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Chapitre 1

Vie familiale et sociale

Lecture : 21 minQuiz de 12 questions

# Vie familiale et sociale ## Objectifs et prérequis Comprendre l’évolution des arts plastiques, de la musique, du théâtre et des formes d’expression contemporaines au Cameroun et en Afrique, en lien avec les contextes familiaux et sociaux. Maîtriser les notions de perspective, de règle des tiers et les grandes tendances artistiques (figuratif, conceptuel, abstrait). Savoir analyser une œuvre en situant son auteur, son époque et son message social. Prérequis : notions de base en histoire de l’art (moyen âge, renaissance, modernité), vocabulaire plastique de base (ligne, couleur, forme, texture), écoute attentive de morceaux musicaux représentatifs, lecture de textes théâtraux courts. ## Introduction Le chapitre « Vie familiale et sociale » en classe de Terminale Arts vise à montrer comment les pratiques artistiques camerounaises et africaines s’inscrivent dans des dynamiques sociales, familiales et communautaires. Il ne s’agit pas seulement d’étudier des œuvres isolées, mais de comprendre comment l’art reflète, questionne ou transforme les rapports humains, les traditions, les croyances et les enjeux contemporains (urbanisation, migration, identité, genre, postcolonialité). Les artistes étudiés ne sont pas des figures isolées : ils sont souvent issus de milieux spécifiques, réagissent à des réalités locales et participent à des réseaux de création, de diffusion et de réception qui structurent la vie sociale. Ce cours aborde successivement l’histoire des arts plastiques (artistes contemporains camerounais), les origines de la musique (fondements occidentaux et africains), l’histoire du théâtre (périodes classiques, modernes, contemporaines avec auteurs représentatifs), puis les formes d’expression de l’art contemporain (figuratif, conceptuel, abstrait) et enfin les techniques de composition (perspective, règle des tiers). Chaque partie intègre des exemples concrets camerounais et africains, des définitions clés encadrées, des tableaux comparatifs et un sujet type d’examen avec plan détaillé. ## I. Histoire des Arts Plastiques : Les artistes contemporains camerounais et leurs œuvres ### Contexte Depuis les indépendances, la scène artistique camerounaise s’est affirmée comme l’une des plus dynamiques d’Afrique centrale. Les artistes contemporains camerounais travaillent souvent à l’intersection entre traditions locales (artisanat, symbolisme, rituels) et influences internationales (modernisme, postmoderne, art engagé). Ils utilisent des matériaux variés (peinture, sculpture, installation, vidéo, performance) pour aborder des thèmes liés à l’identité, la mémoire, la ville, le corps, le genre et les héritages coloniaux. Leur travail est fréquemment exposé dans des biennales (Dakar, Lubumbashi), des centres d’art (Doual’art, Musée national du Cameroun) et des galeries internationales. ### Définitions clés > **Art contemporain camerounais** : Ensemble des pratiques artistiques produites au Cameroun depuis les années 1980, caractérisées par une réflexion critique sur l’identité, la société et l’histoire, souvent en dialogue avec des formes traditionnelles et des médias modernes. > **Installation** : Œuvre tridimensionnelle conçue pour transformer la perception d’un espace, souvent immersive et liée à un contexte spécifique. > **Performance** : Action artistique vécue en temps réel, où le corps de l’artiste est medium principal, souvent liée à des rituels ou des revendications sociales. ### Artistes et œuvres (faits vérifiés) - **Barthélemy Toguo** (né en 1967 à M’balmayo) : Peintre, sculpteur et installateur. Œuvres majeures : *Bandjoun Station* (projet artistique et agricole initié en 2008 dans l’Ouest du Cameroun, mêlant art, agriculture durable et formation jeunesse), *Head Above Water* (série de peintures sur les réfugiés, 2015), *Stupid African Presidents* (sculptures