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Chapitre 6

Préparation de la suspension mère (partie 4/8)

Lecture : 18 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** À l’issue de ce chapitre, l’élève sera capable de : 1. Préparer une suspension mère représentative d’un lot de produit vrac ou fini selon les bonnes pratiques de laboratoire (BPL). 2. Réaliser le contrôle microbiologique du produit vrac (échantillonnage, dilution, ensemencement, lecture) et interpréter les résultats au regard des normes camerounaises et internationales (CODEX, normes MINSANTE). 3. Réaliser le contrôle microbiologique du produit fini, en tenant compte des spécificités du conditionnement et de la durée de conservation. 4. Dénombrer la flore microbienne aérobie totale (UFC/g ou UFC/ml) en utilisant la méthode de la plaque compteur ou du pourtour, et appliquer le calcul de dilution. 5. Rédiger un rapport de contrôle conforme aux exigences du HACCP et des BPF, en mentionnant les limites de conformité, les écarts observés et les actions correctives éventuelles. 6. Appliquer les règles d’hygiène, de sécurité et de manipulation des milieux de culture (port du EPI, gestion des déchets biologiques, désinfection du poste de travail). **Prérequis** - Notions de microbiologie générale (bactéries, levures, moisissures, définition d’une unité formant colonie – UFC). - Connaissance des techniques de stérilisation (autoclave, filtration) et de préparation des milieux de culture (PCA, TSA, VRBG). - Maîtrise des calculs de dilution et de la règle de trois. - Notions d’hygiène alimentaire (BPF, HACCP) et de lecture d’un arrêté ministériel relatif aux limites microbiologiques des denrées alimentaires au Cameroun. --- ## Introduction contextualisée Dans le secteur agroalimentaire camerounais, la sécurité microbiologique des produits constitue un enjeu majeur de santé publique et de compétitivité à l’exportation. Les produits vrac (lait cru, farine, pulpe de fruit, etc.) et les produits fini (yaourts, jus pasteurisés, conserves) sont soumis à des contrôles réguliers afin de vérifier leur conformité aux seuils limites établis par le MINSANTE et les normes CODEX. La préparation de la **suspension mère** constitue l’étape préliminaire indispensable : elle permet d’obtenir une représentation homogène du lot à analyser, de réaliser des dilutions précises et d’assurer la reproductibilité du dénombrement. Ce chapitre détaille, leçon par leçon, les procédés, les normes et les bonnes pratiques associées à chaque type de contrôle, en s’appuyant sur des situations professionnelles rencontrées dans les laboratoires de contrôle qualité des industries laitière, de transformation des céréales et des boissons au Cameroun. --- ## I. Leçon 9 : Contrôle microbiologique du produit vrac ### Définition et objectifs > **Produit vrac** : matière première ou intermédiaire non conditionnée, destinée à subir une transformation ultérieure (ex. lait cru reçu à l’usine, farine de maïs en vrac). Le contrôle microbiologique du produit vrac vise à : - Évaluer la charge microbienne initiale afin de décider de l’acceptation ou du rejet du lot. - Détecter la présence de pathogènes ou d’indicateurs d’hygiène (coliformes fécaux, *Staphylococcus aureus*, *Salmonella* spp.). - Fournir des données d’entrée pour le plan de maîtrise sanitaire (HACCP). ### Principe du contrôle Le principe repose sur l’obtention d’une suspension représentative, suivie de dilutions décimales successives, d’un ensemencement sur un milieu sélectif ou non sélectif, puis d’une incubation à température définie. Le nombre d’UFC obtenu permet de calculer la concentration initiale du produit. ### Étapes de préparation de l’échantillon 1. **Prélèvement** : selon le plan d’échantillonnage (ex. prélever 5 sous‑échantillons de 100 g à différents points du silo ou de la citerne). 2. **Homogénéisation** : mélanger les sous‑échantillons dans un sac stomacher ou un homogénéisateur pendant 1–2 min afin d’obtenir une suspension mère homogène. 