Chapitre 8
Chimie organique industrielle (partie 6/8)
Lecture : 16 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :
- décrire les principales fibres synthétiques utilisées dans l’industrie textile et expliquer leurs procédés de mise en forme ;
- classer les polymères selon leur origine, leur structure et leur mode de polymérisation ;
- calculer les masses moléculaires moyennes (Mn, Mw) et le degré de polymérisation à partir de données expérimentales ;
- distinguer thermoplastiques et thermodurcissables, expliquer l’influence de la cristallinité sur les propriétés mécaniques et thermiques ;
- résoudre des problèmes de formulation textile, de caractérisation polymère et de sélection de plastiques en s’appuyant sur des formules et des graphiques pertinents.
**Prérequis** : connaissances de base en chimie organique (fonctions alcool, acide carboxylique, amine, ester), notions de stéréochimie, équilibres chimiques, et notions de physique des états de la matière (densité, température de transition).
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## Introduction contextualisée
L’industrie camerounaise, comme celle de nombreux pays en développement, s’appuie de plus en plus sur les matériaux polymères pour répondre aux besoins croissants en textiles, emballages, construction et biens de consommation. La maîtrise de la formulation des textiles synthétiques, de la classification et de la caractérisation des polymères, ainsi que de la relation structure‑propriétés des plastiques, constitue un levier essentiel pour l’innovation industrielle et la compétitivité des entreprises locales. Ce chapitre propose une approche par compétences qui relie théorie et pratique industrielle, en insistant sur les calculs et les démonstrations qui sont fréquemment sollicités lors de l’épreuve du Baccalauréat série F6.
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## I. Leçon 15 : Formulation des textiles synthétiques
### A. Fibres synthétiques principales
> **Définition** : Une fibre synthétique est un filament continu obtenu par polymérisation d’un monôme adapté, suivi d’une étape de filature qui confère au matériau une résistance mécanique suffisante pour être tissé ou tricoté.
**Propriétés essentielles** (à retenir) :
- **Tenacité** (T) : rapport de la force à la rupture (F) à la densité linéaire (tex) : $T = \dfrac{F}{\text{tex}}$ (en N/tex).
- **Allongement à la rupture** (ε) : pourcentage d’extension avant rupture.
- **Résistance à la chaleur** et **stabilité dimensionnelle** liées à la température de transition vitreuse (Tg) et à la température de fusion (Tm).
**Démonstration de la formule de la tenacité** :
Considérons une fibre de section circulaire de diamètre d. Sa masse linéaire (tex) est définie comme la masse en grammes de 1000 m de fibre. La masse d’un tronçon de longueur L est $m = \rho \, A \, L$, où $\rho$ est la densité volumique et $A = \pi d^{2}/4$ la section. La tex vaut donc
$$
\text{tex}= \frac{m}{L}\times\frac{1000}{1}= \rho A \times 1000 .
$$
La force à la rupture F s’exerce sur la même section A, donc la contrainte de rupture est $\sigma = F/A$. En divisant σ par la tex (en g/1000 m) on obtient une grandeur homogène à une force par unité de masse linéaire, c’est‑à‑dire la tenacité.
**Exemple 1 (simple)** : Une fibre de polyamide‑6,6 présente une densité linéaire de 20 tex et supporte une force à la rupture de 0,40 N. Calculer sa tenacité.
$$
T = \frac{0,40\ \text{N}}{20\ \text{tex}} = 0,020\ \text{N/tex}.
$$
**Exemple 2 (délicat)** : Un fil de polyester (PET) de diamètre 0,020 mm et de densité 1,38 g cm⁻³ est soumis à une traction. Déterminer la force à la rupture si la tenacité mesurée est 0,045 N/tex.
Étape 1 : calcul de la tex.
Section $A = \pi d^{2}/4 = \pi (0,020\ \text{mm})^{2}/4 = 3,14\times10^{-4}\ \text{mm}^{2}=3,14\times10^{-8}\ \text{cm}^{2}$.
