Chapitre 8
Techniques immunologiques (partie 1/2)
Lecture : 19 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :**
- Définir la protéine C‑réactive (CRP), le test de VIH et l’immuno‑électrophorèse, ainsi que leur intérêt clinique et épidémiologique au Cameroun.
- Expliquer le principe physique ou immunologique de chaque technique (immunoturbidimétrie, immunochromatographie, électrophorèse‑immunodiffusion).
- Réaliser, en respectant les normes de sécurité biologique et les bonnes pratiques de laboratoire, les étapes préliminaires, la mise en œuvre et la lecture des résultats.
- Interpréter les résultats à l’aide des valeurs de référence camerounaises, des seuils de positivité et des performances analytiques (sensibilité, spécificité, valeurs prédictives).
- Effectuer un calcul simple de concentration ou de pourcentage à partir d’une mesure instrumentale (absorbance, migration relative).
- Rédiger un compte‑rendu technique conforme aux exigences du baccalauréat séries F7.
**Prérequis :**
- Notions d’immunologie de base (antigène, anticorps, réaction d’agglutination, précipitation).
- Connaissances en biochimie (réaction de Beer‑Lambert, unités de concentration : mg/L, UI/mL).
- Manipulation de matériel de laboratoire (pipettes, tubes, centrifugeuse, lecteur d’absorbance, appareil d’électrophorèse).
- Règles d’hygiène et de sécurité en milieu de travail (port des EPP, gestion des déchets biologiques).
## Introduction contextualisée
Au Cameroun, les laboratoires de biologie médicale sont confrontés à une double demande : diagnostiquer les infections aiguës (infections bactériennes, parasitaires) et surveiller la prévalence du VIH, tout en assurant le suivi des pathologies inflammatoires et des dysprotéinémies. Les techniques immunologiques décrites dans ce chapitre constituent le socle du diagnostic de première ligne dans les centres de santé de district, les hôpitaux régionaux et les laboratoires privés. Maîtriser leurs principes, leurs procédures et leurs limites permet aux futurs techniciens de fournir des résultats fiables, contribuant ainsi à la prise en charge clinique et aux programmes nationaux de lutte contre le VIH/sida et les maladies infectieuses.
## I. Leçon 6 : CRP (Protéine C‑réactive)
### A. Définition et rôle physiopathologique
> La CRP est une protéine de phase aiguë synthétisée par le foie en réponse à l’interleukine‑6 (IL‑6) lors d’un processus inflammatoire ou infectieux.
Sa concentration plasmatique augmente de 10 à 1000 fois en moins de 6 h après le stimulus, ce qui en fait un marqueur précoce et sensible de l’inflammation.
### B. Principe du dosage
Le dosage le plus répandu en laboratoire technique est l’**immunoturbidimétrie** :
- Un anticorps monoclonal anti‑CRP fixé sur des particules de latex réagit avec la CRP de l’échantillon, formant des complexes immuns qui augmentent la turbidité de la solution.
- L’augmentation de la turbidité est mesurée à une longueur d’onde de 570 nm (ou 540 nm selon le kit).
- La relation entre absorbance (A) et concentration (C) suit la loi de Beer‑Lambert :
\[
A = \varepsilon \, b \, C
\]
où \(\varepsilon\) est le coefficient d’absorptivité molaire (L·mol⁻¹·cm⁻¹), \(b\) la longueur de la cuve (cm) et \(C\) la concentration (mol·L⁻¹).
### C. Matériel et réactifs
| Élément | Spécification | Norme / Sécurité |
|---|---|---|
| Kit immunoturbidimétrique CRP | Anticorps anti‑CRP sur latex, tampon réactionnel, étalons (0, 5, 10, 20, 40 mg/L) | CE, ISO 15189 |
| Pipettes micropipettes | 0,5–10 µL, 10–100 µL, stériles | Calibrage annuel |
| Lecteur d’absorbance | Filtre 570 nm, plage 0–2 AU | Vérification du zéro avant chaque série |
| EPP | Gants nitrile, blouse, lunettes de protection | Décontamination après usage |
| Déchets | Conteneurs à risque biologique jaune | Inactivation à 121 °C 20 min |
### D. Procédure pas à pas
1. **Préparation des étalons** : reconstituer les étalons fournis selon la notice (généralement 1 mL d’eau distillée).
