Se connecterS'abonner

Chapitre 2

LE DROIT COMMERCIAL (partie 2/3)

Lecture : 13 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :** - Définir le commerçant selon l’Acte uniforme relatif au droit commercial général (AUDCG) et distinguer les formes d’exercice (personne physique, société commerciale). - Identifier les actes de commerce et les critères de professionnalité. - Expliquer la notion de fonds de commerce, ses éléments corporels et incorporels, ainsi que les modalités de sa valorisation et de sa transmission. - Réaliser un calcul simple de valorisation d’un fonds de commerce par la méthode du bénéfice net capitalisé. - Rédiger les écritures comptables liées à l’acquisition ou à la cession d’un fonds de commerce. **Prérequis :** - Notions de base du droit civil camerounais (personnes, obligations, contrats). - Connaissances élémentaires de comptabilité générale (plan comptable OHADA, écritures d’achat, de vente). - Maîtrise du vocabulaire professionnel lié à l’entreprise (actif, passif, résultat). --- ## Introduction contextualisée Au Cameroun, le secteur commercial représente près de 40 % du PIB et emploie plus de 2 millions de personnes, majoritairement dans le commerce de détail et les services. La réforme OHADA de 1993 a harmonisé le droit commercial dans les États membres, incluant le Cameroun, afin de sécuriser les transactions et favoriser l’investissement. Comprendre le statut du commerçant et la notion de fonds de commerce est donc essentiel pour tout élève de Terminale STR souhaitant s’insérer dans le monde des affaires, créer une entreprise ou gérer une activité commerciale existante. --- ## I. Activités d’intégration Cette première partie permet de mettre en situation l’élève face à des cas concrets tirés de la vie professionnelle camerounaise. ### 1. Mise en situation : création d’une petite épicerie à Yaoundé - **Objectif** : identifier les actes de commerce réalisés lors du lancement de l’activité. - **Consigne** : l’élève liste, sur une feuille, toutes les opérations effectuées depuis l’idée du projet jusqu’à l’ouverture du magasin (recherche de local, négociation du bail, achat de marchandises, publicité, ouverture du compte bancaire, etc.). - **Débriefing** : le professeur souligne que seules les opérations ayant un caractère de commerce et étant exercées de façon habituelle constituent des actes de commerce (ex. : achat de marchandises pour revente, publicité visant à attirer la clientèle). ### 2. Analyse d’un contrat de bail commercial - **Document fourni** : extrait d’un bail commercial signé entre un propriétaire et un gérant de salon de coiffure à Douala. - **Tâche** : repérer les clauses relatives au droit au bail, à la durée, au loyer et à la possibilité de cession. - **Apport** : montrer que le droit au bail constitue un élément incorporel du fonds de commerce. ### 3. Jeu de rôle : négociation de la cession d’un fonds de commerce - **Groupes de deux** : l’un joue le rôle du cédant (propriétaire d’une librairie), l’autre celui du cessionnaire (jeune entrepreneur). - **Objectif** : déterminer un prix de vente raisonnable en s’appuyant sur les bénéfices des trois dernières années et sur la valeur des éléments corporels (stock, mobilier). - **Résultat attendu** : chaque groupe présente sa méthode de calcul et justifie le montant proposé. --- ## II. Le statut du commerçant ### 1. Définition légale > **Commerçant** : personne qui effectue des actes de commerce et en fait sa profession habituelle (art. 1 AUDCG). Cette définition repose sur deux critères cumulatifs : - **Acte de commerce** : toute opération ayant pour objet l’acquisition, la transformation ou la revente de biens destinés à la consommation ou à l’usage, ou toute prestation de service liée à ces opérations (ex. : achat de tissus pour revente, prestation de transport de marchandises). - **Profession habituelle** : l’activité est exercée de façon régulière et constitue la source principale de revenu du sujet. ### 2. Les actes de commerce (liste non exhaustive) | Catégorie | Exemples concrets (Cameroun) | |-----------|------------------------------| | **Actes de commerce par la forme** | Vente de marchandises, échange, commission, courtage, transport de marchandises, opérations de banque, assurances, changement de monnaie. | | **Actes de commerce par l’objet** | Fabrication, transformation, extraction, construction lorsqu’ils sont destinés à la revente. | | **Actes de commerce par l’accessoire** | Actes civils qui sont le complément nécessaire d’un acte de commerce (ex. : contrat de travail d’un vendeur, contrat de location d’un local commercial). | > **Rappel** : un acte civil accompli par un commerçant dans l’exercice de son activité reste un acte de commerce (principe de l’accessoire). ### 3. Les formes d’exercice du commerce 1. **Commerçant individuel** : personne physique exerçant en son nom propre. Il est soumis au régime de l’entreprise individuelle (responsabilité illimitée sur son patrimoine). 