Masse linéaire $m/L = \rho A = 1,38\ \text{g cm}^{-3}\times 3,14\times10^{-8}\ \text{cm}^{2}=4,33\times10^{-8}\ \text{g cm}^{-1}$.
Convertir en tex (g/1000 m) : $4,33\times10^{-8}\ \text{g cm}^{-1}\times 10^{5}\ \text{cm}=4,33\times10^{-3}\ \text{g/1000 m}=0,00433\ \text{tex}$.
Étape 2 : force à la rupture $F = T \times \text{tex}=0,045\ \text{N/tex}\times0,00433\ \text{tex}=1,95\times10^{-4}\ \text{N}=0,195\ \text{mN}$.
### B. Procédés de filature
> **Définition** : La filature consiste à faire passer un polymère fondu ou en solution à travers une filière afin d’obtenir un filament qui est ensuite solidifié par refroidissement (melt spinning), évaporation du solvant (dry spinning) ou coagulation dans un bain non-solvant (wet spinning).
**Paramètres clés** (à retenir) :
- **Vitesse de prise** (v) : vitesse à laquelle le filament est enroulé après solidification.
- **Rapport d’étirage** (draw ratio, DR) : $DR = \dfrac{L_{\text{final}}}{L_{\text{initial}}}$, influençant l’orientation des chaînes et donc la tenacité.
**Démonstration de l’influence du draw ratio sur la tenacité** :
Lors de l’étirage, les chaînes polymères s’alignent selon la direction du filament. La densité linéaire diminue proportionnellement à $1/DR$ tandis que la force à la rupture augmente approximativement proportionnellement à $DR^{0,5}$ (modèle de l’orientation affine). Ainsi, la tenacité varie comme
$$
T \propto \frac{DR^{0,5}}{1/DR}=DR^{1,5}.
$$
Un draw ratio de 4 augmente donc la tenacité d’un facteur $4^{1,5}=8$.
**Exemple 1 (simple)** : Un filament de polyamide est filé à une vitesse de prise de 150 m min⁻¹. Si la longueur initiale du jet sortant de la filière est 0,5 m et la longueur finale après enroulement est 2,0 m, calculer le draw ratio.
$$
DR = \frac{2,0}{0,5}=4.
$$
**Exemple 2 (délicat)** : Lors du wet spinning d’une solution de polyacrylonitrile (PAN), le filament subit un draw ratio de 6. Si la tenacité du filament non étiré est 0,018 N/tex, estimer la tenacité après étirage en supposant la relation $T \propto DR^{1,5}$.
$$
T_{\text{final}} = 0,018 \times 6^{1,5}=0,018 \times (6\sqrt{6})=0,018 \times 14,70\approx0,265\ \text{N/tex}.
$$
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## II. Leçon 16 : Polymères : notions et classification
### A. Classification des polymères
> **Définition** : Les polymères sont classés selon (i) leur origine (naturel, synthétique, semi‑synthétique), (ii) la structure de la chaîne principale (linéaire, ramifiée, réticulée) et (iii) le mode de polymérisation (addition, condensation, ouverture de cycle).
**Tableau de classification** (à retenir, sans utilisation de | dans les formules) :
| Classe | Exemple | Type de polymérisation |
|--------|---------|------------------------|
| Polymères de condensation | Polyester (PET), Polyamide (nylon‑6,6) | Condensation avec élimination d’eau ou d’alcool |
| Polymères d’addition | Polyéthylène (PE), Polypropylène (PP), Polychlorure de vinyle (PVC) | Addition radicalaire ou ionique |
| Polymères d’ouverture de cycle | Polyoxyde d’éthylène (PEO), Polycaprolactone (PCL) | Ouverture de cycle d’oxydes ou de lactones |
**Démonstration du degré de polymérisation (DP)** :
Pour un polymère obtenu par polycondensation, le degré de polymérisation moyen $ \bar{X}_n $ est lié au taux de conversion $p$ par la relation de Carothers :
$$
\bar{X}_n = \frac{1}{1-p}.
$$
Cette formule découle de l’équilibre entre la formation de liaisons et la présence de groupes terminaux non réagis.