2. **Dilution de l’échantillon** : si la CRP est supposée > 200 mg/L, diluer 1 µL de sérum + 99 µL de tampon (dilution 1:100).
3. **Mélange** : dans une microplaque à 96 puits, ajouter 100 µL de tampon réactionnel, puis 10 µL d’échantillon ou d’étalon, enfin 10 µL de particules latex‑anticorps. Mélanger doucement (pipetage de va‑et‑vient).
4. **Incubation** : 5 min à température ambiante (20–25 °C) à l’abri de la lumière.
5. **Lecture** : mesurer l’absorbance à 570 nm.
6. **Établissement de la courbe** : tracer A en fonction de la concentration des étalons, ajuster une droite (régression linéaire) ou une courbe du deuxième ordre selon la linéarité du kit.
7. **Calcul** : lire la concentration de l’échantillon sur la courbe ou appliquer l’équation de régression.
### E. Interprétation des résultats
> Au Cameroun, les valeurs de référence généralement admises sont :
> - **CRP < 5 mg/L** : absence d’inflammation significative.
> - **5 ≤ CRP ≤ 10 mg/L** : inflammation légère (ex. infection virale bénigne).
> - **CRP > 10 mg/L** : inflammation modérée à sévère (infection bactérienne, maladie inflammatoire chronique, traumatisme).
> - **CRP > 100 mg/L** : forte suspicion d’infection bactérienne sévère ou sepsis.
Le résultat doit être accompagné du délai de prélèvement (idéalement < 6 h après l’apparition des signes cliniques) et du contexte clinique.
### F. Exemple chiffré : calcul de concentration à partir d’absorbance
Un élève obtient une absorbance de 0,342 UA pour un échantillon non dilué. La courbe d’étalonnage fournie par le kit donne l’équation de régression linéaire :
\[
A = 0,0085 \, C + 0,012
\]
où \(A\) est l’absorbance (UA) et \(C\) la concentration en mg/L.
**Résolution :**
\[
0,342 = 0,0085 \, C + 0,012 \;\Longrightarrow\; C = \frac{0,342 - 0,012}{0,0085} = \frac{0,330}{0,0085} \approx 38,82 \text{ mg/L}
\]
Comme la valeur dépasse 10 mg/L, on conclut à une inflammation modérée. Aucun facteur de dilution n’était nécessaire car la concentration reste dans la plage linéaire du kit (0‑200 mg/L).
## II. Leçon 7 : Test de VIH (diagnostic sérologique)
### A. Contexte épidémiologique au Cameroun
> Selon l’ENDS 2022, la prévalence du VIH chez les adultes de 15‑49 ans est estimée à 3,7 % (≈ 450 000 personnes). Le dépistage précoce reste une priorité du Programme National de Lutte contre le SIDA (PNLS).
### B. Principe des tests rapides et de l’ELISA de confirmation
- **Test rapide (immunochromatographie)** : le sérum ou le sang total migre sur une bande nitrocellulose contenant des antigènes VIH‑1/2 recombinés fixés. En présence d’anticorps anti‑VIH, un complexe se forme et capture des particules d’or colloïdal, produisant une ligne visible (ligne de test). Une ligne de contrôle confirme la migration correcte.
- **ELISA de confirmation** : microplaque enduite d’antigènes VIH ; l’échantillon est incubé, puis un anticorps anti‑IgG humain conjugé à une enzyme (peroxydase) est ajouté. Après révélation par un substrat chromogène, l’absorbance est mesurée à 450 nm. Le résultat est exprimé en **ratio** (OD échantillon / OD seuil).
