Se connecterS'abonner

Chapitre 5

Formulation du papier (partie 2/2)

Lecture : 12 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce cours, l’élève sera capable de :** - Décrire les étapes de préparation de la pâte à papier et les paramètres critiques (degré de freeness, consistance, pH). - Sélectionner les fibres végétales locales (bagasse, raphia, bambou) adaptées à la production de papier au Cameroun. - Expliquer le rôle des charges, des agents de taille, des renforçants et des colorants dans la formulation du papier humide. - Réaliser un dosage simple d’additifs (charges, taille, renforçant) à partir d’une consigne de formulation. - Appliquer les règles de sécurité et d’hygiène propres aux ateliers de pâte et de papier (manipulation de produits chimiques, port des EPI, prévention des poussières). **Prérequis :** - Notions de chimie de base (solutions, pH, réactions d’oxydo‑réduction). - Connaissances des opérations unitaires de broyage, de mélange et de filtration. - Familiarité avec les consignes de sécurité en atelier technique (port de lunettes, gants, masque anti‑poussière). --- ## Introduction contextualisée Au Cameroun, la valorisation des résidus agro‑industriels (bagasse de canne à sucre, tiges de raphia, résidus de bois) constitue une voie prometteuse pour réduire la dépendance aux fibres importées et répondre à la demande croissante de papier d’emballage, de bureautique et d’hygiène. La formulation du papier repose sur deux étapes complémentaires : la préparation d’une pâte homogène et la mise en forme de la feuille humide par ajout sélectif d’additifs qui modifient les propriétés mécaniques, d’absorption et d’apparition. Ce chapitre présente, de façon concrète et professionnelle, les principes de formulation enseignés en classe de Terminale F6, en s’appuyant sur des exemples d’atelier pouvant être rencontrés dans une petite unité de transformation située à Yaoundé ou à Douala. --- ## I. Leçon 17 : Formulation de la pâte à papier ### A. Définition et rôle de la pâte à papier > **La pâte à papier est une suspension aqueuse de fibres cellulaires, généralement à une consistance de 3 % à 6 % (masse sèche/masse totale), prête à être transformée en feuille de papier.** Elle constitue le milieu réactionnel où interviennent le raffinage (augmentation de la surface fibrillaire), le blanchiment (suppression de la lignine) et l’incorporation des charges et additifs de surface. ### B. Types de fibres utilisées au Cameroun | Fibre | Source locale | Longueur moyenne (mm) | Résistance à la traction (MPa) | Commentaire d’usage | |-------|---------------|-----------------------|--------------------------------|----------------------| | Bagasse | Résidu de canne à sucre | 1,5‑2,0 | 30‑35 | Bon pouvoir d’absorption, nécessite un blanchiment léger | | Raphia | Tiges de raphia palmiste | 2,0‑2,5 | 28‑32 | Fibre longue, idéale pour papiers de renforcement | | Bambou | Tiges de bambou cultivé | 1,8‑2,2 | 32‑38 | Bonne résistance, nécessite un pré‑traitement alcalin | | Bois dur (eucalyptus) | Plantations forestières | 1,0‑1,5 | 35‑40 | Utilisé en mélange pour améliorer la densité | ### C. Préparation de la pâte 1. **Broyage préliminaire** – Les résidus sont passés dans un broyeur à marteaux (taille de particule < 5 mm). 2. **Cuisson alcaline légère** – Dans un réacteur à 160 °C, 20 % de NaOH (masse sèche) pendant 90 min → élimination partielle de la lignine. 3. **Raffinage** – Passage dans un raffineur à disque (consistance 3 %–4 %) pour **réduire** l’indice de freeness de 650 ml CSF à 350 ml CSF (mesure Schopper‑Riegler). 4. **Blanchiment (optionnel)** – Séquence D‑E‑D (dioxyde de chlore, extraction alcaline, dioxyde de chlore) pour atteindre un indice de blancheur ≥ 80 % ISO. 5. **Ajustement du pH** – Porté à 7,5‑8,5 avec de l’acide sulfurique dilué ou de la soude, selon l’additif prévu (taille alcaline vs acide). > **Le degré de freeness (CSF) mesure la facilité d’écoulement de l’eau à travers la pâte ; un CSF bas indique une pâte fortement raffinée, donc plus de liaisons hydrogène mais moins de drainage.