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Chapitre 16

Matériels et outils (partie 1/4)

Lecture : 18 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de : - Définir le coffrage et expliquer son rôle dans la mise en œuvre du béton armé. - Identifier les différents types de coffrages (bois, métal, plastique, modulable) et leurs domaines d’application au Cameroun. - Appliquer les principes de résistance, d’étanchéité et de décoffrage pour dimensionner un coffrage simple. - Réaliser le calcul de la pression latérale du béton frais sur un panneau de coffrage et vérifier la stabilité de l’ensemble. - Dimensionner des étais et contreventements selon les charges admissibles. - Mettre en œuvre les procédés de mise en place, de rotation et de décoffrage en respectant les règles de sécurité et d’hygiène. - Utiliser les outils de rotation (clés, vérins, palans) et effectuer une rotation sécurisée d’un coffrage d’atelier ou de chantier. **Prérequis** : - Notions de résistance des matériaux (contraintes, moments fléchissants). - Lecture de plans d’exécution et connaissance des symboles de coffrage. - Règles de base de sécurité sur un chantier (port des EPI, signalisation). - Unités du Système International (m, kN, MPa, etc.). --- ## Introduction contextualisée Dans le secteur du BTP camerounais, la qualité du béton armé dépend largement de la performance du coffrage qui doit maintenir la forme souhaitée jusqu’à la prise complète du béton. Les chantiers urbains de Yaoundé et Douala, ainsi que les ouvrages ruraux (ponts, barrages, bâtiments publics) utilisent majoritairement des coffrages en bois de pin traité ou en acier galvanisé, parfois complétés par des systèmes modulables en aluminium. La maîtrise des études de coffrage permet donc de réduire les gaspillages de matériau, d’assurer la sécurité des ouvriers et de respecter les délais imposés par les marchés publics. Ce chapitre présente, étape par étape, les connaissances nécessaires pour concevoir, installer et réutiliser un coffrage en toute conformité avec les normes techniques et de sécurité en vigueur au Cameroun (arrêtés ministériels du MINESEC, références NF P 01-012 et EN 12812 adaptées). --- ## I. Leçon 5 - Études sur les coffrages 1 ### 5.1 Définition et rôle du coffrage > **Définition** : Le coffrage est une structure temporaire, généralement constituée de panneaux et d’étaiements, destinée à contenir le béton frais jusqu’à ce qu’il atteigne suffisamment de résistance pour supporter ses propres charges. Il assure la géométrie souhaitée, l’étanchéité surface et la facilité de décoffrage. ### 5.2 Types de coffrages | Type | Matériau principal | Avantages | Inconvénients | Utilisation typique au Cameroun | |------|-------------------|-----------|---------------|---------------------------------| | Bois | Pin traité, sapin | Faible coût, facile à usiner, bonne adhérence au béton | Sensible à l’humidité, durée de vie limitée (≈ 5 utilisations) | Fondations, voiles, petites dalles | | Métal | Acier galvanisé, aluminium | Grande réutilisabilité (≥ 30 utilisations), haute résistance, bonne planéité | Coût initial élevé, nécessite protection contre la corrosion | Dalles industrielles, poutres préfabriquées, ouvrages d’art | | Plastique | PVC, polypropylène | Léger, résistant à l’humidité, surface lisse | Résistance mécanique moindre, coût modéré | Coffrages de gaines, éléments architecturaux | | Modulable | Système d’aluminium avec accessoires | Montage rapide, adaptabilité aux formes complexes | Nécessite formation spécifique, investissement de départ | Grands bâtiments, ouvrages répétitifs (logements sociaux) | ### 5.3 Principes de conception - **Résistance** : Le coffrage doit résister à la pression latérale du béton frais sans déformation excessive. - **Étanchéité** : Les joints doivent empêcher la perte de laitance et l’intrusion d’eau pouvant provoquer des défauts de surface. - **Décoffrage** : Le système doit permettre un démoulage sans endommager le béton ni le coffrage (angles de dépouille, agents de démoulage). ### 5.4 Normes de sécurité et d’hygiène - **EN 12812** (exigences de sécurité pour les échafaudages de coffrage) – appliquée via l’arrêté ministériel n° 001/MINESEC du 12 mars 2022. - Port obligatoire du casque, des gants anti‑coupure et des chaussures de sécurité. - Vérification quotidienne de l’état des panneaux (pas de fissures, pas de clous saillants). - Zone de travail délimitée par des rubans de signalisation jaune‑noir. ### 5.5 Exemple de calcul de pression latérale du béton Un panneau de coffrage en bois de 2,5 m de hauteur retient du béton frais de densité γ = 24 kN/m³. La pression hydrostatique maximale à la base est : \[ p_{\max}= \gamma \, h = 24 \times 2,5 = 60 \text{ kN/m}^2 \] La résultante agit à h/3 depuis la base, soit à 0,83 m du sol. Le moment fléchissant à la base d’un panneau simplement soutenu de largeur b = 0,6 m est : \[ M = \frac{p_{\max} \, b \, h^{2}}{6}= \frac{60 \times 0,6 \times (2,5)^{2}}{6}= \frac{60 \times 0,6 \times 6,25}{6}= \frac{225}{6}=37,5 \text{ kN·m} \] On vérifiera ensuite que la section du bois (ex. 5 cm × 15 cm) possède un moment de résistance supérieur à 37,5 kN·m (σ_adm ≈ 8 MPa pour le pin traité → W = bh²/6 = 0,05×0,15²/6 = 1,875×10⁻⁴ m³ → σ = M/W = 37,5×10³ / 1,875×10⁻⁴ = 200 MPa > 8 MPa → non adapté → on choisira une section plus importante ou un renforcement métallique). > **> Règle de dimensionnement** : Le moment de résistance du matériau doit être au moins 1,5 fois le moment fléchissant calculé pour garantir une marge de sécurité. --- ## II. Leçon 6 - Études sur les coffrages 2 ### 6.1 Étude de stabilité Un coffrage doit résister à deux modes de défaillance principaux : - **Flambage** des panneaux ou des étais sous compression. - **Renversement** dû au moment de poussée du béton lorsqu’il n’est pas suffisamment contreventé. Le coefficient de sécurité contre le flambage (Euler) est : \[ \lambda = \frac{L}{i}\sqrt{\frac{\pi^{2}E}{\sigma_{c}}} \] où L = longueur libre, i = rayon de giration, E = module d’élasticité, σ_c = contrainte de compression admissible. ### 6.2 Dimensionnement des étais et contreventements Pour un étais métallique de type HEB 120 (section approximative 120 mm × 120 mm, A ≈ 14,4 cm², I ≈ 1,1×10⁻⁶ m⁴, E = 210 GPa) soumis à une charge axiale P = 150 kN sur une hauteur libre L = 3,0 m, la contrainte de compression est : \[ \sigma = \frac{P}{A}= \frac{150\times10^{3}}{14,4\times10^{-4}} = 10,4 \text{ MPa} \] La contrainte admissible de l’acier S235 est σ_adm = 235 MPa → marge de sécurité > 20. Le risque de flambage est vérifié par la contrainte critique d’Euler : \[ \sigma_{cr}= \frac{\pi^{2}E I}{(K L)^{2}} \] Avec K = 1 (pied fixé, tête libre) → \[ \sigma_{cr}= \frac{\pi^{2}\times210\times10^{9}\times1,1\times10^{-6}}{(1\times3,0)^{2}} \approx 25,5 \text{ MPa} \] Puisque σ < σ_cr, l’étais est sûr contre le flambage. ### 6.3 Tableau récapitulatif des charges admissibles | Matériau du panneau | Épaisseur (mm) | Charge admissible (kN/m²) | Hauteur maximale sans étais (m) | |---------------------|----------------|---------------------------|---------------------------------| | Pin