2. **Société commerciale** : personne morale créée sous l’une des formes prévues par l’AUDCG (SARL, SA, SNC, SCS). La responsabilité des associés est limitée à leurs apports, sauf en cas de faute de gestion. > **Exemple** : Mme Awa Ngo, commerçante individuelle, vend des produits cosmétiques au marché de Mfoundi. Elle est personnellement responsable des dettes de son activité. > **Exemple** : La SARL « TechCam », spécialisée dans la vente de matériel informatique, possède un patrimoine distinct de celui de ses associés. ### 4. Obligations du commerçant - **Immatriculation** au registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM) auprès du centre de formalités des entreprises (CFE). - **Tenue de comptabilité** conforme au plan comptable OHADA (PCG). - **Publication des comptes annuels** au journal légal lorsqu’il s’agit d’une société. - **Respect des normes d’hygiène et de sécurité** lorsqu’elles sont applicables (ex. : normes HACCP pour les denrées alimentaires). > **Règle de sécurité** : tout commerçant manipulant des denrées périssables doit suivre une formation hygiène alimentaire et disposer d’un plan de maîtrise sanitaire (PMS). ### 5. Sanctions en cas de défaut d’immatriculation - **Nullité relative** des actes accomplis au nom de l’activité commerciale (ils peuvent être annulés sur demande du tiers lésé). - **Amende administrative** variant de 50 000 à 500 000 FCFA selon la gravité. - **Interdiction d’exercer** pendant une période pouvant aller jusqu’à cinq ans. --- ## III. La notion de fonds de commerce ### 1. Définition > **Fonds de commerce** : ensemble des éléments corporels et incorporels permettant l’exploitation d’une activité commerciale (art. 5 AUDCG). Il se distingue du **fonds artisanal** (activités de production) et du **fonds agricole**. ### 2. Éléments du fonds de commerce | Type | Éléments | Exemple concret | |------|----------|-----------------| | **Incorporels** | Clientèle, droit au bail, enseigne, nom commercial, licences, brevets, contrats d’assurance, bonne réputation. | La clientèle fidèle d’une boulangerie à Bamenda, le droit au bail du local situé rue Kennedy. | | **Corporels** | Mobilier, matériel, outillage, stocks de marchandises, véhicules utilisés pour l’activité. | Le four, les vitrines réfrigérées, le stock de farine d’une pâtisserie à Garoua. | > **Principe** : la clientèle est considérée comme l’élément essentiel du fonds de commerce ; sans elle, les autres éléments perdent leur valeur commerciale. ### 3. Valorisation du fonds de commerce La méthode la plus utilisée en pratique est la **méthode du bénéfice net capitalisé** : \[ Valeur = \frac{Bénéfice\;net\;moyen\;annuel}{Taux\;de\;capitalisation} \] - **Bénéfice net moyen annuel** : moyenne des bénéfices nets des trois dernières années, après impôt. - **Taux de capitalisation** : pourcentage reflétant le risque de l’activité (généralement entre 12 % et 20 % pour le commerce de détail au Cameroun). #### Exemple chiffré entièrement résolu Une épicerie située à Ngaoundéré présente les bénéfices nets suivants : | Année | Bénéfice net (FCFA) | |-------|---------------------| | N‑2 | 4 200 000 | | N‑1 | 4 800 000 | | N | 5 100 000 | 1. **Moyenne** : \((4 200 000 + 4 800 000 + 5 100 000)/3 = 4 700 000\) FCFA. 2. On choisit un taux de capitalisation de **15 %** (risque moyen). 