**Exemple 1 (simple)** : Lors de la synthèse du nylon‑6,6, le taux de conversion des groupes amine et acide est de 0,95. Calculer le degré de polymérisation moyen.
$$
\bar{X}_n = \frac{1}{1-0,95}= \frac{1}{0,05}=20.
$$
**Exemple 2 (délicat)** : Un polyester obtenu par polycondensation de l’acide terephthalique et du glycoléthylène présente un nombre moyen de degrés de polymérisation de 150. Déterminer le taux de conversion correspondant.
En inversant la formule de Carothers : $p = 1 - \frac{1}{\bar{X}_n}=1-\frac{1}{150}=1-0,00667=0,9933$ soit 99,33 %.
### B. Masse moléculaire moyenne et indice de polydispersité
> **Définition** : La masse moléculaire moyenne en nombre $M_n$ et en poids $M_w$ sont définies par
$$
M_n = \frac{\sum N_i M_i}{\sum N_i},\qquad
M_w = \frac{\sum N_i M_i^{2}}{\sum N_i M_i},
$$
où $N_i$ est le nombre de chaînes de masse $M_i$. L’indice de polydispersité $PDI = M_w/M_n$ mesure la largeur de la distribution.
**Démonstration de la relation entre $M_n$, $M_w$ et le degré de polymérisation** :
Pour un polymère homogène constitué de répétitions d’un monôme de masse $M_0$, chaque chaîne de degré de polymérisation $x$ a une masse $M = x M_0$. En supposant une distribution de Schultz‑Zimm, on obtient
$$
M_n = M_0 \bar{X}_n,\qquad
M_w = M_0 \frac{\bar{X}_w}{\bar{X}_n}\, \bar{X}_n = M_0 \bar{X}_w,
$$
où $\bar{X}_w$ est le degré de polymérisation moyen en poids. Ainsi, $PDI = \bar{X}_w/\bar{X}_n$.
**Exemple 1 (simple)** : Un échantillon de polyéthylène présente les données suivantes : 50 % des chaînes ont $M=28\,000$ g mol⁻¹, 30 % ont $M=56\,000$ g mol⁻¹, 20 % ont $M=84\,000$ g mol⁻¹. Calculer $M_n$, $M_w$ et la PDI.
$$
M_n = 0,5(28\,000)+0,3(56\,000)+0,2(84\,000)=14\,000+16\,800+16\,800=47\,600\ \text{g mol}^{-1}.
$$
$$
M_w = \frac{0,5(28\,000)^2+0,3(56\,000)^2+0,2(84\,000)^2}{0,5(28\,000)+0,3(56\,000)+0,2(84\,000)}.
$$
Numérateur : $0,5\times7,84\times10^{8}=3,92\times10^{8}$; $0,3\times3,136\times10^{9}=9,408\times10^{8}$; $0,2\times7,056\times10^{9}=1,4112\times10^{9}$. Somme = $2,744\times10^{9}$.
Dénominateur = $47\,600$ (déjà calculé).
$$
M_w = \frac{2,744\times10^{9}}{4,76\times10^{4}} \approx 57\,600\ \text{g mol}^{-1}.
$$
$$
PDI = \frac{57\,600}{47\,600}\approx1,21.
$$
**Exemple 2 (délicat)** : Un polymère obtenu par polymérisation en émulsion présente une distribution log‑normale avec $M_n = 30\,000$ g mol⁻¹ et $PDI = 1,8$. Déterminer $M_w$ et la fraction de chaînes ayant une masse supérieure à $2M_n$.
$M_w = PDI \times M_n = 1,8 \times 30\,000 = 54\,000$ g mol⁻¹.
Pour une distribution log‑normale, la probabilité que $M > 2M_n$ correspond à $P(\ln M > \ln(2M_n))$. Avec $\mu = \ln M_n$ et $\sigma^2 = \ln(PDI)$ (approximation courante), on a $\sigma = \sqrt{\ln 1,8}= \sqrt{0,5878}=0,766$.
$\ln(2M_n)=\ln 2 + \ln M_n =0,6931+ \ln 30\,000$.
