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Chapitre 18

Matériels et outils (partie 4/4)

Lecture : 11 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis À la fin de cette leçon, l’élève sera capable de : - Définir un échafaudage et distinguer ses différents types selon l’usage. - Citer les textes réglementaires camerounais qui encadrent leur conception, montage et utilisation. - Réaliser le montage, le contrôle, l’utilisation sécurisée et le démontage d’un échafaudage fixe ou roulant en suivant une procédure pas à pas. - Effectuer une inspection quotidienne et hebdomadaire, identifier les défauts critiques et proposer les mesures correctives. - Appliquer les règles de prévention des risques liés aux chutes, à l’effondrement et aux intempéries. **Prérequis** : notions de base en résistance des matériaux (effort normal, effort de cisaillement), lecture de plans simples, connaissance des équipements de protection individuelle (EPI) obligatoires sur un chantier (casque, harnais, chaussures de sécurité). ## Introduction contextualisée Sur les chantiers de construction, de réhabilitation ou de maintenance au Cameroun, les travaux en hauteur représentent une part importante des activités : pose de revêtements, montage de charpentes métalliques, travaux de façade, installation de réseaux électriques ou de plomberie. Pour garantir la sécurité des ouvriers et la qualité des prestations, l’utilisation d’échafaudages conformes aux normes est indispensable. Un échafaudage mal conçu, mal monté ou mal entretenu peut provoquer des accidents graves (chutes de hauteur, effondrement) pouvant entraîner des blessures permanentes ou des pertes humaines. Cette leçon présente donc les connaissances techniques et les bonnes pratiques nécessaires pour choisir, installer, utiliser et entretenir un échafaudage en toute sécurité, en s’appuyant sur la réglementation en vigueur au Cameroun. ## I. Les échafaudages : définition, types et réglementation ### A. Définition et rôle > Définition : Un échafaudage est une structure temporaire de soutien permettant d’accéder en hauteur aux zones de travail, de soutenir des matériaux et de garantir la sécurité des opérateurs. Il se compose de montants, de traverses, de planchers, de garde‑corps et de dispositifs d’ancrage. Son rôle principal est de fournir une plateforme de travail stable et sécurisée, tout en limitant les efforts manuels de levage. ### B. Types d’échafaudages > Types principaux : échafaudage fixe, échafaudage roulant, échafaudage suspendu. | Type | Caractéristiques | Usage typique au Cameroun | |------|------------------|---------------------------| | Fixe | Monté sur pied, ancré au sol ou à la façade, non déplaçable sans démontage | Travaux de façade, ravalement, pose de revêtements sur bâtiments de hauteur moyenne | | Roulant | Structure similaire au fixe mais montée sur roues avec freins, déplaçable sur sol lisse | Maintenance intérieure, travaux de plâtrerie, installation de faux plafonds | | Suspendu | Plateforme suspendue par des câbles à une structure porteuse (toiture, poutre) | Travaux sur toits-terrasses, entretien de silos, ponts ou ouvrages d’art | ### C. Réglementation camerounaise > Norme camerounaise : Arrêté n° 001/MINTP du 12 mars 2018 fixant les règles de conception, de montage et d’utilisation des échafaudages sur les chantiers du territoire national. Cet arrêté reprend les exigences de la norme NF P 93-350 (échafaudages de service) et précise : - Le calcul de la charge maximale admissible (CMA) ne doit pas dépasser 2,0 kN/m² pour un échafaudage léger et 3,0 kN/m² pour un échafaudage lourd. - La hauteur maximale libre entre deux niveaux de travail est de 2,0 m. - Chaque niveau doit être équipé d’un garde‑corps double (main courante à 1,0 m, intermédiaire à 0,5 m) et d’une plinthe de 0,15 m. - Les éléments métalliques doivent être traités contre la corrosion (galvanisation ou peinture anti‑rouille) et soumis à un contrôle visuel avant chaque utilisation. ## II. Montage, démontage et utilisation sécurisée ### A. Étapes de montage (échafaudage fixe) 1. **Préparation du sol** : vérifier la portance, installer des plaques de répartition si le sol est meuble. 