en bois peint critiquant la mauvaise gouvernance, 2000s). Utilise souvent le bois, la peinture et des objets trouvés. Son travail aborde la migration, l’environnement et la responsabilité politique. - **Pascale Marthine Tayou** (né en 1966 à Nkongsamba) : Plasticien travaillant entre la Belgique et le Cameroun. Œuvres majeures : *Plastic Bags* (sculptures faites de sacs plastiques colorés, symbolisant la consommation globale et les déchets, depuis 2005), *Love Letters* (installations de lettres manuscrites en diverses langues, explorant l’intimité et la communication, 2010s), *Conscience* (série de figures en bois peint, 2012). Utilise des matériaux récupérés, des textiles, des lumières. Ses œuvres interrogent la mondialisation, l’identité hybride et la beauté dans l’ordinaire. - **Samuel Fosso** (né en 1962 à Kumba, vit au Nigeria) : Photographe. Œuvres majeures : *African Spirits* (série de portraits où l’artiste se déguise en figures africaines emblématiques comme Lumumba, Senghor, Muhammad Ali, 2008), *Tati* (autoportraits en tenues de travail ou de fête, années 1970-80), *Maison Bonnet* (portraits de clients d’un studio photo à Bangui, années 1990). Utilise la photographie en studio, souvent avec costumes et maquillage. Explore l’identité, le travestissement, la mémoire historique et la construction du soi. - **Ato Malinda** (née en 1981 à Nairobi, travaille fréquemment au Cameroun et en Afrique de l’Est) : Plasticienne et performeuse. Œuvres majeures : *The Inheritance* (performance explorant les héritages coloniaux et les rôles de genre, 2015), *Milk* (vidéo-performance sur l’allaitement et le corps féminin, 2013), *Sacred Geometry* (dessins et installations mêlant motifs traditionnels et formes abstraites, 2018). Utilise le corps, le tissu, le dessin et la vidéo. Son travail aborde le féminisme, la spiritualité et la décolonisation des savoirs. ### Vocabulaire à retenir - Médium : matériau ou technique utilisé par l’artiste (peinture, bois, vidéo, etc.). - Installation spécifique : œuvre conçue pour un lieu précis, ne pouvant être déplacée sans perdre son sens. - Autoportrait : représentation de soi-même par l’artiste. - Récupération : usage d’objets trouvés ou de déchets dans une œuvre d’art. - Corps comme medium : utilisation du corps vivant de l’artiste comme principal moyen d’expression. - Dialogue interculturel : échange et interaction entre des références culturelles différentes dans une œuvre. ### Exemple de sujet type examen avec plan **Sujet** : En vous appuyant sur les œuvres de Barthélemy Toguo et Pascale Marthine Tayou, montrez comment les artistes contemporains camerounais utilisent des matériaux récupérés pour interroger les enjeux sociaux et environnementaux de la société actuelle. **Plan** : I. Le recours aux matériaux récupérés comme geste écologique et critique sociale A. Toguo : utilisation du bois, des objets trouvés dans *Bandjoun Station* et *Stupid African Presidents* pour parler de durabilité et de gouvernance B. Tayou : transformation des sacs plastiques en sculptures colorées (*Plastic Bags*) pour dénoncer la pollution et la surconsommation II. La transformation du déchet en symbole esthétique et politique A. Chez Toguo : le bois travaillé devient métaphore de résilience et de mémoire B. Chez Tayou : le sac plastique, symbole de déchet, devient objet de beauté et de réflexion sur la valeur III. L’engagement artistique au service de la communauté et de la sensibilisation A. Toguo : *Bandjoun Station* comme projet collectif mêlant art, agriculture et éducation B. Tayou : expositions internationales qui portent la voix camerounaise sur les enjeux globaux ## II. Histoire : Origines de la musique (suite et fin) : Les fondements de la musique occidentale et africaine ### Contexte La musique, comme les autres arts, possède des racines profondes dans les pratiques humaines anciennes. En Occident, elle s’est structurée autour de la notation, de l’harmonie et des