$\ln 30\,000 = \ln(3\times10^{4})= \ln 3 + 4\ln10 =1,0986+4\times2,3026=1,0986+9,2104=10,3090$.
Donc $\ln(2M_n)=0,6931+10,3090=11,0021$.
$\mu=\ln 30\,000=10,3090$.
$z = \frac{11,0021-10,3090}{0,766}=0,6931/0,766\approx0,904$.
La probabilité supérieure à $z$ pour une loi normale standard est $1-\Phi(0,904)\approx1-0,817=0,183$.
Ainsi, environ **18 %** des chaînes ont une masse supérieure à $2M_n$.
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## III. Leçon 17 : Plastiques : structure et propriétés
### A. Thermoplastiques vs thermodurcissables
> **Définition** : Un thermoplastique ramollit lorsqu’il est chauffé et peut être remoulé plusieurs fois sans modification chimique significative ; un thermodurcissable subit une réticulation irréversible lors du chauffage, devenant insoluble et infusible.
**Propriétés caractéristiques** (à retenir) :
- **Thermoplastiques** : température de transition vitreuse $T_g$ bien définie, capacité de recyclage, module d’élasticité $E$ généralement inférieur à celui des thermodurcissables.
- **Thermodurcissables** : présence de liaisons covalentes inter‑chaînes, absence de $T_g$ nette (décomposition avant ramollissement), résistance élevée à la chaleur et aux solvants.
**Démonstration de la relation entre le degré de réticulation $\nu$ et le module d’élasticité $E$** (modèle de rubber elasticity) :
Pour un réseau idéalement élastique,
$$
E = 3 \nu R T,
$$
où $\nu$ est la densité de réticulation (mol m⁻³), $R$ la constante des gaz parfaits et $T$ la température absolue. Cette équation montre que l’augmentation du nombre de liaisons croisées augmente linéairement le module.
**Exemple 1 (simple)** : Un thermoplastique de type polypropylène présente un module d’élasticité mesuré de $1,2$ GPa à $25^{\circ}$C. Estimer la densité de réticulation effective si l’on applique la formule ci‑dessus (en supposant un comportement élastomère approximatif).
Convertir $E$ en Pa : $1,2$ GPa $=1,2\times10^{9}$ Pa.
$T = 25^{\circ}$C $=298$ K.
$\nu = \dfrac{E}{3RT}= \dfrac{1,2\times10^{9}}{3\times8,314\times298}= \dfrac{1,2\times10^{9}}{7,44\times10^{3}}\approx1,61\times10^{5}$ mol m⁻³.
**Exemple 2 (délicat)** : Une résine époxy thermodurcissable est réticulée avec une densité de liaisons croisées de $2,5\times10^{4}$ mol m⁻³. Calculer le module d’élasticité attendu à $150^{\circ}$C.
$T = 150^{\circ}$C $=423$ K.
$E = 3 \nu R T = 3 \times 2,5\times10^{4} \times 8,314 \times 423$.
Étape 1 : $3 \times 2,5\times10^{4}=7,5\times10^{4}$.
Étape 2 : $7,5\times10^{4} \times 8,314 = 6,2355\times10^{5}$.
Étape 3 : $6,2355\times10^{5} \times 423 \approx 2,64\times10^{8}$ Pa $=0,264$ GPa.
Le module prévu est donc d’environ **0,26 GPa**, valeur typique pour un réseau fortement réticulé à température élevée.
### B. État structural : cristallin vs amorphe
> **Définition** : Un polymère peut présenter des régions cristallines (chaînes fortement ordonnées, empilement en feuillets) et des régions amorphes (chaînes désordonnées). Le degré de cristallinité $X_c$ influence la densité, la température de fusion $T_m$ et la résistance mécanique.
**Formule du degré de cristallinité à partir des densités** (à retenir) :
$$
X_c (\% ) = \frac{\rho - \rho_a}{\rho_c - \rho_a}\times 100,
$$
où $\rho$ est la densité mesurée de l’échantillon, $\rho_a$ la densité de la phase totalement amorphe et $\rho_c$ celle de la phase totalement cristalline.