2. **Vérification des composants** : contrôler l’état des tubes, des couplers, des planches et des pièces d’ancrage (absence de fissures, de corrosion excessive). 3. **Installation des montants verticaux** : les placer d’aplomb à l’aide d’un niveau à bulle, espacer selon le pas prévu (souvent 0,6 m ou 0,75 m). 4. **Assemblage des traverses horizontales** : fixer avec des couplers à rotation, vérifier le serrage (couple de serrage ≈ 50 Nm). 5. **Pose des planchers** : disposer les planches ou les panneaux métalliques, les fixer avec des goupilles ou des boulons de sécurité. 6. **Mise en place des garde‑corps et plinthes** : installer la main courante, l’intermédiaire et la plinthe selon les hauteurs réglementaires. 7. **Ancrage** : installer au moins deux points d’ancrage par niveau, chacun résistant à une traction de 22 kN (câble d’acier ou boulon d’ancrage dans le béton). 8. **Contrôle final** : vérifier l’aplomb, le jeu des boulons (< 2 mm), l’absence de déformation et la présence de tous les éléments de protection. ### B. Points de contrôle lors de l’utilisation - **Stabilité** : aucun balancement visible sous charge normale. - **Charge maximale** : ne pas dépasser la CMA calculée (ex. pour une plateforme de 2 m × 1,5 m, CMA = 2,0 kN/m² → charge maximale = 6,0 kN ≈ 600 kg). - **Accès** : utiliser uniquement les échelles intégrées ou les escaliers prévus, jamais les montants comme échelle. - **Protection individuelle** : porter harnais attaché à un point d’ancrage sûr lorsqu’on travaille à plus de 2,0 m du plancher. - **Intempéries** : interrompre le travail en cas de vent supérieur à 20 m/s ou de pluie forte pouvant rendre les surfaces glissantes. ### C. Démontage sécurisé > Démontage : procéder du haut vers le bas, en déchargeant progressivement la structure. 1. Retirer les outils et les matériaux présents sur la plateforme. 2. Détacher les garde‑corps et les plinthes, commencer par le niveau supérieur. 3. Déclipser les planchers, puis les traverses horizontales. 4. Dévisser les couplers des montants, en commençant par le haut. 5. Descendre les montants un à un, les poser à plat sur le sol. 6. Inspecter chaque élément avant stockage : remplacer ceux présentant des déformations, des fissures ou une corrosion importante. ## III. Maintenance, inspection et gestion des risques ### A. Inspection périodique > Inspection quotidienne : vérification de l’aplomb, du jeu des boulons, de l’état des planchers et des dispositifs de protection. > Inspection hebdomadaire : contrôle détaillé des ancrages, des soudures (si présentes), des pièces d’usure (roulettes, paliers pour échafaudage roulant) et renouvellement du serrage des boulons selon le couple prescrit. ### B. Maintenance préventive - Lubrifier les roulements des roues (échafaudage roulant) avec une graisse adaptée chaque mois. - Appliquer une couche de peinture anti‑rouille sur les parties exposées après chaque nettoyage. - Remplacer les planches endommagées (fendues, pourries) immédiatement. - Tenir un registre de maintenance consignant date, opérations réalisées, pièces remplacées et signature du responsable. ### C. Gestion des risques | Risque | Mesure préventive | Action corrective en cas d’incident | |--------|-------------------|-------------------------------------| | Chute de hauteur | Port du harnais, garde‑corps conformes, formation aux travaux en hauteur | Secourir la victime, appeler les services d’urgence, analyser la cause (manque d’EPI, garde‑corps manquant) | | Effondrement | Vérification de la portance du sol, ancrage adéquat, respect des charges | Évacuer la zone, stabiliser la structure si possible, faire appel à un ingénieur pour expertise | | Intempéries (vent, pluie) | Surveillance météo, arrêt des travaux au-delà des seuils, revêtements antidérapants | Mettre en sécurité les travailleurs, protéger les matériels, reprendre après amélioration des conditions | | Blessure par objet tombé | Zone d’exclusion sous l’échafaudage, filets de