institutions religieuses puis laïques. En Afrique, elle demeure largement orale, rythmique et liée à la danse, aux rituels et à la vie communautaire. Comprendre ces fondements permet de saisir les différences et les échanges entre les traditions, notamment à travers l’histoire coloniale et postcoloniale où des fusions ont émergé (jazz, blues, afrobeat, makossa, bikutsi). ### Définitions clés > **Gamme** : Série de notes ordonnées par hauteur, formant la base d’une mélodie ou d’un accord. > **Polyrythmie** : Superposition de plusieurs rythmes indépendants jouant simultanément, caractéristique centrale de la musique subsaharienne. > **Mode** : Échelle musicale définissant les intervalles entre les notes, influençant l’ambiance émotionnelle (ex. : mode majeur, mineur, dorien). ### Fondements de la musique occidentale - **Origines** : Chant grégorien (VIe-IXe siècle, monastère de Saint-Gall), monodie modale basée sur les modes ecclésiastiques (dorien, phrygien, lydien, mixolydien). - **Évolution** : Développement de la polyphonie à Notre-Dame de Paris (XIIe siècle, Léonin, Pérotin), puis naissance de l’harmonie tonale (XVIe-XVIIe siècle, avec Rameau et le système des accords fondamentaux). - **Instruments clés** : Orgue, clavecin, violon, piano (inventé vers 1700 par Cristofori). - **Formes** : Messe, madrigal, sonate, symphonie, opéra. - **Théoriciens** : Guido d’Arezzo (invention de la notation sur ligne, XIe siècle), Jean-Philippe Rameau (*Traité de l’harmonie*, 1722). - **Caractéristique dominante** : Accent sur l’harmonie, la progression d’accords et la forme structurée. ### Fondements de la musique africaine (avec focus sur l’Afrique centrale et le Cameroun) - **Origines** : Traditions orales anciennes, transmises de génération en génération par des griots, des maîtres de cérémonie ou des initiés. Aucune notation écrite traditionnelle avant le XXe siècle (sauf adaptations récentes). - **Éléments centraux** : - Rythme : base de la musique, souvent complexe avec polyrythmie (ex. : jeu de tambours où un joueur joue en triple croche, un autre en sextolet, un autre en pointe). - Call and response (appel-réponse) : structure vocale où un soliste chante une phrase (« appel ») et un groupe répond (« réponse »), présente dans les chants de travail, les funérailles, les cérémonies. - Timbre : recherche de sons spécifiques grâce à des modifications d’instruments (peaux humides, résonateurs en coquilles, sifflets ajoutés aux koras). - Participation communautaire : la musique est rarement une performance passive ; elle implique danse, claquements de mains, participation du public. - **Instruments typiques** : - Tambours : ngoma (général), ekang (Béti), tam-tam parleur (peut imiter les tons de la langue). - Cordes : mvet (harpe-luth des Ewondo, utilisé pour l’épopée et les récits initiatiques), kora (21 cordes, répandue en Afrique de l’Ouest mais connue au Cameroun nord). - Vents : flûtes en roseau ou en corne d’animal, trompettes en ivoire ou en bois. - Idiophones : xylophones (balafon), cloches, hochets, sistres. - **Formes musicales camerounaises traditionnelles** : - Bikutsi (région du Centre, danse rapide basée sur le rythme de la pédale d’accélérateur, popularisé par Les Têtes Brûlées, Annie Anzouer). - Makossa (Douala, rythme dansant basé sur la basse électrique, popularisé par Manu Dibango, Gérard Mboa’ou, Sam Fan Thomas). - Assiko (Bassa, danse avec rotations du bassin, accompagnée de guitare et de percussion métallique). - Mangambeu (Ouest, danse guerrière Bamiléké avec tambours et cornes). - **Influence et échange** : La musique occidentale a introduit la guitare électrique, la basse, la batterie et l’enregistrement studio en Afrique centrale au milieu du XXe siècle, conduisant à des hybrides comme le makossa moderne. À l’inverse, des rythmes africains ont influencé le jazz, le blues, le rock et la musique latine (via l’esclavage et la diaspora). ### Vocabulaire à retenir - Monodie : musique à