** ### D. Ajout des charges et additifs de surface - **Charges minérales** : carbonate de calcium (CaCO₃) ou argile (kaolin) à 5‑15 % du poids sec de la pâte, améliorent l’opacité et réduisent le coût. - **Agents de rétention** : polyacrylamide cationique (PAM‑C) à 0,02‑0,05 % pour augmenter la fixation des charges et des fines. - **Agents de taille** : voir leçon 18 (taille alcaline ou acide). ### E. Contrôle de la qualité de la pâte | Paramètre | Méthode de mesure | Valeur cible (papier d’emballage) | |-----------|-------------------|-----------------------------------| | Consistance | Balance de laboratoire (masse sèche/volume) | 3,5 % ± 0,2 % | | pH | Électrode pH | 7,8 ± 0,2 | | Degré de freeness (CSF) | Appareil Schopper‑Riegler | 380 ml ± 20 ml | | Teneur en humidité | Séchoir à 105 °C, pesée | 8 % ± 0,5 % | | Teneur en matières solides totales (MST) | Filtration et séchage | 92 % ± 1 % | > **Un contrôle régulier de ces paramètres permet d’ajuster le raffinage et le dosage des additifs afin d’obtenir une feuille uniforme et conforme aux spécifications clients.** --- ## II. Leçon 18 : Formulation du papier ### A. Principe de la formation de feuille La pâte conditionnée est introduite dans la **tête de jet** d’une machine à former (Fourdrinier ou cylindre). Le jet dépose une couche uniforme sur le **fil métallique** ; l’eau est évacuée par gravité et aspiration, laissant un **matelas de fibres** appelé *feuille humide*. ### B. Composition de la charge humide La charge humide (masse totale entrant dans la tête de jet) se décompose ainsi : \[ \text{Charge humide} = \underbrace{P}_{\text{pâte sèche}} + \underbrace{C}_{\text{charges}} + \underbrace{A}_{\text{additifs de taille}} + \underbrace{R}_{\text{renforçants}} + \underbrace{D}_{\text{colorants/pigments}} + \underbrace{E}_{\text{eau}} \] où chaque terme est exprimé en pourcentage du poids sec total (P + C + A + R + D = 100 %). ### C. Dosage des additifs de taille Deux familles principales sont utilisées au Cameroun : | Type de taille | Chimie | pH d’application | Fonction | Dosage typique (% poids sec) | |----------------|--------|------------------|----------|------------------------------| | Taille alcaline (ASA – alkyl‑ketene dimer) | ASA + alcalin (NaOH) | 8,0‑9,0 | Hydrophobisation, résistance à l’eau | 0,5‑1,5 | | Taille acide (rosin‑sulfate) | Rosin + Al₂(SO₄)₃ | 4,5‑5,5 | Hydrophobisation, compatibilité avec charges acides | 1,0‑2,0 | > **La taille alcaline est privilégiée pour les papiers destinés à l’impression offset car elle ne réagit pas avec les charges carbonatées.** **Exemple de calcul** : On souhaite produire 1000 kg de papier sec avec une taille alcaline à 1 % du poids sec. \[ \text{Masse d’ASA} = 1000 \times 0,01 = 10 \text{ kg} \] On prépare une solution mère à 10 % d’ASA dans de l’eau ; il faut donc 100 kg de cette solution (10 kg d’ASA + 90 kg d’eau). ### D. Ajout des agents de renforcement - **Amidon modifié (oxidé ou cationique)** : 0,5‑2 % du poids sec, améliore la résistance à la traction et au pliage. - **Polyamidoamine‑épichlorohydrine (PAE)** : 0,1‑0,3 %, forme des liaisons covalentes avec les groupes hydroxyle de la cellulose, augmentant la résistance à l’humidité. ### E. Couleurs et pigments - **Pigments organiques** (phthalocyanine bleu, jaune hansa) : 0,01‑0,05 % pour teintes vives. - **Dyes directs** (ex. bleu direct 86) : 0,005‑0,02 %, soluble dans l’eau de la pâte, utilisé pour papiers de bureau. > **La dispersion des pigments se fait préalablement dans un mélangeur à haute vitesse (disperseur) afin d’éviter les agglomérats qui provoqueraient des défauts de surface.** ### F. Procédé de pressage et séchage 1. **Pressage** – Passage entre deux rouleaux pressurés (pression 0,5‑0,8 MPa) pour réduire la teneur en eau de ~70 % à ~45 %. 2. **Séchage** – Cylindres chauffés à 120‑150 °C ; l’évaporation de l’eau se fait par transfert de chaleur conduction‑convection. La teneur finale en humidité du papier sec doit être ≤ 8 %. ### G. Finition (calandrage, enduction) - **Calandrage** – Passage entre des rouleaux chauffés (80‑120 °C) sous pression pour lisser la surface et augmenter le brillant. - **Enduction** – Application d’une couche de latex ou d’amidon modifié (5‑10 % du poids sec) pour améliorer l’imperméabilité ou la glissance, suivie d’un séchage supplémentaire. > **Le réglage de la température et de la pression du calandre influence directement le coefficient de frottement du papier, critère essentiel pour les machines d’impression.** --- ## Synthèse du chapitre - La pâte à papier est une suspension de fibres à 3‑6 % de consistance, préparée par broyage, cuisson alcaline, raffinage et éventuel blanchiment. - Les fibres locales (bagasse, raphia, bambou) offrent des caractéristiques mécaniques variées ; leur choix dépend du produit final visé. - Le contrôle de la pâte (degré de freeness, pH, consistance, MST) est indispensable pour garantir une feuille homogène. - Les charges (CaCO₃, kaolin) améliorent l’opacité et réduisent le coût ; les agents de rétention (PAM‑C) augmentent leur fixation. - La taille (alcaline ASA ou acide rosin‑sulfate) confère l’hydrophobie nécessaire selon l’usage du papier. - Les renforçants (amidon modifié, PAE) augmentent la résistance mécanique, surtout à l’humidité. - Les pigments et dyes sont dispersés préalablement pour éviter les défauts de surface. - La formation de feuille se fait par jet sur un fil, suivie de pressage, séchage et finition (calandrage, enduction). - Le respect des normes de sécurité (port de lunettes, gants, masque anti‑poussière, ventilation) et d’hygiène (lavage des mains, arrêt des fuites de produits chimiques) est obligatoire tout au long du processus. --- ## Glossaire - **Consistance** : rapport masse sèche / masse totale de la suspension, exprimé en pourcentage. - **Degré de freeness (CSF)** : volume d’eau filtré à travers un tampon standard en 30 s, mesuré en millilitres ; valeur basse = pâte fortement raffinée. - **Charge minérale** : particule inerte (CaCO₃, kaolin) ajoutée à la pâte pour modifier l’opacité, le brillant et réduire le coût. - **Agent de rétention** : polymère cationique (ex. PAM‑C) qui augmente la fixation des charges et des fines sur les fibres. - **Taille** : produit chimique (ASA, rosin‑sulfate) qui rend la feuille résistante à l’eau en hydrophobant la surface des fibres. - **Renforçant** : additif (amidon modifié, PAE) qui améliore la résistance mécanique du papier, particulièrement à l’humidité. - **Calandrage** : opération de passage entre rouleaux chauffés sous pression pour lisser et brillantiser la surface du papier. - **Enduction** : dépôt d’une fine couche (latex, amidon) sur la feuille pour conférer des propriétés spécifiques (imperméabilité, glissance). --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Dosage de la taille alcaline **Consigne** : Une unité de production souhaite fabriquer 2500 kg de papier sec avec une taille alcaline à 0,8 % du poids sec. Préparer une solution mère à 12 % d’ASA dans l’eau. **Calcul** : 1. Masse d’ASA nécessaire = 2500 kg × 0,008 = **20 kg**. 2. Pour obtenir une solution à 12 % : masse totale de solution = 20 kg / 0,12 = **166,67 kg**. 3. Masse d’eau à ajouter = 166,67 kg – 20 kg = **146,67 kg**. **Corrigé** : Préparer 166,7 kg de solution contenant 20 kg d’ASA et 146,7 kg d’eau. Agiter jusqu’à dissolution complète avant l’injection dans la tête de jet. ### Exercice 2 – Ajustement du pH avant taille alcaline **Consigne** : La pâte sortant du raffineur présente un pH de 6,2. On doit le porter à 8,5 avant d’ajouter la taille alcaline (ASA). On dispose d’une solution de NaOH à 10 % (p/m). Quelle quantité de cette solution faut‑il ajouter à 500 kg de pâte à 4 % de consistance pour atteindre le pH cible, sachant que 1 g de NaOH élève le pH de 1 L de pâte à 4 % d’environ 0,2 unité ? **Calcul** : - Augmentation de pH souhaitée = 8,5 – 6,2 = **2,3** unités. - Chaque gramme de NaOH augmente le pH de 0,2 unité → quantité de NaOH nécessaire = 2,3 / 0,2 = **11,5 g** par litre de pâte. - Volume de pâte : 500 kg à 4 % consistance → masse sèche = 500 kg × 0,04 = 20 kg. En supposant une densité proche de 1 kg/L, le volume ≈ 500 L (eau + fibres). - Masse totale de NaOH = 11,5 g/L × 500 L = **5750 g = 5,75 kg**. - Solution NaOH à 10 % : masse de solution nécessaire = 5,75 kg / 0,10 = **57,5 kg**. **Corrigé** : Ajouter 57,5 kg de solution de NaOH à 10 % à la pâte de 500 kg, puis mélanger jusqu’à homogénéité avant l’injection de la taille alcaline. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Situation | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |-----------|------------------|-------------|--------------------------------------| | 1. Manipulation de l’ASA (taille alcaline) | Verser l’ASA directement dans l’eau froide sans agitation | Formation de grumeaux, mauvaise dispersion, défauts de taille | Toujours préparer une mère concentrée, ajouter lentement l’ASA à l’eau tiède (40‑50 °C) sous agitation mécanique puissante. | | 2. Raffinage excessif | Passer la pâte plusieurs fois au raffineur sans contrôle du CSF | Fibres coupées, perte de résistance, augmentation de la consommation d’énergie | Mesurer le CSF après chaque passage ; arrêter le raffinage dès que la valeur cible (ex. 380 ml CSF) est atteinte. | | 3. Ajout de charges minérales | Dumping direct de CaCO₃ dans la cuve de pâte | Agglomération, sédimentation, variation de consistance | Pré-disperser les charges dans un petit volume d’eau avec un agent de rétention avant l’injection principale. | | 4. Utilisation de produits acides (rosin‑sulfate) sans protection | Manipulation sans lunettes ni gants | Brûlures cutanées, irritation oculaire | Porter lunettes de protection, gants nitrile, et travailler sous hotte ou avec ventilation locale ; disposer d’une station de lavage oculaire à proximité. | | 5. Séchage à température trop élevée | Régler les cylindres sécheurs à > 180 °C | Dégradation de la cellulose, jaunissement du papier, risque d’incendie | Respecter les courbes de température recommandées (120‑150 °C) ; surveiller en continu avec des thermocouples et couper l’alimentation en cas de dépassement. | | 6. Nettoyage des filtres après production | Ouvrir les filtres sous pression sans dépressurisation | Projection de liquide chaud, risque de brûlure | Toujours dépressurer le circuit, fermer les vannes d’alimentation et ouvrir lentement la vanne de purge avant toute intervention. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la principale composante chimique de la pâte à papier obtenue par procédé kraft?
  2. 2. Quel est le rôle principal du filler (charge minérale) dans la formulation du papier couché?
  3. 3. Quel paramètre permet d'évaluer la résistance à la traction du papier dans les essais normalisés?
  4. 4. Un lot de 200 kg de bois de pin donne après procédé kraft 120 kg de pâte sèche. Quel est le rendement de la pâte exprimé en pourcentage?
  5. 5. Pour obtenir un papier couché contenant 15 % (masse sèche) de kaolin, combien de kilogrammes de kaolin faut-il ajouter à 80 kg de pâte sèche?
  6. 6. L'ajout d'un surfactant anionique dans la cuve de formation du papier a principalement pour effet de:
  7. 7. Dans la formulation d'un papier enduit avec du latex styrène-butadiène (SBR), un pH de la cuve trop acide (<4) tend à:
  8. 8. On souhaite préparer une suspension de pâte à 3 % de consistance à partir de 10 kg de pâte sèche. Quelle quantité d'eau doit-on ajouter?
  9. 9. Lors de l'ajout de polyacrylamide cationique comme agent de rétention, la courbe de rétention montre un plateau à partir de 0,8 kg/tonne et une légère baisse après 1,2 kg/tonne. Quel dosage approximatif maximise la rétention tout en minimisant la consommation de produit?
  10. 10. Quel est l'avantage environnemental principal du blanchiment au peroxyde d'hydrogène comparé au blanchiment au chlore élémentaire?