rétention, casque obligatoire | Premiers soins, déclaration d’accident, réévaluation des zones de stockage | ## Synthèse du chapitre - Un échafaudage est une structure temporaire de soutien permettant l’accès en hauteur et la mise en sécurité des travailleurs. - Trois types principaux : fixe (stabilité maximale), roulant (mobilité sur sol lisse), suspendu (accès aux zones difficiles d’accès). - Réglementation camerounaise : arrêté MINTP du 12/03/2018, référence NF P 93-350, CMA ≤ 2,0 kN/m² (léger) ou 3,0 kN/m² (lourd). - Montage : préparation du sol, vérification des composants, assemblage des montants/traverses, pose des planchers, installation des garde‑corps, ancrage (≥ 2 points à 22 kN chacun), contrôle final. - Utilisation : respecter la CMA, utiliser les accès prévus, porter le harnais au‑delà de 2,0 m, surveiller les conditions météorologiques. - Démontage : descendre du haut vers le bas, décharger progressivement, inspecter chaque élément avant stockage. - Maintenance : inspection quotidienne (aplomb, jeu des boulons), hebdomadaire (ancrages, serrage), lubrification des roues, peinture anti‑rouille, registre de maintenance. - Risques majeurs : chute, effondrement, intempéries, objets tombés ; prévention via EPI, garde‑corps, ancrage, surveillance météo, zones d’exclusion. ## Glossaire - **Échafaudage** : structure temporaire de soutien permettant d’accéder en hauteur aux zones de travail. - **Garde‑corps** : dispositif de protection constitué d’une main courante (hauteur 1,0 m), d’une barre intermédiaire (0,5 m) et d’une plinthe (0,15 m). - **Charge maximale admissible (CMA)** : charge maximale que l’échafaudage peut supporter sans risque de rupture, exprimée en kN/m². - **Ancrage** : dispositif fixé à la structure porteuse ou au sol qui transmet les efforts de l’échafaudage au bâtiment, résistant à une traction minimale de 22 kN. - **Coupler** : pièce d’assemblage permettant de relier deux tubes d’échafaudage par rotation ou par fixation droite. - **Plancher** : élément horizontal (planche bois, panneau métallique ou grille) sur lequel les ouvriers se tiennent et déposent leurs matériels. - **Pas** : distance verticale entre deux niveaux successifs de travail sur un échafaudage (souvent 0,6 m ou 0,75 m). - **Échafaudage roulant** : échafaudage monté sur roues avec freins, permettant des déplacements horizontaux sur sol lisse. ## Exercices d'application corrigés **Exercice 1** Un chantier de ravalement de façade à Douala nécessite un échafaudage fixe de 6,0 m de hauteur, avec un pas de 0,75 m. La plateforme de travail mesure 2,5 m de longueur et 1,2 m de largeur. 1. Calculer le nombre de niveaux de travail nécessaires. 2. Déterminer la charge maximale admissible (CMA) si l’échafaudage est classé « léger ». 3. Vérifier si une charge totale de 800 kg (ouvriers + matériaux) peut être supportée en toute sécurité. **Corrigé** 1. Nombre de niveaux = hauteur totale / pas = 6,0 m / 0,75 m = 8 niveaux. 2. Pour un échafaudage léger, CMA = 2,0 kN/m². Surface de la plateforme = 2,5 m × 1,2 m = 3,0 m². Charge maximale admissible = CMA × surface = 2,0 kN/m² × 3,0 m² = 6,0 kN. 6,0 kN correspond à 600 kg (puisque 1 kN ≈ 100 kg sous g≈10 m/s²). 3. Charge totale prévue = 800 kg > 600 kg autorisée → **non conforme**. Il faut soit réduire la charge (ex. limiter le nombre d’ouvriers ou la quantité de matériaux), soit passer à un échafaudage classé « lourd » (CMA = 3,0 kN/m² → charge maximale = 9,0 kN ≈ 900 kg). **Exercice 2** Sur un chantier de Yaoundé, un échafaudage roulant doit être déplacé sur un sol en béton lisse. Les roues ont un diamètre de 0,20 m et supportent chacune une charge maximale de 2,5 kN. L’échafaudage comporte 4 roues. 1. Quelle est la charge totale maximale que l’échafaudage peut supporter au niveau des roues ? 2. Si la charge réelle sur l’échafaudage (plateforme + matériaux) est de 8,0 kN, l’échafaudage est‑il sûr au niveau des roues ? 3. Quelle pression exercée par chaque roue sur le sol (en kN/m²) si la surface de contact de chaque roue est approximativement un cercle de diamètre 0,05 m ? **Corrigé** 1. Charge totale maximale = 4 roues × 2,5 kN/roue = 10,0 kN. 2. Charge réelle = 8,0 kN < 10,0 kN → les roues sont dans leurs limites de charge, donc sûres. 