une seule ligne mélodique, sans accompagnement harmonique. - Polyphonie : combinaison de plusieurs lignes mélodiques indépendantes. - Syncopation : accentuation d’un temps faible ou d’une contre-temps, créant du décalage rythmique. - Ostinato : motif rythmique ou mélodique répété obstinément. - Improvisation : création spontanée de musique pendant l’interprétation, basée sur des règles ou des modes connus. - Ethnomusicologie : étude de la musique dans son contexte culturel et social. ### Exemple de sujet type examen avec plan **Sujet** : Comparez les fondements de la musique occidentale et de la musique africaine en montrant comment leurs différences structurelles (rythme, harmonie, participation) reflètent des visions du monde distinctes. **Plan** : I. Différences dans l’organisation sonore : harmonie vs. rythme et polyrythmie A. Occident : prédominance de l’harmonie (accords, progrès tonale) issue de l’église et de la théorie savante B. Afrique : prédominance du rythme complexe, de la polyrythmie et de l’ostinato, transmis oralement dans un contexte communautaire II. Modes de transmission et de création : notation écrite vs. tradition orale A. Occident : développement de la notation (guido, portée) permettant la préservation et la complexité savante B. Afrique : transmission orale (griots, initiation) favorisant l’adaptation, l’improvisation et la variation selon le contexte III. Relation au corps et à la communauté : écoute passive vs. participation active A. Occident : évolution vers la musique de concert (auditeur silencieux, hiérarchie interprète/public) B. Afrique : musique comme événement participatif (danse, appel-réponse, rôle du public dans la création du sens) ## III. Histoire du théâtre (suite et fin) : Quelques périodes du théâtre - le théâtre classique (quelques auteurs) - le théâtre moderne (quelques auteurs) - le théâtre contemporain (quelques auteurs) ### Contexte Le théâtre camerounais, comme ailleurs en Afrique, puise ses racines dans les rituels, les contes, les danses masquées et les proverbes. Avec la colonisation, le théâtre occidental a été introduit (écoles, missions), mais les artistes ont rapidement adapté ces formes à des réalités locales, créant un théâtre engagé qui traite de l’identité, du pouvoir, de la tradition et de la modernité. Aujourd’hui, le théâtre camerounais oscille entre redécouverte des formes traditionnelles, expérimentation contemporaine et adressage aux enjeux urbains (chômage, corruption, migration). ### Définitions clés > **Théâtre classique** : Période théâtrale marquée par l’adoption des règles du classicisme (unité de temps, de lieu, d’action, bienséance, vraisemblance), dominante en France du XVIIe siècle (Corneille, Racine, Molière). > **Théâtre moderne** : Mouvement théâtral du XIXe et début XXe siècle cherchant à représenter la réalité sociale avec fidélité (naturalisme) ou à explorer l’intériorité psychologique (symbolisme, théâtre d’art), opposé au formalisme du classicisme. > **Théâtre contemporain** : Théâtralité produite depuis les années 1960-1970, caractérisée par l’expérimentation de forme, le mélange des genres, l’engagement politique et social, et souvent la remise en question de la représentation traditionnelle. ### Le théâtre classique (XVIIe siècle, France) - **Contexte** : Émergence sous Louis XIV, théâtre comme instrument de pouvoir et de raffinement aristocratique. - **Règles du classicisme** : - Unité de temps : l’action doit se dérouler idéalement en moins de 24 heures. - Unité de lieu : l’action doit se passer en un seul endroit (ou un lieu très restreint). - Unité d’action : un seul fil narratif principal, pas de sous-intrigues distractives. - Bienséance : respect des normes morales et sociales (pas de violence montrée sur scène, pas de sujets obscènes). - Vraisemblance : l’action doit paraître crédible et logique. - **Auteurs majeurs** : - Pierre Corneille (1606-1684) : *Le Cid* (1636, conflit entre amour et