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Chapitre 18

Le référent et ses substituts

Lecture : 26 minQuiz de 12 questions

# Le référent et ses substituts ## Introduction L'analyse de discours et l'étude de la cohésion textuelle occupent une place centrale dans l'étude de la langue française au lycée. Tout texte, qu'il soit narratif, descriptif, argumentatif ou explicatif, repose sur un principe fondamental : la continuité du sens. Pour qu'un énoncé soit compris, il faut que le lecteur ou l'auditeur puisse identifier de quoi l'on parle, c'est-à-dire le thème du discours, et suivre la manière dont ce thème est maintenu, repris, développé ou modifié tout au long du texte. Cette continuité est assurée par un ensemble de mécanismes linguistiques parmi lesquels le référent et ses substituts jouent un rôle essentiel. La notion de référent renvoie à ce dont on parle dans un énoncé, tandis que les substituts sont les mots ou groupes de mots qui permettent de désigner à nouveau ce même élément sans avoir à le répéter intégralement. Ces mécanismes de reprise évitent les répétitions lourdes, assurent la progression thématique du texte et participent à sa cohérence et à sa cohésion. Maîtriser ces procédés est indispensable non seulement pour l'analyse de textes, mais aussi pour la production écrite : un rédacteur habile sait varier les substituts pour enrichir son style tout en maintenant la clarté de son propos. Le chapitre qui suit se propose d'étudier systématiquement ces mécanismes : nous définirons d'abord les notions de référent et de substitut, puis nous distinguerons les substituts anaphoriques des substituts cataphoriques selon leur position par rapport au référent, et nous examinerons enfin les différentes classes de substituts, qu'ils soient lexicaux ou grammaticaux. ## I. Le référent et le substitut : définitions fondamentales ### 1. Le référent : le thème de l'énoncé Le terme de **référent** désigne, en linguistique et en analyse de discours, l'élément du monde réel ou du monde fictif auquel renvoie un mot ou un groupe de mots dans un énoncé. C'est ce dont on parle, le thème du discours. Le référent peut être une personne, un animal, une chose, une idée abstraite, un lieu, un événement, etc. Dans la phrase simple « Le chat dort sur le canapé », le référent est le chat : c'est l'entité dont on affirme quelque chose. Dans un texte plus long, le référent est l'élément central autour duquel s'organise le propos ; il constitue le fil conducteur que le lecteur doit identifier et mémoriser pour comprendre le texte. > **À retenir** : Le référent est le thème d'un énoncé, c'est-à-dire l'élément (personne, objet, idée, lieu, événement) dont on parle. Il peut être explicite (nommé directement) ou implicite (sous-entendu, à déduire du contexte). Il importe de distinguer le référent de la référence. La **référence** est l'opération par laquelle un locuteur établit un lien entre une expression linguistique et un élément du monde (réel ou fictif). Le **référent** est l'élément lui-même, l'objet du monde auquel renvoie l'expression. Ainsi, dans « Le président de la République a prononcé un discours », l'expression « le président de la République » a une référence (elle désigne une personne précise) et son référent est cette personne même. Le référent peut être introduit de différentes manières dans un texte. Il peut l'être par un **groupe nominal défini** (« Le fleuve Sanaga traverse plusieurs régions du Cameroun »), par un **groupe nominal indéfini** (« Un jeune homme marchait sur la route de Bafoussam »), par un **nom propre** (« Ahmadou Ahidjo fut le premier président du Cameroun »), ou encore par un **pronom** (« Elle est arrivée à l'aube » — dans ce cas, le référent est identifiable par le contexte extralinguistique ou par ce qui précède). ### 2. Le substitut : le mot qui remplace le référent Le **substitut** est un mot ou un groupe de mots qui remplace le référent dans une partie de l'énoncé, afin d'éviter une répétition et d'assurer la continuité du discours. Le substitut entretient avec le référent