traité | 20 | 15 | 1,2 | | Sapin | 25 | 20 | 1,5 | | Contreplaqué marine | 18 | 25 | 1,8 | | Acier galvanisé | 2,0 (plaque) | 80 | 4,0 | | Aluminium (profil) | 3,0 (tube) | 60 | 3,5 | > **> Règle de mise en place** : Dès que la hauteur de béton dépasse la valeur du tableau, prévoir un étais tous les 0,6 m en moyenne, ou un contreventement diagonal selon la configuration. ### 6.4 Procédé de mise en place pas à pas (exemple d’une dalle de 4,0 m × 6,0 m) 1. **Préparation du sol** : Nivellement, pose d’un film polyéthylène (épaisseur 0,2 mm) pour éviter l’adhérence du béton au sol. 2. **Installation des lisses basses** : Fixation de madriers de 5 × 15 cm sur des plots bétonnés tous les 0,8 m. 3. **Montage des panneaux** : Pose des panneaux de bois de 2,4 m de hauteur, jointés avec des cales en bois et des serre-joints. 4. **Pose des étais** : Installation d’étais métalliques HEB 120 tous les 0,6 m le long des côtés, réglés à l’aide de vérins à vis. 5. **Contreventement** : Pose de diagonales en acier (tube 40 × 40 mm) entre les étais pour résister au renversement. 6. **Vérification de l’aplomb** : Utilisation d’un niveau à bulle et d’un fil à plomb ; tolérance ±5 mm. 7. **Application d’un agent de démoulage** : Pulvérisation d’une émulsion à base d’huile de lin diluée à 10 % sur la face intérieure du coffrage. 8. **Coulée du béton** : Début du débit à la pompe, surveillance de la pression (ne pas dépasser 0,5 bar dans le tuyau). ### 6.5 Exemple de dimensionnement d’un étais métallique Un étais doit supporter une charge verticale de 200 kN provenant du poids du béton d’une dalle de 0,20 m d’épaisseur sur une surface de 2,0 m × 2,0 m (volume = 0,8 m³, poids ≈ 0,8 × 24 = 19,2 kN) plus la charge de chantier (environ 180 kN de matériels et de main‑d’œuvre). - Charge totale P = 200 kN. - On choisit un profilé HEB 160 (A ≈ 20,0 cm², I ≈ 2,5×10⁻⁶ m⁴). - Contrainte : σ = P/A = 200×10³ / (20,0×10⁻⁴) = 100 MPa < σ_adm (235 MPa). - Flambage : σ_cr = π²EI/(KL)² avec L = 2,8 m, K = 0,7 (pied fixé, tête partiellement retenue) → σ_cr ≈ 45 MPa. Comme σ (100 MPa) > σ_cr (45 MPa), l’étais serait flambé → on réduit la longueur libre à 1,8 m en ajoutant un étais intermédiaire, ou on passe à un profilé plus rigide (HEB 200). > **> Règle de sécurité** : Toujours vérifier à la fois la contrainte de compression et la contrainte critique d’Euler avant de valider un étais. --- ## III. Leçon 7 - Rotations des coffrages outils 1 ### 7.1 Notion de rotation La rotation d’un coffrage désigne le mouvement de retournement ou de translation qui permet de le repositionner pour une nouvelle utilisation (décoffrage, nettoyage, stockage). Elle intervient après la prise suffisante du béton (souvent lorsque la résistance atteint 5 MPa, soit environ 24 h à 20 °C). ### 7.2 Outils de rotation | Outil | Fonction | Caractéristiques techniques | Usage courant | |-------|----------|-----------------------------|---------------| | Clé à cliquet + douille | Serrage/desserrage des boulons de réglage | Torque max 150 Nm, douilles 13‑24 mm | Ajustement des étais | | Vérin hydraulique | Levage ou poussée contrôlée | Course 0‑300 mm, pression 200 bar, capacité 5 t | Décoffrage de dalles | | Palan à chaîne | Levage vertical | CMU 2 t, vitesse 0,15 m/s | Manipulation de panneaux lourds | | Basculeur à rouleaux | Translation horizontale | Charge max 3 t, rouleaux nylon | Déplacement de coffrages longs | | Élingue de levage | Sangle de sécurité | Charge de rupture 10 t, largeur 50 mm | Sécurisation des charges lors de la rotation | ### 7.3 Sécurité lors de la rotation - **Points de levage** : Utiliser uniquement les points de levage prévus par le fabricant (souvent des anneaux soudés ou des plaques perforées). - **Angle de charge** : Maintenir l’angle entre l’élingue et la verticale inférieur à 45° pour éviter une augmentation de la charge effective. - **Zone d’exclusion** : Délimiter un périmètre de sécurité d’au moins 2,0 m autour du coffrage en mouvement. - **Vérification du poids** : Peser ou estimer la masse du coffrage + adhérence du béton avant toute levée (ex. panneau bois 2,4 m × 0,6 m × 0,02 m ≈ 30 kg + 5 kg de laitance). - **Formation** : Les opérateurs doivent être habilités CACES R482 (manutention de charges) ou équivalent. > **> Règle de sécurité** : Jamais de levage sans vérification visuelle de l’intégrité des points d’ancrage et sans charge statique préalable (test à 10 % de la charge nominale). ### 7.4 Exemple de procédure de rotation d’un coffrage de dalle (dimensions 3,0 m × 4,0 m, épaisseur 0,20 m) 1. **Vérification de la résistance du béton** : Essai au scleromètre indique 5,2 MPa → décoffrage possible. 2. **Nettoyage** : Pulvérisation d’un agent démoulant, attente 10 min. 3. **Positionnement des élingues** : Deux élingues de 50 mm, chacune accrochée aux anneaux de levage situés aux coins opposés du coffrage. 4. **Équilibrage** : Ajuster la longueur des élingues pour que le centre de gravité coïncide avec le point de levage (utiliser une règle de niveau). 5. **Levée lente** : Actionner le palan à chaîne à vitesse 0,1 m/s, surveiller l’angle des élingues (<30°). 6. **Rotation** : Une fois le coffrage à 0,5 m du sol, faire pivoter la charge de 180° autour de l’axe longitudinal à l’aide d’un basculeur à rouleaux placé sous le côté inférieur. 7. **Repos** : Déposer le coffrage sur des cales en bois traité (épaisseur 5 cm) pour éviter le contact direct avec le sol. 8. **Contrôle** : Inspecter les panneaux pour détecter toute fissure ou déformation ; marquer les pièces réparées ou à mettre au rebut. > **> Point clé** : La vitesse de levée ne doit jamais dépasser 0,2 m/s afin de limiter les charges d’impact et les oscillations dangereuses. --- ## Synthèse du chapitre - Le coffrage est une structure temporaire assurant la forme, l’étanchéité et la facilité de décoffrage du béton armé. - Types principaux : bois (coût faible, durée limitée), métal (réutilisable, coût élevé), plastique (légère, moins résistant), modulable (rapide, adapté aux séries). - Principes de conception : résistance à la pression latérale, étanchéité des joints, facilité de décoffrage (agents démoulants, angles de dépouille). - Calcul de la pression latérale : \(p = \gamma h\) ; résultante à h/3 ; moment fléchissant \(M = \frac{p b h^{2}}{6}\). - Stabilité : vérification du flambage (Euler) et du renversement ; dimensionnement des étais selon \(σ = P/A\) et \(σ_{cr}= \frac{π^{2}EI}{(KL)^{2}}\). - Tableau de charges admissibles permet de déterminer l’espacement des étais selon la hauteur de béton. - Mise en place : préparation du sol, lisses basses, panneaux, étais, contreventement, vérification d’aplomb, agent démoulage, coulée. - Rotation : utilisation d’élingues, palans, vérins, basculeurs ; respect des points de levage, angle de charge <45°, zone d’exclusion, vitesse de levée ≤0,2 m/s. - Sécurité : EPI obligatoires, vérification quotidienne des panneaux, formation CACES, contrôle des charges avant levage. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Coffrage | Structure temporaire contenant le béton frais jusqu’à sa prise. | | Étai | Élément vertical de soutien transmettant les charges du coffrage au sol ou à une structure porteuse. | | Contreventement | Élément diagonal ou triangulaire empêchant le renversement ou le flambage du coffrage. | | Pression latérale du béton | Force exercée par le béton frais sur la paroi du coffrage, calculée par \(p = \gamma h\). | | Moment fléchissant | Effort de flexion résultant de la répartition de la pression sur une hauteur de coffrage. | | Flambage (Euler) | Instabilité par flexion d’une barre comprimée sous une charge critique \(σ_{cr}= \frac{π^{2}EI}{(KL)^{2}}\). | | Agent de démoulage | Substance appliquée sur la face intérieure du coffrage pour faciliter le séparage du béton. | | Point de levage | Anneau ou dispositif prévu par le fabricant pour accrocher une élingue lors de la manipulation du coffrage. | | CACES R482 | Certificat d’aptitude à la conduite en sécurité destiné aux opérateurs de manutention de charges. | | Résistance caractéristique du béton (fck) | Valeur de résistance à la compression utilisée pour le dimensionnement (ex. 25 MPa pour du béton C25/30). | | Élingue | Sangle ou câble utilisé pour soulever une charge, caractérisé par sa charge de rupture (CMU). | | Basculeur à rouleaux | Dispositif permettant la translation ou la rotation d’un objet lourd grâce à des rouleaux motorisés ou libres. | | Angle de charge | Angle formé entre l’élingue et la verticale ; influe sur la charge effective portée par l’élingue. | | Zone d’exclusion | Périmètre autour d’une opération de levage où aucune personne non autorisée ne doit pénétrer. | | Agent démoulant à base d’huile de lin | Émulsion diluée utilisée pour réduire l’adhérence du béton au coffrage, favorisant un décoffrage propre. | --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Calcul de pression latérale et dimensionnement d’un panneau bois **Énoncé** : Un panneau de coffrage en pin traité de hauteur 2,2 m et largeur 0,5 m retient du béton frais de densité 24 kN/m³. Déterminer : 1. La pression maximale à la base. 2. Le moment fléchissant à la base du panneau (supposé simplement soutenu). 3. Vérifier si une section de 4 cm × 12 cm suffit (σ_adm du pin traité = 8 MPa). **Corrigé** : 1. \(p_{max}=γh=24×2,2=52,8\text{ kN/m²}\). 2. Résultante à \(h/3=0,73\text{ m}\) du sol. Moment fléchissant : \[ M=\frac{p_{max} b h^{2}}{6}= \frac{52,8×0,5×(2,2)^{2}}{6}= \frac{52,8×0,5×4,84}{6}= \frac{127,9}{6}=21,3\text{ kN·m} \] 3. Module de résistance de la section : \[ W=\frac{b h^{2}}{6}= \frac{0,04×(0,12)^{2}}{6}= \frac{0,04×0,0144}{6}=9,6×10^{-5}\text{ m³} \] Contrainte de flexion : \[ σ=\frac{M}{W}= \frac{21,3×10^{3}}{9,6×10^{-5}}=222\text{ MPa} \] Puisque σ (222 MPa) > σ_adm (8 MPa), la section est insuffisante. Il faut augmenter la hauteur ou utiliser un renforcement métallique. Par exemple, prendre une section 4 cm × 20 cm donne \(W= \frac{0,04×0,20^{2}}{6}=2,67×10^{-4}\text{ m³}\) et σ≈80 MPa, encore trop élevé ; on passe à une section métallique ou on ajoute des étais intermédiaires. > **> À retenir** : La contrainte de flexion doit rester bien en dessous de la contrainte admissible du matériau ; sinon, prévoir des étais ou changer de matériau. ### Exercice 2 – Dimensionnement d’un étais métallique **Énoncé** : Un étais métallique HEB 140 (A=16,8 cm², I=1,8×10⁻⁶ m⁴, E=210 GPa) doit supporter une charge verticale de 180 kN sur une hauteur libre de 2,5 m (pied fixé, tête libre). Vérifier la sûreté contre le flambage et la compression. **Corrigé** : - Contrainte de compression : \[ σ=\frac{P}{A}= \frac{180×10^{3}}{16,8×10^{-4}}=107,1\text{ MPa}<σ_{adm}=235\text{ MPa} \quad\text{OK} \] - Contrainte