3. **Valeur du fonds** : \(4 700 000 / 0,15 = 31 333 333\) FCFA ≈ **31,3 millions de FCFA**. > **À retenir** : la valorisation dépend fortement du taux choisi ; un taux plus élevé (activité plus risquée) diminue la valeur estimée. ### 4. Transmission du fonds de commerce - **Cession** : contrat de vente signé entre cédant et cessionnaire, comportant la désignation précise des éléments transmis, le prix, les garanties (passif garanti, clause de non‑concurrence). - **Apport en société** : le fonds peut être apporté à une SARL ou une SA en échange de parts sociales. - **Location‑gérance** : le propriétaire confie l’exploitation à un gérant moyennant une redevance, tout en conservant la propriété du fonds. > **Formalité** : la cession doit être publiée au registre du commerce et au journal légal dans les quinze jours suivant l’acte, sous peine d’opposabilité aux tiers. ### 5. Risques et assurances liés au fonds de commerce - **Risque de perte de clientèle** (concurrence, changement de goût). - **Risque de dégradation du matériel** (incendie, vol). - **Assurance multirisque professionnelle** couvrant les biens corporels, la responsabilité civile et la perte d’exploitation. > **Règle de sécurité** : tout commerçant doit vérifier annuellement la conformité de ses installations électriques et la présence d’extincteurs adaptés aux risques de son activité. --- ## Synthèse du chapitre - **Commerçant** : personne exerçant des actes de commerce de façon habituelle (art. 1 AUDCG). - **Actes de commerce** : classés par la forme, l’objet ou l’accessoire. - **Formes d’exercice** : commerçant individuel (responsabilité illimitée) ou société commerciale (responsabilité limitée). - **Obligations** : immatriculation au RCCM, comptabilité OHADA, respect des normes d’hygiène/sécurité. - **Fonds de commerce** : ensemble des éléments corporels et incorporels permettant l’exploitation d’une activité commerciale (art. 5 AUDCG). - **Éléments essentiels** : clientèle (incorporel) et matériel/stock (corporel). - **Valorisation** : méthode du bénéfice net capitalisé (exemple : 31,3 M FCFA pour un bénéfice moyen de 4,7 M FCFA et un taux de 15 %). - **Transmission** : cession, apport en société, location‑gérance ; nécessite publication au RCCM et journal légal. - **Risques** : perte de clientèle, sinistres ; couverts par assurance multirisque professionnelle. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | **Acte de commerce** | Opération ayant pour objet l’acquisition, la transformation ou la revente de biens destinés à la consommation ou à l’usage, ou toute prestation de service liée à ces opérations. | | **Commerçant individuel** | Personne physique exerçant en son nom propre, responsable indéfiniment des dettes de son activité. | | **Société commerciale** | Personne morale créée sous une forme prévue par l’AUDCG (SARL, SA, SNC, SCS) ; responsabilité limitée aux apports. | | **Fonds de commerce** | Ensemble des éléments corporels et incorporels permettant l’exploitation d’une activité commerciale. | | **Clientèle** | Ensemble des personnes habituellement susceptibles d’acheter les produits ou services du commerçant ; élément essentiel du fonds. | | **Droit au bail** | droit de renouveler un bail commercial ; élément incorporel du fonds. | | **Bénéfice net moyen annuel** | moyenne des bénéfices nets des trois dernières années, après impôt. | | **Taux de capitalisation** | pourcentage utilisé pour convertir un flux de revenus en valeur du fonds (reflet du risque). | | **Cession de fonds de commerce** | contrat de vente transmettant l’ensemble du fonds à un acquéreur. | | **Location‑gérance** | contrat par lequel le propriétaire confie l’exploitation du fonds à un gérant moyennant une redevance. | | **Assurance multirisque professionnelle** | contrat couvrant les biens corporels, la responsabilité civile et la perte d’exploitation de l’entreprise. | | **Registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM)** | registre public où doivent être immatriculés les commerçants et les sociétés commerciales. | | **Plan comptable OHADA (PCG)** | cadre comptable obligatoire pour les entreprises des États membres de l’OHADA. | | **Clause de non‑concurrence** | stipulation interdisant au cédant d’exercer une activité concurrente pendant une durée et dans un territoire déterminés. | | **HACCP** | système d’analyse des dangers et de maîtrise des points critiques pour la sécurité des denrées alimentaires. | --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Détermination du statut du commerçant **Situation** : Monsieur Blaise Kounga vend des téléphones portables depuis trois ans sur le marché de Mokolo. Il a enregistré son activité au RCCM en tant qu’entreprise individuelle. Il emploie deux vendeurs et réalise un chiffre d’affaires annuel de 18 millions de FCFA. **Question** : Monsieur Blaise Kounga est‑il considéré comme commerçant au sens de l’AUDCG ? Justifiez votre réponse en citant les deux critères légaux. **Corrigé** : - **Critère 1 – Acte de commerce** : La revente de téléphones portables constitue un acte de commerce par la forme (vente de marchandises). - **Critère 2 – Profession habituelle** : L’activité est exercée de façon régulière depuis trois ans et constitue sa source principale de revenu. Comme les deux critères sont réunis, Monsieur Blaise Kounga est bien un commerçant au sens de l’article 1 AUDCG. --- ### Exercice 2 – Valorisation d’un fonds de commerce **Situation** : Une librairie située à Bafoussam présente les bénéfices nets suivants : | Année | Bénéfice net (FCFA) | |-------|---------------------| | N‑2 | 2 500 000 | | N‑1 | 2 800 000 | | N | 3 200 000 | Le taux de capitalisation retenu pour le secteur de la librairie est de **18 %**. **Question** : Calculer la valeur du fonds de commerce de cette librairie. **Corrigé** : 1. Moyenne du bénéfice net = \((2 500 000 + 2 800 000 + 3 200 000)/3 = 2 833 333\) FCFA. 2. Valeur du fonds = \(2 833 333 / 0,18 = 15 740 740\) FCFA ≈ **15,7 millions de FCFA**. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |----|------------------|-------------|--------------------------------------| | 1 | Confondre **acte de commerce** et **acte civil** (ex. : considérer un prêt d’argent entre particuliers comme un acte de commerce). | Risque de requalification fiscale et de sanctions. | Appliquer la théorie de l’accessoire : un acte civil devient commercial s’il est le complément nécessaire d’un acte de commerce. | | 2 | Oublier l’immatriculation au **RCCM** avant de commencer l’activité. | Nullité relative des actes commerciaux, amende administrative. | Vérifier auprès du CFE que l’immatriculation est effectuée avant la première opération commerciale. | | 3 | Sous‑évaluer la **clientèle** lors de la valorisation du fonds de commerce (ne considérer que le matériel). | Valeur du fonds nettement sous‑estimée, difficulté à obtenir un financement. | Toujours inclure la clientèle comme élément essentiel ; utiliser une méthode de capitalisation des bénéfices. | | 4 | Négliger la **publication** de la cession du fonds au journal légal et au RCCM. | L’acquéreur ne peut opposer la cession aux tiers (créanciers, fournisseurs). | Réaliser la publication dans les quinze jours suivant l’acte de cession, conserver les attestations de parution. | | 5 | Utiliser un **taux de capitalisation** inadapté (ex. : 5 % pour un commerce de détail). | Surévaluation du fonds, risque de surendettement. | Se référer aux études de secteur ou aux barèmes publiés par les chambres de commerce ; ajuster selon le risque spécifique (concurrence, localisation). | | 6 | Ne pas souscrire d’**assurance multirisque professionnelle** couvrant l’incendie et le vol du matériel. | Perte financière importante en cas de sinistre, impossibilité de poursuivre l’activité. | Souscrire une police adaptée dès l’immatriculation ; renouveler annuellement et vérifier les plafonds de garantie. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Selon le droit OHADA/Camerounais, quelle est la définition juridique du commerçant ?
  2. 2. Laquelle des conditions suivantes n'est pas requise pour qu'une personne soit considérée comme commerçante ?
  3. 3. Quel élément suivants ne fait pas partie du fonds de commerce selon la jurisprudence camerounaise ?
  4. 4. M. Ako vend des téléphones portables en ligne une fois par mois depuis un an. Selon le critère d'habitude, peut-il être considéré comme commerçant ?
  5. 5. Lors de l'évaluation d'un fonds de commerce, les éléments suivants sont estimés : clientèle 4 000 000 FCFA, droit au bail 1 200 000 FCFA, enseigne 300 000 FCFA, matériel 800 000 FCFA. Quelle est la valeur totale du fonds de commerce ?
  6. 6. M. B agit en tant qu'agent commercial indépendant, négociant habituellement des contrats pour un fournisseur, sans prendre la propriété des marchandises. Selon le droit camerounais, M. B est-il considéré comme commerçant ?
  7. 7. Un artisan qui fabrique des meubles et les vend régulièrement chaque semaine sur un marché local peut-il être considéré comme commerçant ?
  8. 8. Parmi les éléments suivants, lequel est caractéristique exclusif du fonds de commerce et ne fait pas partie du fonds artisanal ?
  9. 9. Quel est l'effet juridique de l'omission d'immatriculation au registre du commerce pour une personne qui exerce uniquement des actes civils occasionnels (par exemple, la vente occasionnelle de biens personnels) ?
  10. 10. Lors de la cession d'un fonds de commerce, le vendeur doit garantir la conformité du matériel vendu. Quelle est la conséquence si le matériel livré est défectueux ?