une relation d'équivalence référentielle : il désigne la même entité, mais sous une forme linguistique différente. > **À retenir** : Le substitut est le mot (ou groupe de mots) qui remplace le référent dans le discours. Il permet d'éviter les répétitions tout en maintenant la clarté de l'énoncé. Le substitut et le référent renvoient à la même réalité. Prenons un exemple simple : « **Marie** est partie au marché. **Elle** a acheté des tomates et du poisson. » Ici, « Marie » est le référent ; « elle » est le substitut. Les deux termes désignent la même personne, mais le substitut évite de répéter « Marie » dans la seconde phrase. Un exemple plus développé : « **Le vieux taxi jaune** roulait péniblement sur la route de Douala. **Le véhicule** toussait à chaque montée, et **il** semblait sur le point de rendre l'âme. **Ce pauvre engin** avait pourtant connu des jours meilleurs. » Dans ce passage, « le vieux taxi jaune » est le référent initial ; « le véhicule », « il » et « ce pauvre engin » sont des substituts qui reprennent le même référent. La relation entre le référent et son substitut repose sur un principe de **coréférence** : les deux expressions renvoient à la même entité du monde. Cette coréférence peut être directe (le substitut désigne exactement le même être ou objet) ou indirecte (le substitut désigne un élément lié au référent par une relation de partie à tout, de cause à effet, etc.). Par exemple, dans « Nous avons visité un village près de Maroua. **L'école** était toute neuve », le mot « l'école » n'est pas strictement le même référent que « le village », mais il entretient avec lui une relation métonymique : l'école fait partie du village. On parle alors de **substitut contextuel** ou de reprise par association. ### 3. L'importance des substituts dans la construction du texte Les substituts jouent un rôle crucial dans la **textualité**, c'est-à-dire l'ensemble des propriétés qui font qu'un ensemble de phrases constitue un texte cohérent et non une simple juxtaposition d'énoncés indépendants. Sans substituts, un texte serait soit répétitif à l'excès, soit incohérent, car le lecteur ne pourrait pas établir de liens entre les différentes phrases. Considérons la différence entre ces deux versions d'un même message : Version sans substituts : « Le directeur a convoqué le personnel. Le directeur a annoncé au personnel une augmentation des salaires. Le personnel a accueilli la nouvelle du directeur avec satisfaction. » Version avec substituts : « Le directeur a convoqué le personnel. Il lui a annoncé une augmentation des salaires. Les employés ont accueilli cette nouvelle avec satisfaction. » La seconde version est plus naturelle, plus élégante et plus efficace : les substituts (« il », « lui », « les employés », « cette nouvelle ») assurent la progression du texte tout en évitant les répétitions lourdes. > **À retenir** : Un texte cohérent repose sur l'alternance entre le référent et ses substituts. Cette alternance constitue la **progression thématique** du texte : le thème (ce dont on parle) est maintenu, repris et enrichi grâce aux substituts, tandis que le propos (ce qu'on en dit) évolue. Dans le contexte camerounais, on peut illustrer ce phénomène par un exemple tiré de la vie quotidienne : « **Le marché de Mokolo** est l'un des plus animés de Yaoundé. **Ce lieu** attire des milliers de visiteurs chaque jour. **On** y trouve de tout : des vivres frais, des tissus, des articles ménagers. **Il** est particulièrement fréquenté le samedi matin. » Le référent « le marché de Mokolo » est repris par les substituts « ce lieu », « on » (pronom indéfini qui inclut les visiteurs mais renvoie au cadre du marché) et « il ». ## II. Substituts anaphoriques et substituts cataphoriques ### 1. Le substitut anaphorique : la reprise d'un terme déjà évoqué Le terme **anaphore** vient du grec *anapherein* qui signifie « rapporter en arrière ». Un substitut est dit **anaphorique** lorsqu'il reprend un terme déjà évoqué dans le discours. L'élément auquel renvoie le substitut anaphorique s'appelle l'**antécédent**. L'anaphore