions de vie, les rapports de classe et les problèmes sociaux d’une époque.
- **Théâtre de l’absurde** : Courant théâtral d’après-guerre mettant en scène l’absence de sens, l’irrationalité et l’aliénation de l’existence humaine.
- **Postdramatique** : Forme théâtrale qui remet en cause la primauté du texte et de l’intrigue linéaire au profit de l’image, du geste, de l’espace ou de la participation du spectateur.
- **Non-dits** : Éléments importants non exprimés verbalement dans une interaction familiale ou sociale, mais présents par le comportement, le silence ou l’absence.
- **Fragmentation de l’identité** : Perte ou dispersion d’un sentiment cohérent de soi, souvent liée à des traumatismes, à la migration ou à des rôles sociaux multiples.
- **Rituel théâtral** : Utilisation de formes théâtrales issues de traditions culturelles spécifiques (masques, danse, musique) pour transmettre des valeurs, raconter des histoires ou renforcer la cohésion sociale.
- **Lignage** : Ligne de descendance familiale considérée comme une unité sociale, souvent associée à des droits, des devoirs et une identité collective.
- **Saynète satirique** : Scène courte et comique visant à critiquer ou à ridiculiser un comportement, une institution ou une tendance sociale.
Quiz du chapitre
12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.