devoir), *Horace* (1640, devoir patriotique vs. liens familiaux), *Polyeucte* (1641, foi chrétienne vs. devoir romain). - Jean Racine (1639-1699) : *Phèdre* (1677, amour interdit et passion destructrice), *Andromaque* (1667, guerre de Troie et conséquences humaines), *Bérénice* (1670, amour et devoir d’État). - Molière (1622-1673) : *Tartuffe* (1664, hypocrisie religieuse), *Le Misanthrope* (1666, quête de sincérité dans un monde faux), *L’Avare* (1668, avarice pathétique), *Le Bourgeois gentilhomme* (1670, satire de la prétention sociale). - **Fonction sociale** : Renforcer l’ordre établi, enseigner la morale, divertir l’élite selon des codes raffinés. ### Le théâtre moderne (fin XIXe – début XXe siècle) - **Contexte** : Réaction contre le classicisme et le romantisme, montée de l’industrialisation, intérêt pour la réalité sociale et psychologique. - **Mouvements** : - Naturalisme : représenter la vie telle qu’elle est, déterminée par l’hérédité et l’environnement (Zola adapté au théâtre). - Symbolisme : suggérer plutôt que montrer, utiliser des symboles pour évoquer l’irrationnel, le rêve, l’angoisse. - Théâtre d’art : chercher une synthèse entre poésie, musique, peinture et jeu d’acteur (ex. : Théâtre d’Art de Moscou, Antoine Béal). - **Auteurs majeurs** : - Henrik Ibsen (1828-1906, Norvège) : *Une maison de poupée* (1879, émancipation féminine), *Ennemi du peuple* (1882, conflit entre vérité et intérêt collectif), *Peer Gynt* (1867, quête d’identité). - Anton Tchekhov (1860-1904, Russie) : *La Mouette* (1896, quête artistique et amour déçu), *Oncle Vania* (1899, lassitude et gâchis), *Les Trois Sœurs* (1901, rêve d’évasion), *La Cerisaie* (1904, fin d’une époque). - August Strindberg (1849-1912, Suède) : *Mademoiselle Julie* (1888, lutte des classes et désir transgressif), *Le Père* (1887, doute de paternité et folie). - **Fonction sociale** : Interroger les normes sociales, révéler les tensions psychologiques, encourager la réflexion critique sur la modernité. ### Le théâtre contemporain (depuis les années 1960) - **Contexte** : Après la Seconde Guerre mondiale, remise en question des grands récits, influence du surréalisme, du théâtre de l’absurde, du théâtre politique et des décolonisations. En Afrique, émergence d’un théâtre postcolonial cherchant à réaffirmer des identités et à critiquer le néocolonialisme. - **Mouvements** : - Théâtre de l’absurde : sens de l’absurdité de l’existence (Ionesco, Beckett). - Théâtre politique et engagé : théâtre comme outil de conscientisation (Brecht, puis théâtre africain de développement). - Théâtre physique et expérimental : travail sur le corps, l’espace, la voix (Grotowski, Brook). - Théâtre postcolonial africain : reprise des formes traditionnelles (contes, masques, griots) pour parler du présent. - **Auteurs majeurs (occidentaux)** : - Samuel Beckett (1906-1989) : *En attendant Godot* (1953, attente vaine et condition humaine), *Fin de partie* (1957, fin et clôture). - Eugène Ionesco (1909-1994) : *La Cantatrice chauve* (1950, absurdité du langage), *Le Roi se meurt* (1962, déclin du pouvoir). - Bertolt Brecht (1898-1956) : *Mère Courage et ses enfants* (1939, guerre et survie), *La Vie de Galilée* (1938, science et autorité). - **Auteurs majeurs (africains et camerounais)** : - Guillaume Oyono-Mbia (1929-2021, Cameroun) : *Trois prétendants… un mari* (1960, satire du mariage et de la dot), *Le Vampire* (1972, critique de la corruption et du néocolonialisme). - Bernard Binlin Dadié (1916-2019, Côte d’Ivoire) : *Le Pagne noir* (1955, résistance coloniale), *Madame Bâ* (1973, condition féminine). - Sony Labou Tansi (1947-1995, République du Congo) : *La Vie et demi* (1979, violence politique et absurdité du pouvoir). - Werewere Liking (née en 1950, Cameroun, vit en Côte d’Ivoire) : *Il faut aller au soleil* (1983, quête spirituelle et identité féminine), *La mémoire amputée* (1988, trauma et mémoire historique). - Patrice Nganang (né en 1970, Cameroun) : *Le