### C. Algorithme de dépistage (recommandé par l’OMS et le PNLS)
1. **Test de dépistage rapide** (TR) sur sang capillaire ou veineux.
2. Si TR **réactif** → réaliser un **test de confirmation** (ELISA ou Western blot) sur prélèvement veineux.
3. Si ELISA **réactif** → effectuer un **test de discrimination** (ex. test de différenciation VIH‑1/VIH‑2) pour confirmer l’espèce virale.
4. Tout résultat **non réactif** au TR est considéré comme négatif, sauf en cas de risque récent (< 3 semaines) où un nouveau test est recommandé après la fenêtre sérologique.
### D. Matériel, réactifs, conditions de stockage, sécurité biologique
| Élément | Spécification | Conservation | Sécurité |
|---|---|---|---|
| Kit test rapide VIH (ex. Determine™) | Bandelette, tampon de dilution, lancette stérile | 2‑30 °C, à l’abri de la lumière | Gants, élimination des lancettes dans conteneur perforant |
| Kit ELISA VIH (ex. Vironostika) | Plaque pré‑enduite, contrôles positif/négatif, conjugué peroxidase, substrat TMB | 2‑8 °C (réactifs), -20 °C (contrôles) | Manipulation sous hotte de sécurité biologique (Niveau 2) |
| Pipettes, pointes | Stériles, filtrées | – | Changement de pointe entre chaque échantillon |
| Déchets | Sacs jaunes à risque infectieux | – | Autoclavage à 121 °C 20 min avant élimination |
### E. Procédure pas à pas (test rapide)
1. **Préparation du patient** : expliquer le geste, obtenir le consentement éclairé.
2. **Prélèvement capillaire** : désinfecter le bout du doigt avec une lingette alcoolique, piquer avec lancette stérile, recueillir 5 µL de sang dans le tube de collecte du kit.
3. **Mélange** : ajouter le volume de tampon recommandé (généralement 50 µL) au tube, mélanger doucement.
4. **Dépose sur la bandelette** : verser le mélange sur le puits d’échantillon de la bandelette.
5. **Attente** : lire le résultat après 15‑20 min (selon notice).
6. **Interprétation** : présence de deux lignes (test + contrôle) = réactif ; seule ligne de contrôle = non réactif ; absence de ligne de contrôle = test invalide (recommencer).
### F. Interprétation et valeurs de performance
> Un test rapide de bonne qualité présente une **sensibilité** ≥ 99,5 % et une **spécificité** ≥ 98,5 % (données fabricant, validées par l’OMS).
Le **ratio** ELISA est considéré réactif lorsqu’il dépasse le seuil fixé par le fabricant (souvent 0,9).
En cas de résultat réactif au TR mais non confirmé par ELISA, on évoque un **faux positif** pouvant être lié à des réactions croisées (ex. infection par le paludisme, grossesse, maladies auto‑immunes).
### G. Exemple chiffré : calcul du taux de faux positifs dans une population à faible prévalence
Supposons une campagne de dépistage dans une région où la prévalence réelle du VIH est de 0,5 %. Le test rapide utilisé a une sensibilité de 99,5 % et une spécificité de 98,5 %.
Pour 10 000 personnes testées :
- **Vrais positifs (VP)** = prévalence × sensibilité × N = 0,005 × 0,995 × 10 000 ≈ 49,75 ≈ 50
- **Faux négatifs (FN)** = prévalence × (1‑sensibilité) × N = 0,005 × 0,005 × 10 000 = 0,25 ≈ 0
- **Vrais négatifs (VN)** = (1‑prévalence) × spécificité × N = 0,995 × 0,985 × 10 000 ≈ 9 800,75 ≈ 9 801
- **Faux positifs (FP)** = (1‑prévalence) × (1‑spécificité) × N = 0,995 × 0,015 × 10 000 ≈ 149,25 ≈ 149
**Taux de faux positifs (FPR)** = FP / (FP + VN) = 149 / (149 + 9 801) ≈ 0,015 = 1,5 %
**Valeur prédictive négative (VPN)** = VN / (FN + VN) ≈ 9 801 / (0 + 9 801) ≈ 99,99 %
**Valeur prédictive positive (VPP)** = VP / (VP + FP) = 50 / (50 + 149) ≈ 0,251 = 25,1 %
> Dans un contexte de faible prévalence, même un test très spécifique génère un nombre important de faux positifs, d’où la nécessité d’un test de confirmation.