**Démonstration** : En supposant un mélange linéaire des deux phases, la masse totale par unité de volume est la somme des contributions de chaque phase proportionnelle à leur fraction volumique. En exprimant les fractions en termes de densités, on obtient la relation ci‑dessus après résolution pour la fraction cristalline.
**Exemple 1 (simple)** : Un échantillon de polyéthylène haute densité (PEHD) présente une densité mesurée de $0,950$ g cm⁻³. Sachant que $\rho_a =0,860$ g cm⁻³ (PE amorphe) et $\rho_c =1,000$ g cm⁻³ (PE cristallin parfait), calculer $X_c$.
$$
X_c = \frac{0,950-0,860}{1,000-0,860}\times100 = \frac{0,090}{0,140}\times100 \approx 64,3\%.
$$
**Exemple 2 (délicat)** : Un copolymère styrène‑butadiène (SBR) présente une densité de $0,94$ g cm⁻³. Les valeurs de référence sont $\rho_a =0,92$ g cm⁻³ et $\rho_c =1,05$ g cm⁻³. Déterminer le degré de cristallinité et commenter l’impact sur la ténacité à l’impact.
$$
X_c = \frac{0,94-0,92}{1,05-0,92}\times100 = \frac{0,02}{0,13}\times100 \approx 15,4\%.
$$
Un faible degré de cristallinité indique une prédominance de phase amorphe, ce qui confère au SBR une bonne élasticité et une ténacité à l’impact élevée, typique des caoutchoucs.
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## Synthèse du chapitre
- **Fibres synthétiques** : tenacité $T=F/\text{tex}$ ; draw ratio $DR$ augmente la tenacité comme $DR^{1,5}$.
- **Classification des polymères** : selon origine, structure et mode de polymérisation (condensation, addition, ouverture de cycle).
- **Degré de polymérisation** : $\bar{X}_n = 1/(1-p)$ (Carothers).
- **Masses moléculaires moyennes** : $M_n = \frac{\sum N_i M_i}{\sum N_i}$ ; $M_w = \frac{\sum N_i M_i^2}{\sum N_i M_i}$ ; $PDI=M_w/M_n$.
- **Thermoplastiques vs thermodurcissables** : $E=3\nu RT$ pour les réseaux élastiques ; absence de remoulage pour les thermodurcissables.
- **Cristallinité** : $X_c = (\rho-\rho_a)/(\rho_c-\rho_a)\times100$ ; influence sur densité, $T_m$ et propriétés mécaniques.
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## Glossaire
| Terme | Définition |
|-------|------------|
| Tenacité | Rapport de la force à la rupture à la densité linéaire (N/tex). |
| Draw ratio (DR) | Rapport de la longueur finale à la longueur initiale après étirage. |
| Degré de polymérisation ($\bar{X}_n$) | Nombre moyen de unités répétées dans une chaîne polymère. |
| Masse moléculaire en nombre ($M_n$) | Moyenne arithmétique des masses moléculaires pondérées par le nombre de chaînes. |
| Masse moléculaire en poids ($M_w$) | Moyenne pondérée par la masse de chaque chaîne. |
| Indice de polydispersité (PDI) | Rapport $M_w/M_n$, mesure de la largeur de la distribution de masse. |
| Thermoplastique | Polymère qui ramollit sous chauffage et peut être remoulé plusieurs fois. |
| Thermodurcissable | Polymère qui subit une réticulation irréversible à la chaleur, devenant infusible. |
| Degré de cristallinité ($X_c$) | Fraction volumique de phase cristalline dans un polymère, exprimée en pourcentage. |
| Température de transition vitreuse ($T_g$) | Température en dessous de laquelle le polymère passe d’un état visqueux à un état vitreux. |
| Température de fusion ($T_m$) | Température à laquelle les cristaux du polymère fondent. |
| Module d’élasticité ($E$) | Mesure de la rigidité d’un matériau sous contrainte de traction. |
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## Exercices d'application corrigés
### Exercice 1 (niveau facile)
Une fibre de polyamide‑6,6 présente une densité linéaire de 25 tex et supporte une force à la rupture de 0,50 N. Calculer sa tenacité.