établit donc une relation de rappel : le substitut renvoie à un élément antérieur du texte. > **À retenir** : Le substitut anaphorique reprend un terme déjà évoqué dans le discours. L'élément repris s'appelle l'antécédent. L'anaphore assure la continuité thématique en rappelant au lecteur ce dont on parle. Exemple fondamental : « **Paul Biya** a visité la région de l'Est. **Le président de la République** y a inauguré un hôpital. **Il** a ensuite rencontré les autorités locales. » Dans cet exemple, « Paul Biya » est l'antécédent ; « le président de la République » et « il » sont des substituts anaphoriques qui reprennent ce même référent. L'anaphore peut prendre plusieurs formes : - **L'anaphore pronominale** : le substitut est un pronom. Exemple : « J'ai rencontré **Amina** hier. **Elle** m'a parlé de son projet. » Le pronom « elle » reprend le nom propre « Amina ». - **L'anaphore nominale** : le substitut est un groupe nominal. Exemple : « Un **éléphant** traversait la route entre Garoua et Ngaoundéré. **L'animal** semblait effrayé par les camions. » Le groupe nominal « l'animal » reprend « un éléphant ». - **L'anaphore adjectivale** : le substitut est un adjectif. Exemple : « **Les élèves** de la classe de Seconde A sont très studieux. **Ces derniers** ont obtenu d'excellents résultats. » L'adjectif substantivé « ces derniers » reprend « les élèves ». - **L'anaphore verbale** : le substitut est un verbe ou un groupe verbal. Exemple : « Le gouvernement a décidé d'augmenter les bourses. **Cette décision** a été bien accueillie. » Le nom « décision » reprend le contenu du groupe verbal « a décidé ». L'anaphore peut être **fidèle** ou **infidèle**. L'anaphore est fidèle lorsque le substitut reprend exactement le même terme que l'antécédent : « J'ai vu **un chien**. **Ce chien** était magnifique. » Elle est infidèle lorsque le substitut reformule, modifie ou enrichit l'antécédent : « J'ai vu **un chien**. **L'animal** était magnifique. » L'anaphore infidèle permet d'apporter des informations supplémentaires sur le référent (par exemple, en le caractérisant : « J'ai vu **un chien**. **Ce brave compagnon** m'a suivi jusqu'à la maison »). ### 2. Le substitut cataphorique : l'annonce d'un terme à venir Le terme **cataphore** vient du grec *katapherein* qui signifie « porter en avant ». Un substitut est dit **cataphorique** lorsqu'il est placé avant le référent qu'il remplace. Dans ce cas, le substitut précède l'élément qu'il annonce : il crée une attente chez le lecteur ou l'auditeur, qui doit attendre la suite de l'énoncé pour identifier le référent. > **À retenir** : Le substitut cataphorique est placé avant le référent qu'il remplace. Il annonce un élément qui va être nommé plus loin dans le discours. La cataphore crée un effet d'attente et de suspense. Exemple classique : « **Il** est arrivé hier, **le colis** que tu attendais. » Ici, le pronom « il » est placé avant le référent « le colis ». Le lecteur doit attendre la fin de la phrase pour comprendre à quoi renvoie « il ». Autre exemple : « **La voici** enfin, **cette nouvelle école** dont on parle tant ! » Le pronom « la » précède le référent « cette nouvelle école ». La cataphore est fréquente dans les constructions du type : « **Ceci** est important : **vous devez rendre vos devoirs avant vendredi**. » Le pronom démonstratif « ceci » annonce le contenu qui suit. Dans les textes littéraires, la cataphore est souvent utilisée pour créer un effet de suspense ou d'annonce : « **Elle** arriva enfin, **cette nuit tant attendue** qui devait changer leur destin. » ### 3. Distinction et complémentarité des deux procédés L'anaphore et la cataphore sont deux procédés opposés mais complémentaires : - L'**anaphore** regarde en arrière : elle reprend un élément déjà nommé. Elle est de loin la plus fréquente dans le discours, car elle assure la continuité thématique. - La **cataphore** regarde en avant : elle annonce un élément qui va être nommé. Elle est moins fréquente et produit un effet stylistique particulier. > **À retenir** : L'anaphore reprend un