## III. Leçon 8 : Immuno‑électrophorèse
### A. Principe
L’immuno‑électrophorèse combine deux étapes :
1. **Électrophorèse** des protéines sériques dans un gel d’agarose sous champ électrique, séparant les protéines selon leur charge nette et leur taille.
2. **Immunodiffusion** : après électrophorèse, un puits longitudinal est creusé dans le gel et rempli d’antisérum spécifique (ex. anti‑IgG, anti‑IgA, anti‑IgM, anti‑C3). Les protéines migrées diffusent latéralement vers l’antisérum ; lorsqu’elles rencontrent leur anticorps correspondant, elles forment un précipité insoluble visible sous forme d’arc (ou « ligne de précipité »).
> Chaque arc représente une protéine (ou groupe de protéines) qui réagit spécifiquement avec l’antisérum utilisé.
### B. Applications courantes au laboratoire camerounais
- Dosage relatif des immunoglobulines (IgG, IgA, IgM) pour explorer une hypo‑ ou hypergammaglobulinémie.
- Détection de protéines de phase aiguë (haptoglobine, α₁‑antitrypsine, C3) en complément du dosage de la CRP.
- Recherche de bandes monoclonales (gammapathie monoclonale) suggestive d’un myélome multiple ou d’une gammapathie monoclonale de signification incertaine (MGUS).
### C. Matériel et réactifs
| Élément | Spécification | Conservation | Sécurité |
|---|---|---|---|
| Gel d’agarose 1 % (préparé en barbital tampon pH 8,6) | Agarose moléculaire biology grade | Préparer frais, conserver 4 °C max 24 h | Porter blouse, gants, éviter inhalation de poussières d’agarose |
| Antisérum spécifique (ex. anti‑IgG humain) | Lyophilisé, reconstituer selon notice | -20 °C (lyophilisat), 2‑8 °C (reconstitué) | Manipuler sous hotte, éviter éclaboussures |
| Chambre d’électrophorèse avec électrodes en platine | Tension réglable 100‑150 V | – | Vérifier l’isolement, mettre hors tension avant changement de gel |
| Source de puissance | Courant constant 5‑10 mA | – | Utiliser prise avec mise à la terre |
| Cabinet de révélation (humidité contrôlée) | Chambre fermée, papier filtre imbibé de solution saline | – | Éviter contamination croisée |
| Déchets | Conteneurs jaunes pour déchets biologiques | – | Autoclavage avant élimination |
### D. Procédure pas à pas
1. **Préparation du gel** : faire fondre 1 g d’agarose dans 100 mL de barbital tampon (pH 8,6) en portant à ébullition, refroidir à 55 °C, couler dans un moule à gouttière (épaisseur ≈ 3 mm). Laisser solidifier 30 min à température ambiante.
2. **Application du sérum** : à l’aide d’une micropipette, déposer 5 µL de sérum (non dilué) au centre du puits d’échantillon (largeur ≈ 2 mm, profondeur ≈ 1 mm) préalablement creusé avec une pointe chaude.
3. **Électrophorèse** : placer le gel dans la cuve, remplir les réservoirs avec le même barbital tampon, appliquer une tension de 100 V pendant 45 min (courant ≈ 8 mA).
4. **Incubation** : éteindre le courant, retirer le gel, le placer dans une chambre humide. Creuser un puits longitudinal (≈ 5 mm de large, 2 mm de profondeur) parallèle à la migration, le remplir avec 100 µL d’antisérum reconstitué.