temps des tamariniers* (2003, vie quotidienne sous colonisation), *Empreintes* (2006, mémoire et exil). - **Fonction sociale** : Interroger le présent, réveiller les consciences, préserver la mémoire, proposer des alternatives, célébrer la diversité culturelle. ### Vocabulaire à retenir - Unité de lieu : règle classique exigeant que l’action se déroule en un seul endroit. - Bienséance : respect des convenances morales et sociales dans la représentation théâtrale. - Naturalisme : tentative de représenter la réalité sociale avec objectivité, en montrant les déterminismes. - Symbolisme : usage de signes suggérant des réalités invisibles ou abstraites. - Théâtre de l’absurde : drame mettant en scène l’absence de sens dans l’existence humaine. - Théâtre engagé : théâtre visant à provoquer un changement social ou politique. - Postcolonialité : condition culturelle et sociale après la fin de la domination coloniale directe. - Griot : conteur, historien, musicien traditionnel d’Afrique de l’Ouest, gardien de la mémoire orale. ### Exemple de sujet type examen avec plan **Sujet** : En vous appuyant sur une œuvre de Guillaume Oyono-Mbia et une œuvre de Bertolt Brecht, montrez comment le théâtre peut être utilisé comme outil de critique sociale et politique. **Plan** : I. Le théâtre comme miroir des travers de la société A. Oyono-Mbia : *Trois prétendants… un mari* critique la marchandisation du mariage et l’importance excessive de la dot B. Brecht : *Mère Courage et ses enfants* montre comment la guerre profite à certains tout en détruisant les familles II. Les stratégies dramatiques pour engager le spectateur A. Oyono-Mbia : usage de l’humour, de la satire et de personnages typés pour dénoncer sans agresser B. Brecht : effet d’aliénation (Verfremdungseffet) pour empêcher l’identification émotionnelle et encourager la réflexion critique III. L’impact visé : de la prise de conscience à l’action A. Oyono-Mbia : encourager le public à remettre en question les traditions coûteuses et injustes B. Brecht : pousser le spectateur à voir les liens entre guerre, capitalisme et souffrance humaine ## IV. Les formes d’expression de l’art contemporain (Le figuratif, le conceptuel et l’abstrait) ### Contexte L’art contemporain ne se définit pas par un style unique mais par une diversité d’approches. Trois grandes tendances peuvent être distinguées : le figuratif (représentation reconnaissable du réel), le conceptuel (l’idée prime sur la forme matérielle) et l’abstrait (non-représentation, recherche de qualités intrinsèques comme la couleur, la ligne, la texture). Ces catégories ne sont pas étanches : de nombreuses œuvres mêlent ces approches. Au Cameroun et en Afrique, ces tendances s’expriment souvent en dialogue avec des références locales, des matériaux traditionnels et des préoccupations sociales spécifiques. ### Définitions clés > **Art figuratif** : Représentation visuelle reconnaissable d’objets, de personnes ou de scènes du monde réel, même si stylisée ou déformée. > **Art conceptuel** : Mouvement où l’idée ou le concept derrière l’œuvre est plus important que son exécution matérielle ou son aspect esthétique. > **Art abstrait** : Œuvre qui ne tente pas de représenter fidèlement la réalité visuelle, mais explore des qualités comme la forme, la couleur, la ligne, la texture ou le rythme pour leur propre compte. ### Le figuratif - **Caractéristiques** : - Reconnaissance : le spectateur peut identifier ce qui est représenté (un visage, un arbre, une ville). - Gamme de styles : du réalisme photographique à la déformation expressive (expressionnisme, surréalisme figuratif). - Fonction : peut servir à raconter une histoire, exprimer une émotion, critiquer une situation, préserver une mémoire. - **Exemples camerounais et africains** : - Barthélemy Toguo : ses peintures (*Head Above Water*, *Stupid African Presidents*) sont figuratives, montrant des visages, des corps, des objets reconnaissables, même si