3. **Pesée** : prélever exactement 10 g (ou 1 ml selon la nature) de la suspension mère dans un tube stérile contenant 90 ml d’eau peptonnée 0,1 % (dilution 10⁻¹). 4. **Dilutions décimales** : réaliser des séries de tubes jusqu’à la dilution souhaitée (généralement 10⁻¹ à 10⁻⁵ pour les produits vrac fortement chargés). > **Formule de calcul du nombre d’UFC/g** : > \[ > \text{UFC/g} = \frac{\Sigma \text{colonies}}{n \times d \times v} > \] > où : Σcolonies = somme des colonies comptées sur les plaques retenues, n = nombre de plaques utilisées pour le calcul, d = facteur de dilution de la plaque considérée, v = volume ensemencé (en ml). ### Méthodes d’ensemencement - **Méthode de la plaque compteur** : 0,1 ml de chaque dilution étalé sur la surface d’une boîte de Pétri contenant du PCA (Plate Count Agar). - **Méthode du pourtour** : 1 ml de dilution versé au centre de la boîte, puis étalé avec un répartiteur stérile. ### Interprétation des résultats selon les normes | Paramètre | Limite maximale (produit vrac) | Référence | |-----------|-------------------------------|-----------| | Flore aérobie totale | 5 × 10⁵ UFC/g | Arrêté MINSANTE n° 001/2022 | | Coliformes totaux | 1 × 10³ UFC/g | CODEX STAN 223‑2001 | | *E. coli* | Absent en 0,1 g | Norme camerounaise NT‑C‑001 | | *Salmonella* spp. | Absent en 25 g | ISO 6579‑1 | Si le résultat dépasse la limite, le lot est considéré comme non conforme et soumis à un traitement (pasteurisation, tri, rejet). ### Exemple chiffré Un lot de lait cru de 1 000 L est prélevé : 5 sous‑échantillons de 20 g chacun sont homogénéisés → suspension mère de 100 g. On prélève 1 g de cette suspension dans 9 ml d’eau peptonnée (dilution 10⁻¹). Après séries de dilutions, on obtient les comptages suivants sur PCA (0,1 ml ensemencé) : - Dilution 10⁻³ : 48 colonies (plaquette 1) et 52 colonies (plaquette 2) - Dilution 10⁻⁴ : 5 colonies (plaquette 1) et 4 colonies (plaquette 2) On retient les dilutions où le nombre de colonies est compris entre 30 et 300 : 10⁻³. \[ \text{UFC/g} = \frac{(48+52)}{2 \times 10^{-3} \times 0,1} = \frac{100}{2 \times 10^{-4}} = 5,0 \times 10^{5}\ \text{UFC/g} \] Le résultat est exactement à la limite maximale autorisée ; le lot est accepté sous surveillance renforcée. > **À retenir** : la suspension mère doit être homogène ; toute hétérogénéité introduit une erreur systématique dans le dénombrement. --- ## II. Leçon 10 : Contrôle microbiologique du produit fini ### Définition > **Produit fini** : denrée alimentaire conditionnée, prête à la consommation ou à la distribution (ex. yaourt nature, jus de fruit pasteurisé, conserve de tomate). ### Objectifs - Vérifier la conformité du produit aux seuils limites microbiologiques fixés par la réglementation camerounaise et les normes internationales. - S’assurer de l’efficacité du procédé de transformation (pasteurisation, stérilisation, fermentation). - Détecter une éventuelle recontamination post‑traitement (manipulation, environnement de conditionnement). ### Différences avec le produit vrac | Critère | Produit vrac | Produit fini | |---------|--------------|--------------| | État physique | souvent liquide ou pulvérulent, non conditionné | solide, liquide ou semi‑solide, conditionné (bouteille, sachet, boîte) | | Étape du contrôle | réception matière première | sortie ligne de production / stockage | | Principaux paramètres recherchés | charge microbienne totale, indicateurs d’hygiène | pathogènes spécifiques, flore d’altération, résidus de désinfectants | | Fréquence du contrôle | à chaque lot réceptionné | à chaque lot fini, voire périodiquement en cours de fabrication | ### Procédé de prélèvement (plan d’échantillonnage) 1. **Détermination de la taille de l’échantillon** : selon l’Arrêté MINSANTE n° 002/2021, prélever *n* unités où *n* = √(N) (N = nombre d’unités du lot), arrondi à l’entier supérieur. 2. **Méthode d’échantillonnage aléatoire** : choisir les unités à l’aide d’un tableau de nombres aléatoires ou d’un générateur intégré au logiciel de traçabilité. 