5. **Diffusion** : laisser incuber 18‑24 h à 4 °C (ou 4 h à température ambiante selon le protocole).
6. **Révélation** : rincer doucement le gel dans du sérum physiologique pour éliminer l’excès d’antisérum, puis laisser sécher à l’air libre. Les arcs de précipité apparaissent blancs opaques.
7. **Documentation** : photographier le gel sous lumière transmise, mesurer la longueur de chaque arc depuis le point d’application du sérum.
### E. Lecture des arcs precipitiniques et interprétation
- **Position** : mesurée en millimètres depuis le puits d’échantillon vers le pôle positif (anode).
- **Forme** : arc net et régulier indique une réaction spécifique ; arcs flous ou multiples peuvent signaler des réactions croisées ou des protéines hétérogènes.
- **Quantité approximative** : l’intensité (opacité) de l’arc est proportionnelle à la quantité d’antigène présent ; on peut comparer à un témoin de concentration connue (ex. sérum dilué 1:10, 1:100).
**Valeurs de référence camerounaises (adultes, sérum non dilué)** :
| Protéine | Position moyenne (mm) | Interprétation |
|---|---|---|
| IgG | 12‑16 | Normal |
| IgA | 8‑11 | Normal |
| IgM | 5‑7 | Normal |
| C3 (complément) | 14‑18 | Normal |
| Haptoglobine | 10‑13 | Normal |
| Bande monoclonale (IgG κ ou λ) | 12‑16 (mais arc étroit, intense) | Suspicion de gammapathie monoclonale → immunofixation ou électrophorèse en phase acide nécessaire |
> Une augmentation globale des arcs IgG, IgA, IgM suggère une **hypergammaglobulinémie polyclonale** (infections chroniques, maladies auto‑immunes). Une diminution générale indique une **hypogammaglobulinémie** (immunodéficience primitive ou secondaire).
### F. Exemple chiffré : calcul du pourcentage de migration relative d’une bande
Un technicien mesure la distance de migration de l’arc IgG à 14,2 mm depuis le puits d’échantillon. La distance totale entre le puits d’échantillon et l’anode (lecture du repère de couleur du gel) est de 20,0 mm.
**Pourcentage de migration relative (PMR)** :
\[
\text{PMR} = \frac{d_{\text{arc}}}{d_{\text{total}}} \times 100 = \frac{14,2}{20,0} \times 100 = 71,0\%
\]
Ce pourcentage se situe dans l’intervalle de référence (60‑80 %) pour l’IgG, confirmant une quantité normale.
## Synthèse du chapitre (mini‑fiche de révision)
- **CRP** : protéine de phase aiguë, dosage immunoturbidimétrique, seuil d’inflammation > 10 mg/L, exemple de calcul A → C.
- **Test de VIH** : algorithme TR → ELISA → discrimination, sensibilité ≥ 99,5 %, spécificité ≥ 98,5 %, importance du test de confirmation en faible prévalence.
- **Immuno‑électrophorèse** : séparation électrophorèse + immunodiffusion, lecture des arcs, interprétation des immunoglobulines et complément, calcul du pourcentage de migration.
- **Sécurité** : port des EPP, manipulation des déchets biologiques, respect des températures de stockage, utilisation de hotte pour les antisérums.
- **Formules clés** : Beer‑Lambert \(A = \varepsilon b C\) ; ratio ELISA = OD échantillon / OD seuil ; PMR = (d_arc / d_total) × 100.
## Glossaire (12 termes)
> **Anticorps** : molécule immunoglobuline capable de reconnaître spécifiquement un antigène.
> **Antigène** : substance reconnue par le système immunitaire comme étrangère, capable de déclencher une réponse immunitaire.
> **Immunoturbidimétrie** : méthode de dosage basée sur la mesure de la turbidité générée par la formation de complexes antigène‑anticorps.