terme déjà évoqué (mouvement rétrospectif) ; la cataphore annonce un terme qui va être évoqué (mouvement prospectif). Les deux procédés participent à la cohésion textuelle, mais l'anaphore est beaucoup plus courante que la cataphore. Il est important de noter qu'un même texte peut combiner anaphores et cataphores. Par exemple : « **Le voici** qui arrive, **ce fameux jour** que nous attendions depuis si longtemps. **Ce jour** marquera le début d'une nouvelle ère. » Dans la première phrase, « le » est cataphorique (il annonce « ce fameux jour ») ; dans la seconde, « ce jour » est anaphorique (il reprend « ce fameux jour »). Un exemple camerounais illustrant cette complémentarité : « **Écoutez bien ceci** : **le nouveau programme d'histoire-géographie** entrera en vigueur à la rentrée prochaine. **Ce programme** met l'accent sur l'histoire du Cameroun et de l'Afrique. » Le pronom « ceci » est cataphorique (il annonce le programme) ; « ce programme » est anaphorique (il reprend le groupe nominal déjà énoncé). ### 4. Les pièges de l'ambiguïté référentielle L'utilisation des substituts anaphoriques et cataphoriques exige une grande vigilance : si le lien entre le substitut et son référent n'est pas clair, le texte devient ambigu et le lecteur peut se méprendre sur le sens. Considérons l'exemple suivant : « **Le ministre** a rencontré **le préfet** dans son bureau. » Le pronom possessif « son » est ambigu : s'agit-il du bureau du ministre ou de celui du préfet ? Pour lever l'ambiguïté, il faudrait reformuler : « Le ministre a rencontré le préfet dans le bureau de ce dernier » ou « dans le bureau du ministre ». > **À retenir** : Un substitut doit être suffisamment clair pour que le lecteur identifie sans peine le référent auquel il renvoie. En cas d'ambiguïté, il convient de reformuler ou de préciser le référent. Les règles de bonne formation des anaphores exigent que le substitut soit compatible avec l'antécédent en genre et en nombre, et que la distance entre les deux ne soit pas trop grande. Plus l'écart entre le référent et son substitut est important, plus le risque d'ambiguïté est grand. Dans un texte long, il est souvent nécessaire de réintroduire le référent sous une forme nominale (nom propre ou groupe nominal) plutôt que sous forme pronominale. ## III. Les classes de substituts Les substituts se répartissent en deux grandes classes : les substituts lexicaux et les substituts grammaticaux. Cette distinction repose sur la nature des mots employés et sur leur fonctionnement dans la phrase. ### 1. Les substituts lexicaux Les **substituts lexicaux** sont des mots ou groupes de mots appartenant au lexique (le vocabulaire) de la langue. Ils reprennent le référent en le désignant par un terme nouveau, différent de celui qui a été employé initialement. Ils enrichissent le texte en apportant des informations supplémentaires sur le référent (sa nature, ses qualités, son statut, etc.). > **À retenir** : Les substituts lexicaux sont des mots ou expressions qui reprennent le référent en utilisant le vocabulaire de la langue. Ils évitent la répétition tout en enrichissant le texte d'informations nouvelles. #### a. Les noms propres Les **noms propres** peuvent servir de substituts lorsqu'ils désignent le même référent qu'un nom commun ou qu'une périphrase employée précédemment. Par exemple : « **L'ancien président du Cameroun** est décédé en 1989. **Ahmadou Ahidjo** avait dirigé le pays pendant vingt-deux ans. » Le nom propre « Ahmadou Ahidjo » reprend et identifie le référent désigné par la périphrase « l'ancien président du Cameroun ». Inversement, un nom propre peut être repris par un nom commun : « **Ahmadou Ahidjo** a marqué l'histoire du Cameroun. **Ce grand homme d'État** a conduit le pays à l'indépendance. » Le groupe nominal « ce grand homme d'État » est un substitut lexical du nom propre. #### b. Les noms communs Les **noms communs** constituent la classe la plus riche de substituts lexicaux. Ils peuvent reprendre le référent de plusieurs manières : - Par **synonymie** : le substitut est un synonyme du terme