3. Surface de contact d’une roue ≈ π × (d/2)² = π × (0,05 m/2)² = π × (0,025 m)² ≈ 3,1416 × 0,000625 m² ≈ 0,00196 m². Charge par roue = charge totale / 4 = 8,0 kN / 4 = 2,0 kN. Pression = charge / surface = 2,0 kN / 0,00196 m² ≈ 1020 kN/m² (≈ 1,02 MPa). ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de sécurité à appliquer | |----|------------------|-------------|------------------------------| | 1 | Oublier de vérifier l’aplomb du montage avant la première utilisation | Risque de basculement sous charge latérale | Utiliser un niveau à bulle à chaque montée de niveau ; reprendre l’aplomb si déviation > 5 mm/m | | 2 | Surcharger la plateforme au‑delà de la CMA calculée | Déformation ou rupture des éléments, chute de matériaux | Calculer la CMA avant chaque poste de travail ; afficher la charge maximale autorisée sur la plateforme | | 3 | Monter ou démonter l’échafaudage sans harnais de sécurité lorsqu’on travaille à plus de 2,0 m du sol | Chute de hauteur pouvant entraîner des blessures graves ou mortelles | Porter un harnais attaché à un point d’ancrage certifié dès que la hauteur de travail dépasse 2,0 m | | 4 | Utiliser des roues endommagées ou non bloquées sur un sol en pente | Roulement incontrôlé, collision avec des structures ou des personnes | Inspecter les roues avant chaque déplacement ; bloquer les freins sur toute pente > 2 % ; éviter les déplacements sur sol meuble ou en pente | | 5 | Négliger l’inspection quotidienne des boulons et des couplers | Desserrage progressif pouvant entraîner un jeu excessif et une perte de rigidité | Vérifier le serrage de tous les boulons avec une clé dynamométrique au couple prescrit (≈ 50 Nm) chaque matin ; remplacer les éléments présentant des signes d’usure ou de corrosion importante |

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quel est le principe de base d'un échafaudage à tubes et couplers ?
  2. 2. Parmi les éléments suivants, lequel n'est pas un composant obligatoire d'un échafaudage de service selon la norme NF P 93-352 ?
  3. 3. Quel est le facteur de sécurité généralement appliqué au calcul de la charge admissible d'un échafaudage de travail ?
  4. 4. Un échafaudage supporte une charge uniformément répartie de 2 kN/m² sur une surface de 12 m². Quel est le poids total supporté ?
  5. 5. Un chantier nécessite un échafaudage de hauteur 8 m. Selon la règle de stabilité, la hauteur maximale autorisée sans ancrage supplémentaire est égale à 3 fois la largeur minimale de la base. Si la largeur de base est 2,5 m, quelle est la hauteur maximale sans ancrage ?
  6. 6. Lors du montage d'un échafaudage multidirectionnel, chaque niveau doit être vérifié pour un écartement maximal entre les platelages de 0,20 m pour assurer la sécurité des travailleurs. Si un platelage mesure 0,60 m de large, quel est l'espacement maximal autorisé entre deux platelages consécutifs ?
  7. 7. Un échafaudage doit supporter 3 ouvriers de 80 kg chacun, leurs outils de 10 kg chacun, et un matériau de 230 kg réparti uniformément. Quelle est la charge totale approximative en kN (g≈9,81 m/s²) ?
  8. 8. Un échafaudage à tubes et couplers est érigé sur un sol meuble portant une capacité portante de 150 kN/m². Les pieds de l'échafaudage ont une surface totale de 0,04 m². Quelle est la pression exercée par l'échafaudage sur le sol si la charge totale supportée est de 6 kN ?
  9. 9. Selon la NF P 93-352, quel est le déport maximal autorisé d'un échafaudage suspendu par rapport à la façade lorsqu'il est utilisé pour des travaux de peinture, sachant que le déport ne doit pas dépasser 1/6 de la hauteur de l'échafaudage ? Si l'échafaudage mesure 9 m de hauteur, quel est le déport maximal autorisé ?
  10. 10. Un tube d'échafaudage de diamètre extérieur 48,3 mm et épaisseur 3,2 mm est soumis à une flexion maximale admissible de 1/200 de sa portée. Si la portée entre deux appuis est de 3,0 m, quelle est la flèche maximale autorisée en mm ?