3. **Pré‑traitement** : - **Produits solides** : broyer ou homogénéiser l’unité entière (ou une portion représentative de 10 g) dans un sac stomacher avec 90 ml d’eau peptonnée (ratio 1:10). - **Produits liquides** : prélever directement 10 ml dans un tube stérile. 4. **Dilutions** : réaliser des séries décimales jusqu’à la dilution adaptée à la flore attendue (souvent 10⁻¹ à 10⁻⁴ pour les produits fini peu chargés). ### Méthodes de dénombrement - **Flore aérobie totale** : PCA, incubation 48 h à 30 °C. - **Coliformes fécaux** : VRBG (Violet Red Bile Glucose Agar), incubation 24 h à 44 °C. - ***Staphylococcus aureus*** : Baird‑Parker Agar avec supplémentation au jaune d’œuf, incubation 48 h à 35 °C. - ***Salmonella* spp.** : pré‑enrichissement en eau peptonnée, puis enrichment en milieu selenite cystine, suivi d’un plating sur XLD ou Hektoen. ### Seuils limites selon la réglementation camerounaise | Micro‑organisme | Produit fini (exemple yaourt) | Limite maximale | Référence | |-----------------|------------------------------|----------------|-----------| | Flore aérobie totale | Yaourt nature | 1 × 10⁴ UFC/g | Arrêté MINSANTE n° 003/2020 | | Coliformes fécaux | Yaourt nature | <10 UFC/g | Même arrêté | | *S. aureus* | Yaourt nature | Absent en 0,1 g | Norme NT‑C‑002 | | *Salmonella* spp. | Yaourt nature | Absent en 25 g | ISO 6579‑1 | | Levures et moisissures | Jus de fruit pasteurisé | 1 × 10² UFC/ml | Arrêté MINSANTE n° 004/2021 | ### Exemple de calcul Un lot de 5 000 yaourts de 125 g chacun est contrôlé. Selon la règle √N, on prélève √5000 ≈ 71 unités → on arrête à 8 unités pour simplifier l’exemple (pratique courante en laboratoire lorsqu’on travaille sur un sous‑lot). Chaque yaourt est homogénéisé après prélèvement de 10 g dans 90 ml d’eau peptonnée (dilution 10⁻¹). Après dilution 10⁻², on ensemence 0,1 ml sur PCA et on obtient 32 colonies (plaquette 1) et 28 colonies (plaquette 2). \[ \text{UFC/g} = \frac{(32+28)}{2 \times 10^{-2} \times 0,1} = \frac{60}{2 \times 10^{-3}} = 3,0 \times 10^{4}\ \text{UFC/g} \] Le résultat dépasse la limite de 1 × 10⁴ UFC/g ; le lot est rejeté et soumis à une investigation de la chaîne de pasteurisation. > **À retenir** : le facteur de dilution doit être appliqué exactement comme indiqué ; une erreur de puissance de dix entraîne une sous‑ ou sur‑estimation de 10 fois. --- ## III. Leçon 11 : Dénombrement de la flore microbienne aérobie ### Principe Le dénombrement de la flore aérobie totale (FAT) repose sur l’ensemencement d’une quantité connue de suspension diluée sur un milieu non sélectif favorable à la croissance de la plupart des bactéries aérobies (PCA ou TSA). Après incubation, chaque colonie visible provient d’une cellule vivante initialement présente dans l’échantillon ; le nombre de colonies permet de remonter à la concentration initiale. ### Milieux utilisés | Milieu | Composition principale | Utilisation | |--------|------------------------|-------------| | PCA (Plate Count Agar) | Peptone 5 g, glucose 1 g, agar 15 g/l | Dénombrement général de la flore aérobie | | TSA (Tryptic Soy Agar) | Tryptic soy peptone 15 g, glucose 2,5 g, NaCl 5 g, agar 15 g/l | Alternative au PCA, souvent utilisée pour les produits laitiers | | Milieu sélectif (ex. VRBG) | Bile salts, cristal violet, lactose | Détection spécifique des coliformes | ### Étapes du protocole 1. **Pré‑dilution** : préparer la suspension mère comme décrit en leçon 9 (10 g d’échantillon + 90 ml d’eau peptonnée → dilution 10⁻¹). 2. **Séries décimales** : réaliser des tubes de 9 ml d’eau peptonnée, prélever 1 ml du tube précédent et le mélanger (dilution 10⁻², 10⁻³, …). 3. **Ensemencement** : verser 0,1 ml de chaque dilution sur la surface d’une boîte de Pétri contenant du PCA préalablement fondu et refroidi à 45 °C. Étaler avec un répartiteur stérile. 4. **Incubation** : placer les boîtes à l’envers dans un incubateur à 30 ± 1 °C pendant 48 ± 2 h. 5. **Comptage** : choisir les plaques contenant entre 30 et 300 colonies (intervalle de comptage fiable). Compter manuellement ou avec un compteur de colonies automatisé. 