stylisés. - Chéri Samba (République démocratique du Congo) : peintures narratives montrant la vie urbaine de Kinshasa, avec des textes intégrés et des commentaires sociaux explicites. - Georges Lilanga (Tanzanie) : sculptures et peintures de *shetani* (esprits) inspirés du folklore makonde, très expressifs et narratifs. - Peintres du mouvement de l’École de Dakar : bien que sénégalais, leur influence s’étend ; ils mêlent figuratif et motifs décoratifs pour représenter la vie quotidienne. - **Vocabulaire associé** : Réalisme, expressionnisme, surréalisme, narration visuelle, stylisation. ### Le conceptuel - **Caractéristiques** : - Idée première : l’œuvre existe d’abord comme pensée ; sa réalisation peut être simple, déléguée ou même inexistante (description seulement). - Dématérialisation : recours à des médias comme le texte, la photographie, la vidéo, l’instruction, la performance. - Critique de l’institution : remise en question du marché de l’art, du musée, de la valeur marchande. - Engagement : souvent lié à des questions politiques, sociales, philosophiques ou environnementales. - **Exemples camerounais et africains** : - Pascale Marthine Tayou : *Plastic Bags* peut être vu comme conceptuel : l’idée de transformer un déchet mondial en objet d’art interroge la valeur, la consommation et la mondialisation. - Kendell Geers (Afrique du Sud) : œuvres utilisant du fil de fer barbelé, du sang, des néons pour explorer la violence, la répression et la mémoire de l’apartheid. - Ghada Amer (Égypte/États-Unis) : broderies sur toile montrant des images pornographiques récouvertes de fils de couleur, explorant le désir, la honte et la représentation féminine. - Collectif doual’art : résidences d’artistes produisant des œuvres spécifiques au contexte de Douala (ex. : œuvres sur l’eau, l’urbanisme, la mémoire coloniale). - Tania Bruguera (Cuba, mais influente en Afrique) : concept d’« arte de conducta » (art du comportement), où l’art propose des situations réelles pour que les gens agissent (ex. : écoles d’art temporaires, débats publics). - **Vocabulaire associé** : Idée, processus, dématérialisation, institution critique, participation, instruction, readymade. ### L’abstrait - **Caractéristiques** : - Non-représentation : pas de tentative de montrer des objets reconnaissables du monde réel. - Focus sur les éléments visuels : couleur, ligne, forme, texture, composition, rythme, équilibre. - Peut être géométrique (carrés, lignes, cercles) ou gestuel (traces du mouvement du corps, comme dans l’action painting). - Émotionnelle ou purement visuelle : peut chercher à évoquer un sentiment ou simplement être une exploration de la beauté formelle. - **Exemples camerounais et africains** : - Victor Fotso (Cameroun) : peintures abstraites géométriques inspirées des motifs tissés bamileke et de l’architecture traditionnelle, utilisant des couleurs vives et des formes répétées. - El Anatsui (Ghana) : grandes tapisseries métalliques faites de bouchons de bouteilles et de feuilles d’aluminium, évoquant le tissu, le paysage et l’histoire du commerce ; bien que matérielles, elles sont souvent considérées comme abstraites par leur forme fluide et non figurative. - Julie Mehretu (Éthiopie/États-Unis) : grandes peintures superposant des lignes architecturales, des gestes et des signes cartographiques, créant des espaces abstraits dynamiques. - Hassan Musa (Soudan) : calligraphie abstraite mêlant écriture arabe et motifs africains, explorant la langue et l’identité. - Peintres du mouvement abstrait lyrique français (comme Soulages, mais leur influence est ressentie) : recherche de la profondeur du noir ou de la lumière à travers la texture. - **Vocabulaire associé** : Non-figuratif, géométrique, gestuel, couleur pure, ligne, texture, composition, équilibre, rythme. ### Vocabulaire à retenir - Figuration : acte de représenter quelque chose de reconnaissable du monde réel. - Concept : idée centrale qui donne son sens à