> **Immunochromatographie** : technique de détection rapide où l’analyte migre sur une bande nitrocellulose et est capturé par des anticorps immobilisés.
> **ELISA** (Enzyme‑Linked Immunosorbent Assay) : dosage enzymatique en phase solide utilisant un anticorps marqué pour quantifier un antigène ou un anticorps.
> **Sensibilité** : proportion de vrais positifs parmi tous les individus réellement infectés.
> **Spécificité** : proportion de vrais négatifs parmi tous les individus réellement non infectés.
> **Valeur prédictive positive (VPP)** : probabilité qu’un sujet avec un test positif soit réellement infecté.
> **Valeur prédictive négative (VPN)** : probabilité qu’un sujet avec un test négatif soit réellement non infecté.
> **Immuno‑électrophorèse** : combinaison d’électrophorèse sur gel et d’immunodiffusion pour séparer et identifier des protéines par précipitation avec un antisérum spécifique.
> **Arc precipitinique** : ligne blanche visible résultant de la précipitation d’un antigène avec son anticorps spécifique dans un gel.
> **Hypogammaglobulinémie** : diminution anormale du taux d’une ou plusieurs classes d’immunoglobulines sériques.
> **Hyper gammaglobulinémie** : augmentation du taux d’immunoglobulines, souvent polyclonale (infections chroniques) ou monoclonale (myélome).
> **Phase aiguë** : réponse métabolique précoce de l’organisme à un stimulus inflammatoire ou infectieux, caractérisée par la synthèse de protéines comme la CRP.
## Exercices d'application corrigés
### Exercice 1 – Dosage de la CRP
Un prélèvement sanguin obtenu à l’hôpital régional de Yaoundé présente une absorbance de 0,578 UA après réaction avec le kit CRP. La courbe d’étalonnage du kit fournit l’équation :
\[
A = 0,0092 \, C + 0,008
\]
où \(A\) est l’absorbance (UA) et \(C\) la concentration en mg/L.
**Calculer la concentration de CRP et interpréter le résultat selon les seuils camerounais.**
**Corrigé** :
\[
0,578 = 0,0092 \, C + 0,008 \;\Longrightarrow\; C = \frac{0,578 - 0,008}{0,0092} = \frac{0,570}{0,0092} \approx 61,96 \text{ mg/L}
\]
La concentration est d’environ **62 mg/L**. Comme elle dépasse largement le seuil de 10 mg/L, on conclut à une **inflammation modérée à sévère**, pouvant évoquer une infection bactérienne aiguë ou une poussée d’une maladie inflammatoire chronique. Un avis clinique est requis pour orienter les investigations complémentaires (hémoculture, radiographie, etc.).
### Exercice 2 – Interprétation d’un test rapide VIH
Lors d’une campagne de dépistage mobile à Garoua, 250 personnes sont testées avec un test rapide dont la sensibilité est de 99,8 % et la spécificité de 99,0 %. La prévalence réelle du VIH dans cette zone est estimée à 1,2 %.
**a) Calculer le nombre attendu de vrais positifs, faux négatifs, vrais négatifs et faux positifs.**
**b) Déduire la valeur prédictive positive (VPP) et la valeur prédictive négative (VPN).**
**Corrigé** :
Population N = 250.
- Vrais positifs (VP) = prévalence × sensibilité × N
\(= 0,012 × 0,998 × 250 ≈ 2,994 ≈ 3\)
- Faux négatifs (FN) = prévalence × (1‑sensibilité) × N
\(= 0,012 × 0,002 × 250 = 0,006 ≈ 0\)
- Vrais négatifs (VN) = (1‑prévalence) × spécificité × N
\(= 0,988 × 0,990 × 250 ≈ 244,53 ≈ 245\)
- Faux positifs (FP) = (1‑prévalence) × (1‑spécificité) × N
\(= 0,988 × 0,010 × 250 ≈ 2,47 ≈ 2\)
**a)** Résultats attendus : VP ≈ 3, FN ≈ 0, VN ≈ 245, FP ≈ 2.
**b)**
- VPP = VP / (VP + FP) = 3 / (3 + 2) = 3/5 = 0,60 → **60 %**
- VPN = VN / (FN + VN) = 245 / (0 + 245) = 1 → **100 %** (arrondi à 99,9 % si l’on garde les décimales).