6. **Calcul** : appliquer la formule du paragraphe I.2. > **À retenir** : l’incubation à 30 °C est la référence pour la flore aérobie totale selon la norme ISO 4833‑1 ; une température différente peut inhiber ou favoriser certains groupes et biaiser le résultat. ### Tableau récapitulatif des dilutions usuelles | Dilution théorique | Volume ensemencé (ml) | Plage d’UFC attendue (si concentration initiale ≈ 10⁶ UFC/g) | |--------------------|-----------------------|------------------------------------------------------------| | 10⁻¹ | 0,1 | 10⁴ – 10⁵ | | 10⁻² | 0,1 | 10³ – 10⁴ | | 10⁻³ | 0,1 | 10² – 10³ | | 10⁻⁴ | 0,1 | 10¹ – 10² | | 10⁻⁵ | 0,1 | 1 – 10 | ### Interprétation (qualité hygiénique) - **< 10³ UFC/g** : excellente qualité hygiénique (produits très peu chargés, typique des produits pasteurisés). - **10³ – 10⁵ UFC/g** : qualité acceptable pour beaucoup de matières premières (farine, légumes secs). - **> 10⁵ UFC/g** : indication de mauvaise pratique d’hygiène ou de post‑contamination ; nécessite enquête et actions correctives. > **À retenir** : le résultat doit toujours être exprimé avec son unité (UFC/g ou UFC/ml) et le nombre significatif adapté à la précision du comptage (généralement deux chiffres significatifs). --- ## Synthèse du chapitre - La **suspension mère** est l’étape clé qui garantit la représentativité de l’échantillon pour tout contrôle microbiologique. - **Leçon 9** : contrôle du produit vrac – prélèvement, homogénéisation, dilutions décimales, ensemencement sur PCA, interprétation selon les limites MINSANTE/CODEX. - **Leçon 10** : contrôle du produit fini – plan d’échantillonnage basé sur √N, prise en compte du conditionnement, recherche de pathogènes spécifiques, seuils limites souvent plus stricts que pour le vrac. - **Leçon 11** : dénombrement de la flore aérobie totale – méthode de la plaque compteur, milieux PCA/TSA, incubation 30 °C / 48 h, calcul UFC/g avec prise en compte du facteur de dilution et du volume ensemencé. - Les **formules de calcul** sont identiques pour les trois leçons : UFC/g = Σcolonies / (n × d × v). - Le respect des **Bonnes Pratiques de Laboratoire (BPL)**, du port des EPI et de la gestion des déchets biologiques est obligatoire à chaque étape. - Toute **non‑conformité** entraîne une enquête (re‑vérification du procédé, contrôle de l’environnement, formation du personnel) et, le cas échéant, le rejet ou le retrait du lot. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Suspension mère | Mélange homogène obtenu à partir d’un échantillon représentatif du lot, utilisé comme stock pour réaliser les dilutions. | | UFC (Unité Formant Colonie) | Chaque colonie visible sur une plaque après incubation, supposée provenir d’une cellule vivante capable de former une colonie. | | Dilution décimale | Réduction de la concentration d’une suspension d’un facteur 10 réalisée par transfert d’un volume aliquoté dans 9 fois ce volume de diluant. | | Plaque compteur | Méthode d’ensemencement où un petit volume (0,1 ml) de dilution est étalé sur la surface d’un milieu gélosé afin d’obtenir des colonies isolées. | | Milieu non sélectif | Milieu nutritif favorisant la croissance d’un large spectre de microorganismes sans inhibition spécifique (ex. PCA, TSA). | | Seuil limite | Valeur maximale autorisée d’un paramètre microbiologique dans un produit, définie par la réglementation ou les normes volontaires. | | Plan d’échantillonnage | Procédé statistique définissant le nombre et l’emplacement des unités à prélever dans un lot pour obtenir une estimation représentative. | | Incubation | Maintien des boîtes de Pétri à une température contrôlée pendant une durée définie pour permettre la croissance microbienne. | | Contamination croisée | Transfert involontaire de microorganismes d’une surface, d’un équipement ou d’un échantillon à un autre durant la manipulation. | | BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication) | Ensemble de règles visant à garantir que les produits sont constamment fabriqués