initial. Exemple : « **La voiture** est en panne. **L'automobile** devra être réparée. » « Automobile » est synonyme de « voiture ». - Par **hyperonymie** : le substitut est un terme plus général que le référent. Exemple : « **Un manguier** pousse dans la cour. **L'arbre** donne de délicieux fruits. » « Arbre » est l'hyperonyme de « manguier » (le terme général qui englobe le terme spécifique). - Par **hyponymie** : le substitut est un terme plus spécifique que le référent. Exemple : « **Un animal** s'est introduit dans le poulailler. **Le chacal** a emporté deux poules. » « Chacal » est l'hyponyme de « animal » (le terme spécifique inclus dans le terme général). - Par **périphrase** : le substitut est une expression qui décrit le référent sans le nommer directement. Exemple : « **Yaoundé** est la capitale politique du Cameroun. **La ville aux sept collines** s'étend sur plusieurs communes. » « La ville aux sept collines » est une périphrase désignant Yaoundé. - Par **métonymie** : le substitut désigne le référent par un élément qui lui est associé (la partie pour le tout, le contenant pour le contenu, etc.). Exemple : « **Le Cameroun** a remporté la Coupe d'Afrique des Nations. **Tout le pays** a célébré cette victoire. » « Tout le pays » désigne les habitants du Cameroun par métonymie. > **À retenir** : Les substituts lexicaux nominaux peuvent être des synonymes, des hyperonymes, des hyponymes, des périphrases ou des métonymies. Chacun de ces procédés apporte une nuance particulière au texte. #### c. Les adjectifs qualificatifs Les **adjectifs qualificatifs** peuvent également fonctionner comme substituts lorsqu'ils sont employés seuls (substantivés) ou lorsqu'ils accompagnent un nom qui reprend le référent. Par exemple : « **Les jeunes** du quartier ont organisé un tournoi de football. **Les plus âgés** sont venus les encourager. » L'adjectif substantivé « les plus âgés » reprend un référent humain (les personnes âgées du quartier). Un autre exemple : « **Les riches** doivent aider **les pauvres**. » Ici, les adjectifs substantivés « riches » et « pauvres » désignent des catégories de personnes. L'adjectif peut aussi être utilisé comme substitut dans une construction du type : « **Le petit** a grandi. » L'adjectif substantivé « le petit » désigne un enfant déjà évoqué dans le contexte. #### d. Les expressions Les **expressions** (locutions, groupes de mots figés ou non) peuvent constituer des substituts lexicaux. Il s'agit souvent de périphrases ou de groupes nominaux complexes qui reprennent le référent en le caractérisant. Par exemple : « **Le Mont Cameroun** domine la région du Sud-Ouest. **Ce géant de l'Afrique centrale** culmine à plus de 4 000 mètres. » L'expression « ce géant de l'Afrique centrale » est un substitut lexical du Mont Cameroun. Autre exemple : « **Le fleuve Niger** traverse plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest. **Cette artère vitale** du continent permet l'irrigation de vastes terres agricoles. » L'expression « cette artère vitale du continent » reprend le référent « le fleuve Niger ». ### 2. Les substituts grammaticaux Les **substituts grammaticaux** sont des mots-outils (pronoms, déterminants, etc.) qui reprennent le référent sans apporter d'information lexicale nouvelle. Ils fonctionnent comme de simples rappels du référent et assurent la cohésion grammaticale du texte. Leur rôle est essentiellement mécanique : ils évitent la répétition et maintiennent le fil du discours. > **À retenir** : Les substituts grammaticaux sont des mots-outils (pronoms, adjectifs, etc.) qui reprennent le référent sans apporter d'information nouvelle. Ils assurent la cohésion grammaticale du texte. #### a. Les pronoms personnels Les **pronoms personnels** (je, tu, il, elle, nous, vous, ils, elles, le, la, les, lui, leur, etc.) sont les substituts grammaticaux les plus fréquents. Ils reprennent le référent en indiquant sa personne grammaticale, son genre et son nombre. Exemple : « **Maman** est partie au champ. **Elle** reviendra ce soir. » Le pronom « elle » reprend « maman ». Exemple