une œuvre d’art conceptuel. - Dématérialisation : réduction ou absence d’objet physique au profit d’idées, de textes ou d’actions. - Non-figuratif : synonyme d’abstrait dans le contexte de l’art visuel. - Gestuel : relatif au mouvement du corps, souvent utilisé pour décrire l’abstraction issue de l’action (ex. : peinture où l’on voit la trace du bras). - Géométrique : basé sur des formes mathématiques (carrés, triangles, cercles, lignes). - Chromatique : relatif à la couleur et à ses combinaisons. - Texture : qualité de surface d’un matériau (lisse, rugueux, brillant, mat). ### Exemple de sujet type examen avec plan **Sujet** : Distinguez les approches figurative, conceptuelle et abstrait en vous appuyant sur une œuvre de Barthélemy Toguo, une œuvre de Pascale Marthine Tayou et une œuvre de Victor Fotso. **Plan** : I. L’approche figurative : représenter le monde pour en parler A. Toguo : *Head Above Water* montre des visages de réfugiés, reconnaissables et émotionnellement chargés, pour parler de la migration B. Fonction : narration, empathie, témoignage social II. L’approche conceptuelle : privilégier l’idée sur la forme A. Tayou : *Plastic Bags* utilise des sacs plastiques courants pour interroger la mondialisation et la valeur de l’objet B. Fonction : provoquer la réflexion sur la consommation, l’environnement, l’identité dans un monde globalisé III. L’approche abstraite : explorer la forme, la couleur et la ligne pour elles-mêmes A. Fotso : peintures géométriques inspirées des motifs bamileke, où la répétition de formes et de couleurs crée un effet visuel et rythmique B. Fonction : célébration de l’héritage visuel, recherche d’équilibre et de beauté formelle

Quiz du chapitre

12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Dans la tradition camerounaise, quel est le rôle principal du conseil des anciens dans la résolution des conflits familiaux ?
  2. 2. Quel concept désigne le lien de parenté établi par le mariage entre deux familles en Afrique subsaharienne ?
  3. 3. Dans une famille élargie camerounaise, qui est généralement responsable de l'éducation morale des enfants ?
  4. 4. Quel est l'impact le plus fréquent de l'urbanisation sur la structure familiale traditionnelle au Cameroun ?
  5. 5. Un élève de Terminale observe que dans son quartier, les jeunes mariés vivent souvent chez les parents du mari pendant la première année. Quelle fonction sociale cette pratique remplit-elle principalement ?
  6. 6. Dans un projet scolaire, des élèves doivent représenter graphiquement l'évolution des rôles de genre dans la famille camerounaise depuis les années 1960. Quel indicateur serait le plus pertinent pour montrer une évolution vers plus d'égalité ?
  7. 7. Une famille bamileke décide de financer les études du fils cadet en vendant une partie de leur terre familiale. Quelle valeur sociale cette décision illustre-t-elle le mieux ?
  8. 8. Dans une communauté peule du Nord-Cameroun, une jeune femme refuse un mariage arrangé parce qu'elle souhaite poursuivre ses études à l'université. Quel type de conflit cela représente-t-il principalement ?
  9. 9. Un enseignant demande à ses élèves d'analyser une scène où un oncle maternel intervient pour punir un neveu qui a manqué de respect à sa mère. Selon les normes familiales africaines traditionnelles, quelle principe justifie cette action ?
  10. 10. Dans un village du Sud-Cameroun, une femme hérite de la terre de son père malgré l'existence de frères. Quelle coutume cela suggère-t-il le plus fortement ?
  11. 11. Un élève conclut que 'dans toutes les familles camerounaises, les décisions importantes sont prises exclusivement par le père'. Quelle critique fondamentale peut-on faire à cette affirmation ?
  12. 12. Dans une famille beti, après le décès du père, la mère décide de ne pas se remarier et de gérer seule l'héritage foncier pour ses enfants. Selon les normes coutumières camerounaises, cette décision est le plus souvent perçue comme :