et contrôlés selon des normes de qualité adaptées à leur usage prévu. | | HACCP (Analyse des Risques – Points Critiques pour leur Maîtrise) | Méthode préventive d’identification, d’évaluation et de maîtrise des dangers significatifs pour la sécurité des aliments. | | EPI (Équipement de Protection Individuelle) | Matériel porté par l’opérateur (blouse, gants, masque, lunettes) pour se protéger des risques biologiques, chimiques ou physiques. | --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Contrôle du produit vrac (farine de maïs) **Situation** Un lot de 2 000 kg de farine de maïs est réceptionné à l’usine de production de couscous. Le responsable qualité prélève 5 sous‑échantillons de 20 g chacun, les homogénéise dans un sac stomacher avec 900 ml d’eau peptonnée 0,1 % (cela donne une suspension où 10 g de farine sont présents dans 100 ml de suspension, soit une dilution implicite de 10⁻¹). À partir de cette suspension mère, il prélève 1 ml et le dilue successivement jusqu’à 10⁻⁴. Il ensemence 0,1 ml de chaque dilution sur du PCA et obtient les comptages suivants : - Dilution 10⁻² : 0 colonie (les deux plaques) - Dilution 10⁻³ : 12 colonies (plaquette 1) et 9 colonies (plaquette 2) - Dilution 10⁻⁴ : 2 colonies (plaquette 1) et 1 colonie (plaquette 2) **Questions** 1. Calculer la concentration en UFC/g de la farine de maïs. 2. Comparer le résultat à la limite maximale autorisée pour la flore aérobie totale dans les céréales (5 × 10⁵ UFC/g selon l’Arrêté MINSANTE n° 001/2022). 3. Proposer une décision d’acceptation ou de rejet du lot et justifier. **Corrigé** 1. On retient les dilutions où le nombre de colonies est compris entre 30 et 300 : aucune des dilutions ne se situe dans cet intervalle. On utilise donc la dilution 10⁻³ comme référence (comptage le plus fiable). Somme des colonies à 10⁻³ = 12 + 9 = 21 n = 2 d = 10⁻³ v = 0,1 ml \[ \text{UFC/g} = \frac{21}{2 \times 10^{-3} \times 0,1} = \frac{21}{2 \times 10^{-4}} = 1,05 \times 10^{5}\ \text{UFC/g} \] (Note : la dilution initiale de la suspension mère (10⁻¹) a déjà été prise en compte dans le prélèvement de 1 ml ; le facteur de dilution utilisé dans la formule correspond donc uniquement aux dilutions décimales réalisées après ce prélèvement.) 2. La limite autorisée est 5 × 10⁵ UFC/g. Le résultat obtenu (1,05 × 10⁵ UFC/g) est **inférieur** à la limite. 3. Décision : **Acceptation** du lot, car la flore aérobie totale reste conforme. Toutefois, étant donné que le résultat se situe à environ 20 % de la limite, il est recommandé de renforcer la surveillance hygiénique lors du stockage (éviter l’humidité, contrôler les insectes) et de réaliser un contrôle complémentaire sur les éventuels contaminants spécifiques (mycotoxines) si le cahier des charges l’exige. --- ### Exercice 2 – Contrôle du produit fini (yaourt nature) **Situation** Une laiterie produit 10 000 yaourts de 125 g chacun. Selon le plan d’échantillonnage √N, le technicien prélève 100 unités (arrondi à l’entier supérieur de √10000 = 100). Chaque yaourt est homogénéisé après prélèvement de 10 g dans 90 ml d’eau peptonnée (dilution 10⁻¹). Après dilution 10⁻², on ensemence 0,1 ml sur du VRBG et obtient 4 colonies (plaquette 1) et 6 colonies (plaquette 2). **Questions** 1. Calculer la concentration en UFC/g de coliformes fécaux dans le yaourt. 2. Vérifier la conformité au regard de la limite maximale autorisée (<10 UFC/g). 3. Si le résultat était non conforme, indiquer deux actions correctives possibles. **Corrigé** 1. Somme des colonies = 4 + 6 = 10 n = 2 d = 10⁻² v = 0,1 ml \[ \text{UFC/g} = \frac{10}{2 \times 10^{-2} \times 0,1} = \frac{10}{2 \times 10^{-3}} = 5,0 \times 10^{3}\ \text{UFC/g} \] 2. La limite autorisée est <10 UFC/g. Le résultat obtenu (5 × 10³ UFC/g) dépasse largement la limite → **non conforme**. 