avec un pronom complément : « J'ai acheté **des plantains** au marché. Je **les** ai préparés pour le dîner. » Le pronom « les » reprend « des plantains ». Les pronoms personnels peuvent être **sujets** (« Il travaille »), **compléments d'objet direct** (« Je le vois »), **compléments d'objet indirect** (« Je lui parle ») ou **compléments circonstanciels** (« Je pense à elle »). #### b. Les pronoms relatifs Les **pronoms relatifs** (qui, que, quoi, dont, où, lequel, laquelle, lesquels, etc.) introduisent une proposition subordonnée relative et reprennent un antécédent nominal. Ils assurent à la fois la fonction de substitut et de mot de liaison entre la proposition principale et la subordonnée. Exemple : « J'ai rencontré **le professeur** **qui** enseigne l'histoire au lycée de Ngaoundéré. » Le pronom relatif « qui » reprend « le professeur » et introduit la proposition relative « qui enseigne l'histoire au lycée de Ngaoundéré ». Exemple : « **Le livre** **dont** je t'ai parlé est en vente à la librairie. » Le pronom relatif « dont » reprend « le livre » et indique que l'on parle de ce livre. > **À retenir** : Le pronom relatif est un substitut grammatical qui reprend un antécédent nominal et introduit une proposition subordonnée relative. Il remplit une double fonction : substitut et mot de liaison. #### c. Les pronoms possessifs Les **pronoms possessifs** (le mien, le tien, le sien, la nôtre, la vôtre, la leur, les miens, les tiens, les siens, etc.) remplacent un nom accompagné d'un déterminant possessif. Ils reprennent le référent tout en indiquant la possession. Exemple : « **Ma maison** est à Yaoundé, **la tienne** est à Douala. » Le pronom possessif « la tienne » remplace « ta maison » et reprend le référent « maison » tout en indiquant qu'il s'agit de celle de l'interlocuteur. Exemple : « Les élèves de Seconde ont leurs cahiers, **les nôtres** sont dans le casier. » Le pronom possessif « les nôtres » remplace « nos cahiers ». #### d. Les adjectifs possessifs Les **adjectifs possessifs** (mon, ma, mes, ton, ta, tes, son, sa, ses, notre, nos, votre, vos, leur, leurs) ne sont pas, à proprement parler, des substituts du référent, mais ils accompagnent un nom qui reprend le référent ou un élément qui lui est lié. Ils indiquent le rapport de possession entre le référent et l'élément désigné. Exemple : « **Le directeur** a convoqué l'assemblée générale. **Son** discours a duré une heure. » L'adjectif possessif « son » indique que le discours appartient au directeur ; il renvoie au référent « le directeur » tout en accompagnant le nom « discours ». Exemple : « **Les agriculteurs** du Nord sont satisfaits des pluies. **Leurs** récoltes seront abondantes. » L'adjectif possessif « leurs » renvoie aux agriculteurs et accompagne le nom « récoltes ». > **À retenir** : L'adjectif possessif n'est pas un substitut à proprement parler, mais il fonctionne comme un rappel du référent en indiquant un rapport de possession. Il accompagne un nom et renvoie au possesseur. #### e. Les propositions subordonnées Les **propositions subordonnées** peuvent également fonctionner comme substituts lorsqu'elles reprennent le contenu d'un élément antérieur du discours. Il s'agit notamment des propositions subordonnées introduites par « ce que », « ce qui », « ce dont », etc. Exemple : « Le gouvernement a annoncé une hausse des salaires. **Ce que** les fonctionnaires attendaient depuis longtemps. » La proposition « ce que les fonctionnaires attendaient depuis longtemps » reprend le contenu de la première phrase (l'annonce de la hausse des salaires). Exemple : « Les élèves ont organisé une collecte de fonds pour les orphelinats. **Ce qui** a ému toute la communauté. » La proposition « ce qui a ému toute la communauté » reprend le fait que les élèves ont organisé cette collecte. Les propositions subordonnées peuvent aussi reprendre un nom précis : « **Le projet** de construction d'un pont sur le fleuve Nyong a été adopté. **Ce qui** facilitera les échanges entre les régions du Centre et de l'Est. » La proposition « ce qui facilitera