**Corrigé** :
$$
T = \frac{F}{\text{tex}} = \frac{0,50\ \text{N}}{25\ \text{tex}} = 0,020\ \text{N/tex}.
$$
### Exercice 2 (niveau intermédiaire)
Lors de la synthèse d’un polyester par polycondensation de l’acide terephthalique et du glycoléthylène, le taux de conversion des groupes fonctionnels atteint 0,98. Déterminer le degré de polymérisation moyen $\bar{X}_n$.
**Corrigé** :
En utilisant la relation de Carothers $\displaystyle \bar{X}_n = \frac{1}{1-p}$ :
$$
\bar{X}_n = \frac{1}{1-0,98}= \frac{1}{0,02}=50.
$$
### Exercice 3 (niveau intermédiaire)
Un échantillon de polypropylène présente les répartitions suivantes en masse : 40 % des chaînes ont $M=25\,000$ g mol⁻¹, 35 % ont $M=50\,000$ g mol⁻¹, 25 % ont $M=75\,000$ g mol⁻¹. Calculer $M_n$, $M_w$ et la PDI.
**Corrigé** :
$M_n = 0,40(25\,000)+0,35(50\,000)+0,25(75\,000)=10\,000+17\,500+18\,750=46\,250$ g mol⁻¹.
Numérateur de $M_w$ :
$0,40(25\,000)^2 = 0,40\times6,25\times10^{8}=2,50\times10^{8}$
$0,35(50\,000)^2 = 0,35\times2,5\times10^{9}=8,75\times10^{8}$
$0,25(75\,000)^2 = 0,25\times5,625\times10^{9}=1,40625\times10^{9}$
Somme = $2,50\times10^{8}+8,75\times10^{8}+1,40625\times10^{9}=2,53125\times10^{9}$.
Dénominateur = $M_n = 46\,250$ g mol⁻¹.
$$
M_w = \frac{2,53125\times10^{9}}{4,625\times10^{4}} \approx 54\,750\ \text{g mol}^{-1}.
$$
$$
PDI = \frac{54\,750}{46\,250}\approx1,18.
$$
### Exercice 4 (niveau avancé)
Un thermodurcissable à base d’uréthane présente une densité de réticulation $\nu = 1,8\times10^{4}$ mol m⁻³. Calculer le module d’élasticité attendu à $80^{\circ}$C.
**Corrigé** :
$T = 80^{\circ}$C $=353$ K.
$E = 3 \nu R T = 3 \times 1,8\times10^{4} \times 8,314 \times 353$.
$3 \times 1,8\times10^{4}=5,4\times10^{4}$.
$5,4\times10^{4} \times 8,314 = 4,49\times10^{5}$.
$4,49\times10^{5} \times 353 \approx 1,585\times10^{8}$ Pa $=0,159$ GPa.
### Exercice 5 (niveau avancé)
Un échantillon de polyéthylène téréphtalate (PET) présente une densité mesurée de $1,38$ g cm⁻³. Les valeurs de référence sont $\rho_a =1,33$ g cm⁻³ (PET amorphe) et $\rho_c =1,455$ g cm⁻³ (PET cristallin parfait). Déterminer le degré de cristallinité $X_c$ et discuter de l’effet sur la température de fusion $T_m$ (valeur théorique du PET cristallin ≈ 260 °C).
**Corrigé** :
$$
X_c = \frac{1,38-1,33}{1,455-1,33}\times100 = \frac{0,05}{0,125}\times100 = 40\%.
$$
Un degré de cristallinité de 40 % indique une structure semi‑cristalline. La présence de régions cristallines élève la température de fusion observée vers la valeur théorique du cristal parfait ; toutefois, l’amorphisme restant réduit légèrement $T_m$ observé expérimentalement (souvent autour de 240‑250 °C).