3. Actions correctives possibles : - **Révision du procédé de pasteurisation** : vérifier la température réelle atteinte et le temps de maintien (ex. 85 °C pendant 5 min) afin d’assurer l’inactivation des coliformes. - **Contrôle de l’environnement de post‑traitement** : réaliser des écouvillons sur les lignes de remplissage et les équipements de refroidissement, renforcer le nettoyage/désinfection (ex. utilisation d’un désinfectant à base de chlore à 200 ppm) et former le personnel aux bonnes pratiques d’hygiène (lavage des mains, changement de gants). --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | # | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |---|------------------|-------------|--------------------------------------| | 1 | **Mauvaise homogénéisation** de l’échantillon (grumeaux, phase séparée) | Sous‑ ou sur‑estimation de la charge microbienne, résultats non reproductibles | Utiliser un stomacher ou un homogénéisateur pendant au moins 60 s ; vérifier visuellement l’absence de particules visibles avant le prélèvement pour la dilution. | | 2 | **Oubli de factoriser le volume ensemencé** dans le calcul (on utilise seulement la dilution) | Résultat erroné d’un facteur 10 (si v=0,1 ml oublié) | Toujours écrire la formule complète UFC/g = Σcolonies / (n × d × v) et vérifier que v est exprimé en ml. | | 3 | **Incubation à température inadéquate** (ex. 37 °C au lieu de 30 °C pour la flore aérobie totale) | Inhibition de certaines espèces, sous‑décompte | Régler l’incubateur sur 30 ± 1 °C selon la norme ISO 4833‑1 ; noter la température de départ et d’arrivée sur le registre de suivi. | | 4 | **Manipulation sans EPI** (pas de gants, lunettes ou blouse) | Risque d’exposition à des pathogènes, contamination croisée de l’échantillon | Porter obligatoirement une blouse de laboratoire, des gants nitrile et des lunettes de protection ; se laver les mains avant et après chaque manipulation. | | 5 | **Utilisation de milieux de culture périmés** | Croissance inhibée ou faux‑positifs (dégradation des composants) | Vérifier la date de péremption avant chaque utilisation ; stocker les milieux à 2‑8 °C dans leur emballage d’origine ; réaliser un test de croissance sur une souche témoin (ex. *E. coli* ATCC 25922) si doute. | | 6 | **Mauvaise gestion des déchets biologiques** (jet dans la poubelle ordinaire) | Risque de diffusion d’agents pathogènes dans l’environnement | Décontaminer les déchets (autoclave 121 °C, 15 min, 1 bar) avant élimination dans le conteneur dédié aux déchets infectieux selon la procédure nationale de gestion des déchets médicaux. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition de la « suspension mère » en analyse microbiologique ?
  2. 2. Quelle norme internationale définit la méthode de dénombrement de la flore microbienne aérobie par comptage sur plaque ?
  3. 3. Quel est l’objectif principal du contrôle microbiologique du produit vrac ?
  4. 4. Une dilution 1 : 10 de l’échantillon est réalisée, puis 0,1 mL sont étalés sur une plaque. Après incubation, 45 colonies sont dénombrées. Quelle est la concentration en UFC/g de l’échantillon initial ?
  5. 5. Lors du contrôle d’un produit fini, on obtient 120 colonies après avoir étalé 1 mL d’une dilution 10⁻³. Quelle est la concentration en UFC/g du produit ?
  6. 6. Un lot de lait cru présente 2,5 × 10⁴ UFC/g de flore aérobie. La limite réglementaire pour le lait cru est de 5 × 10⁴ UFC/g. Le lot est‑il conforme ?
  7. 7. Pourquoi est‑il indispensable de neutraliser les désinfectants présents dans l’échantillon avant de réaliser un comptage aérobie sur plaque ?
  8. 8. Vous devez préparer une suspension mère à partir de 25 g d’échantillon ajouté à 225 mL de diluant stérile. Quel est le facteur de dilution de cette suspension mère ?
  9. 9. Après incubation à 30 °C pendant 72 h, vous observez de nombreuses colonies très petites et ponctuelles sur la plaque. Quelle est l’explication la plus probable ?
  10. 10. Vous avez étalé 0,1 mL de trois dilutions : 10⁻³ (0 colonie), 10⁻⁴ (2 colonies) et 10⁻⁵ (0 colonie). En utilisant la méthode du comptage sur plaque et une approximation de Poisson (moyenne ± 2√moyenne), quelle est la meilleure estimation de la concentration en UFC/g et son intervalle de confiance à 95 % ?