les échanges » reprend le projet de construction. #### f. Les groupes verbaux Les **groupes verbaux** peuvent constituer des substituts lorsqu'ils reprennent le contenu d'une action déjà exprimée. Ce phénomène est particulièrement visible avec les verbes « faire », « le faire », « en faire », etc. Exemple : « Le professeur a demandé aux élèves de lire le texte. Ils **l'ont fait** sans hésiter. » Le groupe verbal « l'ont fait » reprend « lire le texte ». Exemple : « On m'a proposé de participer au concours de français. Je **le ferai** volontiers. » Le groupe verbal « le ferai » reprend « participer au concours ». Exemple : « Les autorités ont promis de construire de nouvelles écoles. Elles **le feront** dès l'année prochaine. » Le groupe verbal « le feront » reprend « construire de nouvelles écoles ». > **À retenir** : Les groupes verbaux peuvent servir de substituts en reprenant le contenu d'une action déjà exprimée. Les verbes « faire », « le faire », « en faire » sont couramment employés dans cette fonction. ### 3. Tableau récapitulatif des substituts | Classe de substituts | Sous-classe | Exemple | |----------------------|-------------|---------| | Substituts lexicaux | Noms propres | « Le président » → « Paul Biya » | | | Noms communs (synonymes, hyperonymes, hyponymes, périphrases, métonymies) | « La voiture » → « l'automobile » ; « le manguier » → « l'arbre » | | | Adjectifs qualificatifs | « Les jeunes » → « les plus âgés » | | | Expressions | « Le Mont Cameroun » → « ce géant de l'Afrique » | | Substituts grammaticaux | Pronoms personnels | « Maman » → « elle » | | | Pronoms relatifs | « Le professeur » → « qui » | | | Pronoms possessifs | « Ma maison » → « la tienne » | | | Adjectifs possessifs | « Le directeur » → « son discours » | | | Propositions subordonnées | « Il a plu » → « ce qui a fait du bien aux cultures » | | | Groupes verbaux | « Lire le texte » → « le faire » | ### 4. La combinaison des substituts dans un texte Dans un texte bien construit, les substituts lexicaux et grammaticaux se combinent pour assurer à la fois la cohésion et la progression du discours. Les substituts grammaticaux assurent la continuité minimale (ils rappellent simplement le référent), tandis que les substituts lexicaux enrichissent le texte (ils apportent des informations nouvelles sur le référent). Prenons un exemple développé : « **Le maire de Bafang** a inauguré hier le nouveau marché central. **L'édile** a coupé le ruban symbolique en présence de la population. **Il** a ensuite visité les différents stands et **a promis** de moderniser les infrastructures de la ville. **Cette promesse** a été accueillie par des applaudissements. **Les habitants** espèrent que **cette initiative** améliorera leurs conditions de vie. » Dans ce texte : - « Le maire de Bafang » est le référent initial. - « L'édile » est un substitut lexical (nom commun désignant un élu municipal). - « Il » est un substitut grammatical (pronom personnel). - « Cette promesse » est un substitut lexical qui reprend le contenu du groupe verbal « a promis de moderniser ». - « Les habitants » est un substitut lexical métonymique (il désigne la population par un terme plus général). - « Cette initiative » est un substitut lexical qui reprend l'ensemble de l'action du maire. > **À retenir** : Un texte cohérent combine harmonieusement substituts lexicaux et substituts grammaticaux. Les substituts grammaticaux assurent la continuité, les substituts lexicaux apportent des informations nouvelles et enrichissent le style. ### 5. Les erreurs à éviter dans l'emploi des substituts L'emploi des substituts exige une certaine maîtrise. Plusieurs erreurs sont fréquentes : - **L'ambiguïté référentielle** : lorsque le substitut peut renvoyer à plusieurs référents possibles. Exemple : « Le chien du voisin a mordu l'enfant. **Il** a été vacciné. » On ne sait pas si « il » renvoie au chien ou à l'enfant. - **La rupture référentielle** : lorsque le substitut ne renvoie à aucun antécédent identifiable. Exemple : « Le gouvernement a pris des mesures importantes. **Ils** ont