### Exercice 6 (niveau expert)
Une résine acrylique thermodurcissable est préparée par polymérisation en masse du méthacrylate de méthyle (MMA) avec un agent de réticulation (divinylbenzène) à hauteur de 2 % en mol. Après réticulation, la densité de liaisons croisées mesurée est $\nu = 3,2\times10^{3}$ mol m⁻³.
(a) Calculer le module d’élasticité $E$ à $120^{\circ}$C.
(b) Si la même résine était utilisée en tant que thermoplastique (sans réticulation), quelle serait l’ordre de grandeur de son module d’élasticité à la même température, sachant que les thermoplastiques acryliques typiques ont $E\approx 2,5$ GPa à $25^{\circ}$C et que $E$ varie approximativement comme $E(T)=E_0[1-\alpha (T-T_0)]$ avec $\alpha =2\times10^{-4}$ K⁻¹ et $T_0=25^{\circ}$C.
**Corrigé** :
(a) $T = 120^{\circ}$C $=393$ K.
$E = 3 \nu R T = 3 \times 3,2\times10^{3} \times 8,314 \times 393$.
$3 \times 3,2\times10^{3}=9,6\times10^{3}$.
$9,6\times10^{3} \times 8,314 = 7,98\times10^{4}$.
$7,98\times10^{4} \times 393 \approx 3,14\times10^{7}$ Pa $=0,031$ GPa.
(b) Pour le thermoplastique :
$E_0 = 2,5$ GPa à $T_0=25^{\circ}$C $=298$ K.
$\Delta T = 120-25 = 95$ K.
$E(T) = 2,5\,[1-2\times10^{-4}\times95] = 2,5\,[1-0,019] = 2,5 \times 0,981 = 2,4525$ GPa.
Ainsi, le module du thermoplastique reste de l’ordre de **2,5 GPa**, soit près de 80 fois plus élevé que celui du réseau réticulé calculé en (a), illustrant l’effet fortement assouplissant de la réticulation faible à température élevée.
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## Erreurs fréquentes
| Erreur fréquente | Pourquoi elle se produit | Comment l’éviter |
|------------------|--------------------------|------------------|
| Confondre **tenacité** et **résistance à la traction** (en MPa) | La tenacité utilise la densité linéaire (tex) alors que la résistance à la traction utilise la section réelle. | Toujours vérifier l’unité utilisée : si le résultat est en N/tex, c’est de la tenacité ; si c’est en N/mm² (MPa), c’est la résistance à la traction. |
| Oublier le facteur **1000** dans la définition du tex lors du calcul de la densité linéaire | Le tex est défini comme grammes par 1000 m, pas par mètre. | Rappeler la définition : tex = (masse en g)/(longueur en m) × 1000. |
| Utiliser la formule de Carothers $\bar{X}_n = 1/(1-p)$ pour une polymérisation d’addition | Cette relation vaut uniquement pour les polycondensations où chaque réaction élimine une petite molécule. | Vérifier le type de polymérisation ; pour les additions, le degré de polymérisation dépend du rapport initiator/monomère et de la conversion, pas de Carothers. |
| Inverser $\rho_a$ et $\rho_c$ dans l’équation du degré de cristallinité | Conduit à des valeurs négatives ou supérieures à 100 %. | Mémoriser que $\rho_c > \rho_a$ ; le numérateur doit être $\rho - \rho_a$ (excès de densité au-dessus de l’amorphe). |
| Négliger l’effet de la température sur le module d’élasticité des thermoplastiques dans les calculs de $E(T)$ | On applique la valeur à température ambiante sans correction. | Toujours appliquer la loi de variation linéaire $E(T)=E_0[1-\alpha(T-T_0)]$ lorsque la plage de température dépasse ±20 °C autour de $T_0$. |
| Utiliser la densité volumique directement dans le calcul du tex sans convertir les unités | Le tex nécessite une masse linéaire (g/1000 m), pas une masse volumique (g/cm³). | Convertir la densité volumique en masse linéaire via la section du fil (ou utiliser la relation tex = $\rho \times A \times 1000$ avec $A$ en m²). |
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*Fin du cours.*
Quiz du chapitre
10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.