> Malgré une spécificité élevée, la faible prévalence entraîne une VPP modeste ; tout test rapide réactif doit donc être confirmé par un ELISA ou un test de discrimination.
### Exercice 3 – Lecture d’un immuno‑électrophorèse
Un gel d’immuno‑électrophorèse montre les distances suivantes depuis le puits d’échantillon (vers l’anode) :
- Arc IgG : 13,5 mm
- Arc IgA : 9,0 mm
- Arc IgM : 5,5 mm
- La distance totale entre le puits et l’anode mesure 22,0 mm.
**Calculer le pourcentage de migration relative (PMR) pour chaque immunoglobuline et commenter si les valeurs sont dans les plages de référence camerounaises (IgG : 60‑80 %, IgA : 35‑50 %, IgM : 20‑35 %).**
**Corrigé** :
\[
\text{PMR}_{\text{IgG}} = \frac{13,5}{22,0} × 100 = 61,36\% \quad (\text{dans la plage 60‑80 %})
\]
\[
\text{PMR}_{\text{IgA}} = \frac{9,0}{22,0} × 100 = 40,91\% \quad (\text{dans la plage 35‑50 %})
\]
\[
\text{PMR}_{\text{IgM}} = \frac{5,5}{22,0} × 100 = 25,00\% \quad (\text{dans la plage 20‑35 %})
\]
Tous les PMR se situent dans les intervalles de référence, indiquant une répartition normale des immunoglobulines sériques. Aucun élargissement ou rétrécissement anormal n’est observé ; il n’y a pas de signe de gammapathie monoclonale visible à ce stade.
## Erreurs fréquentes et règles de sécurité (6 cas)
| # | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique |
|---|------------------|-------------|--------------------------------------|
| 1 | **Mauvaise préparation du gel d’agarose** (température trop élevée, présence de bulles) | Distorsion de la migration, arcs flous ou absents | Préparer le gel à ≤ 55 °C, dégazer sous vide ou en tapotant le moule, vérifier l’absence de bulles avant l’application du sérum. |
| 2 | **Utilisation de pointes non filtrées pour le sérum** | Contamination croisée entre échantillons, faux positifs en immuno‑électrophorèse | Toujours utiliser des pointes filtrées, changer de pointe entre chaque prélèvement, travailler sous hotte de sécurité biologique. |
| 3 | **Lecture prématurée du test rapide VIH** (< 15 min) | Résultat faux négatif (complexe pas encore formé) | Respecter strictement le temps d’incubation indiqué par le fabricant (généralement 15‑20 min) ; utiliser un minuteur. |
| 4 | **Oubli du contrôle négatif lors de l’ELISA VIH** | Impossible de valider la plage de lecture, risque de faux positif | Inclure systématiquement un puits témoin négatif et un puits témoin positif sur chaque plaque ; vérifier que l’OD du négatif est inférieur au seuil de coupure. |
| 5 | **Manipulation d’antisérum sans EPP** (gants, lunettes) | Risque d’exposition à des agents pathogènes présents dans le sérum animal | Porter obligatoirement des gants nitrile, une blouse et des lunettes de protection ; travailler dans une armoire de sécurité biologique de niveau 2. |
| 6 | **Stockage des réactifs à température ambiante** (ex. kit CRP laissé sur le banc) | Dégradation des anticorps, perte de sensibilité, résultats faux négatifs | Conserver tous les réactifs selon les indications du fabricant (généralement 2‑8 °C) ; noter la date d’ouverture et jeter après la période de stabilité indiquée. |
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