décidé de baisser les impôts. » Le pronom « ils » ne renvoie à rien de précis. - **La surcharge de substituts** : lorsque le texte multiplie les substituts au point de devenir confus. Il faut parfois réintroduire le référent sous sa forme nominale. - **L'emploi incorrect du genre ou du nombre** : le substitut doit s'accorder en genre et en nombre avec son référent. Exemple incorrect : « La table est en bois. **Il** est solide. » Il faut dire « **Elle** est solide » puisque « table » est féminin. > **À retenir** : Pour éviter les erreurs, il convient de vérifier que chaque substitut renvoie clairement à un référent identifiable, que l'accord en genre et en nombre est respecté, et que la distance entre le référent et le substitut n'est pas trop grande. ## Conclusion La notion de référent et de substitut constitue l'un des piliers de la cohésion textuelle et de l'analyse de discours. Nous avons vu que le référent est le thème d'un énoncé, l'élément dont on parle, tandis que le substitut est le mot ou le groupe de mots qui le remplace pour éviter les répétitions et assurer la continuité du propos. Les substituts se répartissent en deux grandes catégories selon leur position par rapport au référent : les substituts anaphoriques, qui reprennent un terme déjà évoqué (mouvement rétrospectif), et les substituts cataphoriques, qui annoncent un terme à venir (mouvement prospectif). L'anaphore est de loin la plus fréquente et la plus importante pour la construction du texte. Les substituts se classent également selon leur nature : les substituts lexicaux (noms propres, noms communs, adjectifs qualificatifs, expressions) enrichissent le texte en apportant des informations nouvelles sur le référent, tandis que les substituts grammaticaux (pronoms personnels, relatifs, possessifs, adjectifs possessifs, propositions subordonnées, groupes verbaux) assurent la cohésion grammaticale sans apporter d'information lexicale nouvelle. La maîtrise de ces mécanismes est essentielle pour la production écrite : un bon rédacteur sait varier les substituts pour éviter les répétitions, maintenir la clarté de son propos et enrichir son style. Elle est également indispensable pour l'analyse de textes : identifier les référents et leurs substituts permet de comprendre comment un texte est construit, comment il progresse et comment il crée des effets de sens. Ce chapitre ouvre la voie à l'étude de la **progression thématique** et de la **cohérence textuelle**, qui constituent les chapitres suivants du programme. La progression thématique étudie la manière dont les thèmes et les propos s'enchaînent dans un texte ; la cohérence textuelle examine l'ensemble des règles qui font qu'un texte est perçu comme un tout organisé et compréhensible. La maîtrise du référent et de ses substituts est le préalable indispensable à ces études plus avancées.

Quiz du chapitre

12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Qu'est-ce qu'un référent dans un énoncé ?
  2. 2. Quel est le substitut dans la phrase : « Marie a perdu son sac, elle le cherche partout. » ?
  3. 3. Dans la phrase : « Le chien aboie. Cet animal est agité. », quel est le substitut lexical ?
  4. 4. Un substitut cataphorique se caractérise par le fait qu'il :
  5. 5. Dans la phrase : « Elle est très gentille, cette voisine. », le mot « elle » est un substitut :
  6. 6. Quelle classe de substituts regroupe les pronoms personnels, relatifs et possessifs ?
  7. 7. Dans la phrase : « Les élèves ont réussi leur examen. Ces derniers sont félicités. », « ces derniers » est un substitut :
  8. 8. Quel est le référent du pronom « y » dans : « Je vais à Douala, j'y reste deux jours. » ?
  9. 9. Dans la phrase : « Paul et Marie s'aiment. Ils se marieront bientôt. », le substitut « ils » est :
  10. 10. Quel substitut est utilisé dans : « Le professeur explique la leçon. Cette dernière est difficile. » ?
  11. 11. Dans la phrase : « Il pleut, ce qui gâche la fête. », le substitut « ce qui » est :
  12. 12. Identifiez le substitut cataphorique dans : « Le voici, le résultat tant attendu. »