critique d’Euler (K=1) : \[ σ_{cr}= \frac{π^{2}EI}{(KL)^{2}}= \frac{π^{2}×210×10^{9}×1,8×10^{-6}}{(1×2,5)^{2}} =\frac{9,87×210×10^{3}×1,8}{6,25}= \frac{3,73×10^{6}}{6,25}=597\text{ kPa}=0,597\text{ MPa} \] Oops, erreur de calcul : recomposons correctement. \[ π^{2}≈9,87;\; EI=210×10^{9}×1,8×10^{-6}=378×10^{3}=3,78×10^{5}\text{ N·m²} \] \[ σ_{cr}= \frac{9,87×3,78×10^{5}}{(2,5)^{2}}= \frac{3,73×10^{6}}{6,25}=5,97×10^{5}\text{ Pa}=0,597\text{ MPa} \] Cette valeur semble trop faible ; en réalité, la formule d’Euler donne la contrainte critique en Pa, mais on doit comparer à la contrainte de compression. Ici σ (107 MPa) >> σ_cr (0,6 MPa) → flambage certain. **Conclusion** : L’étais HEB 140 est trop mince pour 2,5 m de portée sous 180 kN. Il faut soit réduire la longueur libre (ajouter un étais intermédiaire à 1,25 m), soit choisir un profilé plus rigide (ex. HEB 200). > **> À retenir** : Pour les étais, vérifier toujours les deux critères : compression (σ<σ_adm) et flambage (σ<σ_cr). ### Exercice 3 – Procédé de rotation d’un coffrage de dalle **Énoncé** : Décrire, en cinq étapes numérotées, la procédure sûre pour retourner un coffrage de dalle de 3,0 m × 6,0 m après décoffrage, en utilisant deux élingues, un palan à chaîne et un basculeur à rouleaux. Indiquer les consignes de sécurité à respecter à chaque étape. **Corrigé** : 1. **Vérification de la résistance du béton** – S’assurer que la résistance atteint au moins 5 MPa (essai au scleromètre). *Sécurité* : ne pas procéder si la résistance est inférieure, risque d’effondrement. 2. **Positionnement des élingues** – Accrocher chaque élingue aux anneaux de levage prévus aux coins opposés du coffrage ; régler la longueur pour que le centre de gravité soit centré. *Sécurité* : contrôler l’état des élingues (pas de coupure, pas de nœud) et vérifier que l’angle avec la verticale < 30°. 3. **Levée lente** – Actionner le palan à chaîne à vitesse ≤ 0,1 m/s jusqu’à ce que le coffrage soit à 0,5 m du sol. *Sécurité* : surveiller en continu l’angle des élingues et la charge affichée sur le palan ; arrêter immédiatement si des oscillations apparaissent. 4. **Rotation** – Placer le basculeur à rouleaux sous le côté inférieur du coffrage ; actionner le basculeur pour faire pivoter la charge de 180° autour de l’axe longitudinal. *Sécurité* : maintenir la zone d’exclusion d’au moins 2 m autour du basculeur ; s’assurer que les rouleaux sont bloqués après la rotation. 5. **Repos et contrôle** – Déposer le coffrage sur des cales en bois traité (épaisseur 5 cm) ; inspecter les panneaux pour détecter fissures, déformations ou perte d’agents démoulants. *Sécurité* : porter les EPI (casque, gants, chaussures de sécurité) lors de l’inspection ; marquer les pièces non conformes pour mise au rebut ou réparation. > **> À retenir** : La vitesse de levée ne doit jamais dépasser 0,2 m/s afin d’éviter les charges d’impact et les oscillations dangereuses. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |----|------------------|-------------|--------------------------------------| | 1 | Sous‑estimation de la pression latérale du béton (ou oubli du facteur de forme) | Déformation ou rupture du coffrage, débordement de béton | Toujours calculer \(p = \gamma h\) et appliquer le facteur de forme (0,5 pour un mur, 1,0 pour une dalle) ; vérifier avec le tableau de charges admissibles. | | 2 | Utilisation d’étais trop espacés ou de section insuffisante | Flambage des étais, effondrement partiel du coffrage | Respecter l’espacement maximal donné par le tableau de charges admissibles ; vérifier σ et σ_cr avant chaque montage. | | 3 | Oubli de l’agent de démoulage ou application inadéquate | Adhérence forte du béton au coffrage, arrachement de la surface lors du décoffrage | Appliquer uniformément l’agent démoulant selon les préconisations du fabricant ; laisser le temps de pénétration indiqué (souvent 5‑10 min). | | 4 | Mauvaise fixation des élingues (points de levage non prévus) | Glissement de la charge, blessure ou perte du coffrage | Utiliser exclusivement les points de levage indiqués par le fabricant ; vérifier l’état des anneaux avant chaque levée. | | 5 | Rotation trop rapide ou angle d’élingue trop important | Charge dynamique amplifiée, basculement du coffrage, risque de chute | Limiter la vitesse de levée à ≤ 0,2 m/s ; maintenir l’angle entre élingue et verticale < 30° ; utiliser un palan avec limiteur de vitesse si disponible. | | 6 | Non‑respect de la zone d’exclusion lors de la rotation | Personne non autorisée frappée par le coffrage en mouvement | Délimiter clairement la zone avec rubans et panneaux ; désigner un responsable de la zone de sécurité avant chaque opération de levage. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition principale d'un coffrage traditionnel en bois ?
  2. 2. Quel est l'avantage principal du coffrage métallique par rapport au coffrage en bois ?
  3. 3. Dans le cadre de la rotation des coffrages outils, quelle opération est réalisée lors de la phase de 'démoulage' ?
  4. 4. Un dallage de 6 m de longueur, 4 m de largeur et 0,20 m d'épaisseur doit être coffré. Si chaque panneau de coffrage bois mesure 2 m de long, 1 m de large et 0,02 m d'épaisseur, quel est le nombre minimal de panneaux nécessaires pour couvrir la surface inférieure du dallage (en ignorant les pertes de coupe) ?
  5. 5. Pour un mur de béton armé de 3 m de hauteur, on utilise des étais métalliques réglables de capacité 25 kN chacun. Si la poussée latérale du béton frais est estimée à 15 kN par mètre linéaire de mur, quel est l'espacement maximal entre deux étais afin de ne pas dépasser leur capacité ?
  6. 6. Lors du coffrage d'un mur courbe de rayon 4 m, on choisit des panneaux de coffrage flexibles en contreplaqué de 10 mm d'épaisseur. Quelle est la contrainte principale à vérifier pour éviter la flèche excessive du panneau ?
  7. 7. Une équipe de 4 ouvriers peut monter un coffrage de 30 m² en 2 heures. En supposant un travail linéaire avec le nombre d'ouvriers, combien de temps faudra-t-il à une équipe de 6 ouvriers pour monter le même coffrage ?
  8. 8. Un coffrage métallique doit supporter une charge uniforme de 12 kN/m² sur une surface de 5 m². Si le coefficient de sécurité requis est de 1,5, quelle est la charge maximale admissible que le coffrage doit pouvoir supporter sans déformation permanente ?
  9. 9. Un projet nécessite le coffrage d'une dalle alvéolaire de 0,25 m d'épaisseur, portée par des poutres en béton précontraint espacées de 1,2 m. La pression maximale du béton frais est de 20 kN/m² et la flèche admissible du coffrage ne doit pas dépasser L/250, où L est la portée entre poutres. Quel type de coffrage est le plus approprié pour respecter ces contraintes ?
  10. 10. Une entreprise souhaite minimiser le coût total du coffrage pour un bâtiment de 200 m² de dalles réutilisables sur 5 cycles. Le coût d'achat d'un panneau métallique réutilisable est de 120 €, sa durée de vie est de 10 cycles, tandis qu'un panneau en bois jetable coûte 30 € et ne peut être utilisé qu'une seule fois. En ignorant les coûts de main-d'œuvre et de transport, quelle stratégie réduit le coût total ?